‹ Sur les propriétés nuisibles, que les fourrages peuvent acquérir pour différens animaux domestiques, par des productions cryptogamiquesChapitre 1 sur 10 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Les deux Mémoires suivans ont déjà paru ensemble, comme parlant d'un sujet identique, dans la [re partie du [Ime volume du Vee-artsenijkundig Magazijn, que je publie. Ils traitent des causes de différentes maladies inflammatoires, mais surtout de ces épizooties formidables, connues sous le nom de maladies charbonneuses, qui se déclarent assez souvent aussi bien dans notre patrie que dans d’autres royaumes. L’attention des hommes de l’art s'étant jusqu'à nos jours peu fixée sur une cause, qui parait être de la plus grande influence, Monsieur Administrateur de l'Industrie Nationale m’a invité de soigner une traduction française de ces Mémoires, afin de rendre leur publicité et leur utilité plus générales, et d’en communiquer le contenu à ceux de nos compatriotes, qui sont peu versés dans la langue hollandaise. J'ai cru devoir répondre avec d'autant plus d’empressement à une invitation aussi honorable, que les maladies, dont, suivant notre opinion, la cause principale doit être cherchée, si ce n’est pas toujours, du moins généralement, dans l'infection des fourrages par les cryptogames, apparaissent aussi très souvent dans nos provinces méridionales, et y ont encore fait des ravages vers la fin de l’année passée. | D'après les rapports adressés par Monsieur le Conseiller d'État Gouverneur du Grand-Duché de Luxembourg à M. PAdministrateur dans le mois d'Octobre 1829, les bêtes à cornes des communes d’Æsch sur la Sure et Heiderscheïd ont été attaquées par une maladie, que le Vétérinaire HouBA declare être une péripneumonie maligne et gangréneuse. Ge

Vétérinaire dit reconnaître en elle la même maladie, qui déjà depuis quelque temps a fait des ravages dans plusieurs communes de cette province, notamment à Grandhan, Halleux, Bas- Logne, Magerotte, Surré, Vance et Gilsdorff. Dans son rapport il ne dit pas combien de victimes ont péri dans ces differentes localités; il ne décrit pas les symptômes ni la marche de la maladie, mais nous fait croire qu’elle a été regardée comme contagieuse, parceque les animaux matades ont été tués par autorisation supérieure, et que les propriétaires ont joui des droits de l'indemnité. Des saignées, ajoutées à un traitement rationnel, ont diminué le mal à Æsch sur la Sure.

Quoique cette maladie se soit déclarée sous la forme d’une péripneumonie maligne, et que je ne veuille pas nier qu’elle puisse mériter ce nom, je crois pourtant être assuré, que son caractère essentiel est celui des maladies charbonneuses ; ‘car il ne saurait être méconnu, et les rapports des autres Vétérinaires, insérés dans la première partie de cet ouvrage, le constatent, que les poumons aussi bien que les viscères abdominaux portent dans ces maladies les marques de la gangrène. C’est pourquoi que dans mon avis sur la maladie en question, j'ai jugé à propos d'appeler l'attention sur les fourrages, pour en découvrir la cause.

La clinique à l’École Vétérinaire, la pratique dans les environs et des communications, qui nous ont été faites, nous ont mis, pendant l'automne passé et mème pendant cet hiver, dans l’occasion de nous assurer de nouveau de l'influence des fourrages chargés de eryptogames sur le développement des maladies inflammatoires, dont traite cet opuscule. Je ne doute pas, que plus nous nous familiariserons avec la recherche de ces êtres parasites, plus nous approcherons de la vraie cause de beaucoup de maladies de nos herbivores , causes qu’on iguorait jusqu'à présent, ou dont on méconnaissait trop la funeste influence sur nos animaux domestiques.

L'été pluvieux de l’année passée a sans doute beaucoup contribué au développement de ces cryptogames , qui, vraies maladies des phanérogames, semblent les infecter d'autant plus, que le nombre des influences contraires à leur normalité

est plus grand; et c'est ainsi que tout ce qui influe désavantageusement sur les phanérogames, trop d’'humidité aussi bien que trop de séchéresse, doit favoriser ce développement. Fout semblait concourir l’année passée à affaiblir kes plantes, qui composent les fourrages: des chaleurs excessives en desséchaient d’abord le tissu, puis tout à coup venaient des pluies nombreuses et continuelles ; le sol imbibé d’eau, l’atmosphère rempli de vapeurs aquatiques, les plongeaient dans un état cachectique, leurs forces vitales étaient affaiblies, leur accroissement dérangé ou modifié d’une manière désavantageuse (*). Certes, toutes les circonstances, qui concourent à produire des cryptogames parasites, sont loin d’être connues; l’atmosphère, le sol, l’organisation individuelle, des phénomènes qui ne sont pas à notre portée, y peuvent contribuer; c'est pourquoi on voit des années, dans lesquelles elles. fourmillent, et d’autres, dans lesquelles elles sont très rares. Lan née passée doit être comptée parmi les premières. Les pailles, les foins, beaucoup d’autres plantes „qui servent de nourriture à nos animaux domestiques, en furent abondamment pourvues, et durent proportionnellement devenir nuisibles.

Des inflammations des viscères abdominaux furent communes parmi les chevaux de ces contrées, comme nous avons pu nous en assurer par les observations de plusieurs Vétérinaires et le nombre de ceux, qui ont été traités à cette école. Outres les symptômes ordinaires de fièvre, il y avait une forte tension et contraction des muscles abdominaux, surtout des muscles costo-et ilio-abdominaur; les flancs battaient avec plus ou moins de violence, la respiration était difficile

(*) C’est probablement dans lintempérie de été passé, qu’il faut chercher la cause, que nombre d’autres plantes, des feuilles, des légumineuses, se trouvèrent couvertes des cryptogames, qui leur sont propres. Les feuilles de plusieurs tilleuls étaient comme parsemées de la Sphaeria phyllosphaera. MARCH. Var. tilide. MARCH. ; les gousses des Phaseolus vulgaris s'en trouvaient remplies , ainsi que celles du Pisum sativum, les unes de la Pucciniola diadelphiae. marcn. var. phaseoli, les autres de la variété pisi; sur ces dernières se trou. vait encore lÉrysiphe du même nom.

et accélerée, l'air expiré très chaud, l’animal abattu, les yeux larmoyants et injectés, les membranes muqueuses du nez et de la bouche également, souvent marquées d’une légère teinte jaunâtre. Une pression exercée contre les parois de l'abdomen , surtout du côté droit, à la place où se trouve le foie, occasionnait à animal des douleurs plus ou moins violentes. L’appétit était diminué; souvent il y avait dégoût complet pour les alimens; les excrétions alvines étaient généralement rares et sèches. Quelques uns donnaient des symptômes prononcés de coliques ; plusieurs eurent la tête et les jambes gonflées.

Par l’emploi à temps d’un traitement rationnel, consistant en une ou plusieurs saignées, suivant les circonstances, Fadministration de médicamens antiphlogistiques et émolliens, tels que: nitratede potasse , sulfate de soude, tartrate acide de potasse, semence de lin, racine de réglisse, des lavemens émolliens, setons, diète, l’animal malade, qu’on avait soin de garder dans une température moyenne, fut ordinairement rétabli dans l’espace de six à sept jours. Quelques uns exigeaient alors encore quelques remèdes pour fortifier la digestion et exciter l'appétit; les racines de gentiane , arnique , valériane et de l’acore vrai, la semence de moutarde, le foenum graecum, remplirent, à doses proportionnées, très bien ce but. Si les forces étaient trop abattues, on y ajoutait avec beaucoup de succès le camphre à un demi gros ou deux scrupules par jour.

Par un traitement pareil, nous avons été assez heureux de guérir tous les chevaux attaqués par cette maladie, et confiés à nos soins. Ailleurs plusieurs y ont succombé; et les seuls renseignemens, qui nous en sont parvenu, nous apprirent, que l’autopsie cadavérique a toujours montré une inflammation plus ou moins violente des voies digestives, et quelquefois même les signes caractéristiques de la gangrène.

Le fourrage de tous les chevaux, qui ont été traités par nous, a été examiné avec beaucoup d’exactitude, et nous y avons toujours trouvé plas ou moins abondamment des, cryptogames parasites:

Get examen ayant été confié aux soîns de M: MARCHAND.

je donnerai ici en peu de mots quelques résultats, qu’il m'a: communiqués , et dont j'ai pu me convaincre moi-même à l’as=. pect des fourrages. Le foin dont avaient usé deux chevaux d’un propriétaire de Zeist, qui se trouvèrent presque simultanément attaqués de la maladie, dont nous avons parlé précédemment, renfermait parmi plusieurs bonnes graminées, telles que les agrostis, poa et holeus, d’autres d'une qualité bien inférieure, comme des phalaris , phleum, juncus, carex, etc. et quelques autres phanérogames , telles que les potentilla reptans et anserina, le geum urbanum, plusieurs renoncules, et une quantité assez grande de trifolium pratense, mais qui se ressentait fortement des intempéries de la saison. D'un jaune ferrugineux , insipide et inodore, 1l avait conservé fort peu de principes actifs et nourrissans. À cette mauvaise qualité se rattachait une autre, qui ne le rendait pas seulement mauvais aliment, mais qui l'avait changé en un véritable poison. Z’uredo inconstans s'y présentait en grande quantité sous deux formes différentes: comme wredo inconst. graminicola; elle envahissait les fenilles des graminées et d'autant plus fort que les feuilles étaient plus larges et que la graminée fut de moindre qualité: comme wredo inconstans spiculaecola ; elle couvrait les épis de plusieurs graminées, et surtout du lo/ium arvense et de la festuca loliacea. La tige au contraire de plusieurs autres graminées portait par ei et par là la puccinia graminis, tandis que généralement toutes les folioles du érifolium pratense étaient remplies de la pucciniola diadelphiae. A tout cela le mueor mucedo, qu'on y trouvait dispersé par plaques de la largeur d’une main, vint encore ajouter à ses propriélés maléfiques.

Le foin, qui avait servi de nourriture aux chevaux d'un voiturier d’ Utrecht, qui se virent assaillis, au nombre de neuf ou dix, de la même maladie, était formé des mêmes graminées, qui se trouvaient dans le précédent, avec cette différence, que le nombre des mauvaises espèces n’y était pas aussiconsidérable. Les phanérogames, que j'y remarquais, furent les ranuneulus acris, repens et hirsutus , le lychnis floscuculi, la caltha palustris, Ve crepis biennis et le senecio jacobaea ;

tandis que des eryptogames monocotylédones je n’y trouvais que Veguisetum arvense. Ce fourrage ne semblait pas aussi généralement épuisé que le précédent, car des chaumes encore un peu verdâtres se trouvaient mélangés avec d’autres tout à fait bruns, secs et insipides. Grand nombre de graminées furent vers leur milieu infectées de l’aredo graminicola, qui s’y présentait sous deux couleurs différentes , la brune (rubigo) et la noire (ustilago), le senecio était marqué par l’uredo syngenesiae, var. senecionis et les renoncules par V'aecidium ranunculacearum ; Vérysiphe graminis et le mucor mucedo ne s’y montrèrent qu’en petite quantité.

L'éteule de pois et de fèves du laboureur van DuK, qui vint prendre consulte par rapport à un cheval, qui après l’usage de ce fourrage se trouvait attaqué de coliques, avec des accès de fièvre et perte d’appétit, ne fut pas moins infectée. Elle était remplie de Wérysiphe pisi et de la pucciniola diadelphiae, var. pisi. Son voisin, qui se servait d’un fourrage pareil, vit également neuf de ces chevaux assaillis par la même maladie. Ici l’éteule était généralement parsemée de ces deux parasites, surtout sur les gousses, et portait en outre en assez grand nombre le byssus herbarum. p. c. sur les tiges. Les gousses des fèves, qui se trouvaient mêlées aux précédentes, étaient marquées par l’uredo fabae.

Le médecin vétérinaire BONTEKOE m'ayant donné quelques renseignemens sur la mort d’un cheval, qui se vit subitement attaqué de coliques violentes, après avoir mangé une assez grande quantité de foin peu nourrissant et du pain de seigle, je tâchois de me procurer une petite quantité de ce foin, que nous trouvâmes tellement infecté de l’uredo inconstans, que les chaumes en étaient presque entièrement noircis. Le même médecin vétérinaire ajoute, que dans les derniers temps il a traité beaucoup de maladies du même genre, qu'il croit devoir toutes attribuer aux cryptogames parasites.

Il est digne de remarque, que l’examen de différentes expèces de foin nous a appris, que justement les graminées de moindre qualité et à larges feuilles sont de préférence infectées par ces parasites; probablement parceque linfluence de la

mauvaise saison agit plus nuisiblement sur eux que sur les bonnes espèces ‚et qu’elles tombent plus facilement dans l’état maladif exigé pour le développement de ces cryptogames.

Du retour des vacances, l'élève NAGELSs nous informa, que de nouveau plusieurs bêtes à cornes avaient péri du charbon à AS. Agathe (*), et nous apporta une petite quantité du trèfle, qui leur avait servi de nourriture. Ge trèfle était entièrement recouvert par la pucciniola diadelphiae MARCH., var. trifolii marcu. Le même élève nous procura depuis une quantité plus considérable de trèfle des mêmes terrains où les antmaux prédits avaient pâturé. Gelui-ci était automnal, et avait beaucoup souffert de la gangrène, comme suite du froid, auquel 1l avait été exposé. Getie gangrène s’y faisait distinguer par des taches noires et dispersées sur les folioles, mais entre ces taches se trouvait abondamment la pucciniola diadelphiae, var. trifolii, parvenue à son dernier degré de développement, ensorte que la plus grande partie de la poussiere avait déjà été dispersée. Celle-ci cependant se laissait facilement distinguer de la gangrène, par la rupture de l’épiderme, qu’elle avait occasionnée où elle s'était développée, tandis que cela n’avait pas lieu avec la gangrène, qui se faisait seulement remarquer à extérieur par le changement de couleur.

Ces observations peuvent, comme je crois, concourir à fortifier notre opinion, que les cryptogames communiquent des propriétés très dangéreuses aux fourrages de nos bestiaux. A l’objection qu’on pourrait faire , que nous n’avons pas encore fait des expériences directes sur des animaux bien portans, afin de donner des preuves incontestables, je réponds: que jusqu'à présent l’occasion pour les faire ne s’est pas encore présentée, et que j'ai pris la ferme résolution de les faire, dès qu’il me sera possible. J’engage en attendant à rattacher ces nouvelles observations à celles, qui se présentent dans le courant de cet ouvrage, et dont plusieurs prouvent indubitablement et par la voie directe d'expériences, faites à dessein ,

(*) Voyez ce qui est dit de cette maladie page 35.

la faculté pernicieuse des cryptogames, et je ne doute nullement qu'on ne s’accordera avec nous sur les causes de ces maladies inflammatoires. De plus, des résultats négatifs peuvent aussi fournir des preuves, et nous en pouvons faire valoir une pareille, pour venir à l’appui de notre opinion. Nous avons examiné le fom de plusieurs écuries , et surtout à plusieurs reprises immense quantité de celui qui est consumé dans celles de notre école, et nous n’y avons pas remarqué des cryptogames, du moins jamais assez pour qu’elles auraient pu occasionner des maladies, comme les fourrages des propriétaires, dont nous avons parlé. Aussi nulle de ces maladies inflammatoires s’est déclarée, soit dans nos écuries, soit dans d’autres, dont le foin ne fut pas infecté.

Je pourrais à tout ceci encore ajouter plusieurs autres cas, pour faire valoir notre opinion, si les renseignemens, qui m'en sont parvenu, étaient assez détaillés et si nous avions reçu tous les fourrages nécessaires pour un examen régulier. Je ne veux néanmoins pas accuser les cryptogames, pour ne pas leur attribuer plus qu'on ne pourrait faire accorder avec la plus grande probabilité. Je passe donc sous silence diverses mortalités, qui ont eu lieu l’automne dernier dans les écuries de différens propriétaires de la Zélande, et qui m'ont été communiquées par l’élève vaN uErRTUM, natif de ces contrées. Ginq chevaux moururent subitement chez le laboureur sANDÉE, commune de #Wolfaurtsdijk, quatre chez le laboureur 5. oo- LE, commune de Kloetingen, trois bêtes à cornes chez le laboureur sANDÉE, près de la ville de Goes. (Ges animaux paraissaient encore très bien portans le soir précédent et gisaient morts sur le pavé le lendemain matin. Chez le laboureur 3. VAN 'T WESTEINDE , Commune de Æwadamme, moururent dans les derniers jours de Novembre de l’année passée, trois jeunes chevaux bien nourris, deux autres chez 3. LAUWERUSSE, dans la ville de Goes, tandisque quatre ont encore succoinbé inopinément vers le mème temps chez d’autres laboureurs. Get élève rapporte, que presque chaque année quelques propriétaires de la Zélande ont à déplorer des pertes aussi subites. On ne connaît ni le caractère ui les causes de

cette maladie, mais on la regarde généralement comme contagieuse. Il pouvait seulement nous dire, que les laboureurs avaient fait la remarque, que les chaumes des céréales se trouvaient extraordinairement couverts d’une substance roussâtre. La glace de cet hiver rigoureux, qui a empêche si longtems le transport, est cause , que nous n'avons pas encore pu recevoir de cette paille, pour être soumise à notre examen.

Je ne saurais pas davantage indiquer jusqu’à présent avec certitude la cause d’une maladie, sur laquelle venait dernièrement consulter à notre école le laboureur pe Ripper, de Hagestein, Hollande-méridionale. Elle a régné parmi son bétail peudant l’année 1829 et en Janvier 1830, et avait déjà emporté vingt deux bêtes à cornes de tout âge, et trois chevaux, en partie dans les pâturages, en partie dans les étables. Les bêtes à cornes périrent inopinément, sans signes précurseurs de maladie. Chez les chevaux la marche était plus lente; ils succombèrent avec un amaigrissement toujours plus sensible, quoiqu’ils reçurent avec le foin encore du menu-fourrage très nourrissant. Je n’ai pu recevoir d’autres renseignemens, ni du fourrage pour être examiné par nous ; je ne puis donc nullement me prononcer sur les causes de cette mortalité. La ressemblance que tous ces cas offrent avec d’autres, que contient notre ouvrage, et qui ne saurait être méconnue, le rend assez probable, que des influences du même genre doivent être accusées ici: dans tous les cas, j'ai aussi ici de fortes présomptions sur les cryptogames parasites.

Les effets pernicieux de la moisissure sur les animaux domestiques ont également été constatés de nouveau par le médecin vétérinaire BONTEKOE, qui observa pendant l’année passée une maladie très aigue chez les bêtes à cornes dans les étables d’un propriétaire, à Weendam, province de Groningue, maladie à laquelle succombèrent en peu de temps cinq vaches laitières très bien nourries. Ges animaux avaient été nourris de foin , de pommes de terre et de tourteaux denavettes. De ces derniers ils reçurent, afin de leur faire donner plus de lait, autant qu'ils en voulurent manger. Le foin et les pommes de terre ne firent rien voir, qu’on aurait pu regarder

comme cause de cette maladie, mais ces tourteaux de navettes étuent moisis, pas tant à leur surface extérieure, dont on aurait pu ôter la moisissure, que dans leur intérieur, qui en était rempli. Bientôt aussi la moississure se développait par tous les tourteaux, quand on les avait placés dans des endroits isolés et tant soit peu secs. Cette moisissure devait probablement son origine à la graine de navet, dont ces tourteaux avaient été formés, qui en 1828 fut très humide, et avait conservée beaucoup de parties aqueuses, qui se trouvaient communiquées aux gâteaux et renfermées dans leur intérieur.

La maladie présenta les symptômes suivans: Refus de toute sorte de nourriture; l’eau seule était encore acceptée pendant quelque temps ; cessation plus ou moins vîte de la rumination; l'animal cependant eflleurait encore les alimens frais, qu’on lui présentait. Le pis devenait flasque; le lait diminuait et prenait une teinte bleuâtre. Les animaux se tenaient généralement sur pied jusqu’à la fin, rémuaient contnuellement la queue, ou la pressaient fortement entre les Jambes contre l’abdomen.

Quelquefois il y avait constipation complète pendant vingtquatre heures; souvent elle était suivie de deux à trois évacuations alvines fétides et liquides, et les excrémens possédaient alors une chaleur extraordinaire. L’urine avait une teinte plus foncée qu’à ordinaire, et fut souvent évacuée , mais dans des quantités toujours diminuantes.

Le mufle était d’abord sec, puis redevenait humide, tantôt chaud tantôt froid; les oreilles également furent alternativement brûlantes ou froides comme la glace, et ce changement de température fut tellement subit, qu’elle ne resta pas la même pendant une seule demi-heure: souvent ces dernières parties se trouvaient, à l’un ou l’autre côté du corps, dans une température tout à fait opposée.

Les yeux teints en jaune se retiraient déjà dans les premiers commencemens dans leur cavités, et devinrent dans la suite tout à fait humectés. La région droite de l'abdomen était un peu gonflée.

La respiration n’avait pas subi de changement marquant;

Pair expiré seulement repandait une odeur désagreable. Le pouls était petit et presque intactible, donnait 5o à 75 pulsations par la minute, devenait ensuite intermittent. Les battemens de coeur étaient contractés et doubles ; une chaleur brûlante couvrait tout le corps, et s’étendait jusqu'aux pieds dans les membres postérieurs, tandis que les membres antérieurs étaient le plus souvent froids. Un frisson général se faisait remarquer, surtout très fort, quand l’animal buvait, et même quelquefois convulsif. La marche devenait chancelante; les dents grinçaient ; des soupirs plaintifs, difficiles à décrire, se faisaient entendre. Enfin les animaux tendaient la tête, en la secouant en avant, ou l’appuyaient sans connaissance sur les corps environnans; l’ouie paraissait exaltée , ils dressaient les oreilles au moindre bruit; l’oeil devenait fixe; la salive s’écoulait de la bouche ; les animaux devenaient inquiets, comme étourdis, et la mort ne tardait pas à se déclarer.

L’autopsie ne montra pas de changemens dans les trois premiers estomacs; le quatrième seulement était coloré en jaune. Les intestins étaient vides, se laissaient facilement déchirer; le foie était compacte, avec une teinte verdâtre traversée par des raies de bile d’un pouce de diamètre; la vésicule biliaire était remplie d’nne bile très diluée, verte et décomposée ; la rate était tachetée et augmentée en volume; le mésentère en partie gangréné; les reins moux et dilatés; la vessie gangrénée. Les muscles sous-cutannés, surtout dans la partie lombaire et aux fesses, étaient également entrés en gangrène. À la partie postérieure se trouvait sous les tégumens une grande quantité d’air dans le tissu cellulaire, ensorte que la peau paraissait insufllée. Les poumons étaient plus pâles qu’à l’ordinaire, le coeur dilaté, les parties sous la gorge et les organes de la diglutition enflées.

Les symptômes de la maladie, et les dérangemens observés par Pautopsie cadavérique portèrent le médecin vétérinaire susnommé à la regarder comme gastro-bilieuse , prenant dans la suite un caractère typheux. Il crut, en considérant toutes les circonstances hygiéniques , qui avaient agi sur ces animaux devoir l’attribuer à la grande quantité de matière agamique

du mucor mucedo, qu’ils avaient mangé, et qui devait provoquer cette décomposition dans l’économie animale.

IL n’y eut qu'un seul de ces animaux, qui à cause de la grande distance, put être confié régulièrement à ses soins. L'administration de quelques réfrigérants, excitants et absorbants, le rendirent à la vie; mais :l resta toujours amaigri et languissant, ensorte qu'après quelques mois il fut encore incertain, s'il ne succomberait pas aux suites de cette maladie. Un second animal aurait peut-être été entièrement guéri, si on ne lui avait pas, contre l’ordre du médecin vétérinaire, fait une saignée , après laquelle il expira aussitôt. Les saignées employées avant son arrivée avaient eu les suites les plus fàcheuses.

Pour conclure j'ajouterai encore, que je deviens de jour en jour plus forufié dans mes soupçons, que les cryptogames sont probablement la cause du mictus cruentus. Neuf à dix bêtes à cornes furent vers la fin de Juillet de l’année passée attaquées de cette maladie, dans quelques pâturages de la commune d'Memnes, Province d' Utrecht, et ont été traitées par un vétérinaire avec plus ou moins de succès. Il en attribuait Ja cause à la formentilla erecta, qui croît abondamment dans ces pâturages. Un membre de la Commission d'Agriculture de cette province, M. 5. c. LAAN, a eu la complaisance de me remettre une certaine quantité de ces plantes. En l’examinant nous vimes qu’elle portait beaucoup de cicatrices de Puredo potentillarum. Dn. c. var. {ormentillae. marcu., et que cette parasite se trouvait encore bien développée sur plusieurs feuilles.

Il est connu, que dans différentes contrées de notre patrie les laboureurs attribuent à cette plante la cause de cette maladie ; tandis que d’autres veuillent encore qu’elle résulte de l’usage d’autres plantes âcres, telles que le ranunculus flammula, Vanémone nemorosa et autres. Les expériences faites par le célèbre Professeur Pp. DRIESSEN, à Groningue, avec quelques unes de ces plantes (*), en en nourrissant à dessein des bêtes

(*) Voyez Magasin 1, pag. 182.

à cornes, n’ont pas confirmé ces suppositions. Il me semble maintenant toujours plus probable, que ce ne sont pas les plantes elles mêmes, qui méritent d’être accusées, mais les cryptogames, qu’elles engendrent. Si nous considérons que les parasites ne s’y trouvent pas toujours, mais seulement quelquefois, dans des quantités plus ou moins grandes, nous en pourrons alors expliquer différentes circonstances, qui appartiennent au développement et à la marche de cette maladie, qui, du moins dans beaucoup. de localités, possède tant de ressemblance avec le charbon. A ceci peut être rapporté: qu'il y a des pâturages où on la voit dans la règle apparaître toutes les années, qu’on peut la prévenir en ôtant de ces pâturages suspects le bétail pendant un certain temps, qu’elle se développe aussi dans les étables , quand on se sert de fourrages des prairies où le mictus cruentus a coutume de se déclarer , que Vépézootie tient une marche irrégulière et interrompue, qu’elle peut être le mieux combattue par un traitement antiphlogistique et des saignées, employées à temps; que même ces dernières mises en usage de bonne heure préviennent, si non toujours du moins souvent, son développement.

De plus, les phénomenes, qui se font remarquer sur les cadavres: des animaux morts de cette maladie, prouvent que le principe âcre n’attaque pas uniquement les organes urinaires, en occasionnant un afflux de sang vers les reins, et une effusion par les vaisseaux capillaires (anastomosis pathologica); mais qu’outre Vinflammation, qu'il excite dans ces organes, il occasionne également une très forte dans les voies digestives, sur lesquelles 1l agit immédiatement. Non seulement les symptômes qui accompagnent, depuis le premier commencement, l’émission du sang par les organes urinaires, quelquefois par le pis, confirment ce que je viens de dire; mais encore la constipation opiniâtre, quelquefois une diarrhée prononcée, ou l’excrétion de sang par l’anus (ruggebloed, lendebloed) le mettent hors de doute. On trouve de plus les intestins, la matrice, les ovaires, etc., attaqués par la gangrène, de même que les reins. L'inflammation et la gangrène s'étendent même plusieurs fois jusqu’an foie. On trouve

la vésicule biliaire remplie d’une bile très diluée, la rate même dans un état de décomposition; et ne voit-on pas souvent les poumons, le coeur, les gros vaisseaux participer dans l’inflammation générale ?

De tout ceci on peut conclure avec beaucoup de probabilité, que la cause du mictus cruentus réside en un principe âcre et irritant, dont les effets ont la plus grande analogie avec beaucoup de ces maladies, qui sont le sujet de cet ouvrage. C’est à juste titre, que feu M. le Professeur P. DRIESSEN a déjà nommé ce principe un vrai poison, sans qu'il ait pourtant eu l’idée de le chercher dans des cryptogames intestines des phanérogames accusées: cryptogames que nous croyons maintenant devoir avec raison considérer comme cause de celle-ci et de beaucoup d’autres maladies inflammatoires. Des recherches ultérieures pourront le constater davantage, et démontrer lesquels de ces êtres obscurs sont en état de produire telle ou telle forme et dans quelles circonstances ils peuvent le faire.

J’ai cru ne pas devoir omettre ces faits ici, comme des résultats ultérieurs en rapport avec le sujet, que nous allons traiter.

A. NUMAN.

Sur zes PROPRIÉTES TRÈS DANGEREUSES, que PEUVENT ACQUÉRIR LES FOURRAGES POUR DIFFÉRENS ANIMAUX, PAR DES CRYPTOGAMES PARA- SITES, PRÉCEDÉ DE QUELQUES COMMUNICATIONS SUR

re CHARBON zer zes MORTALITÉS surires, 08-

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