‹ Sur les routes d'AsieChapitre 11 sur 71 · AGENTS CONSULAIRES D'HIER ET D'AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

AGENTS CONSULAIRES D'HIER ET D'AUJOURD'HUI

malin, la première chose que je fis fui de me faire enseigner une bonne auberge : l'on y parla mes hardes et l'on m'y traita à ma fantaisie. »

— En vérité, s'écria le commandeur Spadaro, en se renversant sur son fauteuil à bascule comme sur une escarpolette, voilà un homme singulier. Je pense que M. le consul général de Smyrnc aura fait un rapport sur cet agent. C'était sans doute un Justiniani.

Gomme je ne comprenais pas 1res bien le sens de cette exclamation, l'agent consulaire m'expliqua que les Justiniani, descendants fort déchus des anciens conquérants génois, avaient exercé longtemps, par une possession à peu près héréditaire, les Fonctions de consul de Sa .Majesté très chrétienne. 11 ajouta qu'ils n'étaient pas toujours fort appliqués à leurs devoirs. L'excellent commandeur disait-il vrai; ou bien se laissait-il entraîner parce sentiment si naturel qui pousse les hommes, lorsqu'ils occupent un poste, à dire du mal de ceux qui les ont précédés dans leur charge? Je n'ose le décider.

Il fut convenu avec M. Spadaro que nous irions ensemble rendre visite aux notables de Chio.

Nous commençâmes notre tournée par un riche ninivlunid de coton, qui, après avoir fait fortune à Alexandrie, avait tenu, par un sentiment de touchante piété, à finir sa vie dans l'île natale, d'où il était parti, léger d'argent et libre de soucis.

pour tenter la fortune à travers le monde. Il s'appelait M. Petros Kondarînis. Mais dans le patois de Cliio, plein de réminiscences italiennes, on l'appelait familièrement sior Petro. Je l'avais connu à Athènes où il avait passé tout un hiver, accueillant royalement ses compatriotes et les étrangers dans ses beaux salons de la rue Sophocle. C'était un homme très bon et très droit, un de ces Grecs laborieux et industrieux, véritables bienfaiteurs publics, sans lesquels Athènes ne serait qu'une bourgade comme Belgrade ou Sofia. Des yeux bruns, très éveillés, brillaient daus sa large face brune, qu'encadrait une paire de favoris bourgeois, taillés à la mode des Anglais d'Egypte. Il avait parfois des accès de tristesse, très affecté, disait-on, par les taquineries des Hellènes, qui sont fort peu aimables, comme ou sait, pour les hélèrœhthones, et tracassé, d'autre part, par les exigences d'une déplorable famille qui te jalousait et lui empruntait, sans esprit de retour, les piastres qu'il avait péniblement gagnées. Il avait une fille et une nièce qui, dans des genres différents, réalisaient le type le plus achevé de la beauté levantine. L'opulente Melpomène — avec ses lèvres savoureuses, ses lourds cheveux noirs, ses yeux superbes et placides, son port majestueux et l'ampleur vraiment magnifique de son corsage — ressemblait à cette olympienne Junon dont Homère a célébré si souvent le « visage de

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