‹ Sur les routes d'AsieChapitre 71 sur 71 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

dent. Oh ! que l'enfantillage des plaisirs et des ilevoirs mondains, que la mesquinerie des snobs, la sottise de la mode, la "vanité du bavardage politique, et, comme disent les théologiens, la « frivolité du siècle » apparaissent nettement, lorsqu'on chevauche, en « pensant devant soi », cùle à côte avec un zaptieh silencieux, ou lorsqu'on s'assied à terre, près d'un aga, sous un arbre, au bord d'une source, devant un plat de fer battu où tous les convives, maîtres et serviteurs, prennent poliment, avec leurs doigts, leur part de iaourt et de riz!

On est étonné, lorsqu'on a fait celte expérience, du nombre prodigieux de choses qui nous semblent indispensables, dont nous surchargeons notre vie, et dont il est facile de se passer. Les personnes qui pourront encore, malgré les générations affairées et ahuries dont on prévoit la montée, garder le goût de la méditation intérieure, feront bien d'entreprendre, de temps en temps, quelque voyage aux pays réputés barbares, alin de s'enchanter les yeux.de se purifier l'âme, et de tressaillir, dans les calmes solitudes, au contact des dieux ressuscites.

Je ne puis me rappeler sans émotion les bons serviteurs, les humbles amis qui ont rôdé avec moi sur les roules d'Asie, que j'ai laissés là-bas et dont la probité fidèle m'a fait oublier l'odieuse vilenie des pachas voleurs. Je voudrais les nom-

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mer tous : Tcherkess-Ali, si zélé, si courageux, un peu trop prompt à lever son fouet sur les paysans, et qui faillit ameuter contre moi tout un village ; le nègre Kara-Mourad et le caporal Osman, qui dormaient si vaillamment, la nuit, en travers de ma porte, près des chevaux attachés aux piquets; Mikhal, dont la face bronzée s'illuminait d'un sourire si simple et si doux; Serkis, qui, le soir, à l'étape, jouait, sur la mandoline, des chansons arméniennes; Orner, cavalier cîrcassien qui galopait follement par les plaines, et me faisait songer aux Huns d'Attila; le pilote Meheniel, dont le caïque dansait si joliment sur la vague.

entre Halicarnasse et Rhodes

Ces braves gens, peu embarrassés de mots et d'idées, mais toujours prêts à l'actiou hardie) accoutumés à respecter leurs chefs sans rien abdiquer de leur dignité, courageux dans les entreprises et résignés cependant aux malices du sort, furent les vrais maîtres de ma jeunesse. Je ne saurais dire tout ce que je leur dois, et combien je leur suis reconnaissant.

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