IL A VÉCU QUARANTE ANNEES IL A FAIT QUATORZE CAMPAGNES
Il est mort ici, le légionnaire de Lusitanie, venu de si loin en cette terre inconnue, acteur et victime d'un drame qu'il n'a peut-être pas compris , mort bravement , comme les conscrits de Bretagne, comme les « lascars » de la Légion étrangère, qu'une balle lâchée par un sauvage ou le frisson de la fièvre jaune abat dans les rizières du Tonkin ou dans les marécages du Dahomey.
Il est mort; ses camarades de la cohorte ont élevé
un tertre, et ce n'est pas en vain qu'ils ont gravé son nom sur une dalle tumulaire, puisque quinze siècles après que la colonne a quitté ce poste où elle laissait l'un des siens, voici que ce nom est pieusement recueilli par une caravane qui marche, sans bruit d'armes et sans fracas de machines de guerre, à la conquête pacifique de l'Orient.
A l'heure où le jour baisse, nous rapportons au logis notre soldat lusitanien, à travers les rumeurs du village en fête. Les femmes vont et viennent enveloppées de lumière rose par des mousselines légères. Quelques enfants ont d'adorables yeux, pleins de douceurs caressantes.