RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
Dans sa Chronik der Erdbeben^ von HofF a décrit longuement les nombreuses éruptions de l'Islande; je n'ai pas cru devoir faire entrer ces descriptions dans le cadre que je m'étais tracé. Si , comme le croient plusieurs physiciens , les volcans sont de vastes soupiraux qui donnent passage à la matière incandescente formant le noyau central du globe, et témoignent, par l'éjection d'une substance brûlante,des orages ou plutôt des tempétesqui soulèvent les vagues de cet ocè^iXï sous terre s trcy^ faut admettre que, même vers les pôles de la terre, le noyau central n'est pas dans un état d'équilibre; maisque^soumis^ au contraire, à une agitation permanente, les flots de cette mer embrasée se soulèvent en vagues puissantes, dont les chocs violents et rapides ébranlent la croûte solide qui les recouvre, et parfois s'élancent à travers les cratères entrouverts sous forme de laves et de gaz.
On ne peut guère concevoir, en effet, l'existence de la terre fluide h l'intérieur, enveloppée d'une croûte solide d'une dizaine de myriamètres d'épaisseur seulement (l'épaisseur à peu près de l'atmosphère), et d'un vaste noyau de matières incandescentes de plus de six cents myriamètres de rayon, composé de
toutes sortes de substances capables de réagir chimiquement les unes sur les autres , surtout sous Finfluence d'une température extrêmement élevée; on ne peut concevoir, dis-je, une pareille composition sans admettre le développement forcé de grandes quantités de gaz divers , dont l'élasticité j la force de tension, doivent être immenses. Ces gaz devront exercer une pression continuelle contre les parois solides qui les compriment, et les soulever dans les parties où elles offrent le moins de résistance. Et si, par suite des tempêtes, des effervescences qui agitent ce vaste noyau, ces gaz se trouvent trop comprimés, ils tendront à s'échapper. Supposons un cratère ouvert ou fermé seulement par une légère couche de laves incandescentes et fluides, ces gaz s'ouvriront facilement un passage, et s'échapperont au dehors sans ces secousses violentes, ces commotions souterraines qui constituent les tremblements de terre proprement dits; les flancs du volcan seront ébranlés, sans doute , mais la pression contre leurs parois dirai nuera à mesure que les fluides aériformes qui se dégagent perdront de leur force élastique par une expansion plus grande et une température moins élevée, en atteignant les régions supérieures du cratère. On conçoit ainsi que les ébranlements intérieurs ne se propagent pas jusqu'à la surface externe, qu'ils y soient parfois sensiblement nuls, ou qu'ils ne s'étendent que dans une région fort limitée autour du volcan. Aussi, que d'éruptions volcaniques ne sont
signalées par aucune secousse de tremblement de
terre ! que d'éruptions^ même formidables dans leurs commencements , marquées à leur origine par d'épouvantables ébranlements convulsifs du sol, ont continué longtemps à lancer des cendres, à vomir des gaz, à déverser la lave sur les flancs des cônes volcaniques, devenus stables et immobiles!
Supposons, au contraire, un cratère fermé, oii les éboulements des parois ont formé comme un vaste tampon. Supposons que, depuis longues années, le volcan repose^ et laisse aux matières d'éboulement le temps de former un ensemble cohérent, de faire même disparaître toute fissure latérale : survienne alors une de ces explosions internes dont nos laboratoires ne sauraient nous donner l'idée, une de ces tempêtes plus terribles que celles qui bouleversent parfois nos océans jusqu'à d'immenses profondeurs, un de ces ouragans dont ceux des Antilles ne sont qu'une faible image, malgré les désastres épouvantables qui signalent leur passage : alors, on conçoit que la vague intérieure s'engouflrant avec une violence inouïe dans la cheminée volcanique, frappant ses parois avec une puissance de choc dont rien n'approche sur la terre, les ébranle et les agite de mouvements brusques qui se propagent au loin, et faisant, sous ces coups vifs et multipliés, sauter le tampon qui fermait le cratère , s'élance dans les airs sous forme de matière enflammée, avec un fracas horrible. On conçoit (|ue les gaz longtemps et fortement comprimés jaillissent sous forme de colonnes immenses, et portent les cendres, les
matières ténues, les vapeurs , jusque dans les régions supérieures de notre atmosphère. Abandonnées par le courant ascendant qui s'éteint par son expansion même , ces cendres seront entraînées par les vents supérieurs , et l'on ne sera pas étonné de les voir retomber à cent myriamètres du foyer d'éruption, dans des contrées où souffle, à la surface du sol, un vent contraire. De pareils phénomènes ont été constatés , et je pourrais en citer plus d'un exemple '. On ne sera pas étonné non plus de ces orages atmosphériques qui parfois accompagnent ou suivent immédiatement les grandes éruptions volcaniques. La simultanéité des éruptions volcaniques , des tremblements de terre et des tyfoongs des iles de la Sonde, ne paraîtra peut-être plus un simple phénomène accidentel.
Quelques-uns des nombreux volcans de l'Islande étant presque toujours en activité, le sol de cette ile, crevassé et criblé, pour ainsi dire, de nombreux cratères , n'offre pas une résistance bien grande à la pression intérieure : de là, sans doute, les secousses rares et peu étendues qui accompagnent les éruptions, et les
' Lors de Téruption du volcao de l'île Saînt-ViDcent, le 19 mars i8i2y les cendres vinrent tomber jusqu'à la Barbade, où régnait la mousson d'Est. Il y en eut un pouce d'épaisseur ; l'air était tellement obscurci, qu'on ne distinguait pas les fenêtres des appartements. Le 25 février 1 835, les cendres lancées par le volcan de Cosiguina, dans l'État de Guatimala, s'élevèrent dans la région de Valise supérieur, et tombèrent peu de temps après dans les rues de Kingston, à la Jamaïque, située au N. £. du volcan.
oscillations presque périodiques ou isochrones de ses Geysers.
Comme indices, comme efTetSy peut-être , des tempêtes souterraines qui sévissent dans Tocéan immense et embrasé qui forme le noyau de notre globe j les éruptions volcaniques auraient pu figurer dans ce catalogue. Mais si, d'après le simple énoncé des idées que je viens d'émettre, on pensait devoir leur accorder quelque intérêt; si l'on croyait devoir les regarder comme l'expression , non pas encore de ce qui est, je n'ose l'espérer, mais seulement de ce qui pourrait être, on comprendra que je n'aie cité dans ce mémoire que les éruptions volcaniques signalées par la concomitance de tremblements de terre proprement dits. Beaucoup de personnes regardent encore les éruptions volcaniques, non pas seuleiiient comme les indices de commotions souterraines, mais bien comme les véritables causes des tremblements de terre. Et cependant , ne serait-il pas permis de les envisager en général sous un point de vue tout à fait opposé? Partout , dans le voisinage des volcans en activité, les secousses, d'abord nombreuses et extrêmement violentes dans les commencements des fortes éruptions, ne se sont-elles pas bientôt ralenties et même tout à fait calmées, lorsque l'éruption a eu pris son coui*s; lorsque le volcan, longtemps tourmenté, a pu vomir librement , de ses flancs entr'ouverts, les matières embrasées dont la bouillante effervescence torturait ses entrailles, déchirées de mouvements convulsifs? Dans les îles de la Sonde, si
célèbres par leurs désastres irop souvent renouvelés , l'écoulement des laves n'est-il pas le signal auquel cessent les convulsions qui ravagent ces contrées , et souvent changent en un jour, en une heure, en un instant, laspect de ces riches et malheureux pays? Dans notre atmosphère, le tonnerre gronde-t-il longtemps après la chute de la gréle et de la pluie?
Si la position géographique d'une contrée , si son altitude, son relief externe ont une influence marquée y incontestable sur les tempêtes aériennes , ces mêmes coordonnées géographiques, l'épaisseur de la couche corticale , le relief interne de cette croûte probablement sillonné de longues vallées, creusé d'anfractuosités immenses, hérissé de protubérances énormes suspendues à sa surface intérieure comme de gigantesques stalactites, tous ces accidents géodésiques et géognostiques doivent modifier les réactions des matières centrales, et exercer une influence plus ou moins puissante sur les tempêtes souterraines qui bouleversent le noyau fluide de notre globe.
De l'existence de ces orages , de ces tempêtes sousterrestres y nous avons pour preuve les nombreuses perturbations magnétiques que l'on étudie avec tant de zèle et d'ardeur depuis quelques années. De l'existence de ces différences de relief à la surface interne de la croûte terrestre, de l'inégalité de son épaisseur dans les diverses régions , nous avons pour preuve des différences bien constatées dans le degré de fréquence des tremblements de terre eux-mêmes, suivant les diverses contrées.
Les deux mois de décembre et de janvier, qui comprennent le solstice d'hiver, présentent encore ici, comme je Fai toujours trouvé, une prépondérance marquée sur les deux mois qui comprennent une des trois autres époques de l'année qu'on désigne sous le nom di époques critiques, savoir, les équinoxes et le solstice d'été.
En représentant par lOi le nombre moyen annuel des tremblements de teiTC mentionnés avec dates de jours et de mois, j'ai obtenu, pour chaque mois, des nombres proportionnels que j'ai inscrits au tableau suivant. Dans ce tableau figurent les nombres analogues relatifs à l'ensemble de l'Europe et à quelques autres régions plus circonscrites; leur rapprochement n'est pas sans intérêt.