‹ Sur les routes d'AsieChapitre 40 sur 71 · LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE SMYRNE · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE SMYRNE

votre pas&aporto par un drogman du seigneur consul'.'

— Non, mais Armcnak-Effendi m'a remis la traduction, et je sais ce qu'il y a dedans.

— Votre Noblesse a raison; mais, à la place de Votre Noblesse...

— ■ Voyons, Manoli, veux-tu pas que je me défie du vali et d'Armenak?...

- — Ob ! moussiou, moi, je ne veux rien. Le vali est un bon homme {halos anthrùpos); Armenak est un bon homme {halos anthrùpos), mais enfin...

— Voyons, Manoli; calme Les inquiétudes. Et fais préparer toutes les affaires. Nous partons demain.

— Kala, moussiou.

Le lendemain, dès l'aurore, je trouvai, à ma porte, mon bon serviteur, guêtre, sanglé, tout prêt pour les longues courses sur les chemins mal frayés de l'Asie.

Au moment de partir pour les pays merveilleux, les horizons inconnus et les surprises pittoresques, je regrettai Smyrne : j'en aimais les clairs matins, les heures de soleil où, sur la rade lisse et brillante, les petites barques, abritées par un tcndelcl blanc, nageaient de toute la force de leurs avirons dont chaque mouvement dispersait des pluies d'étincelles. Je ne me lassais pas de ce pays, où l'imagination, sans cesse divertie par les couleurs et par les formes, devient enfan-

Lin

ol violente. J'étais tenté d'oublier loul dans

celle langueur exaltée. La rêverie est délicieuse •4 lu nonchalance est divine sous ce mol et caressant climat. La lumière chaude assoupit la raison el éveille tout un peuple de songes êclalanls. Je perdais la notion de la durée. En traversant certaines rues des \ie.ux quartiers, sous les toiles étendues pour apaiser l'ardeur du jour, parmi la eolme des Turcs, des juifs, des nègres, je voyais la figure immémoriale, éternelle, de l'immobile Orient. Ces choses étaienl telles qu'au temps de Jean Sobîeski ou de Scander lieg. Les races orientales ressemblent aux momies embauméea de l'Egypte : elles ne changent guère. p:inv qu'elles sont mortes; et c'est faute de progrès el d'espoir que ce vieux continent, las de produire des hommes nouveaux et des nations jeunes, conserve si fidèlement l'aspect des siècles évanouis... J'aimais l'accablement des midis lourds, le réveil des crépuscules, la procession des caravanes le long de la mer endormie, les soirées fraîches au bord des eaux, et la tombée de la nuit sur le golfe, au moment où les ombres, éteignant toute couleur, effaçant toute ligne, laissaient flotter des visions chères, el prolongeaient l'essor du rêve, sous les étoiles, à travers la mêlée des vagues obscures, depuis les cotes levantines jusqu'aux rives de l'Occident nal

>s cotes iatal.

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