LES JUIFS
recourbé et la barbe blanche de certains patriarches à lunettes, que le malheur des temps condamne à ressemeler des boites et qui ne seraient pas trop déplacés sur le Sinaï. Très polyglottes, ils savant parler turc à un Turc cl grec à un Grec. Mais, entre eux, ils se servent d'une espèce de dialecte espagnol, souvenir d'une des anciennes étapes de leurs tribus errantes.
L'Alliance israélitc universelle, qui travaille avec le zèle le plus vaillant à relever de leur abaissement ces colonies lointaines et isolé* aura de la peine, malgré les écoles et les ateliers d'apprentissage qu'elle organise, a décrasser et à civiliser les juifs de Smyrne. Déjà, des résultats appréciables ont été obtenus. L'homme très bon et très éclairé qui occupe actuellement la charge de grand rabbin de Smyrne, s'applique, avec une charité toute pastorale, à entretenir un hospice, à organiser des sociétés de secours mutuels. Mais hélas! j'ai peur que sa bienfaisance et ses conseils ne puissent amender, de longtemps, l'étrange population qui grouille aux environs du bazar.
Ces pauvres gens se consolent trop souvent de leur abjection et du mépris universel où ils sont enfoncés en vendant tout ce qui est vendable et même ce qui ne l'est pas. Us encombrent toutes les rues où peuvent passer des étrangers porteurs de banknoles. Ils Haïrent une proie dans l'homme dépaysé et gauche qui traverse la rue Franque
ou la rue des Roses, un guide Joanne sous le bras. Des lors, ils ne le quittent plus, et se présentent à lui sous toutes les formes : décrotteurs et commissionnaires sur le port, courtiers louches et intermédiaires interlopes dans le bazar, négociants assez présentables dans quelques magasins de tapis du quartier européen. Mais sous ces différents aspecls, sons la robe el le fez du pauvre hère comme sous le veston anglais du commerçant qui se croit notable, c'est toujours le même type empressé et trop complaisant, l'éternel courtier passif et rapace, l'usurier ardent au gain, patient à la vente, parlementant des heures entières pour brocanter un lot de pastèques, une selle turque, un poignard de Perse, une soirée d'amour, ou quelques aunes d'étoffe ancienne. Ils se sont emparés peu à peu de deux marchés, dont l'un est ouvert surtout pendant la uuil, et dont l'autre rapporte beaucoup d'argent pendant le jour. Il est difficile de parler du premier eu termes congrus. Il est situé à l'extrémité de la ville Trafique, près ilu pont des Caravanes; mais les Turcs, malgré l'éloiguement, ne font point de difficultés pour y venir, dès qu'ils ont suffisamment do maravédis dans leur ceinture. C'est tout un quartier de maisons blanches, si peuplé du femmes écbevelées, que les hellénistes égarés dans ce faubourg songent involontairement à ce chapitre célèbre où Hérodote décrit avec tant de