‹ Sur les propriétés nuisibles, que les fourrages peuvent acquérir pour différens animaux domestiques, par des productions cryptogamiquesChapitre 2 sur 10 · SERVÉS DANS DIFFÉRENTES CONTRÉES DE CE ROYAUME · texte numérisé non relu

SERVÉS DANS DIFFÉRENTES CONTRÉES DE CE ROYAUME

par LE Dr. NUM AN.

Dans le premier volume de ce Magasin, on trouve

plusieurs mémoires sur la maladie charbonneuse, qui a règné pendant les dernières années dans différentes provinces, surtout dans le Brabant-septentrional , la Gueldre etle Limbourg, parmi les vaches , les chevaux, les bêtes à laine et autres animaux. Il yest traité, en mème tems, des causes auxquelles on peut, avec plus ou moins de vraisemblance, attribuer l’origine de cette maladie. J'y ai fait remarquer, que, malgré la prédisposition générale, occasionnée par la sécheresse et les chaleurs de l'été, cette origine ne peut pas toujours être uniquement expliquée par linfluence atmosphérique sur le corps animal. D'autres principes nuisi-

bles doivent encore venir en considération, qui contribuent plus spécialement et directement, comme causes occasionnelles, à son dévéloppement. Peut-être ils doivent être cherchés dansla présence de plantes, qui par elles mêmes sont déjà nuisibles, ou dans l’état pathologique d’autres plantes, qui, hors ce cas, sont très innocentes, état consistant en une dégénération contrenaturelle, dans l'infection par la nielle (mtellée, midlat, melligo, honigdauw), par l’albigo, (érysiphe, meëldauw), par la moississure (mwcor, schimmel) ‚ou d’autres mélanges eryptogamiques, ou peut être aussi dans des exhalaisons gazeuses, des miasmes, des insectes envenimés etc., à égard de quoi sans doute des recherches exactes seront du plus haut interêt.

Considérant maintenant, que par cet anthrax et d’autres épizooties meurtrières, on voit chaque année périr inopinément dans différentes contreés de notre patrie, un nombre: considérable d’animaux utiles, et que l’économie rurale, le bien-être général du pays, en souffrent tant; considérant également, que les causes occasionnelles de ces maladies gisent encore dans les tenèbres et demandent, à en être retirées: il sera toujours du devoir de chaque vétérinaire, d’employer tous les moyens, toutes les ressources. qui sont en son pouvoir, pour les en retirer autant que possible, afin de poser la première pierre fondamentale, sur laquelle on puisse bâtir, pour opposer une digue aux ravages que ces Épizooties occasionnent, pour pouvoir les extirper, ou du moins mettre un frein à leur fureur. Aussi long-

tems que cette base n'existera pas. aussi lonetems qu’il | a pas, 5 q

n’y aura que des soupcons ou des suppositions à l'égard des causes occasionnelles, tous les efforts, toutes les précautions, mises en usage pour les prévenir ou les combattre, ne pourront avoir que fort peu de succès. Monsieur L. MARCHAND, élève à l’École Vétérinaire de notre Royaume, pour le Grand-Duchéde Luxembourg, profitant des indications faites, a saisi cette occasion pour me communiquer par écrit, ce que l’expérience lui a appris sur les effets de différentes productions cryptogamigques sur la santé du bétail, et de leur funeste pouvoir, d’occasionner cette inflammation aigue et maligne chez les herbivores, connue chez nous sous les noms de miltvuur, vuur, darmvuur , verborgen vuur, het stille bloed, het venijn; chez les Francais sous ceux de charbon, fievre charbonneuse, maladie de rate, maladie de sang (febris carbunculosa), et chez les Allemands sous ceux de Milzseuche, Milzbrand , Blutkrankheit, Karbunkelkrankheit. J'ai lu ce mémoire avec plaisir et j’ai pensé, qu’inséré dans ce journal, il pourrait devenir utile aux vétérinaires, comme renfermant non seulement quelques observations, qui semblent démontrer directement la funeste influence des eryptogames, mais qu’il pourrait encore, au moyen des planches ajoutées et dessinées par lui d’après nature, servir de guide propre à faciliter aux autres la recherche et la connaissance de ces parasites. Ce jeune homme, connu déjà ailleurs très avantageusement comme un botaniste zélé et instruit, surtout par rapport à la partie eryptogamique, vient ainsi confirmer d’une manière incontestable les avantages éminens, qu’offrel’ap- ] LS

plication de cette science importante à l’art vétérinairef)

Quoique des faits nombreux prouvent la noxibilité des fourrages infectés de productions eryptogamiques, on ne doit pas encore les regarder comme la cause unique, qui peut produire parmi le bétail le charbon ou de semblables maladies inflammatoires plus ou moins aigues, parce qu’il peut en exister d’autres, qui, comme influences prédisposantes ou occasionnelles, peuvent provoquer des effets semblables. Il n’est pas moins vrai, qu’ils conservent toujours beaucoup d’importance, en nous présentant des causes positives, sur lesquelles jusqu'à présent l'attention s’étoit peu fixée chez nous, tandis qu’on attribuait souvent ces maladies à d’autres influences, souvent tout à fait invraisemblables, ou qu'on ne pouvait donner aucune raison plausible de l’origine de ces épizooties. Connaissant les propriétés maléfiques, que peuvent acquérir ainsi les fourrages, c’est d’abord sur eux qu’il faut, si le cas se présente, fixer son attention. Ilest surtout nécessaire, de ne pas négliger cette indication dans nombre d’indispositions parmi les bestiaux; principalement si l’on prenden considération les observations déjà existantes sur cette noxibilité des fourrages. J'ai à cet effet essayé de ras-

sembler les remarques dispersées dans les livres des

(*) Comparez mon discours, intitulé: Redevoering over de Vee-artsenijkunde, en de inrigting van derzelver onderwijs , overeenkomstig met het belang der maatschappij. Ma-

gazijn, Y partie p. 41.

écrivains étrangers, et d’y ajouter ce qu’à cet égard m’apprit ma propre expérience.

J'ai cependant jugé à propos de les faire précéder de différens rapports sur quelques maladies inflammatoires aigues , qui dans plusieurs contrées de notre pays, ont fait des ravages plus ou moins considérables parmi le bétail, rapports qui me sont parvenus, en partie de la part du

Ministère de l'Intérieur, en partie par d’autres voies.

Dans l’automne de 1827, une maladie inflammatoire aigue se declara parmi les bêtes à cornes des communes de Spanbroek. et Wagnum, Province de la Æollandeseptentrionale; en peu de tems un nombre considérable de ces animaux en périt victime. Quoique je ne sache pas au juste combien en furent attaqués ou en moururent, je présume que ce nombre fut assez considérable, puisque les habitans en furent très inquiets; ils regardèrent cette maladie comme contagieuse et craignirent, qu’elle ne se propageât dans la Province, si riche en bétail.

Il résulte des recherches, faites par le médecin vétérinaire M. F. HOFFMAN, à Moorn, qu’on doit regarder cette maladie comme charbonneuse; chose également adoptée par d’autres vétérinaires. Les symptômes étaient les suivans: abattement, perte d’appétit et de rumination, respiration et pouls très accélérés, obstructions abdominales, agalaxie plus ou moins prononcée, et la couleur du peu de lait, qu’on obtenait, tirait sur le

bleu. La maladie fut tellement aigue, que les animaux

qui en furent atteints, périrent sans qu'on obtint le moindre succès dans l’emploi des saignées, des sétons, de l’hellébore et d’autres moyens refrigérans et antiphlogistiques, mis immédiatement en usage.

On reconnut à l’autopsie cadavérique d’abord une violente inflammation de l’estomac, du canal intestinal, qui étaient en outre tapissés de taches violacées ; le foie aussi inflammé et ramolli, la rate, gorgée d’un sang noir, était molle et pulpeuse, des extravasations sanguines se trouvaient dans le mésentère; les cadavres répandaient une odeur fétide insupportable. Un chat, qui avait mangé de la viande et du sang d’un cadavre d’une vache, morte de cette maladie, périts ilest à présumer que cela fut la cause de sa mort.

La maladie s'était declarée à Parrière saison parmi le bétail de différens propriétaires, et, après larentrée des troupeaux dans les étables , elle se manifesta de nouveau, sans que les causes en fussent connues. Les animaux avaient été nourris de foin, provenant des prairies, dans lesquelles ils avaient paturé pendant tout l'été, et

qui paraissait de bonne qualité.

Pendant le mois de Février 1828, une maladie inflammatoire très aigue aflecta les-chevaux du laboureur JAN SCHELLING, à Klaaswaal, Province de la Hollande-méridionale. Dix-neuf chevaux de différens âges, qui se trouvèrent dans la même écurie, furent, à quelques uns près, simultanément attaqués de la même maladie,

en sorte qu'en peu de tems six ou sept suecombèrent;

ce qui occasionna à ce propriétaire une perte de 1500 florins environ. Peu de communications me sont parvenues sur les symptômes de cette maladie. Il parait seulement pouvoir être constaté par les rapports du vétérinaire J,DE ROMPH, que plusieurs des chevaux morts, qui paraissaient peu auparavant jouir d’une bonne santé, tombèrent subitement à terre et périrent, sans qu'on put reconnaitre la maladie par ses symptômes. Quant aux autres il rapporte, que leur état abnormal consistait dans une inflammation plus ou moins prononcée. L’autopsie fit voir les poumons entièrement gangrénés. | Aucune cause ne pouvait être définitivement précisée. Le vétérinaire susnommé pensait, que la cause de la mort de deux chevaux pouvait être expliquée de la manière suivante: le propriétaire fit avec eux un voyage dans un cabriolet, le 31 Janvier, par un tems froid et nébuleux; en route, ses chevaux avoient refusé de boire: mais rentrés à la maison, ils avalèrent de l’eau froide en grande quantité; c'est cette eau, qui doit avoir occasionné un refroidissement trop subit. Il parle en outre d’air méphitique, qu'ils ont probablement respiré pendant ce voyage, et qui doit avoir attaqué les poumons; cependant ils ont paru bien portant jusqu’au 15 Février suivant. Ces chevaux mangeaient du bon foin, recolté sur le bord des canaux, et alternativement de la paille de froment, d’avoine et d’orge, de bonne qualité: pendant la nuit de l’éteule de fèves. Cette dernière n’était pas très bonne, mais aucun de ces alimens

ne se trouvait infectés m de nielle, mi de moississure.

L'existence de plantes vénéneuses y était incertaine. Je dois observer ici, que ces derniers éclaircissemens ne m'ont été communiqués, qu'après avoir rappelé Pattention sur l’examen des fourrages, qui renfermaient, selon mon opinion, plutôt la source de la maladie, que les causes admises par le vétérinaire, c'est-à-dire, l’usage d’une eau froide et l’inspiration d’un air méphitique, En effet, quand même ces deux agens auraient dévéloppé leur action dangereuse sur les deux chevaux en service pendant un tems rude et nébuleux, le31 Janvier, ils n’expliquent en aucune manière, comment en peu de tems, et dans la même écurie, les autres chevaux se trouvèrent successivement attaqués plus ou moins violemment. L’existence de la maladie chez plusieurs animaux simultanément, devait plutôt faire soupçonner une cause générale, qui devait exercer son influence sur les chevaux de la même écurie, cause qui cependant resta inconnue.

Il ne m'est parvenu sur cette maladie d’autres renseignemens, que sur l’emploi d’un traitement antiphlogistique, consistant en électuaires faits avec du sulfate et du nitrate de potasse, du sel ammoniac, du miel, de la racine de réglisse, sans faire le moindre usage des sétons ni des saignées générales, qui furent comdamnées par le vétérinaire ROMPH. Le vétérinaire Bijl en fit cependant usage sur quelques chevaux, mais j'ignore quel en fut le résultat,

Le médecin vétérinaire F. BONTEKOE, à Winschoten,

Province de Groningue , me communiqua le rapport suivant sur une maladie, qui se déclara le 22 Novembre 1827, parmi les chevaux d’une paysanne, à Cropswolde ; tous ceux qui se trouvèrent dans son écurie en furent attaqués et en périrent.

« Le matin du dit jour un cheval hongre, bien nourri, agé de cinq ans, gisoit étendu dans l’écurie, après avoir la veille au soir très bien mangé avec les autres chevaux.”

«On lui présenta quelques alimens, qu'il saisit et mangea avec avidité. On s’efforca de le remettre sur pied, mais on fut obligé de lâcher les suspensoirs, parce que les muscles de la tête, des membres, et dela queue devinrent tout à coup tellement flasques, qu’on crut qu’il allait expirer, On consulta alors une personne, qui se mêloit de l’art vétérinaire, qui lui administra de l’huile, croyant qu’il y avoit constipation, et lui tira une petite quantité de sang de la jugulaire; le cheval cependant mourut dans la nuit du 23 au 24, sans qu’on ait essayé d’autres médicamens, deux jours après que la maladie s’était declarée.”

« On observa avec plus de soin les autres chevaux. Dans la matinée du 24, un poulain, voisin du précédant, ne se leva plus. On redoubla encore la surveilsance, la propriétaire en conçut des inquiétudes toujours croissantes; nuit et jour des gardes veillèrent à Pécurie. Dans la soirée du 28, une jument, agée de neuf ou dix ans, prête à pouliner, qu’on avait vue encore une demi-heure auparavant prendre la nourriture

au ratelier, était, comme les précédens, frappée de

la maladie, et étendue par terre, où elle expira en 24 heures. Peu après, un cheval d’un an, le dernier qui se trouva dans l’écurie, fut attaqué ; alors on eut seulement recours à mon ministère.”

« Les deux malades étaient dans un état presque désespérant; leur pouls petit et accéléré, la respiration tellement courte, que je comptai jusqu’à 47 inspirations par minute, et les excrémens rares; les animaux fesaient entendre des gémissemensentrecoupés, s’efforcant de relever la tête un peu, qui retombait de suite dans un état d’indolence, semblable à la mort.

L’autopsie que je fis de la jument, donna les résultats suivans : les poumons en partie hépatisés, en partie ra mollis, et d’un rouge foncé, le coeur gangréné et dilaté, le foie aussi attaqué par la gangrène, dans differentes places, la rate augmentée en volume et coriace, lestomac et les intestins sphacélés, le mésentère presque entièrement atrophié, le rein droit mou, agrandi et peu consistant, la matrice et le foetus dans leur état naturel, La trop grande distance de mon domicile m’ôta l’occasion de faire moi-même l’autopsie des deux jeunes chevaux, morts quelque tems après. Si cependant je puis me fier à l’exactitude d’un homme, qui fut présent à l’autopsie de la jument, et auquel j’avais indiqué les parties, sur lesquelles il devait fixer son attention, dans celle des deux dernières victimes; alors les ravages dans l’organisation de ceux-ci ne différaient guêres de ceux, observés par moi même dans la jument. Je ne pouvais découvrir les causes de cette maladie.

Je défendis d’abord le fourrage, dontles chevaux avaient

fait usage jusqu’à présent, et prescrivis un électuaire de nitre, sulfate depotasse, miel, combinés avec quelques légers excitans. Le cheval d’un an expira, après lui avoir une fois administré ce remède, tandis que le poulain résista encore pendant quelques jours.”?

« Plusieurs pensaient que la maladie devait son origine à du seigle, cuit dans un pot de cuivre; cependant je ne pouvais pas, malgré la noxibilité du cuivre, pris à certaines doses, adopter cette opinion, ne croyant nullement que cette nourriture, quoi qu’un peu acidulée, aurait pu tenir en dissolution une assez grande quantité de cuivre, pour que quatre chevaux, qui n’en usèrent qu’un peu au matin et au soir, eussent pu être empoisonnés ”’ (*).

« D’autres crurent que la maladie pouvait bien être la suite de poudres, administrées quelque tems auparavant à ces chevaux, et dans lesquelles on supposait une substance vénéneuse; mais comme il y a plus de trois mois qu’on n’en avait donné qu’à un seul de ces animaux pour la gourme, et qu’il n’en est résulté aucun effet, qui peut justifier cette supposition, elle perd par là même tout air de vraisemblance.”

Jai recu une petite quantité du foin, dont on avoit

(*) De pareilles circonstances cependant ne doivent pas être entièrement perdues de vue, quoiqu'il est évident que le cheval peut supporter des doses assez considérables de sulfate de cuivre, sans qu'il en résulte nn empoisonnement direct, comme nous ayons pu nous en assurer par différentes expériences, faites à l'École Vétérinaire.

nourri ces chevaux et qu’on avait donné à d’autre bétail, sans qu’il en résultât des suites fâcheuses, A l’examen que nous en fîimes, nous y découvrimes les traces de l’Uredo inconstans (PI. 1, fig. D, dont la poussière

séminifère avoit été dispersée.

Plus générale et plus désastreuse pour les laboureurs est la maladie , qui depuis nombre d’annéesexerce, dans la Province de Liege, ses ravages parmi les bêtes à cornes, et sur laquelle le vétérinaire de Verviers, 30- SEPH WAGELMANS, a dans le courant de l’année passée, adressé au Gouvernement un rapport trés détaillé, dont voici, sous forme d’extrait, le principal contenu.

« Dans le District de Verviers, si avantagé par sa position géographique, si renommé par la salubrité de l'air atmosphérique et par l’abondance de ses productions alimentaires de toutes espèces, il existe, depuis bien des années, ou plutôt de mémoire d’homme, une maladie toute particulière, qui attaque les bêtes à cornes. Elle est connue dans le pays sous le nom de mauvais feu, de feu volant, de feu de saint- Antoine; les gens superstitieux la regardent comme un sort, jeté sur les animaux, par un prétendu maléfice, qui produit un effet surnaturel, ou par une personne, qui a fait un pacte avec le diable, etc. etc. Depuis onze ans , que j’exerce la médecine vétérinaire dans ces contrées , cette maladie a fait périr beaucoup de bétail dans les communes

de Clermont, de Henri-Chapelle, de Boelen, de Dison,

de Herve et autres. Enfin il n’est point de commune, qui n’ait éprouvé des pertes considérables tous les ans ; il y en a pourtant, qui sont plus malheureuses et plus maltraitées les unes que les autres, par exemple celle de Clermont et tous ses environs.” Á

« Cette maladie attaque indistinctement tous les sujets, les vieux et les jeunes, les faibles et les forts, les beaux et les laids, les gras et les maigres ; elle se dévéloppe dans toutes les saisons de l’année. Je veux dire par là, qu’elle attaque tantôt les animaux dans les étables, et tantôt dans les paturâges, en sorte qu’elle ne cesse pas de faire çà et là des victimes.”

« Gette maladie est si meurtrière, parcourt si vite ses périodes, que l’application de tous les moyens curatifs devient inutile, lorsqu'elle s’est une fois déclarée. Quelle est cette maladie? quelle est surtout la cause qui l’entretient? cause qui fuit une prairie, pour aller faire ses ravages dans une autre, ou qui quitte une étable, pour pénétrer dans celle d’un voisin, quelques fois trés éloignée, et y exercer ses ravages cruels et ruineux. C’est une affection désolante, ce sont des recherches pénibles. J'ai beau prendre les informations , aller aux renseignemens, demander aux paysans leur avis , leurs idées, ce qu’ils en pensent ; on ne peut rien apprendre, rien obtenir desatisfeisant, rien, qui peut conduire à la connoissance de la cause.”

« Le résumé suivant peut servir pour donner une idée de la mortalité de cette maladie.”

«À Clermont, le laboureur DEMONSEAU perdit en

1819 un chien, qui avait mangé à differentes reprises

d'un animal mort de la maladie ; peu de tems après deux cochons tombent malades et périssent également. Aussitôt les bêtes à cornes sont attaquées les unes après les autres, et périssent en peu de tems. Au mois de Mai 1820, ce laboureur avait perdu vingt bêtes à cornes de tout âge. Il avoit encore deux bêtes malades à mon arrivée; Pune a été guérie, Pautre a péri. Dansle courant de Pété de la même année , il perdit encore une vache; quelque tems après DEMONSEAU quitte la ferme, quoique la maladie avait disparu , qui à ce que j’en sais n’y a plus jamais reparu.”?

« Depuis le 27 Juin 1820, jusqu’au 28 Juillet de la même année, le cultivateur P. F. WERTZ, de la même commune, perdit de la même manière sept vaches laitières, et trois génisses, plus de la moitié de son troupeau. Le 25 Juillet, je fus appelé pour la première fois chez WERTZ, où je trouvais six vaches malades: trois périrent pendant mon séjour chez lui, deux autres peu de tems après mon départ; la sixième fut guérie.”?

« Dans la commune de Merve, le sieur FASSOTTE perdit cinq bêtes à cornes en 1821; en 1822 encore cinq, et aucune n’avait été malade pendant vingt quatre heures.”

« Dans la commune de Dison , le fermier locataire HENSEVAL a perdu en 1821 presque tout son troupeau, qui consistaiten 9 ou 10 bêtes. Cette commune perdit en six mois trente bêtes de tout âge, appartenant à différens propriCtaires.”

« Dans la commune de Baelen, MATHIEU ROX à MA- ZARIN a perdu pendant les six années, qui viennent de

s’écouler, vingt deux bêtes à cornes, trois chevaux et

plus de deux cents bêtes à laine; seul exemple de mortalité que j’ai vu occasionnée par cette maladie-sur cette dernière espèce d’animanx(*). En 1826, le sieur WINT- GENS perdit, pendant la saison d'été, en six jours de tems, trois vaches laitières.”

« Dans la commune de Henri-Chapelle , JAN GERARD WINTGENS a perdu, depuis 1822 jusqu’à cette époque, douze bêtes à cornes de tout âge, et son voisin le sieur LOUSBERG a perdu subitement, pendant lété de 1827, six vaches laitières, plus de la moitié de son troupeau.”

.« Au mois d’Août 1826, la maladie s’est déclarée

chez le sieur MONVILLE , à Vorre-Fontaine, propriétaire de trente quatre-bêtes à cornes ; elle a duré jusqu'en Octobre. | |

«J’y fus appelé le 4 Septembre. A mon arrivée sept bêtes avaient déjà péri; j'en trouvais trois malades et mourantes, un boeuf, une vache , et une génisse ; peu de tems après elles périrent. Aussi avait-il perdu alors dix-sept bêtes à cornes, trois moutons et une truie. Au mois. de Mars 1827, la maladie reparut de nouveau. MONVILLE perdit encore deux bêtes à cornes. On recommença les remèdes préservatifs, et depuis elle a été parfaitement tranquille.”

«Ce propriétaire, qui était presque réduit à soigner

lui-même. ses animaux malades, a eu de violens maux

(*) Quoique à la tête de son rapport, le vétérinaire WAGEL- MANS indique seulement la maladie, comme n’attaquant que les bêtes à cornes, il résulte néanmoins de ces communications, que les chevaux, les bêtes à lame, et les cochons n’en furent pas à l’abri.

de gorge. Il faut dire ici en passant, que tous les do-

mestigues voulaient le quitter, que tous les prétendus guérisseurs ne voulaient plus entrer dans la ferme. Une

mauvaise maladie y était jetée, disaient-ils, par un

sort, et malheur à celui, qui yentrerait! Mais quand

les domestiques virent, que j’entrais sans crainte dans

les étables, que j’approchais des bêtes malades et sai-

nes, les visitais, leur administrais les choses nécessai-

res, et m'asséyais dans les écuries, alors la confiance

s’est rétablie dans la ferme. Quel service vous m'avez

rendu, me disait alors le sieur MONVILLE, sans le sa-

voir; j'étais sur le point d’être abandonné de tous mes

serviteurs; votre présence les a rassurés, vous avez. rétabli la confiance dans ma maison.”?

« A Saint-Jean-Jarf, le propriétaire Fr. G. NOLS perdit, dans le courant de Janvier 1828, quatre bêtes à cornes sur sept qu’il possédait.”

« Marche et symptômes de la maladie. Affection très aigue; souvent les animaux ne sont pas trois ou quatre heures malades ; quelques fois la maladie se prolonge douze ou vingt quatre heures, et même trois à quatre jours, rarement davantage; alors on a l’espoir de les sauver.”

« Les s ymptômes sont très compliqués et annoncent une mort prochaine, même à la première apparition, tandis que dans toute autre maladie ils ont une marche graduée , depuis le commencement du mal jusqu’à la fin. L’invasion a lieu d’une manière subite et estaccompagnée de frissons, de perte d’appétit et de rumination,

de suspension de lait; la peau est sèche, plus ou moins

attachée, les poils hérissés, le museau sec, les yeux brillans et égarés, les oreilles et les cornes froides ; beaucoup de sensibilité et d’irritabilité, la gueule baveuse, écumeuse, quelquefois fétide et très chaude ; la respiration génée et courte; le pouls plein et accé- Kré donne 60 à 70 pulsations par minute; très souvent il y a une diarrhée très abondante et très fétide ; d’autres fois il y a constipation très opiniâtre.”

« Autopsie cadavérique. L'ouverture des cadavres annonce une foule de variétés dans l’altération des viscères; on diroit que la putréfaction s’empare de suite des animaux malades; une odeur pestilentielle vient frapper l’odorat d’une manière dégoutante.” ;

« D'abord en levant la peau, l’on voit souvent les muscles cutanés plus ou moins altérés ; un sang noir se trouve accumulé, ce qui donne un air de mortification à ces parties.”

« En ouvrant la gueule, on la trouve presque toujours remplie de bave écumeuse, le larynx et le pharynx sont gorgés et enflammés; en suivant la trachée-artère jusqu'aux poumons, on trouve la muqueuse dans un état d’inflammation plus ou moins violente, et les poumons comme putréfiés, représentant une masse informe, dans laquelle on peut à peine distinguer quelque trace d’organisation 3 tandis qu’on trouve le coeur nageant dans une grande quantité d’eau jaunâtre, qui remplit le péricarde et toute la cavité thorachique.”?

« Passant de là aux organes digestifs, en suivant l’oesophage , depuis le pharynx jusque dans l’estomac,

on ne voit rien de remarquable dans ces deux organes ;

mais, les trois, autres estomacs sont toujours plus ou moins altérés: la membrane muqueuse se détache avec beaucoup de facilité de la charnue. Arrivé aux intestins grèles, de grands désordres se font toujours remarquer; l’on y trouve les membranes du canal alimentaire confondues entre elles et comme gangrénées; le chyme est entremêlé de sang et présente à la vue une matière homogène, altérée ettrès fétide. L’altérationse continue quelquefois jusqu’au rectum, quelquefois aussi l’intestin est altéré de distance en distance; les matières fécales, contenues dans le canal alimentaire, sont très sèches et le tube. intestinal est toujours plus ou moins altéré.” |

« Le foie est souvent très gros, plus ou moins altéré, et toujours gorgé d’un sang noir. J’ai toujours remarqué que la rate avoit plus du double de son volume et de sa grandeur ordinaire, et qu’elle était également gorgée d’un sang noir.”

« Examinant en suite la cavité pelvienne, on trouve la vessie plus ou moins enflammée, ainsi que la matrice; d’autres fois ces viscères n’ont subi aucune altération.”

« L’on voit donc que ces altérations organiques ont attaqué tous les viscères de la respiration, de la circulation, de la génération et de la digestion, et qne ces derniers surtout sont toujours très maltraités; tandis que ceux des autres fonctions sont quelquefois ménagés.??

« De là on doit conclure, que les premiers désordres organiques se font ressentir sur les viscères di-

gestifs, parce qu’ils sont les premiers et les plus fortement attaqués.”

« Traitement. Quantité de malades ne donnent pas le tems de faire usage des moyens curatifss. car le plus souvent, lorsque la maladie s’est déclarée „il est inutile de chercher des secours et de faire des frais’, la perte des malades étant inévitable et très prochaine.”

« Le traitement doit singulièremént varier; il faut faire attention, qu'il se trouve des sujets fortement constipés, d’autres atteints de diarrhées très fortes et très fétides, d’autres enfin qui fientent naturellement.”

« Dans tous les eas j'ai fait pratiquer la saignée aux jugulaires, l’hellébore noir a été spécialement employé pour établir des cautères au poitrail et aux fesses ; le nitrate de potasse , et le sulfate de soude, ont toujours été employés ensemble dans des décoctions d’orge miellée ou d’eau de riz. Dans d’autres j’ai fait usage de la décoction de racine de gentiane , toujours fortement miellée.”

« Dans les constipations j'ai fait usage de purgatifs, tels que l’aloës, combiné avec le sulfate de soude et donné avec de l’eau miellée des lavemens en abondance et toujours émolliens, parce qu’ils sont les plus faciles à composer, et qu’on les a de suite et partout sous la main. Tous ces moyens curatifs ne peuvent être bien administrés que par des personnes de l’art et qui ont l’habitude de voir cette maladie, pour saisir les diverses indications, qui se présentent, et régler les doses.”

« Médecine préservative et hygiénique. Lies moyens

oe *

sanitaires n’ont étéemployés, que quand la maladie s’était déclarée, et lorsqu’elle avait déja enlevé quelques bètes. Je fis ouvrir la porte et les fenêtres des écuries, pouren renouveler l'air, souvent malgréles propriétaires ; je fis bien nettoyer tout, et blanchir à la chaux vive, quand il fut possible; puis je fis des fumigations oxigénées d’après le procédé de GUITON MORVEAU, qui, je crois, ont été de la plus grande utilité; elles m’ont inspiré toute confiance. Il y a plus de vingt ans que je fais et vois faire usage de cesfumigations, ce qui me porte à conseiller aux propriétaires de bestiaux , d’en faire usage au moins une fois par an, chose quia été faite dans certaines communes, et ce qu’il y a de sûr, c’est, qu’où cette opération a été mise en usage la maladie n’a pas paru.”

Je ne veux pas attribuer la garantie ou l’éloignemeut de la maladie aux fumigations, mais je les emploie comme moyen sanitaire et désinfectant; puis, que coutent d’ailleurs ces fumigations ? quelques sous aux propriétaires , et elles se font sans peine et sans danger.”

« J'ai quelquefois employé la saignée en même tems sur tous les animaux, sains et malades, et leur ai placé l’hellébore au poitrail. J'ai fait séparer autant que possible les animaux sains des malades, aérer le foin et la paille, les asperger avec des saumures ou dissolutions de muriate de soude.”

« Il est à remarquer, que ces moyens préservatifs et curatifs, employés comme il vient d’être décrit, ont toujours été suivis de succès; mais il a été bien difficile dans le commencement de ma pratique, de faire adop-

ter aux propriétaires toutes ces mesures, quoique peu

couteuses. Il fallait pour ainsi dire leur en garantir le succès, et qui le pouvoit? Toutes ces précautions sont pourtant nécessaires , et dans leurs interêts.”?

« Dans cet état d’allarmes arrivent de prétendus guérisseurs mystérieux avec de nouveaux procédés; ce sont des remèdes secrets. Alors le propriétaire, ne sachant quel parti prendre, tombe dans de nouvelles erreurs; parceque ces sortes d’hommes ont beaucoup d’influence sur les campagnards, qui sontnaturellement portés aux remèdes surnaturels, et qui croient que ces maladies sont les effets de maléfice, lancé sur eux. Gette idée, soutenue et nourrie chez eux, les empêche le plus souvent de faire le nécessaire. Je tâche de leur faire perdre de vue d’aussi sottes idées ; je cherche à leur persuader qu’ils ne trouveront une parfaite guérison de leurs bestiaux, que dans une bonne administration, dans un bon régime, et par le secours de la médecine vétérinaire.”

Le vétérinaire WAGELMANS termine ce rapport par souhaiter, que les causes de cette maladie, qu’il croit nouvelle et n’être jamais décrite avant lui, fussent connues, ou que du moins on le mette sur le chemin pour tâcher de les découvrir. Si c’est un poison, il le suppose un putréfiant , qui se trouve introduit dans l’économie animale. Nous n’en possédons, dit-il, aucune donnée certaine; c’est encore un mystère, que le hazard nous fera un jour connaître. Il juge devoir regarder la maladie comme inflammatoire et contagieuse, — comme

une gastro-entérite.

Pendant le courant de la même année 1828, Monsieur le Gouverneur de la Province de Zuege a adressé à Monsieur l’Administrateur de l’Industrie Nationale un rapport sur une maladie, qui régna parmi les bestiaux des enfans Peters, dans la Commune de Glons.

“Les vétérinaires T'omballe, Guérin et Houben Vavaient rédigé par ordre de la Commission d'Agriculture ‘de la dite Province. Le:9 Août, époque à laquelle les vétérinaires susnommés procédèrent à la visite de la ‘ferme des dits propriétaires, ils trouvèrent le bétail, qui consistait en bêtes à cornes, à laine et chevaux, dans ‘un état sanitaire assez passable , quoiqu’ils présentassent de légers symptômes d’inflammation, sans pouvoir distinctement désigner les organes, qui en étaient le siège. Ayant procédé ensuite à la visite des prairies, pour y reconnaître la nature des herbes, qui servaient alors de nourriture aux bestiaux, ils n’y ont rien trouvé de nuisible ; car elles ne fournirent que des graminées, des légumineuses, des flosculeuses et quelques renoncules , qu'ils regardent comme nullement nuisibles dans ce pays. Îls crurent la maladie contagieuse et lui donnèrent le nom de #yphus charbonneux, de fièvre adenonerveuse, de fièvre putride ou charbonneuse, de sang de rate. (*) Elle dégénère toujours en gangrène, suite ‘d’inflammation portée à un trop haut dégré. Relativement aux causes , il leur semble que la maladie régnante

ne se propage que par un virus contagieux, qui, recélé

(*) Comparez notre opinion à l'égard de l’application de ces différentes dénominations au charbon Magazijn D. I.

Pat.

dans le corps animal, ne se trouve pas toujours dans des circonstances propres à se dévélopper: ‘et de là on cherche à expliquer pourquoi la maladie ne fait pas de ravages rapides.

Le traitement, conseillé par eux pour le bétail, ‘était antiphlogistique, admettant comme tel les saignées plus ou moins réitérées, les boissons émolliéntes nitrées, dans lesquelles «on ‘pouvait faire dissoudre du sulfate de soude. Ils conseillaient de plus un pâturage circonscrit, où ces animaux devaient aller pâturer, surtout les bêtes à laine, qui doivent s'éloigner des habitations, en leur indiquant la route qu’elles devaient suivre, pour éviter, que le bétail voisin et celui des autres propriétaires n’aille pas s'exposer à gagner la maladie.

Un autre rapport sur la même maladie , rédigé par ordre de la même Commission d’ Agriculture , et lui délivré par le vétérinaire Mowuben, qui a plus spécialement traité les animaux malades et fait des autopsies cadavériques, renferme des détails plus circonstanciés sur les points principaux de cette espèce de fléau.

De l'extrait abrégé, que je vais en faire, l’on verra, qu'à l'égard des symptômes, il y a quelque légère différence, mais on peut néanmoins, sans hésiter, vu l’analogie des symptômes les plus décisifs, en tirer la conclusion, que la maladie de Verviers et celle-ci offrent une identité complète.

« Symptômes. Lia maladie s’annonce par la sappression de la rumination , la diminution de la sécrétion du lait, par un frisson, quiest tantôt général , tantôt par-

tiel, accompagné d’un battement de flancs plus ou

moins considérable, suivant l’état des forces de la bête, qui en est atteinte. Les cornes et les oreillessont glacées, d’autres fois brûlantes, le museau estsecet froid, les yeux sont fixes et larmoyants, la conjonctive est d’un rouge pâle, infiltrée , le pouls petit, concentré, lent et irrégulier. Les battemens du coeur sont considérables et tellement forts, qu’on peut les entendre une certaine distance. Les malades ont un dégout pour tous les liquides, tandis qu’ils recherchent de temps à autre les alimens solides, comme s’ils étaient en bonne santé; puis il survient un dégout pour toute espèce d’alimens.”

« Si Panimal est en liberté dans les pâturages, il se retire dans les lieux sombres, marche nonchalamment, S'arrête, fixe les objets, se couche, se relève; s’il est à Pétable il reste debout, fixele mur, qui fait face, écoute, tourne la tête, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, jette un regard abattu sur les assistans. Bientôt deux ou trois évacuations alvines ont lieu dans un espace de temps plus ou moins long; la deuxième ou la troisième de ces évacuations est plus liquide que dans l’état naturel , d’une odeur plus forte, plus fétide et dont la température est plus élevée; quelquefois ces matières présentent quelques stries de sang. Un tremblement général arrive, les battemens de flancs augmentent, en sorte que l’on dirait, que la bête est prête à succomber, par Pinsufllation de l'air dans la veine jugulaire. A ce dégré de maladie, l’animal se couche, se lève souvent, puis il survient tout à coup une dyssenterie, par laquelle il excréte des matières liquides, glaireuses, mélangées

d’un sang noir, en quantités plus ou moins grandes.”

« La bête reste couchée, rapproche les jambes, se place sur son devant, comme si elle voulait se lever, se berce d’un côté à l'autre; le pouls devient intactile , la respiration courte et gênée; des gémissemens profonds et plaintifs se font entendre; une matière écumeuse sanguinolente sort par les narines; un sang noir découle de l’anus; la bête devient insensible aux coups les plus violents, ne fait plus aucun effort pour se relever, heurte la tête contre les corps qui l’environnent, puis la laissé tomber sur le sol, allonge les membres, fait une forte expiration ou un grincement de dents, accompagné de quelques ruts, et meurt au bots de quelques mouvemens convulsifs.”?

« Autopsie cadavérique. On trouve dans la cavité abdominale une grande quantité d’un liquide sanguinolent épanché, l’épiploon de couleur citronnée, ecchimosé, les vaisseaux engorgés d’un sang noir, la vésicule bilaire très dilatée de bile, le foie ainsi que la rate également gorgés d’un sang noir. Le rumen présente dans l’intérieur de sa cavité quelques ecchymoses dans Pétendue de ses parois, et ce viscère est rempli d’une quantité plus ou moins considérable d’alimens mal digérés; le réseau contient une matière roussâtre, le feuillet des alimens plus ou moins dessechés, et la caillette est remplie d’un liquide sanguinolent en quantité plus ou moins grande, liquide qui se trouve également dans les intestins grêles. On voit de plus les gros intestins remplis de matières alvines, dont la couleur varie suivant le genre d’alimens dont les animaux ont été nourris, re-

couvertes de quelques stries de sang noir; lintestin

rectum très enflammé, contenant quelquefois beaucoup de sang noir coagulé. ” |

« Les organes urinaires montrent les traces d’une forte inflammation; toutes les muqueuses possèdent des taches rouges violettes, plus ou moins étendues , et se détachent facilement, ”

« Dans la poitrine on remarque les poumons affaissés de couleur violette et quelquefois engorgés d’un sang noir écumeux, les branches et la tranchée-artère remplies du même liquide, les muqueuses enflammées. Le péricarde contient dans sa cavité un sang dissolu en plus ou moins grande quantité; toute la surface externe du coeur et des oreillettes est ecchymosée, et les vaisseaux de ce viscère sont remplis d’un sang noir. L'intérieur des cavités présente un nombre considérable de taches noires, surtout le ventricule et l’oreillette gauches.”

« Le cerveau contient dans ses ventricules un peu de sérosité roussâtre, le plexus choroïde et les sinus veineux sont gorgés de sang.”

« On trouve sous la peau une quantité considérable de sang dans le tissu cellulaire et les capillaires.”

« Les animaux, qui périssent de cette maladie, conservent plus longtemps leur chaleur, que ceux, qui meurent d’autres maladies; mais bientôt après la décomposition putride est plus prompte. Les bestiaux sont ordinairement météorisés au moment, où ils périssent, ou quelques momens après.”

« On voit par ces observations cadavériques, que cette maladie depend d’une phlegmasie des plus intenses.”

« Lies animaux, qui en sont atteints, résistent rarement vingt quatre heures.”

« Gette maladie n’épargne aucun âge ; mais ses effets sont plus marqués sur les bêtes à cornes et à laine, que sur les autres animaux, et la mortalité est plus grande pendant les fortes chaleurs de l’été, que pendant les grands froids de l’hiver; aussi peut-on regarder les grandes chaleurs comme une des causes prédisposantes de cette maladie, ainsi que les vicissitudes atmosphériques. Les causes excitantes sont encore inconnues.”

« Le traitement antiphlogistique , tel que les saignées, les breuvages mucilagineux, les lavemens de même nature, acidulés avec du vinaigre, les bains d’eau tiède, au moyen de couvertures, imbibées de celiquide , et les dérivatifs, tels que les cataplasmes, faits avec la farine de moutarde, appliqués dans la région ombilicale (les sétons ont produit de mauvais effets), des frottemens du corps, sont suivis des plus heureux succès, quand ils sont mis en usage dès le premier début de la maladie; mais malheureusement la plupart des cultivateurs ne croient leurs bestiaux malades, que quandils refusent toute nourriture. Alors les animaux n’ont plus que quelques heures à vivre, ou même quelques minutes seulement; on les trouve souvent morts dans les pâturages ou les étables, avant qu’on ne les ait crus malades.”

« Le traitement ci-dessus mentionné ne m’a jamais réussi, quand je l’ai administré dans ce dernier dégré. Je crois que, dans cette dernière période, il serait bon de leur faire prendre des bains d’eau froide et de leur ad-

ministrer à l’intérieur l’éther sulfurique, uni à Peau

froide, immédiatement après les bains ou un semblable remède, suivant les indications, et de faire suivre ce traitement de bouchonnement et de bonnes couvertures.”?

« Je propose ces moyens, parceque j’ai remarqué, que les bêtes, placées à l’entrée d’une porte ou d’une fenètre, où la température n’était pas aussi élevée que dans le fond des étables, périssaient moins que les autres.” (*)

« On remarqua que la mortalité diminuait, à mesure que les grandes chaleurs diminuaient, et que le froid augmentait.”” (+)

« Depuis le 9 Decembre 1826 jusqu’au 25 Novembre 1828, la commune de Glons a perdu par cette maladie 2 chevaux, 21 bêtes à cornes, et 112 bêtes à laine.”

« Dans la province de Limbourg, où elle règne encore plus communément, elle a moissonné, suivant ce rapport, dans les communes de Millen, Riempstet Herderen, depuis 1826 jusq’en 1828, 161 chevaux, 503 bètes à cornes, 875 bêtes à laine et encore 2 bêtes à cornes, qui périrent plus tard. Ces désastres réduisi-

rent plusieurs laboureurs à la dernière misère.”

(*) Si cette observation est fondée, je ne vois pas pourquoi on ne suivrait pas dans la première période la même indication, en plaçant les bestiaux dans des lieux frais et aérés, et en faisant usage de bains froids.

(+) Ici ces observations semblent en quelque sorte différer de celle du vétérinaire wAGELMANS.

Nous voyons par ces rapports et d’autres, qui leur sont antérieurs (Magas. tom. I part. II), que ces maladies inflammatoires aigues occasionnent, dans beaucoup de provinces de notre royaume, de temps à autre, des dommages considérables à l’agriculture, et qu’elles doivent être regardées comme de terribles fléaux, qui frappent le laboureur. Nous apprenons de même, que les causes premières ont échappé à toutes les recherches faites à cet égard, et qu’en vain on les a cherchées dans différentes circonstances, qui n’offrent pas assez de probabilité, pour pouvoir découvrir la première origine de cette maladie. Les vétérinaires WAGELMANS , TOMBALLE, GUÉRIN et HOUBEN cherchent à expliquer l’origine et la propagation, en admettant un virus contagieux. D’après le premier il faut, qu’elle ait été communiquée chez le laboureur DEMONSEAU, à Clermont, par un chien, qui, attaqué d’une diarrhée très fétide, pour avoir mangé d’une victime de cette maladie, appartenant à un des voisins, souilla de ses ordures le foin, où il avait coutume de faire son gîte. Deux cochons, attaqués peu de temps après par une même diarrhée, succombèrent ainsi que le chien. Les bêtes à cornes se virent également bientôt assaillies lune après l’autre et périrent. Cette circonstance, rapportée par le vétérinaire sur la déposition de DEMONSEAU, semble bien offrir quelque probabilité pour la contagion de la maladie; mais elle n’en indique pas la première origine chez le bétail en

général, ni chez les victimes, qui occasionnèrent la

mort du chien. D'ailleurs est-il chose certaine, que les accidens les plus fâcheux peuvent résulter de l'usage , ou même seulement du contat du sang et d’autres parties d’un animal, mort ou attaqué de l’anthrax. Le laboureur MONVILLE, de Voër-fontaine , en offre encore un exemple, dans les dangereux maux de gorge, qu'il souffrit, pour avoir été obligé de soigner lui-même les bestiaux malades. Un second exemple est fourni dans: le dernier rapport du vétérinaire HOUBEN: il cite des personnes, dont le bras fut parsemé de pustules malignes, pour lavoir introduit dans l’anus de ces animaux ; peu avant leur mort. Peut-il maintenant être regardé comme tout à fait invraisemblable, dans le cas mentionné chez DEMONCEAU, que les excrémens du chien, que les cochons ont peut-être par hazard avalé, n’ont pas causé leur mort? N’a-t-on pas assez souvent vu-des cas pareïls chez des cochons, chiens, chats, dindons et poules? Quoiqu'il en soit, cette dernière supposition me parait jusqu’à présent bien plus admissible, que celle, adoptée par le vétérinaire WAGELMANS.

En attendant, des observations semblables méritent toujours une attention particulière, et rarement la vigilance pourra-t-elle s'étendre trop loin.

Le vétérinaire HOUBEN admet la contagion à Glons, parceque différens particuliers firent conduire dans leurs étables du bétail, provenant de localités, où la maladie ne s’était pas encore montrée, et que dans l’espace de six à sept jours ces nouveaux-venus se virent attaqués de la même manière, que l’avaient été les ani-

maux, qu'ils devaient remplacer. Aussi cette circon-

stance, envisagée superficiellement, semble parler pour l’existence d’un virus contagieux dans ces étables; mais il s’en. faut de beaucoup, qu’elle le prouve suffisamment. En eflet, si les causes occasionnelles pouvaient être cherchées dans le fourrage — supposition, nullement dénuée de vraisemblance — le bétail étranger, soumis alors aux mêmes influences, que celui, habitué à ces étables, en devrait par conséquent. ressentir également les funestes eflets, en fesant usage de cet aliment dangereux, et d’autant plus fort peutêtre, qu'il y était moins accoutumé. Nous-voyons en effet la même chose avoir lieu dans d’autres maladies, par exemple dans l’hématurie (pissement de sang, mictus cruentus), maladie quise dévéloppe de même par préférence dans certains pâturages, qui attaque principalement les bêtes à cornes, venues de localités, où elle n’existe pas, quand elles doivent pâturer dans de semblables prairies; tandis que ces animaux, qui dès leur plus tendre jeunesse ont été élevés dans ces pâturages, en sont atteints plus rarement, et en général alors seulement, quand les causes y existantes agissent

avec plus d’intensité qu’à l’ordinaire (*).

(*) Comparez le mémoire sur le mictus eruentus des vaches de feu mon digne précepteur, le célèbre Professeur Pp. DR1Es- SEN, inséré dans le premier tôme de ce Magasin, p. 78 et suiv. Aussi par rapport aux causes occasionnelles de l’hématurie nous tâtonnons encore comme dans les ténèbres. Différentes circonstances m'ont porté à ne pas regarder les cryptogames comme hors de cause dans le développement de cette maladie.

Sans doute il y aurait plus de probabilité pour la contagion, si des animaux transportés d’une étable, où la maladie a existé plus ou moins longtemps, dans une autre , où elle ne s’est pas encore déclarée, vinssent l’y introduire et infecter les bestiaux sains, quis’y trouvent, cas qui ne s’est pas encore présenté, ce qui doit par conséquent empêcher les infortunés, qui perdent souvent de cette manière la principale source, dont dépend leur existence, de prétendre à quelque indemnité du fond d’agriculture.

On ne peut pas, quelle que soit l’âcreté communiquée aux fluides et autres parties organiques dans cette maladie, âcreté par laquelle ils acquièrent des propriétés très vénéneuses et morbifiques pour les ani-

maux en général (*), en déduire la conclusion, que la

(*) Le Dr. ziearer, à Quedlinbourg, prouve par l’observation suivante, que ce venin peut aussi être communiqué par des mouches. Un tanneur en déployant la peau d’une vache morte du charbon, vit quelques mouches sur une raie de sang, qui s’y trouvait encore, dont une volant sur la paupière de son oeil droit, lui fit une piquüre, dont résulta une ampoule de couleur noire avec des suites fächeuses, qui le tinrent malade pendant six semaines, au bout desquelles il guérit.

Dans le Magazin für die gesammte Heilkunde de rust, Tom. XXVIII, on trouve, que la femme d’un berger devint victime d’une piquûre de mouche au visage, qui avait été suivie d’un engorgemert considérable de la tête et du cou. Sur la paupière gauche apparaissait une tache noire; la déglutition devint impossible, les scarifications , les cataplasmes froids, les saignées, l'emploi des cantharides restèrent sans succès. L’enflure de la tête et de la gorge augmenta considérablement pendant six heures; la langue devint tuméfiée, et des ampoules se for-

maladie possède la qualité de se propager par un virus contagieux, qui lui est propre, en sorte qu'il en puisse résulter des craintes pour une propagation générale, et que pour cette raison il soit nécessaire de provoquer des mesures directes de la part du Gouvernement. Toutes les précautions à prendre se bornent à employer de la prudence dans le traitement des malades et à mettre del’exactitude dans l’enterrement des cadavres, pour, qu’enfouis profondément, il ne puisse en résulter du danger, soit pour les hommes, soit pour d’autres bestiaux.

Au surplus, la marche interrompue et irrégulière, qu'aflecte généralement la maladie dans les contrées où elle se déclare, assaillissant tantôt consécutivement ou simultanément plusieurs animaux de suite, tantôt laissant écouler une époque plus ou moins longue, sans faire de victimes, n'est pas une qualité, qui peut en général s’accorder avec les maladies réellement contagieuses, qui continuent ordinairement sans interruption, avec régularité et plus ou moins d’opiniâtreté, désignant elles mêmes à l’oeil observateur la manière, dont le virus contagieux est communiqué, et la marche, qu’elles tiennent depuis leur point de départ, afin de pouvoir les suivre pas à pas sur le théatre de leurs ravages.

De pareilles pertes intermittentes se laissent plutôt expliquer par une action casuelle des causes hygiéni-

ques en question, à laquelle, comme nous le verrons

mèrent dans le visage, remplies d’une liqueur jaune et fétide. Le matin du ro Février 1826, deuxième jour de l'accident malheureux , la patiente mourut par suffocation.

dans la suite, les animaux sont tantôt plus, tantôt moins exposés.

Quoiqu'on n’ait pas encore décidé, si le charbon peut ou non dans certains cas acquérir un caractère réellement contagieux, ou s’il peut posséder quelquefois dans la contagion un eflet sécondaire, pouvant se communiquer, par un virus volatil, aux bestiaux du même genre ou d’un genre différent; il n’en est pour cela pas moins nullement douteux, que ce caractère de contagion n’est jamais originaire, mais qu’il résulte des causes générales ou particulières, propres à certaines contrées, où le charbon se déclare de temps à autre.

Jai déjà parlé d’une température sèche et élevée , comme favorisant chez le bétail la cause prédisposante de cette maladie inflammatoire bilieuse (Magasin , vol. 1, part. II). Je la passe donc ici, pour ne pas me répéter. Il est certain, que la seule cause ne se trouve pas dans cet état atmosphérique, puisqu’on voit le charbon souvent se développer de préférence , etmême exclusivement dans certaines contrées et sur certains pâturages , ainsi que pendant l’hiver , et alors chez ces animaux, qui ont été nourris de productions de ces terrains , où les animaux en pâture se virent également assaillis. C’est pourquoi aussi que, dans tous mes avis, j'ai constamment conseillé de fixer son attention sur herbe , le foin et la paille, pour voir, si la cause première d’un mal aussi aigu et aussi dangereux ne se trouvait pas dans ces substances. Nos vétérinaires ne m'ont fait jusqu'à présent aucune communication à cet égard.

Quelques uns semblent bien avoir fait des recherches ,

mais déclarent n’avoir trouvé dans les fourrages aucune plante nuisible, ou quelque autre substance , sur laquelle puissent se porter les soupçons.

Cependant il faut faire observer, que les principes maléfiques, dont je veux parler, échappent généralement à un examen superficiel. Les fourrages peuvent avoir un belextérieur, le foin peut même paraître excellent par son odeur agréable , sa fraicheur , sa bonne couleur ‚ et pourtant renfermer en plus ou moins grande abondance les germes-pernicieux. Une attention toute particulière est donc exigée pour les cryptogames parasites de nos différents fourrages. Le mémoire de Monsieur MARCHAND et les planches, qui l’accompagnent, représentant quelques unes de ces parasites pourront servir de guide satisfesant aux vétérinaires, pour pouvoir distinguer, dansl’examen des fourrages, les cryptogames, qui pourraient les infecter (*).

(*) Ayant appris, que le charbon avait toujours continué en 1827 à bt. et DE ef (Magas. partie I. p. 137) j'ai cherché à me LIENS des renseignemens plus précis, renseignemens, qui m’ont été remis par l'élève xa- Gers, de la part du Bourgmestre de cette Commune. Ils nous apprennent, que „pendant les derniers temps, en 1828, aucun animal n’a péri de cette maladie. Les causes restent toujours incertaines. Pendant les années précédentes, dit le Bourgmestre, la quantité des victimes pendant l'hiver égala presque celle de l’été, quoique nourries de foin de différentes localités. Plusieurs animaux, qui n'avaient point RAS les pâturages, sont morts dans lés étables. Les bêtes à laine ‚ qui avaient continuellement pâturé dans les bruyères n’ont pas été attaquées du charbon, tandis que celles, qni avaient fré-

enn eden

Dans tous les tems on a regardé cet état maladif, cet état pathologique des plantes phanérogames , comme un mal très redoutable; les âges les plus reculés en parlent, et, grâce à leurs funestes effets, les données, que nous en possédons , quoiqu’un peu équivoques , ont échappé aux ténèbres du moyen âge et ont, après avoir été ensevelies pendant tant de siècles, reparu à la lumière, comme des feux follets, qui indiquent au voyageur superstitieux la place, qui recèle un trésor.

Sans doute nos ancêtres ne savaient guères, ce qu’ils entendaient par r#bigo (ustilago), melligo, albigo ou, pour mieux dire, mettaient peu de différence dans l’emploi de ces quatre mots, qui pourtant désignent, chacun en particulier, un état morbide du végétal très différent. Mais faut-il s’en étonner, quand même de nos jours on les voit confondre à chaque moment?

C’est M. le Professeur H. C. VAN HALL, de Gronin-

quenté les pâturages des bords de la Meuse, en périrent presque toutes, On ne saurait dire, que la boisson ait contribué au développement de la maladie, parceque celles qui burent dans la Meuse, n’en furent pas plus épargnées, que celles, qui burent des eaux stagnantes. L'année avant l'invasion de la maladie, le pays avait été inondé ; il parait, que c’est à cette circonstance, qu'il faut partiellement attribuer la maladie , parceque les jeunes bêtes à cornes et les bêtes à laine avaient été dans ces terrains inondés , avant qu’ils ne fussent suffisamment desséchés ; aussi la plupart de ces bêtes ont-elles péri. On croit pourtant, que les deux étés de 1826 et 1827, qui furent très chauds, ont également contribué au développement de ce mal redoutable.

gue(*), qui prouve clairement erreur, où sont plusieurs à cet égard. :Cependant, quoique nos contemporains ne sont pas d'accord sur l’emploi de ces mots, ils le sont du moins tous avec nos-aneêtres , sur la noxibilité des végétaux, qui se trouvent dans l’état qu’ils désignent, et conviennent de concert, que pareilles plantes sont très nuisibles pour les hommes et les bestiaux.

Nous lisons dans l'écriture sainte (+), que MOïsE déjà menacait les Israélites de la rouille, ainsi que de la peste, dela phtisie, des fièvres,des pustules et de plusieursautres maux, s'ils n’obéissaient point à la parole du Seigneur: Quoique la commémoration de ces fléaux combinés ne prouve point, qu’il y existe un rapport direct entre les vices nommés du blé , et les maladies mentionnées, il est pourtant vrai, que la sainte Bible parle souvent de la rouille, de la nielle, et des maladies populaires, qui semblent avoir régné en même tems(().

Les Grecs regardèrent la rouille comme une punition du'ciel, qu’on ne peut pas prévoir et contre laquelle il est impossible de faire la moindre chose. Ils la prirent pour une maladie des plantes(**).

(*) Gedachten over den honigdauw (Bijdrag. tot de Natuurk. Wetensch. D. III. St. 1).

(1) Deuteronome, chap. 28. vs. 12.

($) 1 Rois 8. vs. 17. 2 Chron. 6. vs. 28. Mo. vs. Aggée 2. vs. 18.

és} Taropurasrrhiséoria plantarum, cap.X devitisfrugum et bestiolis nocentibus (obus TOoÙ ÉQurréquevou dy poù EN putredo residentis humoris).

Les écrivains Romains, qui traitent de l’agriculture „ ont attribué à la rouille bien de propriétés dangereuses. Le Deus Rubiqus futadoré parmiles dieux protecteursde l’agriculture, dont on implorait la faveur, pour préserver les arbres et les céréales de la rouille. A cet effet des fêtes publiques ont été installées par NUMA POMPILIUS; elles étaient célébrées dans le mois d’Avril (£).

Dans les derniers tems plusieurs épizooties ont été attribuées aux effets de cet état abnormal des phanérogames, dégénérations , que nous attribuons maintenant à des-cryptogames parasites, qui exercent une influence pernicieuse sur l’économie animale.

On trouve noté dans PAULET(+), que pendantles années 1663, 1664 et: 1666, une épizootie fit les plus grands ravages parmi les bêtes à laine, dans la Franconie, épizootie, que l’on attribuait aux grandes pluies de 1663, suivies d’une forte sécheresse , ainsi qu’à la rouille sur les végétaux.

Une maladie contagieuse , qui fut observée par RA- MAZZINI dans les environs de Padoue, attaquant les hommes , les animaux et même les vers à soie, fut la

suite, comme dit cetécrivain, de la chaleur excessive

(*) Virarrus, Georgie. Libr. 1. 150. Mox et frumentis labor additus ut mula culmos esset Rubigo etc. SCRIPTORES RE1 RUSTICAE : COLUMELLA Cap. 10. 343. » Rubigo ne torreat herbas,” cap. 2. 12. Arb.13. ParLaprus cap. I. 35. Varro cap. I. 1. La description de cette fête se trouve dans ovine, Fastorum hbr. V. vs. 915. sqq.

(t) Beiträge zu einer Geschichte der Viehseuchen, von G. L. RUMPELT, Dresden 1776.

des quatre ou cinq années précédentes , et des grandes pluies de 1689 et 1690, qui occasionnèrent des submersions, et couvrirent les plantes de rouille (*).

En 1623 régnait dans la Messe une épizootie attribuée à la rouille qui remplissait les pâturages de la même manière qu’en [talie (+).

Une maladie, qui occasionna en 1712 de grandes pertes en Hongrie, fut attribuée aux sauterelles et à la

grande quantité de rouille ().

(9 Pater fic. p-:65:

(S) Bansarer, Réflexions sur la maladie, qui commence depuis quelques années à attaquer le gros bétail en divers endroits de l’Europe, par la société des médecins de Genève, p. 7 8, 93 cité par Gomer, dans son mémoire intitulé: Des effets des pailles rouillées, ou exposé des rapports, recherches et expériences sur la paille affectée de rouille, delivrée pendant le dernier trimestre de l'an neuf aux Chevaux du 20%° Régiment des Chasseurs, stationné à Arras. Je n'ai pas eu l’occasion de voir dans les ouvrages de la Société de Genève l’endroit cité et n’en fais donc mention que d'apres Gomer. Aussi les autres communications de PAULET sont citées par lui, d'après l’édition française. Je me sers de l’édition allemande, dans laquelle le mot rouille est généralement traduit par Mehlthau (albigo), meeldauw. Je lui ai laissé sa juste signification de rouille, rubigo, roest.

Souvent l’on trouve ce mot employé pour la „zelle (melligo, honigdauw), quoiqu’à tort, parceque cette substance n’est pas cryplogamique, mais une matière propre sucrée, exsudée par la surface de la plante phanérogame. Aussi le mot de nielle est souvent employé au lieu de rouille. La raison, pourquoi ces choses sont si souvent confondues, doit principalement être cherchée, en ce que la première précède souvent la

En 1726 se déclara en Allemagne, après un long hiver, pendant les mois de Mars, Avril et Mai, une épi-

2 A zootie, tantôt dans une, tantôt dans une autre contrée ;

dernière; c’est pourquoi elles sont regardées par plusieurs, comme deux périodes différentes d’une et même maladie de la plante. Elles existent néanmoins indépendantes l’une de Fautre, ou du moins ne parait-il pas exister d’autres rapports entre elles que la prédisposition, que la néelle peut occasionner dans des végetaux pour le développement de Ta rouille, de l'albigo, ou d’autres cryptogames parasites. Le Professeur VAN HALL les a distingué avec précision dans son mémoire cité. Comparez aussi wiLDENoOw, Grundriss der Krüuterkunde, pag. 440.

Nous manquons jusqu’à présent d'observations assez exactes et assez concluantes pour pouvoir constater , que la nzelle exerce réellement une influence funeste sur la santé des bestaux, quoiqu’elle en soit généralement accusée. Peut-être la plus grande partie de ces propriétés maléfiques supposées doit être rapportée à ces cryptogames, avec lesquelles on la confond si souvent. Cependant je ne saurais regarder la elle non plus comme une substance tont à fait mnocente. Dans le Land- und Hauswirth de a. u. scunee, 1828, N°. 40, p. 384, je trouve communiqué sous le titre: von der Schädlichkeit des Honigthaues auch in Absicht der Viehseuche, que des agriculteurs expérimentés et éclairés, ont remarqué en Saxe, que la nielle dans les prairies n’est pas simplement nuisible pour le bétail, mais que des épizooties sur des bêtes à cornes peuvent en résulter. De là la précaution des bergers, de déposer au soir, à la rentrée du troupeau, leur bâton sur l'herbe des prairies et de l’examiner le matin suivant avant de faire sortir le bétail. S’ils remarquent, que la rosée en découle semblable à de l’eau, les animaux sont de suite menés à la pâture ; y reste-t-elle au contraire accollée comme de l'huile ou du miel, alors les troupeaux restent dans les étables, jusqu’à ce que cette rosée ait été desséchée par le soleil. Depuis Pintro-

elle redoubla de vigueur pendant la sécheresse de Juin et Juillet, et ravagea principalement la Pologne, la Silesie et la Saxe. Elle n’était nullement le vrai typhus contagieux des bêtes à cornes, et ne se propageait pas par contagion dans toutes les contrées.

On en chercha la cause dans la quantité considérable de rouille, qui, par manque de pluie, restait attachée sur les feuilles. Dans le pays de Séréitz, après une longue sécheresse, pendant la nuit, une pluie abondante tomba enfin. La rouille envénimée fut entrainée en bas des végétaux dans les fossés (*) et tout le bétail, qui le jour suivant but de cette eau, mourut subite-

ment; les poissons même périrent. Les animaux seuls,

duction de cette coutume , la maladie alors régnante parmi les bêtes à cornes doit avoir cessé, et n’avoir jamais reparue. Je doute cependant, que cette supposition puisse s’accorder avec l’idée, que nous avons de la nielle, comme étant une exsudation de la plante, et non formée à la manière de la rosée ordinaire. Par conséquent cette observation n’a pas assez de fondemeut pour pouvoir être admise.

(*) Les cryptogames étant parvenues à leur dernier dégré de développement, la poussière ou les gongyles peuvent être entrainés par la pluie, de manière que la noxibilité des végétaux phanérogames, qui les ont engendrées, est diminuée de beaucoup, comme dans tous les cas, où cette poussière se trouve dispersée d’une manière quelconque. La place cependant, que la rouille, qui se développe sous l’épiderme occupait, reste toujours visible sur la plante; sous la forme d’une tache ou d’une cicatrice, et de là une grande différence entre la rubigo et la melligo. Cette dernière ne laisse pas d’empreinte sur la place qu’elle a occupée , comme l’a très bien dit le Professeur x. c. VAN HALL Ì. c;

qui alors ne fréquentèrent pas les pâturages, restèrent épargnés. Avant la mort les malades furent attaqués d’un frisson général et très-fort, et leur haleine était tellement fétide, qu’on la sentait déjà à une distance de trois cent pas. Tous les viscères étaient dans un état de putréfaction, le coeur nageait dans du sang décomposé. Chez quelques uns, au moment de leur mort, le sang s’écoulait par la bouche, avant que la maladie se déclarat; on vit des tuméfactions se développer sur le poitrail et au bas ventre; d’autres eurent des échauboulures, et alors ils moururent. Quelques uns expirèrent dans les pâturages, au moment, où ils étaient encore occupés à manger. Les échauboulures renfermèrent un liquide jaune-verdâtre. Les personnes mêmes, qui soignèrent les animaux, devinrent également malades. Un homme, qui introduisit son bras dans la gorge d’une bête à cornes , leut violemment enflammé; un autre vit s’y développer, outre une forte inflammation, encore des pustules malignes. Un autre, qui décorcha un animal mort, en mourut. D’autres personnes, qui avaient mangé de la viande d’un boeuf abattu dès le début de la maladie, en périrent également (*). Nous reconnaissons , si je ne me trompe, dans cette description , la vraie image du charbon aigu, comme on l’observe plusieurs fois de nos jours; je suis même porté à croire, que souvent des circonstances semblables, sans être pour cela généralement d’une influence aussi majeure ,

ne doivent pas être regardées comme hors de cause.

(DePaurers laos per 196:

La maladie, quien 1746 régna parmi les bêtes à cornes, à Halberstadt, Saxe-inférieure , est attribuée par ENS à des plantes vénéneuses , et à la rouille, dont tous les végéteaux furent infectés.

En 1761 et 1762 se déclara une épizootie parmi les bêtes à laine du Boulonnais, en France , dont les causes principales furent cherchées dans la disette des fourrages et leur mauvaise qualité ; le grain ayant été en partie mangé par les limacons , en partie désorganisé par la rouille, qu’ on observa cette année dans les mois de Juillet et Août, à la suite de grands brouillards , laissant sur la paille une poussière , qui est un poison pour les animaux (*).

En 1764 régnait dans le pays de Holstein , à Nordhausen , et dans le comté d’Fylouw en Moravie, une épizootie, accompagnée d’une affection des ongles. Dans la dernière contrée elle assaillissait tout le bétail , et occasionnait des altérations aphteuses dans la bouche. Elle était tellement contagieuse , qu’elle se communiquait même aux hommes. SAGAR nous en donna une description. On en chercha la cause dans une éclipse de soleil, la mauvaise saison , et la rouille, qui, dans automne de 1763, infectait les plantes, qui servaient d’aliment aux bestiaux.

Nous ajoutons encore à ces exemples l’opinion de

BARBARET , telle que nous la communique GOHIER (+).

(*) Le. p. 233. Demars, Mémoire sur la mortalité des moutons dans le Boulonnais, dans les années 1761 et 1762.

Paris 1767.

(t) Le. p. 48.

Que le blé, dit-il, soit attaqué de lergot (clavus , secale calcaratum, secale cornutum, clavus secalinus,

Mutterkorn, spoor-aar, sclerotium clavus) (*) ou gà-

(*) Cette maladie consiste dans une altération toute particulière de la graine, par laquelle elle prend une excroissance contre-naturelle, devenant bien plus allongée et plus grosse, mais n'ayant pas de germe. Qu’on ne confonde pas cette dégénération avec l’ustilago, uredo inconstans (1. MARCH, var. u. spiculicola. 1. MARCHAND, Conspect. Florae cryptogamicae M. D. L.). Wirpexow distingue deux sortes d'ergot, la bénigne, qui n’est pas nuisible, et la maligne, dont usage comme aliment est suivi d’accidens graves, tels que des con— vulsions très violentes, des douleurs brûlantes et aigues dans les extrémités, des évanouissemens , d’un sentiment de suffocation, de gangrène et même de la mort. L’ensemble de ces ac— cidens porte le nom d’ergotisme (raphania , convulsio cerealis, Kriebel-krankheit „kriebel-ziekte). Gette maladie terrible a plusieurs fois été observée comme épidémique dans la $/ésie, Prusse, Bohème, Hesse, Saxe, Suède et la France. Mémoires sur les observations faites en Pologne, par TESSIER, en 1777. (Reap, du seigle ergoté, Strasbourg 1771).

Différentes opinions existent sur l’origine de cette dégénération. Les uns la regardent comme une excroissance irrégulière d’une substance entre les valves et la graine, état morbide, qui serait occasionné par trop d’humidité et une grande sécheresse. D'autres considèrent cette excroissance comme produite pas la piquûre d’un insecte, qui doit déposer ses oeufs dans la graine même; d’autres enfin veulent, que se soit, comme les différentes espèces d'uredo, une cryptogame parasite. Le général marTEN Fiezp a, dans les Annals of Philadelphia, communiqué de nouvelles expériences à cet égard, desquelles parait résulter, que l’ergot est la suite de la piquûre d'une mouche, blessure qui occasionne l'écoulement d’un liquide hors de la graine, qui entre en fermentation et occasionne, par un accroissement abnormal, cette dégénération.

té par la nelle , il ne manque jamais de cause des maladies populaires. L’herbe de même infectée par une

rosée mielleuse , qui fait sur elle le même effet que sur

Des piquûres faites à dessein avec une épingle dans la graine constatèrent sa supposition, en occasionnant le développement de l’ergot dans l’espace de quatre jours. (Communiqué dans le Land- und Hauswirth, de scunre, N°. 52, 1828, p. Soo. über Entstehung des Mutterkorns.).

Notre mémoire Hollandais ayant déjà été publié, j'ai eu communication de l'opinion sur lergot, qu’a exposée le Dr. LEVEILLÉ, à Paris. Il regarde cette dégénérescence comme composée de l'ovaire non fécondé, altéré et dénaturé, et d’une espèce de champignon, qui occupe son sommet, et à laquelle il impose le nom de sphacelia segetum. M. marcHAnD me déclare, qu’il doit à présent donner à cette opinion la préférence sur toutes les autres. Il a vu lui-même la cryptogame susdite développée au sommet de l’ergot. La graine dans cet état w’a, selon lui, pas de germe. L’ergot porte encore des marques de son origine dans un sillon longitudinal au coté, dans sa forme allongée cylindrique et renflée dans sa partie moyenne. (Cette théorie de LEVEILLÉ est aussi admise par EDWARDS et VAVASSEUR dans leur Manuel de matière médicale.

Que l’ergot est également nuisible pour le bétail, résulte des expériences faites à cet égard. Porerne donna à un jeune cochon de l’orge mélangée pour un tiers avec de l'ergot. Quinze jours après les membres de cet animal devinrent rouges, il en découlait une liqueur verdâtre très fétide, le ventre et le dos prirent une teinte noire, les excrémens restèrent dans leur état naturel. Quatorze jours encore on le nourrit avec ce mélange, qui fut alors remplacé par de l’eau chaude pure ou mélée avec du son. D'abord il y avait quelque amélioration apparente, mais bientôt l’animal se plaignit de nouveau, put à peine se tenir sur ses jambes, et mourut sans avoir perdu l’appetit. Le mésentère , le jéjunum et l’ilion furent enflammés: deux taches violacées se trouvèrent sur le bord su-

le blé, devient aussi pernisieuse aux bestiaux , que le blé ergoté le devient aux hommes. Jusqu’à présent on

n’a pas encore déterminé sa nature. On sait seulement,

périeur du foie, et sous la gorge, ainsi que sur les jambes quelques pustules noires, qui étaient partiellement ouvertes et laissaient écouler un liquide rougeâtre. D’autres expériences faites par le même auteur, ainsi que par READ et TESSIER, ont fourni les mêmes résultats. Les animaux mouraient avec des symptômes de gangrène à la queue, aux oreilles, aux piedsete., et l’on trouva des taches gangréneuses sur le foie et les parois dés intestins (orriLA, Zraité des poisons, tom. II. p. 417). Qu'on compare sur tout ce que les uns avancent contre et les autres pour la noxibilité de l’ergot, murrAY, Apparat. medicaminum, vol. V, p. 343 et suiv.

Les expériences faites par LORINzER à l’école vétérinaire de Berlin, sur des pigeons, des poules, un chat, un cheval et d’autres animaux, s’accordent avec les précédentes. L’ergot leur occasionna des symptômes d’empoisonnement plus ou moins violens, accompagnés d'abattement, dilatation de la pupille, vomissement, diarrhée, inflammation des intestins, marche chancelante, etc. et auprès d’un coq la crête prit une coleur bleue bien prononcée. (Bibliothek der practischen Heilkunde, von c. w. gureLAnD, vol. III. p. 82).

[lest d’ailleurs connu, que l’ergot est loué par quelques médecins comme remêde très actif dans les accouchemens laborieux par inertie de lutérus, dont il excite les contractions.

Aux faits susnommés peuvent encore être ajoutés les observations du Docteur rourin , développées dans un mémoire qu'il a lu le 20 Juin à l’Académie des Sciences, et qui est intitulé: De Pergot du maïs, et de ses effets sur l'homme et les animaux. On en trouve un court extrait dans les Bijdragen tot de natuurkundige wetenschappen, d. IV, N°. IV. YFetenschappelijke berigten, p. 203, n°. 308, et dans le Aecueil de Médecine vétérinaire tome VI, N°. 68.

qu’elle est causée par des brouillards, qui brisent le tissu des feuilles et des tuyaux , et qui par là occasion

nent l’extravasation d’un suc gras , qui en se desséchant

Mr. rourin a observé cette maladie du maïs pendant son séjour en Amérique, et remarqua, que les effets, qui résultent de son usage, diffèrent sur quelques points sensiblement de ceux, que produit l’ergot du seigle. Il fait tomber les cheveux et quelquefois les dents des personnes, qui en mangent. Chez les pores il cause en quelque jours la chute des poils, plus tard les membres postérieurs s’atrophient. Les mules perdent les poils, quelquefois même le sabot, leurs pieds s'engorgent. Donné aux poules, elles pondent des oeufs privés de leur enveloppe terreuse. Tous les animaux, qui en mangent, en ressentent rapidement les tristes effets, et alors surtout, quand le grain n’est pas encore parvenu à parfaite maturité. Des cerfs, des singes, des chiens indigènes , des perroquets et d’autres oiseaux granivores, tombent, après l’usage de cet ergot, comme enivrés au milieu des champs, pour ne plus se relever. Une chose, qui prouve suffisamment, que ces différens symptômes sont la suite de Pergot mangé, c’est que les mules attaquées à tel point, qu’elles ne sont plus propres au service, sont reléguées alors dans des pâturages distans de toute habitation, et là, à Fabri des influences funestes , qui ont causé leur maladie, leurs pieds se recouvrent de sabots, leur corps de poil, et la santé se rétablit complètement sans autre médecin, que la simple nature. Une grande différence , qui existe entre les symptômes , auxquels donnent naissance l’ergot du seigle et l’ergot du maïs, est: que ce dernier semble agir spécialemeut sur les parties cornées et qu'il ne produit jamais la gangrène des membres ou des maladies convulsives. Mr. rouraN rapporte également, que ce même grain si dangereux peut redevenir un aliment très bon, quand du lieu, où il est recolté, 1l est transporté dans un endroit plus éloigné, surtout quand il a passé par les régions hibernales des Paramos. En admettant ici la théorie de rrvrurk, que M.

se convertit en une poussière rouge, qui s’attache aux plantes , et leur fait beaucoup de tort; car peu de temps après elles paraissent comme gangrénées. (On voit qu'il veut parler de la roule et non de la zzelle). Quand elles seraient saines de leur nature, elles deviennent par là très préjudiciables aux animaux. Letrèfle, le sainfoin , la luzerne , le raygras, sont assurément des plantes réputées salutaires ; qu’elles soient attaquées de la rouille, elles deviennent plus pernicieuses que les renoncules, le tithymale (euphorbia cyparissias), et l’hellébore (helleborus niger); que celles-ci en soient affectées , déjà dangereuses par elles mêmes, elles le deviennent encore davantage par le vice, qu'elles ont contracté ; chargées de cette rouille , elles vont être funestes aux animaux. Le linge, exposé à cette rosée est taché de jaune et de rouge; ces taches se voient aussi sur les fruits et les feuilles des plantes et des arbres (encore la rouille et non la rosée). Ce sont autant d’endroits, où cette rosée a séjourné et qui sont gangrénés (encore la rouille). La rouille est aux herbes ce que la gangrène est à la chair. Si la chair corrompue et non gangrénée cause des fièvres malignes parmi les hommes,

pourquoi des herbes gangrénées et même sphacelées ,

MARCHAND espère pouvoir développer dans son ouvrage: Sur les maladies des parties herbacées des végétaux, considerées sous l'influence, qu'elles peuvent avoir sur les différens fourrages, et en supposant le venin dans la sphacelia segetum , on pourra s'expliquer cette métamorphose du maïs par la perte de cette cryptogame, soit par les secousses occasionnées pendant le voyage, soit par le grand froid. La graine abnormale alors aura perdu avec la cryptogame ses propriétés nuisibles,

n’en causeraient-elles pas parmi les bestiaux ? Non seulement elles en causent, quand elles sont gâtées par la rouille, mais même sans cette rouille et sans aucune corruption , lorsqu’elles sont d’une qualité contraire aux bestiaux.

Monsieur GODINE, Directeur adjoint à l’école d’.44fort, traita avec succès une maladie charbonneuse qui, en 1792, désola les districts de Bellac et St. Julien. Il observe dans un rapport, qu’il publia à ce sujet, que les animaux, sur lesquels la maladie se fit remarquer d’abord, et qui périrent presque tous, furent nourris pendant tout l’hiver avec des fourrages vasés , rouillés et de la plus mauvaise qualité (*).

Le célèbre agronome TESSIER , dans son traité des maladies des grains, s'exprime ainsi à l’égard de la rouille. Indépendamment des grains, contenus dans les balles des tiges rouillées, qui sont petits, retraits, sans poids, sans couleur , et ne donnent que peu de farine, la paille est sale, brune, de mauvaise odeur et déplait aux bestiaux, qui la mangent. On ne sait pas jusqu’à quel point elle peut les incommoder, parceque personne n’a fait des expériences capables de l’éprouver , expériences, dont il serait important de s’occuper. Il est certain, que dans les années, où il y a eu beaucoup de blé rouillé , il a régné une grande mortalité sur les chevaux, soit qu’on en doive attribuer la cause aux pailles, soit qu’elle dépende d’autres circonstances.

Les pailles rouillées peuvent aussi , suivant quelques

(*) GrrserT , Recherches sur les causes des maladies charbonneuses, p. 15. GOmER I. c. p. 5o.

personnes, occasionner la pourriture. CHABERT et HUZARD sont également d’avis, que la paille rouillée ne peut fournir qu’un aliment très dangereux.

Les citations faites suffisent déjà , comme je crois , pour prouver, que les cryptogames phanérogamicoles ont été de tous les temps regardées comme cause de différentes épizooties ; cependant d’autres observations existent encore, qui sont bien plus concluantes, qui prouvent indubitablement la faculté de ces êtres parasites, pour exciter des vives inflammations dans les voies digestives , observations, qui me semblent trop intéressantes pour les passer sous silence, vu qu’elles fournissent également des preuves irrécusables, que le charbon

Pa’ ad LA a été occasionné par des cryptogames.

Le Professeur GOHIER a, dans son ouvrage intitulé : Exposé des rapports, recherches et expériences sur les pailles affectées de rouille, délivrées pendant le dernier trimestre de lan 9, aux chevaux du 20% régiment des chasseurs, stationné à Arras, ouvrage dont nous avons déjà fait plusieurs citations, donné des preuves directes de la noxibilité d’un tel aliment.

… Dans les trois derniers mois de la même année (1801), on délivrait au régiment, auquel GOHIER était alors attaché comme artiste vétérinaire , de la paille toute rouilée, après l’usage de laquelle plusieurs chevaux furent en peu de temps attaqués de diverses maladies et principalement de coliques très violentes. Une grande

quantité de breuvages et de lavemens mucilagineux , la

promenade et une diètemoyenne en triomphèrent. Deux vieux chevaux seulement en furent tourmentés trois jours de suite, au bout desquels ils se vidèrent abondamment et le mal cessa. GOH1ER et son collègue LOR- MIÈRE avaient déjà présumé, que les pailles rouillées devaient être nuisibles; ils commencèrent à en observer attentivement les effets. Ils remarquèrent, que les chevaux, qui en mangeaient une plus grande quantité que les autres, étaient les premiers et les plus violemment attaqués. Le nombre de malades augmentait beaucoup „ car dans l’espace de sept jours trente en furent affectés. Ils dressèrent un rapport, qu’ils remirent au colonel, en y déclarant, que les coliques, qui naissaient tous les jours , la toux et la maigreur d’un grand nombre de chevaux , leur paraissaient être l’effet de la mauvaise qualité des alimens, et notamment de la paille. Ce rapport donna lieu , aussi bien de la part du régiment , que du fournisseur , avec intervention du Bourgmestre de la ville, du Prefêt du département et du Commissaire de la guerre, à un examen des fourrages, dont on se plaignit, par experts nommés à cet effet. Le résultat de cet examen ne fut pas favorable aux vétérinaires , parceque les experts déclarèrent avoir remarqué, que l’ensemble de la distribution était de bonne qualité, que néanmoins il s’en trouvait un sixième environ, qui était attaqué de la ntelle, dont la majeure partie des récoltes avait souffert l’année dernière ; que cependant cette paille leur paraissait propre au service, et queles soupçons (d’après quelques uns des experts) devaient plutôt se porter

sur l’eau, qui servait de boisson aux chevaux. Malgré les preuves fournies, que cette supposition était mal fondée, car les chevaux, qui avaient fait usage de la même boisson et non de la même paille, restèrent épargnés ; et par conséquent la cause principale devrait plutôt se trouver dans cette dernière que dans la première, le colonel ne fut pas moins obligé d’accepter ce fourrage et d'en faire nourrir les chevaux. La mortalité continua. On se plaignit de nouveau, réitérant les plaintes contre la mauvaise qualité des fourrages délivrés, tant par rapport au foin qu’à la paille. A toutes les nouvelles réprésentations faites par GOHIER on répondit qu’ils étaient reconnus bons, qu’on n’en trouvait pas d’autres, et que par conséquent on devait s’en tenir à ce qu'on avait été délibéré à ce sujet.

L'ouverture faite sur près des deux tiers des chevaux, morts dans le temps , qu’ils mangeaient des pailles rouillées, a constamment montré, 1° les alimens contenus dans l’estomac couverts d’une couche épaisse de suc gastrique, 2° la membrane interne de ce viscère très enflammée, surtout du côté du sac droit, 3° celle des intestins dans plusieurs sujets, parsemée ça et là de taches noires, 4° le poumon petit, couvert d’hydatides ou d’abcès, 5° le cerveau moins consistant que dans l’état ordinaire.

L'analyse chimique de la paille rouillée par la voiesèche et la voie humide, n’indiqua que peu de chose sur la nature de la rouille, et fut insuffisante pour donner des notions certaines sur cet objet. Le manque

d’instrumens chimiques, propres à ces sortes d’opérati-

ons, a empêché de pouvoir obtenir des résultats exacts et satisfaisans sur la rouille , qui d’ailleurs se laissait aisément enlever de la paille.

Bien plus concluantes furent les expériences faites sur des animaux vivans. À 8 ou 9 chevaux on donna à cet effet pour boisson de fortes décoctions de paille rouillée. Dans les premiers jours ils parurent avoir quelque répugnance , mais après ils la burent presque aussi bien que l’eau naturelle. Après trois ou quatre jours ils furent attaqués de coliques plus ou moins violentes , avec perte d’appétit, refus de boire „et amaigrissement sensible. D’autres chevaux, nourris de nouveau avec de la paille rouillée, donnèrent les mêmes résultats ; ils en mangèrent toujours avec avidité, jusqu’à ce qu’ils commencèrent à en ressentir les funestes effets. Pour faire prendre la décoction à un animal, il fallait qu’elle fût toute nouvelle, autrement il n’y touchait pas. Après dix à douze heures, elle commençait à exhaler une odeur très infecte.

L’autopsie cadavérique de ces chevaux montra les mêmes dérangemens , que nous avons déjà vus dans les autres ; inflammation de l’estomac, la membrane interne de ce viscère, surtout du côté du sac droit, marquée de taches noires et les alimens enveloppés d’une couche épaisse de sucs gastriques.

Six grammes (un gros et demi) environ de rouille , donnés dans une soupe grasse à un chien, cet animal la refusa d’abord , mais la mangea dans le courant de la journée , après avoir été mis à la diète pendant plu-

sieurs heures. Le lendemain il lui en fut donné une éga-

le quantité; il témoigna encore quelque répugnance : cependant poussé par le besoin , il finit par la manger:

On n’aperçut en lui ni nausées, ni constipation, ni aucun autre symptôme.

Tué et ouvert, les viscères ne présentèrent rien de remarquable , sinon une assez forte couche de sucs gastriques épaissis sur toute l’étendue de la membrane interne de l’estomac, qui était un peu enflammée.

Un chat montra encore bien plus dé répugnance pour uñe soupe pareille; après en avoir mangé dans le commencement, il refusa dans la suite eomplètement d’y toucher. Comme cet animal est parvenu à s’échapper , il fut impossible de pousser l’expérience plus loin.

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