LES FILLES DE LA CHARITÉ HT
La communauté des Filles de la Charité s ■hargée de desservir l'hôpital catholique de Sa Antoine, où les malades sont reçus sans distinction de religion ni de nationalité, ainsi que l'hôpital militaire que le gouvernement français entretient pour les besoins île notre marine nationale.
L'hôpital militaire est une grande bâtisse propre, aérée et spacieuse. Un zaptieh turc, armé d'un fusil Martini, la taille entourée d'une ceinture-cartouchière, monte la garde, près de la porte, dans une guérite vermoulue. Dès qu'on est entré au jardin vert et ensoleillé, où des poules pattues picorent dans le sable, on se sent en pays français, tant l'accueil des bonnes sœurs est aimable, avenant et gai. Je défie bien tout le conseil municipal de Paris, et même le comité de la Libre Pensée des I'titi<j nulles, de laïciser cette maison, et d'expulser ces excellentes filles qui viennent, loin du pays, consoler et guérir tous ceux qui servent, au péril de leur vie, l'honneur du pavillon français. Combien de] matelots dépaysés ont trouvé là les paroles ^maternelles qui réconfortent, et les remèdes qui sauvent! Combien ont été soutenus, à leur dernière heure, par une affection chaude et dévouée, qui tachait
compris dans lu circoHxcriptirm du rnn.mlnl t/f'ncral de' France (Vilayets d'Aidin, de Kemielt. ri d<\< Iles), par F. Itougon, consul grinëral de France. Paris, Ueryer-Levrault, 1892.
de remplacer la famille absente, et ilout la douceur semblait apporter au moribond le baume de l'air natal!
— Voici, me disait la sœur supérieure, voici la chambre où mourut votre pauvre camarade Veyries, lorsqu'il revint, tout fiévreux, de l'explora- Lion de Myrina. Le malheureux garçon! Mourir si jeune, à vingt-trois ans, el si loin des siens!...
Ah! continua cette vénérable femme, j'en ai soigné beaucoup d'autres, et quand ils élaienl guéris, quand ils repartaient pour leur navire ou pour l'École d'Athènes, ils étaient lout tristes; ils s'étaient accoutumés à notre pauvre logis.
Et tout en marchant dans la cour fleurie, et dans la chapelle blanche qu'illuminaient les feux multicolores des vitraux, la supérieure aimait à évoquer ces souvenirs. Elle parlait d'une voix harmonieuse, bien timbrée, avec un léger accent du Midi, qui donnait à sa parole une allure vive, une grâce vibrante.
— Croiriez-vous, ajouta-t-clle ennous reconduisant au parloir, croiriez-vous qu'un de ces messieurs, qui n'était point catholique, eut peur d'Être converti par nous? Il évitait de causer avec nous, craignant qu'on ne commençât à le prêcher. Il ne nous connaissait pas bien. Saint Vincent de Paul n'a-t-il pas dit : « Il ne faut jamais parler de Dieu au malade. Il faut parler du malade à Dieu. »
Chez les Lazaristes du collège français de la Prc
CHEZ LES LAZAHISTES
^mgande, j'ai retrouvé le même accueil, le même patriotisme, le même attachement à tout ce qui peut répandre au loin notre inOuence, notre langue, notre esprit. Tandis que le père supé- »-ieur me faisait visiter, avec une minutieuse i»llégresse, toutes les classes du bâtiment neuf, *zl épais l'école enfantine jusqu'à la rhétorique ^3 t à k philosophie, je regardais la diversité cl « tous ces jeunes visages penchés sur des 1 i vres français, les différences profondes qui les remarquaient toutes d'un caractère ethnique netledc*.ent visible, et j'admirais la puissance de ces éducateurs, qui, malgré les hérédités rebelles, les instincts séculaires, les habitudes tenaces, ont 1*1 ïé toutes ces âmes aux mêmes sentiments et. a-Ux mômes idées, et fait, de celte tour de Babel, *-*rie maison française. Dussé-je devenir odieux à t-onte la postérité de M. Ilomais, je dirai avec quel plaisir nous recevions, mes camarades et moi, les touchants hommages de ces braves gens : les Compliments débités par la voix enfantine d'un petit Arménien, « premier en narration »; les fanfares attaquées dans la cour du collège, en l'honneur de l'École française d'Athènes, par la Husîque de l'impétueux père Baimbaud; et les applaudissements qui saluaient les courtes harangues que Ton nous priait instamment de vouloir bien prononcer. Un banquet, très frugal, mais dont la cordialité nous réchauffait le cœur, termi-
nail presque toujours ces amicales inspections. Assis a ta place d'honneur, •• a la table des maîtres », dans le réfectoire du collège, nous faisions raconter aux Pères lazaristes leurs aventures qui étaient souvent extraordinaires. Il y avait, parmi eux, une longue barbe surmontée d'une paire de lunettes noires, qui avait connu Gordon-Pacha dans la citadelle de Kharloum et qui me racontait, avec de copieux détails, des excursions fantastiques, parmi les roseaux géants du Nil-Blanc et du Nil-Bleu. J'ai connu dans ce couvent d'apôtres vagabonds et héroïques un helléniste digne d'être comparé à Weil, Croiset et Desrousseaux. Ce digne homme, tout blanc, un peu cassé, très vénérable dans sa soutane usée et sous sa calotte un peu trop poisseuse, inc demandait avec insistance s'il était bien vrai que M. Egger fut mort. Il ne voulait pas croire à une pareille calamité. Je n'oublierai pas le supérieur, le révérend père Capy, dont le zèle pour les intérêts de la France m'a paru vraiment exemplaire et digne d'être signalé a tous ceux qui ont quelque souci de la bonne renommée de notre nation. Chez tous ces vaillants hommes, il y avait quelque chose de cet esprit d'entreprise et de celle confiance audacieuse qui ont animé le cœur du cardinal Lavigerie. On chercherait vainement dans les missions lointaines, le prêtre timide, taciturne et fuyant que l'on rencontre trop souvent dans les sacris-
LES GRECS Ki|
lies Je la métropole. Ces rudes missionnaires, au visage ouvert, à la voix chaude, aux façons dégagées et viriles, semblent avoir entrepris la tâche de montrer les qualités les plus Seras et les plus aimables de notre nation aux races diverses et mêlées qu'ils attirent à nous par la mâle séduction de leur verlu.
Les Grecs sont si nombreux à Smyrne, qu'ils
considèrent cette ville comme faisant partie de leur domaine. Les 80,000 raïas hellènes qui peuplent les rues de llômaïko-Machala et de la Punta agissent en tout comme s'ils étaient chez eux, affectent de considérer le consul du roi George comme leur patron naturel, arborent sans permission le drapeau bleu à croix d'argent, invoquent bruyamment, à tout propos, l'autorité du patriarclie œcuménique, et se croient a peu près quittes envers le Turc, lorsqu'ils ont payé aux percepteurs du lise l'emlak ou impôt foncier, Vac'har, dime qui pèse sur les produits agricoles et industriels, Yafjhnam, taxe sur les moutons, et le lietiet-i-ttskèrié, imposition applicable aux chrétiens sujets du Grand Seigneur pour l'exonération du service militaire.
Eveillés, agiles, très malins, fort amusants, ils sont ici cabaretiers, épiciers, bateliers. Ce sont les trois professions qui plaisent le plus aux Grecs de la basse classe, de même que le métier
d'avocat el celui de médecin agréent particulièrement aux Grecs de la classe aisée. Gabaretier, on cause toute la journée ; on est au courant des nouvelles; on parle politique, on dit du mal des Turcs, on se remue, on s'agite, on combat à sa façon pour la « grande idée ». Épicier, on vend un peu de tout, on Iralique, on échange, bonheur infini pour un Hellène. Batelier, on est toujours en compagnie de la mer, cette vieille amie de la postérité d'Ulysse; ou va, de droite et de gauche, dans le va-et-vient du port; on voit des ligures nouvelles; on interroge des voyageurs venus de loin ; on se querelle avec eux sur le prix du passage, ce qui est encore un rare plaisir. Race divertissante, sympathique en somme, malg;ré ses défauts, patiente, tenace, sobre, doucement obstinée dans son indomptable espoir.
A force de se remuer et d'avoir de l'esprit, les Grecs ont supplanté les Turcs en beaucoup d'endroits de la Turquie. Ils célèbrent les fêles du culte orthodoxe sans être gênés le moins du monde par la police ottomane : bien au contraire, les zapliehs musulmans rendent les honneurs au métropolite lorsqu'il officie pontiilcalement. J'ai vu, le jour de Pâques, une procession moitié religieuse, moitié patriotique, dérouler à travers les rues son cortège de prêtres nasillards et de Palikares tireurs de pislolades, sous la protection de la gendarmerie turque, qui écartait consciencieu-
sèment les hadauds à l'approche du cortège.
Les fenêtres des maisons débordaient de tètes curieuses et encadraient des groupes charmants de jeunes filles brunes qui avaient piqué, en l'honneur de la Grèce, des (leurs bleues dans leurs cheveux île jais. Le soir, dans la cour pavée de l'église épiscopalo de Sainte-PhoLine, tandis que les pappas étaient prosternés en exlase devant les icônes enluminées par les caloyors du montAthos, les lidèles s'assemblaient en silence, et les cierges vacillaient près des murs pales, où dormait la clarté de la lune. A minuit, quand l'archevêque, suivi des acolytes, le front ceint de la tiare byzantine, sortit par le grand portail, brusquement ouvert à deux ballants, cl que, semblable à un patriarche du temps de Nicéphore Phocas, il s'écria : le Christ est ressuscité ! une musique qui était cachée dans le campanile se mit à jouer, avec des cuivres et des grosses caisses singulière' menl modernes, l'hymne national des Grecs :
s au traaehant De ton sabre terrible, Je le connais à ton regard Qui royalement mesure la terre...
Tu ressembles a une fiancée; Salutl salut! Liberté!
Au reste, ils fraternisent avec les Turcs, les ■vent même et acceptent des titres pompeux, iompagnés de fonctions domestiques, lorsqu'ils
■ii'iil obligés par l'intérêt de leur race, ou. phu simplement, par leur intérêt personnel. Ji vis passer un jour, dans la rue Franque, m enterrement somptueux. Des soldats turcs mat chaient en avant, portant des cierges et précédai! la crois. Des bavas dorés, dont les vestes brodée étaient assombries par de longs crêpes en sautoii venaient ensuite. Puis, derrière les pappas e dalmaliques et le cercueil noir constellé d'argenl une foule peu recueillie suivait le deuil. Je de mandat à un marchand de crevettes, qui passait son panier sous le bras :
— Quel est le grand personnage que l'on ense
mvre homme me répondit avec un soupi libération respectueuse :
— C'est le bey Epaminondas Baltazzi. Qu lyleu fauve son âme !
£ mon interlocuteur fit le signe de croix un
,,■■■ a fois, avec une étonnante rapidité.
c> nom dis Baltazzi est très notoire à Smyrne j npt>elait, pour ma pari, un large fez € mi houffîe, blafarde et intelligente, ave la veille chez un médecin grec ûz le docteur Lattry, en coin te-Bey Baltazzi, venu pou s ic sou frère Epaminondas, et d'ui Sun Excellence llamdy des musées impériaux. L>
repas fut Irt'S cordial. Démoslhène-Bey savait une foule d'histoires, qu'il racontait avec une verve tranquille. Ce bey grec au visage huileux et jaune avait une physionomie très asiatique. Il me faisait penser tantôt à un satrape persan, Lan tôt à un suffète carthaginois. En regardant ses mains grasses, sa tète boursouflée, son ventre débordant, je me rappelais Hannon, tel du moins que la dépeint FlauherL. Mais je voyais bien, au clignement de ses yeux aigus, au pli de ses lèvres Malignes, à ses gestes prudents et adroits, qu'en dépit des apparences aucun mélange n'a jamais altéré la race des Ioniens subtils, souples et patients, qui, loin des haules terres de l'Asie, au bord de la mer et des fleuves, vivaient et philosophaient agréablement dans des villes de marbre, et qui ont toujours trouvé le moyen de s'accorder avec le maître, que ce fût Alyatte ou Gygès sâr magnifique des Lydiens, Daryavous, le puissant Achéménide que le vulgaire appelle Darius. Alexandre le Macédonien, le césar de Rome, ou bien Abd-uMIamid-Khan , padichah des Ottomans...
Le bey turc Hamdy était fort intelligent et, en apparence, fort dégagé des préjugés de sa race. C'était un homme d'une quarantaine d'années, aux cheveux noirs, déjà clairsemés. Ses traits aïeux, ses joues tirées et maigres, son grand crochu, étaient encadrés d'une barbe très
noire. Son binocle lui donnait l'air, quand il ôtaiL son fez, d'un magistrat ou d*un professeur. Il parlait remarquablement le français. Son père. 1e? grand-vizir Clbem Pacha, ancien élève de nôtres École des mines, l'avait envoyé tout jeune à Paris* pour y apprendre le droit. Il y avait appris la peinture. Très « Parisien •> et fort lettré, il parlait, en connaissant de cause, de Gérôme dont il était l'élève et de Taine qu'il avait lu. Il avait beaucoup voyagé, notamment en Espagne et en Mésopotamie, et causait volontiers des hommes et des choses de ces deux pays. Revenu à Constantînople, il avait été nommé délégué ottoman des bondbolders et directeur général des musées impériaux .
Le portrait de mes deux commensaux serait fort incomplet, si je n'ajoutais qu'ils sont tous les deux des serviteurs dévoués et illustres de l'archéologie. La puissante famille des Raltazzi a mis à la disposition de l'Ecole d'Athènes son beau domaine d'Ali-Aga, entre Myrina et Cymé, en Éolide. C'est là que MM. Edmond Pottier et Salomon Reinach ont rendu au jour, dans une mémorable campagne de fouilles, les svelles figurines de terre cuite, que l'on peut admirer, à présent, dans les vitrines du Louvre. Ilamdy-Bey a voulu sauver du pillage toutes les antiquités grecques auxquelles les brocanteurs donnaient la chasse. Dans l'ardeur de son zèle de néophyte, il
fait promulguer, le 23 rebi-ul-akhir 1301, un
iradé impérial qui, sous prétexte de prévenir les razzias, gêne souvent les recherches savantes, ce qui fait que cette défense est régulièrement enfreinte. Explorateur infatigable, il a suivi l'ingénieur Humann au mausolée d'Antiochus, sur la montagne de Nimroud, en Comagene; il a campé sur l'emplacement des lemplcs de Pergame, et couru un peu partout, sur la piste des archéologues européens. Il a réuni, à force de soins, *ime belle collection de statues et de médailles, et l'a installée au cœur du Vieux Sérail, dans le -fCiosque- aux -faïences (Tchinli-Kiosk). Mais ce ^"est pas là son principal titre de gloire. Le
* 9 avril 1887, Son Excellence Hamdy-Bey quittait *— «Mstantinople pour se rendre à Saïda en Syrie. '1 découvrit dans les caveaux d'une nécropole **Qyale plusieurs sarcophages de marbre blanc que
* On compte, avec raison, au nombre des merveilles les plus authentiques de la slatuaîre grecque. Tous les dévots de l'art antique sont Maintenant obligés de faire le pèlerinage de Constantinople pour admirer dans le Kiosque-auœfaïences les cavaliers ressuscites , auxquels le ciseau d'un sculpteur inconnu avait donné le mouvement et la vie, et les pleureuses voilées qui marchent, en processions graves et lentes, autour des sarcophages de Sidon. Les artisles et les archéologues ont tressailli d'un légitime ciithou-
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siasme; les Turcs ont élé conlenls sans savciï pourquoi; les Hellènes se sont réjouis comm s'ils avaient repris un morceau des conquête* d'Alexandre ou une province de l'empire bj» zanlin.
I^s trois métropoles de Smyrne, d'Êphèse -lu PliilaôVIpliie sont peut-être, de tous les dio li'si's orthodoxes de la Turquie, les plus peuplé: d'écoles et d'instituteurs. h La Uellade, écrivait ei: 11^8 le géographe grec Mélélios, la Hellade, noia autrefois grand et glorieux, maintenant humble cl misérable, est appelée la Grèce par les Européens, et la Roumélie par les Turcs et par les aulres peuples. Dans le sens le plus étendu, elle comprend L'Êpïre, l'Acarnauîe, l'Altique, le Péloponnèse, la Thcssalie, 1'Élolie, la Macédoine, la Thrace, les îles grecques de la mer Ionienne et du la mer Egée, et toute TAsie Mineure. » Ne pouvant reconquérir par le sabre tout cet empire un peu chimérique , les Grecs , les héritiers des Romfli'n* d'Orient, les Itoums ', comme les Turc?
t. Les gens du peuple, aussi bien dans la Grèce libre qui dans la (ireec. turque, ont coutume de désigner leurnulionaliti |>nr le mol j, i.riii'j;. Iteltùiit: «si. un litre ol'lidct. ressuscité pm l.i ili|iliimiiiie il par l'esprit classique. — Les touristes d'Occi deut qui, pai- amour de In couleur locale, se désignent euxmenai sons le nom de roumit, font du pittoresque à faux. Le- TuMI appellent les Occidentaux Firent: (fr/inc). Le mot flou» .-■i réserva tux Grecs sujets de la Porte. Quant aux tirer; iiilï.iui -liis, les Turcs les désignent par le mot lanan, ressouvenir Évident de l'ancienne fouie.
LUS OREC>
le« appellent, tàclienL de conserver leur ( domaine, en mettant partout des instituteurs et institutrices en faction. Depuis des siècles, leur lactique invariable, et d'ailleurs très efficace, est de maintenir, par l'école, la tradition de l'hellénisme et l'espoir de la résurrection nationale. A.u lendemain de la conquête, alors que les t'nfanls ne pouvaient sortir sans risquer d'être enlevés et vendus, on raconte que les petits écoliers se glissaient, la nuit, le long des murs pour aller chez le pappas ou le didascale, apprendre à ''re. Une chanson populaire a conservé le lou- " lant souvenir de cette légende :
Chère petite lune brillanle,
Éclaire mou chemin pour que je marche,
Pour que j'aille à l'école
Et que j'apprenne les lettres,
a et tout ce que Dieu a l'ail...
dél nal
Tandis que les patriarches de Constantinople étendaient de toutes leurs forces la grande « école .tionale du Phanar », pleine de manuscrits et de ivres, un réseau de petites écoles disséminées s'étendait sur l'empire, à la barbe des conquérants, qui ne daignaient pas faire attention à ceLte œuvre de longue patience, et qui ne savaient pas qu'un jour ils seraient vaincus par là. Celui qui écrira l'histoire de l'hellénisme sous la domination turque, et qui montrera, par ce moyen, que nul
acte de possession brutale ne peut être prescrit quand le peuple conquis sait agir et attend*" 1 '' devra nous montrer, par le menu, dans la si»» 8 des temps, tous les résultats et toute la portées 4* cet eflbrL caché et invincible : les classes enn^* n " tines, installées d'abord dans les églises ou cR-"' eI les prêtres; les gymnases d'enseignement secC^ 11 " daire, fondés par de généreux bienfaiteurs de ' a •i nation », au mont Atbos, où Nicolas Zerzot^ 3 " 8 de Metzovo traduisit en grec les ouvrages oe
Wolffet de Moschenbauni; à Ambelakia, en Tli es ~ salie, où Jonas Sparmiotis enseignait l'arithn ] «" tii]ue et l'algèbre avec les traités de Clairaut — • a Moschopolis, en Épire, où professa Sébas^^ uS Léontiadis, élève de l'université de Padouep^ il Athènes, où Théophile Corydalée, après ave^ 311 " voyagé à Rome et à Pise, essaya, eu 1 643, de fai^*'* revivre la secte d'Aristote; à Dimitzana, dans " Péloponnèse, où étudièrent le patriarche GrégoL re et l'évêque Germanos qui furent, en 1821 , 1 ■* * premiers martyrs de l'indépendance ; à Chio, C^ 3 " Martin Crusius trouvait, vers la fin du svi° sied ^*» une véritable université'; à Pathmos, dont 1^=3 S écoles et la bibliothèque, entretenues aux frais i^^ e la corporation dos fourreurs de Conslanlinopl«^-— "'
1. Mnrlin CruBiuw, nr'ir<*wu:' ■] .r littérature greeque et latir:»^" ii Tubingue, donne de curieux renseignements sur le Le van dans un traité pédantesque, intitula : Turco-Grœùùe Ubii or.ltZZ*' Bole, IIS*.
Jurent longtemps dirigées par Gérasiine Byzantios, autour d'un commentaire sur la grammaire de Théodore Gaza; à Àndrinople, où étudia le patriarche Cyrille; à Jérusalem, où la culture grecque fui maintenue pendant quelque temps par la vigilance du patriarche Dosîlhêe et de son successeur Chrysanlhos ; à. Bucharest, où l'hospodar Alexandre Ypsilanti institua des cours d'histoire, de géographie et du langues vivantes; à Jauina, dont l'ancienne académie fut comparée, avec raison, bien qu'un peu pompeusement, par Néophyte Doucas, « à un ruisseau capable d'étancher la suif de toute l'Hellade »; enfin à Cydonie, en Asie Mineure, ville libre et Ilorissanle, dont les quinze mille habitants furent, pendant près d'un siècle, affranchis, en fait, du la domination turque, et dont les renommés professeurs eurent pour élève un de nos compatriotes, Ambroise Firmin-Didot '.
Cette organisation peu connue, et si admirable, de l'enseignement patriotique, donnait à Démétrius Cantemir, prince de Moldavie, presque le droit de dire en 1730, dans son Histoire de l'empire ottoman : i< Ici, je prie le lecteur de ne pas regarder la Grèce moderne, comme font la plupart des chrétiens, avec un air de mépris. Bien loin d'être le siège de la barbarie, on peut dire
l. Ambroise Firmin-Didol, l'uyoïyc d«»M le Lavant, p. 381
ili2 SUR LES BOUTES D ASIE
que, dans ce dernier siècle, elle a produit dos génies comparables à ses anciens sages, et, pour ne point remonter plus haut, de nos jours on a vu trois patriarches, un de Constantinople et deux de Jérusalem, parvenir à une grande réputation, juste récompense de leur mérite '. »
Les écoles de la communauté grecque de Smyrne sont administrées par une èphorie dont les revenus sont constitués par des souscriptions, dons et legs et des rétributions scolaires. Les statistiques les plus récentes leuraltribuent 8,580 élèves, soit 4,044 garçons et 4,536 lilles. Sept églises entretiennent, chacune, une école primaire gratuite de garçons. Ces écoles contiennent de 1 ,000 à 1,100 élèves. Plus de tiOO jeunes filles, reçues, pour la plupart, gratuitement, fréquentent l'école de Saïnte-Photine. UHomereion, fondé en 1881, est réservé plus spécialement aux jeunes filles des familles aisées : une directrice, une sous-directrice, cinq institutrices grecques, trois institutrices françaises, constituent le personnel de cette maison dont les programmes sont très complets et sagement entendus s .
1. Canlemir, Hisluire du Centpire ullomiui, traduite en français par M. de Joneu mères; Paris, 1743, l. 11, p. 113. —Voyez le livre très documenté de M. G. ChassiotÎB : l'Instruction publique chez les Greva depuis la pi'isi; (h: l',uiihtttnlinople par les
Turcs jusqu'à no» jour: Paris; Leroux, 1881,
2. Il fauL ajouter à ces ind dations la mention des établissements privés. Les principaux sont, pour les garçoDB, le lycée Aroni (i!ÎO élèves, 18 professeurs); 1» Ivciji; Uciiiiri (00 élèves,
La plus ancienne et la plus riche des écoles d Smyrne est, sans contredit, X'École évangélique {tàvffùjx^ tyfiM)- Elle a été fondée, en 1723, par le savant Gérothée Dendrinos, qui eut la gloire de compter au nombre de ses élèves le philologue Adamantios Koraïs. Depuis 1747, elle est placée officiellement sous la protection de la Grande-Bretagne. Cet établissement a trois succursales, et renseignement y est donné par plus de trente professeurs. Le brevet délivré aux élèves, à la fin des études, correspond au diplôme de bachelier es lettres en France; il est reconnu par le ministère de l'instruction publique de Grèce et donne droit d'entrée à l'Université d'Athènes.
Grâce à l'École évangélique, il y a, au seuil de l'Asie, « ce vaste monde sans livres ' », une bibliothèque et un musée. Petite bibliothèque, qu'on ne saurai t comparer aux trésors accumulés par Ptoléraée Philadelphc dans la bibliothèque d'Alexandrie; modeste musée, qui ne ressemble pas aux palais de marbre où causaient Êratoslhène, Zénodote et Callimaque. Mais c'est assez pour faire voir que les Grecs n'ont guère changé depuis l'établissement des Lagides eu Egypte, des Séleucîdes
10 professeurs); It: lycùe Karaeopou (130 élèves, 14 professeurs); le lycée Hennés (Gj élèves 11 professeurs). Parmi les écoles de filles, eilous les pensionnats Anastasiadis, Chrysanlhe Papadaki, Ualdaki, l'alcali, Ivukinaki. — Voyez Rougon, ouvrage cité.
1. Elisée Reclus. Cûuiji\ijilii^ iiitii:>:i-<ielle. t. VI, p. 53.
ICi SUR LES ROUTES D ASIE
dans la vallée du Tigre, depuis l'aventure des audacieux chercheurs de conquêtes, qui devinrent dans le crépuscule féerique de l'empire d'Alexandre, roïs de Bactrianc, de Dithynie, de Cappadoce, de Pergame. Sur lous les points du inonde où ils vont trafiquer, batailler ou régner, ils fondent une colonie intellectuelle. Entourés de Persans. d'Egyptiens, de Parlhes, d'Indous ou de Turcs, ils se préservent de la grossièreté environnante, en créant autour d'eux une atmosphère subtile et précieuse, en interposant entre eux et les Barbares, comme un rempart invisible et infranchissable, des siècles de littérature et d'art. J'avais la vision nette de toute une série de générations entêtées dans le même instinct et ]e même effort, lorsque je visitais cette petite salle où, près des rayons chargés de livres, gisaient à terre des marbres . épars, des torses meurtris, des têtes coupées, des inscriptions incomplètes, venues d'Ephôse, de Tralles, d'Àphrodisias. de Priène, apportées quelquefois, par les caravanes de chameaux, du fond de la Pisidic cl de la Lycaonie; témoins mutilés de l'hellénisme, arrachés, par tous les moyens, à l'ignorance des paysans età la rapacité de la police turque, et très doux, très réconfortants pour tous ceux qui espèrent le réveil de la civilisation dans ces pays de forte et d'ingénieuse mémoire, où elle dort depuis si longtemps.
Le sentiment de piété patriotique qui a donné
aux éphores Je l'École évangéliquc l'idée réunir ces débris les a engagés à publier uu recueil périodique où sont notées scrupuleusement toutes les découvertes faites par les archéologues et les épigraphistes dans l'Orient grec. Les victoires archéologiques et épigraphiques sont les seules, depuis longtemps, qui puissent flatter l'amour-propre des Grecs. Mais comme ils en sont fiers! Et comme ces études, dont l'intérêt, pour nous, est purement théorique et scientifique, font battre leur cœur d'orgueil et d'émotion! Un fragment de statue, même s'il rappelle de très loin la manière de Phidias et de Polyclète, une dédicace aux dieux indigètes, une invocation aux muses, l'identification de quelque vocable barbare avec le beau nom d'une cité antique, toutes ces menues trouvailles, que l'explorateur consigne sur son carnet avec une satisfaction purement intellectuelle, sont considérées par les Grecs enthousiastes comme des certificats authentiques, qui attestent l'ancienneté de leur race et la légitimité de leur installation.
Quelle joie ce fut, dans la bibliothèque de l'Ecole évangéliquc, lorsqu'on apprit que l'Anglais Wood, envoyé par le musée britannique, venait de retrouver, dans les marais du Caystre, avec cette foi créatrice qui donne aux yeux des hellénistes une acuité que ne connaissent pas les profanes, l'emplacement des ports d'Éphèse! Un
peu plus lard, en 1884, un ries plus savants et des plus dévoués administrateurs de l'Ecole évaiigéliquc, M. Aristote Fontrjer, homme excellent et que uous pouvons revendiquer comme un des nôtres, puisqu'il descend d'une famille française établie en Orient au temps des croisades, entreprit d'explorer, sur les traces de Tavernier, de Texier, de Sayce, de Ramsay, la vallée du Ghédiz- Tchaï que les anciens appelaient » le Fleuve blond, l'IIermus aux flots tournoyants ». Le bon voyageur erra longtemps autour du lac de Gygés, que les Turcs nomment Mermereh-Gheûl, le » lac des marbres ». Il s'arrêta dans des hameaux, et quand il demandait aux paysans comment s'appelaient ces lieux défigurés, on lui répondait par des syllabes dénuées d'eurythmie. Mais il y avait des inscriptions dans la terre; il les rendit à la lumière, les interrogea, les fit parler. Et alors on apprit que ces pauvres villages de buttes grises avaient porté autrefois des noms sonores : Palamout redevint Àpollonidée; Tehoban-issa reprit le nom de Moslhene; les dunes de sable de Saa-ova avaient enseveli pendant des siècles la gloire de Hiérocésarée; parmi les marbres de Mernicreli. près des Bin-tèpê, les « mille collines », où s'alignaient les sépultures des rois lydiens, on retrouva lliéracomé, la ville sainte, chère à la déesse Artémis. Quelque temps après, le 13 mai 188f>, un voyageur français, M. Georges Radel, fixait,
LES AHMKN1KNS
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près de l'acropole byzantine de Gourdouk-Kaleh, l'emplacement d'Attaléia. Les géographes et les hellénistes Furent joyeux. Maïs il sembla aux Grecs que leur nation venait île conquérir la Lydie par la science et par l'adresse, comme au temps où les marchands et 1ns poètes de l'Ionie peuplaient le palais du philliellène Gygès, devenu, comme on sait, roi de Sardes pour avoir vu sans voiles la femme de son maître Candaule, fils de Myrsos,
Les Grecs ont la prétention d'être, de tous les abilants de Smyrne, à la fois les plus anciens et es plus modernes. Ils vantent, avec la même oquacité, les temples de marbre de leurs ancè- !5, et le Cercle hellénique, éclairé au gaz, où de riches négociants lisent, entre deux parties baccara, autour d'une table recouverte d'un tapis erl, les journaux smyrniotcs : YAmalthée, la NÉ* £fj.ôpvii ; et les journaux. d'Occident arrivés par les paquebots : le Temps, le Journal îles Débats, la Revue des Deux Nanties. Les autres races, avec lesquelles ils vivent côte à côte, n'ont pas réussi utant qu'eux à copier les mœurs européennes.
i les connaît moins.
Les Arméniens grégoriens, refoulés jadis vers l'Asie occidentale par les persécutions et les :aquineries des chahs de Perse, pratiquent les rites de leur religion dans la métropole de Saint- Etienne. Mais leur chef spirituel, le kalholicos,
est un peu loia de ses ouailles : il habite, à Etchmiadzin, dans la province d'Érivan en Russie, un couvent sanctifié, au temps de la primitive Église, par les miracles de Grégoire l'Illuminateur. La communauté arménienne de Smyrne entretient deux écoles, une pour les garçons, l'autre pour les filles. Ce n'est point par cette petite colonie d'émigrés et de fugitifs qu'il faut juger cette race discrète et obstinée, qui se maintient, en groupes tenaces, malgré les fonctionnaires turcs et les brigands kurdes, dans les montagnes de Van, et qui, dit-on, n'a pas perdu l'espoir de relier à la civilisation, malgré les désastres et les longs espaces qui l'en ont séparée, la lîère citadelle d'Erzeroum.
On peut observer à loisir les juifs smyrniotes, parce que, s'il est malaisé de pénétrer chez eux, il est du moins très facile de les voir à son aise, eux, leurs femmes et leur marmaille. Ils se glissent et s'insinuent partout, serviles, obséquieux, bavards, ayant toujours quelque chose à vendre, à échanger, a brocanter. Leurs voisins ne les aiment guère. Le Grec en est jaloux, et invente sur leur compte toutes sortes d'histoires.
— Moussiou, me disait le crédule Manoli, les Hébreux se réunissent la nuit, pour boire le sang des petits enfants. Moussiou, mazevoundai ti nickta, kai pinoun lo aima ton paidakiôn.
LES ARMÉNIENS Hifl
ne Manolî me jurait par la Panaghia
ju'un juif s'avise de jeter du grain dans
, la terre, à cet endroit, sèche et
Mon vieux serviteur ajoutait même que
monte sur une barque et veut chasser
les rames, la mer refuse d'obéir au
ît la barque reste en panne.
léniens sont dans les mêmes sentiments
nés idées. Les Turcs méprisent les juifs
pardonnent pas d'avoir mis en croix le
lésus, précurseur de Mahomet. Quand
hasarde dans les rues du quartier turc,
! à recevoir une bordée d'injures. 1res
unes glapissent derrière les grilles des
liehs. Les enfanls sortent des maisons
après le maudit. Dans ce concert de
as et d'anathèmes, un mot domine,
ent répété : Tckifout! Tckifout! Tchi-
lif s'en va la tête basse, en rasant les
murmure entre ses dents, pour se
i série de formules que ses ennemis
, mais qui — du moins il l'espère
tout de même leur porter malheur.
; partout, exilés de la terre et do la s du labour et de la batellerie, la plupart 1DD •— e- - mi ' e j L 'f s de Smyrne traînent dans les .audis de leur ghetto, autour de leurs neuf synagogues, une vie misérable. Les longues rues sordides où ils demeurent sont une fourmilière pul-
ent lifi
mu
loi
do
lui au ki. Cette tribu malheureuse se multiplie avec un entrain mélancolique et indompté. Sur le pavé, parmi les flaques de boue cl d'eau noire, des bambins ébouriffés, jambes nues, jouenL et parfois se chamaillent. Les femmes sont assises au seuil des portes. Elles portent sur le front, immédiatement au-dessus de leurs sourcils très long;et très noirs, une toque de velours sombre, qui leur sied assez bien lorsqu'elles sont jolies, ce qui leur arrive souvent. Mal li eu rcu sèment, dès qu'elles ont dépassé l'Age de quinze ans, elles deviennent épaisses et lourdes. Dans l'espace de quelques années, les jeunes filles au teint mat et aux yeux sauvages, les maigres adolescentes au profil grêle et lin, s'enflent en rondeurs démesurées, et deviennent de pesantes et flasques matrones, allaitant de leurs mamelles énormes quelque nourrisson boursouflé. Puis, elles remaigrissenl, si j'ose m'exprimer ainsi, et l'on voit apparaître la vieille sorcière au nez crochu, aux dents branlantes, au visage flétri, au corps desséché, au caquet de pie borgne, tout à fait horrible. Les hommes ont des barbes longues, incultes et sales. Ils portent des fez sombres, des vestes brunes, des culottes à la zouave, en lustrine noire. Ils n'ont point d'armes à la ceinture. On les reconnaît à leur physionomie humble et soumise. Ils prennent un air respectable en vieillissant. On entrevoit, dans le fond des échoppes, le nez