‹ Sur les ruinesChapitre 1 sur 5 · ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES · texte numérisé non relu

ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES

3, nUE ACBER, 3

Quid, si prisca redit Venus ?

Comme Irols heures sonnaient à la pendule du salon, madame dlïeyange ferma le piano et, fendant loreille du côté de la porte, elle vint sasseoir près de la fenêtre, parmi ses livres et ses objets familiers.

Elle prit une Revue, plutôt par contenance que par désir de lire ; car ses yeux dirigés vers le petit jardin de l'iiôtel semblaient poursuivre quelque vision vague et sérieuse, à travers les bosquets dépouillés

OÙ deux nymphes tic niaibre Jrissonnaicnl sous la bise d'aulonme.

Puis, dclournanl Je rei^ard, elle se mil à contempler un porlrail appcndu dcvanl elle, — son porlrail. qu'un maîlrc avait exécute trois ans plus loi, dans la manière élégante de Gainsborougli.

L'image fixée sur la toile était celle dune femme de vingl-lmit ans, fine et de belle slalure, dont la fraîche carnation, le visage régulier aux lèvres sinueuses, les cheveux bruns et chatoyants, les yeux profonds et nuancés de vert, composaient une physionomie charmante de grâce, de réserve et de fierté.

Elle considérait ce portrait avec une alienlion inquièle, avec l'esprit méfiant cl subtil que les femmes apportent à s'observer entre elles et qui les rend si ingénieuses à surprendre le défaut de leurs rivales.

Pour achever l'examen par une compa-

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raison, elle se leva et se mira dans la glace. Apres trois ans, la vision du peintre demeurait fidèle. La jeune femme se reflétait gracieuse et fine, quoique un peu élargie du buste et plus cambrée des lianclies. Le leint même avait gardé sa fleur délicate ; mais les yeux semblaient avoir assombri leur nuance et concentré leur éclat.

Sans doule elle fut satisfaite de s'apparaître ainsi, car elle se sourit à elle-même. Cependant elle réflécliit aussitôt : « Mais lui, comment me trouvera-t-il ? »

Le visiteur attendu n'arrivant pas, elle se rassit, consulta de nouveau la pendule et tira de son porte-cartes un billet, reçu le matin même au réveil. Elle en considéra quelque temps l'écriture, qui était ferme et pleine ; puis, pour la dixième fois peutêtre de la journée, elle lut :

« Clicrc amie,

» Rentré triiicr a Paris, je voudrais, après cette longue absence, que ma première visile fût pour vous.

)) Si, comme voire dernière Icltre me le donnait à croire, vous êtes déjà revenue de la campagne, puis-je me présenter chez vous tantôt vers quatre heures ?

)) A vous, dans les sentiments dune tendre amitié.

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