M. ALEXIS PERRET
n-ofessear lappléant à la Faculté des sciences de DUon.
n Les tremblements de terre sont très-violents dans ces régions septentrionales , mais rarement ils y causent de grands dommages, rarement ils y sont de longue durée '. »
Ces parôlé&^d\in historien du Nord me paraissent confirmées par le petit nombre de citations que présente ce catalogue. Cependant on regarde généralement la Suède et la Norvège comme un pays trèssujet aux commotions souterraines; on regarde ces contrées comme reposant sur un sol peu stable , ou plutôt sur un sol dans un état d'oscillation conti-
' Fiunt etiam terrae motus valde véhémentes in frigidis illis terris, sed raro noxii aut durabiles. (Hist. Olai Magni Gothi, archiep. Upsai.,/>e Gentium seplcnt. variis conditionibiis y fol. 20.)
nuelle. L^élévation lente-.cféO cotes au-dessus du ni-
veau des eaux de larnrc^-.éËTt un fait acquis à la science;
et si l'on n'<esl\^fc d'accord sur le chiffre qui doit
reprisentep .cette élévation pour chaque année, ou <;f)tçA(^^ "pour chaque siècle , personne n'oserait aujour- • '. d'hui révoquer en doute l'existence d'un phénomène constaté , l'existence du soulèvement progressif et continu auquel est soumise une grande partie de la péninsule Scandinave.
Ce soulèvement, que le voisinage de l'Océan a permis de constater d'une manière certaine , et qui remonte jusqu'aux temps mythologiques, serait peutêtre resté inaperçu , s'il eût eu lieu dans l'intérieur du continent , loin des rivages de la mer, dont l'abaissement successif prouve ou une dépression du fond de l'Océan , ou une élévation de ses bords. Or, la première hypothèse ne saurait être admise; fe niveau des eaux n'a pas vatîé d'une manière appréciable sur les côtes des Pays-Bas et des autres contrées avoisinantes. Mais ce soulèvement, une fois reconnu, prouve la flexibilité , l'élasticité de cette partie de la croûte terrestre sur laquelle s'étend la presqu'île Scandinave, c'est-à-dire, de toute cette partie de l'Europe comprise entre la mer Baltique , la mer du Nord , la mer Glaciale et la mer Blanche. Cette flexibilité, cette élasticité admises , voudra-t-on voir dans les oscillations de l'écorce terrestre la cause première des éruptions volcaniques , une des principales causes des commotions souterraines? Cette partie de l'enveloppe de la terre, en s'abaissant, en se déprimant, forcera-
t<«lle les matières incandescentes de l'intérieur du globe à s'élancer au dehors , à travers les nombreux soupiraux que lui présentent les cratères de Tlslande? Je n'ose l'affirmer. Si les mouvements oscillatoires des Geysers semblent favorables à cette hypothèse , l'irrégularité des éruptions volcaniques lui parait contraire , ou au moins présente le sujet d'une objection grave.
Sans prétendre donner ici une explicatiou générale du phénomène tout à fait complexe des tremblements de terre, je crois pouvoir signaler quelques circonstances relatives a ceux dont je vais donner le catalogue.
On peut diviser les commotions souterraines en trois classes distinctes.
Le plus souvent ondulatoires ^ elles causent à la surface du sol des mouvements alternés qui le font onduler comme les replis d'un serpent. Ces secousses peuvent se comparer encore , quant à leur mode de propagation , aux ondulations d'une surface liquide loin du centre d'ébranlement. Généralement peu désastreux 9 les tremblements de terre de cette première espèce sont ceux qui paraissent s'étendre sur une plus vaste étendue de pays 9 et prendre naissance à déplus grandes profondeurs. En un mot, les secousses ne paraissent être ondulatoires que loin du point 011 a commencé le mouvement. Elles dérivent quelquefois des commotions de seconde espèce, et qu'on pourrait caractériser par l'épithète de vibratoires.
Les tremblements de terre de celle seconde espèce
sont très-communs au Mexique ; ce sont eux qui y sont les plus fréquents : ils consistent en un mouvement du sol horizontal et rapide. C'est la scossa suecussoria des Italiens; c'est la vibration des physiciens et des géomètres à l'origine du mouvement ou au centre d'ébranlement , de durée très-petite : rapidité extrême et non isochronisme (sans doute?), tel est le caractère des vibrations dans les tremblements de terre de seconde espèce. Les habitants d'Àcapulco comparent ce mouvement à celui qu'un cheval imprime à sa peau pour se débarrasser des mouches, ou mieux à celui par lequel un chien se débarrasse de l'eau quand il est mouillé. Un conçoit facilement les effets désastreux de ces vibrations croisées et irrégulières sur les édifices.
Enfin , il est une troisième espèce de tremblement de terre très-fréquente au Chili. Ce sont ceux que les habitants désignent sous le nom de tremblements par trépidation. Ils se rapprochent beaucoup de ceux de la seconde espèce. Ce sont encore des vibrations irrégulières , des chocs brusques et rapides du sol y mais non plus dans le sens horizontal. C'est une trépidation violente, dans le sens vertical , qui soulève le sol et le fait osciller, trembler d'une manière saccadée , comme par bonds et par soubresauts plus ou moins vifs, plus ou moins irréguliers. On conçoit que de semblables secousses se propagent rarement à de grandes distances horizontales; aussi leurs effets destructeurs ne s'étendent jamais bien loin. Ainsi, le 6 janvier i835, Acapulco fut détruit par un tremble-
ment de terre de ce genre; la mer n'éprouva aucune de ces formidables perturbations qui accompagnent les tremblements de la seconde espèce. D'ailleurs, Mexico ne ressentit qu'un mouvement ondulé. Les mêmes phénomènes s'étaient fait remarquer aux mêmes lieux et avec les mêmes circonstances , le j i mars précédent. Ainsi , la trépidation ne parait avoir lieu qu'à une petite distance du centre d'ébranlement. On a comparé Tefiet produit sur l'homme au choc d'une décharge électrique ressentie dans les pieds.
Le mouvement vibratoire^ brusque, rapide, saccadé, distingue ainsi ces deux espèces de tremblements de ceux de la première espèce, dans lesquels ils se transforment à une grande distance du centre d'ébranlement. La direction horizontale caractérise la seconde espèce, et la direction verticale ou normale à la surface terrestre appartient à la troisième.
Quelquefois, en Amérique, le phénomène est caractérisé par un mouvement tourbillonnant ou gyratoire , qui a enroulé des arbres les uns autour des autres , comme les lianes de ces contrées '.
Dans ces cas rares, l'électricité parait évidemment mise en jeu; mais quel est son rôle? Je n'hésite pas aujourd'hui à le regarder comme secondaire ; au moins rien ne prouve que cet agent soit une des causes pre-
* A Valparaiso, le 19 novembre i8'i!i , trois palmiers s'étaient roulés entre eux comme des baguettes de saule. On peut citer des exemples semblables pour l'Europe. L'Italie , si féconde en commotions souterraines, présente un catalogue d'un millier de tremblements de terre, dans lequel Ton peut retrouver loutts Us par- . ticularités qui signalent ce phénomène. ,^
• Vu
mières des commotions qui ébranlent notre Europe: le mouvement presque toujours ondulatoire semble prouver, par sa nature, que la cause de nos tremblements de terre gtt à de grandes profondeurs, sans doute dans les matières qui forment le noyau central du globe, et dont les chocs contre la paroi interne de la croûte solide produisent ces ondulations plus ou moins rapides qui se propagent jusqu'à la surface.
Ce serait un problème digne de nos géomètres que celui des mouvemetits d'nn noyau fluide enfermé dans une enveloppe solide, non homogène, et douée d'un double mouvement de rotation et de translation. Plus violents à l'équateur et dans les zones in ter tropicales, les chocs seraient-ils moins intenses, moins énergiques vers les pôles , où, produits seulement par des courants dérivés, ils se manifesteraient principalement sous forme de pression?
Sans attaquer cette question difficile, je passe au catalogue; mais , auparavant , qu'il me soit permis d'exprimer ma reconnaissance à M. Auguste Bravais , membre de la Commission scientifique du Mord, qui, à ma prière, a bien voulu traduire le catalogue contenu dans le Mémoire de M. Keilhau sur les tremblements de terre de la Norvège '. Les extraits de ce catalogue sont indiqués par l'initiale K entre parenthèses.
• Om Jordskielv i Norge, Magazinfor Naturvidenskaberncy la* volume, pag. 82 et suivantes ; Christiania, i835 : ouvrage dont je dois la communication à l'obligeance de M. de Laroqiiette. A. B.