SÉANCES
Ailleurs elles se moulrent au contraire charnues et épaisses, ce qui ne les empêche pas de conserver leur nature herbacée dans les bourgeons inclus de 1 *Ampélopsis dissecta et autres espèces analogues, tandis que celles des Ampélopsis quinquefolia, A. pubescens, Cissus orientais, C. bipinnata, etc., quoique également charnues et même plus épaisses encore, prennent une tout autre consistance. Chez TA. quinquefolia par exemple, elles sont revêtues sur la face externe d’un épiderme nettement différencié et doublé d’une assise phellogène qui donne naissance à une couche plus ou moins épaisse desuberdans toutes les parties directement exposées au contact de l’air. L’épiderme de la face interne est beaucoup moins bien différencié, et l’on n’y trouve que de rares stomates avortés. L’assise phellogène y fait défaut. Elle est remplacée par la couche collenchymateuse mentionnée plus haut, dont les cellules sont presque toutes munies d’un gros cristal en hérisson, tandis que le parenchyme intermédiaire, lâchement constitué et même quelquefois lacuneux, contient au contraire un grand nombre de cellules à raphides.
L’écaille unique du prompt bourgeon se mortifie de bonne heure dans la même espèce; celles des bourgeons dormants, subérifiées à l’extérieur, restent stationnaires pendant l’hiver ; puis, quand l’un d’eux vient àévoluer au printemps, on voit les écailles internes stériles s’allonger en appendices foliacés qui forment une collerette à la base du jeune rameau.
On sait déjà que le nombre des écailles gemmaires varie beaucoup suivant les différents types. C’est là un point de vue en somme assez peu intéressant et sur lequel il n’y a pas lieu d’insister davantage.
Je ne crois pas non plus que l’ordre de distribution des feuilles sur les différents axes puisse être pour les Ampélidées un caractère distinctit
d’une grande valeur. En effet, à l’exception du type tout à fait aberrant de VAmpélopsis disserta, je crois avoir prouvé que celte distribution, con¬
sidérée dans le
schéma normal ou rationnel des espèces, s’opère con¬
stamment suivant les lois ordinaires de la ramification distique, avec
croisement réciproque des
plans d’insertion. Que si cet ordre paraît s in¬
tervertir dans une grande partie du groupe très complexe des Cissus et des Ampélopsis, cela provient uniquement, suivant moi, de phénomènes congénitaux ou primitifs de déviation, provoqués par l’évolution rapide du prompt bourgeon et l’accumulation d’un nombre considérable de bour¬
geons dormants à l’aisselle de son écaille.
J’irai plus loin encore, et je me demanderai si, pour le type aberrant lui-même, la singulière anomalie constatée dans le plan d’insertion de ses feuilles raméales n’est pas commandée en quelque sorte par le mode spécial d’évolution de son mamelon gemmaire, c’est-à-dire par un phénomène de soudure et d’entrainement qu’on retrouve d’une façon plu fe accentuée encore dans la vrille oppositifoliée, où il aboutit, qu’on le
remarque bien, au point de vue de l’insertion foliaire, à un résultat absolument semblable.
S’il en était ainsi, il ne resterait plus rien des différences que l’on croit apercevoir tout d’abord, dans cet ordre de faits, entre un certain nombre d’Ampélidées.
Il y a tout à la fois beaucoup plus d’originalité et de diversité dans la façon dont les bourgeons d’un même nœud s’insèrent l’un sur l’autre. A ce point de vue, on peut diviser toutes les espèces que j’ai examinées en quatre groupes principaux correspondant à autant de types distincts dont je vais tâcher de résumer les formules.
l" r Type: Vitis vinifera .— Dans ce type le groupe complexe des bourgeons dormants forme un axe secondaire monopodique, inséré sympodiquement à la base du prompt bourgeon ou axe primaire déjeté.
2 e Type : Cissus orientalis .— L’axe primaire donne naissance par un bourgeonnement bilatéral distique à deux axes de même ordre, dont le premier seul continue son évolution par bourgeonnement sympodique
unilatéral.
3 e Type : Ampélopsis quinquefolia .— Le prompt bourgeon est ici le premier terme d’une série sympodique régulièrement prolongée par bourgeonnement unilatéral jusqu’au dernier bourgeon dormant.
4" Type: Ampélopsis dissocia .— Le prompt bourgeon et les bourgeons dormants, tous rattachés à un tronc vasculaire commun (I), s’insèrent sympodiquement de haut en bas sur une expansion latérale de la tige formée par la superposition en série linéaire de leurs premiers entrenœuds.
Il nous paraît difficile d établir un lien réel de subordination entre ces différentes formes, et les difficultés sont les mêmes, soit qu’on se place au point de vue de la stabilité des espèces et de leur distribution en séries parallèles ou rayonnantes, soit au contraire qu’on cherche à interpréter les faits d’après la théorie de la descendance. Il est vrai que les bourgeons de ['Ampélopsis quinquefolia présentent une telle uniformité de relations dans l’insertion sympodique de leurs différents axes, que M. Dutailly n a pas hésité à considérer cette espèce comme représentant le type normal ou rationnel des Ampélidées. D’après ce système, dont on ne saurait méconnaître les aspects séduisants, les bourgeons de toutes les espèces taillées sur un autre modèle correspondraient à autant de formes secondaires ou
dégradées.
Cette vue ingénieuse ne laisse pas cependant que de provoquer de sérieuses objections. Nous savons déjà que l’uniformité de structure dans
(t) J’ai montré en effet, dans un autre mémoire, que les traînées vasculaires des bourgeons dormants, toutes insérées les unes sur les autres, venaient s enchâsser, avec celles du prompt bourgeon, entre deux gros faisceaux caulinaires.
l’appareil gemmaire de la Vigne vierge se concilie en réalité avec des phénomènes de déviation qui excluent l’idée d’une forme typique inamovible. Si, d’autre part, je considère que ces bourgeons s’éloignent beaucoup plus de la ramification normale des végétaux bourgeonnants que ceux du Vitis vinifera et du Cissus orientalis par exemple, où l’on trouve encore quelques traces de la ramification monopodique ordinaire, et qu’ils en sont au contraire plus rapprochés que les bourgeons de l’ Ampélopsis dissecla, ne serais-je pas en droit de n’attribuer à celte espèce d’autre valeur morphologique que celle d’une forme intermédiaire ou de transition, soit dans une série linéaire dont les différents stades correspondraient aux numéros d’ordre indiqués plus haut, soit dans un groupe végétal en voie d’évolution régressive ou ascendante?
Sur cette dernière question, que je me borne à indiquer, il serait d’autant plus difficile de prendre parti, que les documents paléontologiques, pour l’étude des bourgeons des Ampélidées, font absolument défaut.
Quant aux faits tératologiques que j’ai pu observer, il faut bien convenir que leur interprétation n’est pas exempte exemples :
d’ambiguïté. En voici deux
1° Je constate sur un rameau de Cissus serjaniœfolia (4 e type) la présence d’un bourgeon dormant placé, si je puis ainsi parler, à l’aisselle du prompt bourgeon, c’est-à-dire à sa partie supérieure, tandis que trois bourgeons de même ordre occupent, au-dessous de lui, leur place habituelle. Il y a ici un commencement d’évolution ou un retour, comme on voudra, vers la ramification monopodique.
2° Dans un bourgeon complexe de Vigne vierge, le cône gemmaire, après désarticulation du prompt bourgeon, ne donne plus insertion apparente qu’à deux bourgeons dormants très visibles et à un troisième à l’état •udimentaire. Mais il est très remarquable qu’un quatrième bourgeon, esté pour ainsi dire en chemin dans le mouvement d’élongation de cette partie de la tige, est apparu profondément enchâssé dans la masse parenchymateuse du coussinet foliaire. La moelle de ce bourgeon est en communication avec celle de la tige, et ses faisceaux naissants s’arc-boutent, d’une part sur les faisceaux caulinaires les plus voisins, de l’autre sur le faisceau médian du pétiole, qui, pour donner passage à cet organe advenlif, s’est légèrement infléchi vers la gauche. Le jeune bourgeon est entièrement recouvert par le parenchyme du coussinet dans lequel il fait sa poussée, en s’entourant d’une double couche de suber. L’une de ces couches se forme à la périphérie du cône végétatif du bourgeon, l’autre résulte de la prolifération de quelques assises du parenchyme cortical qui coiffe comme d’une sorte de calotte l’extrémité du cône. Dans ce spécimen, la dégradation est sensible, et nous avons affaire, en quelque sorte,
à un type de transition entre VAmpélopsis quinqucfolia et VAmpélopsis dissocia.
J’ai terminé ce que j’avais à dire touchant les bourgeons des Ampélidées. Quelle que soit l’idée qu’on se forme du plan normal de structure de ces organes, il faut bien reconnaître que l’extrême complexité de leurs
rapports de position semble empêcher qu’on en puisse tenir aucun compte pour la solution d’une question très controversée sur laquelle je me propose de produire dans quelque temps le résultat de mes observations
personnelles. Je veux parler — on l’a déjà compris — de la signification morphologique de la vrille et de l’inflorescence des Ampélidées.
M. Van Tieghem fait la communication suivante :