CHAPITRE ffl
SouYenirs de Byzance. — Une conquête par actions. — Lc?^ Justiniani, marchands de denrées coloniales et princes souv^^ rains. — Les Grecs, les Latins, les Turcs. — Le général Nedgib»^ Pacha. — Le pays du mastic.
Les Grecs de Chio, afin de mieux affirmer leur" ancienne possession du sol, ont organisé, près de leur gymnase d'enseignement secondaire, un petit musée d'antiquités. Les souscriptions nécessaires à cet établissement n'ont pas été difficiles à réunir. D a suffi qu'Ambrosios, évêque, rappelât à ses ouailles le but libéral et patriotique de cette fondation 1 . Ce musée, si Ton excepte les inscriptions trouvées en 1878 par M. Bernard Haifssoullier 2 , ne
1. r Eiz\ tô çiXo(ioû<ra> xai çikoizoL-zptâi <rxo7râ) tovto> xaî é?' olç àv<i)T£p<i) âieXaéofj.sv ôpotç, irapaxaXoOficv u(iaç, à^6xt|xot cvimolïtoci, v' àvaXaêrjTe ttjv çpovxiôa Tfj; xaxaypaç^ç aovôpoyiYiTâiv...
2. Voyez le Bulletin de correspondance hellénique, t. II, p. 10, 105, 322; t. VI, p. 151, 165. — Un jeune savant autrichien, M. Studniczka, a fait une courte exploration de Chio et en a rendu compte longuement dans les Mélanges de l'École aile-
SOUVENIRS DE BYZANCE fia
if pas beaucoup de monuments importants.
Apremiere vue, l'antiquité semble absente de Chio. it de colonnes éparscs, de fragments d'architecture, de débris de marhres. Les temples anciens ont été si bien détruits et si soigneusement rasés, u'il n'en reste pas pierre sur pierre. D'abord, e malgré soi au moyen Age byzantin. La leillc forteresse, balie sans doute par les Génois is l'empereur Michel l'ali'ulugne, domine tout, ivec ses gros murs, ses tours massives, ses remeffrités et dorés. Les lourds canons de ronze ont disparu de l'embrasure des créneaux, ■t la Sérénissimc République ne met plus, dans les chemins de ronde, ses routiers, la pertuisane
h au col. N'importe, ce vieux donjon raconte une histoire dramatique; il faut écouter ce qu'il dit, :■[ noter les visions qu'il évoque.
Justement, la communauté grecque a installé, près de son église, de son musée et de son gymnase, une grande et belle bibliothèque, qui a hérité de presque tous les livrfs et manuscrits 'lu savant Adamantios Koraïs, docteur de la faculté de Montpellier, illustre philologue et pédagogue, dont les Chiotes sont très fiers, "îrflee a. l'obligeance du proèdre Zolôtas, de
inde d'Athènes, !. XIII, p. 1110. — Lee Lrovaux les plus ur les anliquiLés de Cliio sont énumerés eL très clai- 'ésumés dons les Chroniques d'Orient de M. Salomon einach. Paris, 1831; Firmin-DidoL.
Féphore Hornstein et de Fépimélète Alimonakis, j'ai pu profiter de tous ces trésors» Pendant les chaudes journées de la saison claire r j'ai passé là de longues heures en tète à tète avec les vieux chroniqueurs, Anne Comnène, ^ticéphore Gregoras, i$icétas Choniate, George Paehymère, Michel Doucas, sans compter les excellents voyageurs Belon 7 Stockhove r Toornefort r Paul Lucas, Galland, Olivier, et F admirable Mémoire de Fustel de Coulanges.
A mesure que je lisais, toute l'histoire locale, si profondément mêlée aux grands événements de TOrient et de l'Occident, se levait, du fond du passé, en images nettes et colorées. J'apercevais la décrépitude de Byzance à la fin du xi 6 siècle, sous des empereurs indolents et frivole», la race affaiblie et épuisée, ayant perdu jusqu'à ses qualités les plus vivaces : l'esprit d'entreprise et le don de trafiquer; les Italiens s'emparant peu à peu de tout le négoce; les îles sans défense, abandonnées, proie facile pour les aventuriers audacieux. Je songeais à l'arrivée des Génois en 1316, et à ce débarquement, qui fut une conquête par actions, une entreprise commanditée par un syndicat de capitalistes, à peu prè» comme celles que nous tentons aujourd'hui ver» le lac Tchad et TAdamaoua. Les galères de Simon Vignoso avaient été frétées grâce aux avances de trente-deux particuliers qui, après