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CHAPITRE PREMIER

Du Pirée à Chio. — Une nuit dans l'Archipel. — Querelles et formalités. — Histoire de Strabon, d'un douanier et d'un mufti. — Le chef-lieu d'une ile turque. — Un grand seigneur byzantin.

Lentement, avec un bruit d'hélice lourde et des bouffées haletantes de fumée noire, la Sèléné dérape de son mouillage, dans le port du Pirée. Comme tous les paquebots du Lloyd, qui descendent de Trieste et qui vont, d'escale en escale, le long de la côte albanaise, malgré les rafales méchantes de la mer Adriatique, ce paquebot a des formes larges et une allure pesante. La ligne courbe du Pirée, les maisons blanches, aveuglantes sous le soleil d'été, la forêt compliquée

g SUR LES ROUTES D'ASIE

\\%\* tnAls, la multitude bariolée des petites bar-

i|Mo* amarrées au quai, s'éloignent. L"eau calme

i'lrt|mli' doucement, et l'hélice fait bouillonner

mm s volulos clos lames une traînée d'écume. Dès

ijmm immi* avons dépassé les deux fanaux qui mar-

i|MhmI l\inlroo do la rade, et doublé le petit cap où

mmm Imllnno inoflcnsive aligne deux ou trois

iwMmm* € § t • i rossemblent à des joujoux, la côte,

\\\\w t,iMit« \* oiol lorride, allonge, sur le bleu

«nhihru #1 1* la tnor, une bande rousse, brûlée et

jmîIou. Ln* onitloitrs du Corydalle tremblent dans

Dde « hiiltMir nulioiiMo, qui vibre et flamboie. Les

MMHiluyiittb tùtlmissont on collines fauves, en

MiiluiiU |irnm<intt>ii'os, que fouillent et creusent

luti n ( iiu HiHriuoH. Du coté de Salamine, qui

iliSrnii|ii< un pleinn lumiore ses cimes aiguës, la

Miiîr luit ni Miiioollo, trop lumineuse et trop

sillon JHbHiil m, pour nos youx accoutumés à des

vininiiH (iIiih iiioIIuh. La plage de Munychie et de

IMiulbrn n«l désortn; l'inhumaine splendeur du

rinl h clos, comme des yeux accablés, les fenê-

Inrn dos maisons assoupies. Le grand triangle

hlmi du Pontéliquo forme l'horizon; et, dans ce

paysage d'azur ot d'or, devant la haute pointe du

Lyoaboto, sur lo piédestal de l'Acropole, le Par-

thénon apparaît nettement, avec son fronton

blanc, ses colonnes droites, ses formes précises

et limitées. D'ici, il paraît achevé, complet; on

distingue à peine les ravages du temps et des

DU PIHÉE A CHIO

ommes. Dans ce lointain, qui dérobe à nos yeux

; blessures et ses misères, il est royal et char-

nant. Et, tout près de la masse informe de

Ilymelle, coupée de ravines et de précipices, (achetée, par endroits, d'une maigre verdure, le temple divin, œuvre du calcul et de la patience, domine de sa gr;\ee calme et robuste la ville neuve, qui éparpille ses terrasses sur le déclin des pentes.

Tandis que nous rangeons l' A t tique sèche et parfumée, le soleil descend à l'occident vermeil. Une rougeur épandue noie de pourpre rayonnante les pointes d'Égiue. Les rayons obliques caressent de lueurs légères l'échiné rugueuse de Gaïdouronisî, petite île triste, dont les roches sont mangées lentement par le Ilot. Le ciel rose se nuance de teintes pâles, où agonise la magnificence du soir, et le soleil ressemble à une énorme sphère de métal rougi au feu. L'ombre s'abat sur les vallées, estompe le profil des montagnes, bleuit leur surface, adoucit l'âpreté des lignes brusques. La couleur des eaux s'éteint et se ternit. La première étoile s'allume dans les transparences du cîel... Voilà Suniurn. Sur la haute falaise, la blancheur du temple semble éclairer miraculeusement la nuit commençante. Placée en avant, bien en vue des bateaux qui venaient du large, la chapelle du dieu des eaux, asile des naufragés et recours des navigateurs, était l'avant-

i SUR I-E3 ROUTES D ASIE

rrllire do l'Attîque, et comme la messagèrcde

l'Acropole. Dans l'încerlilude du crépuscule, les

, i, m rt les frontons semblent complets et

IllUota, tulfl qu'ils apparaissaient aux patrons de ItftflllK i, viMiii.s de la lointaine Phénicie ou des i liage* il«' l' Archipel- An BDUcliant, le disque enflammé disparait, BflVfthl [tarin noirceur. Il va si vite, qu'il semble

i \n i , ■'( h Juulii', s'iihiiiier dans la nuit. Ici, la

<lu gololl 0*1 rapide. Il n'y a presque pas de

(pansil

de Nt Hsinlei

èU,\U, pt

■ .... m Qi

Dira lo Jour relatant et la nuit t

Hit, i)aiu l'éther limpide, les petites 1 myrladoa de myriades, scintillent. Un ii paiio |trba de nous, penché sur la lI ii :i il qu'il va nous frôler de ses ailes ■ r i ■■,.. . I,i vent fait garnir ses vergues, et, de

lu DOUl remuent dos silliouelles noires, un

lunil <lr vola Indistinctes vient jusqu'à nous, ftOUpé |uii lo remoui des boules et le rythme Miiiinl de lu machine. Cette rencontre nocturne il nu paquebot et d'un caïque évoque soudain des ViliûOI iiliiilii>f, tout un passé confus, plein de biltirei contrastas. On pense aux caboteurs des tempi trei anoleni, aux traversées d'une île à l'autre, souvent arrêtées par les vents contraires, parfoli Interminables, toutes pleines de fantômes, d'apparitions mystérieuses , et de terreurs paniques. On voit le débarquement des matelots en

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