PREMIÈRE PARTIE
Hé FormoM.
« La fréquence des tremblements de terre qui se lont sentu avec tant de force dans Ttle de Formosa, peut donner lieu de supposer que la chaîne volcanique des Philippines se perd sous le continent de la Chine. » Telles sont les seules lignes que de Buch consacre à Ttle de Formose {Description des des Canaries^ p. 459 de la traduction française).
De Humboldt qui, dans son dernier travail sur les volcans, la rattache aux Ues de VAsie Méridionale^ n'est guère plus explicite, «c Nous comprenons, dit-il, sous cette dénomination nie de Formose (Thai-wan), les Philippines , les lies de la Sonde et les Moluques. Klaproth nous a fait connaître le premier les volcans de Formose, d'après les sources chinoises, toiyours si abondantes en descriptions minutieuses de la nature. Formose contient quatre volcans, parmi lesquels
le Tschy-kang, ou Montagpe-Rouge, qui a eu de grandes éruptions enflammées, et sur lequel existe un cratère-lac rempli d'eaux brûlantes. » [Cosmos^ t. IV, p. 421 de la traduction
française).
Voici les renseignements que je trouve dans un article de Klaproth, sur Ttle Formose, et auxquels de Humboldt fait allusion.
« Le Phy-nan-my-chan , au sud-est de Fung-chan-hian, est une montagne très-élevée et couverte de pins. On dit que, pendant la nuit, on y distingue une lueur qui ressemble à du feu; peut-être est-ce un volcan... (1).
(I) Cette montagne forme une chaîne longue et très-éle^ée. Les hommes n*y portent point leurs pas. Lorsqu'on la regarde de loioi on la Toit projeter une lueur rouge comme du feu (Stanislas Julien, CompUirtnduif t. xx, p. 851, 1840).
)> Le Tchy-kang od la Chatne-Rouge est au sud de Fungchang-hian. II s'y trouve un lac dont Teau est chaude: on dit que sa cime , éloignée de 140 ly de la ville , a autrefois vomi du feu (1).
)i Le Ho^chan ou Mont de feU; au sud-est de Tchou-lo-hian, est rempli de pierres entre lesquelles coulent des sources dont les eaux produisent constamment des flammes. Il parait par conséquent, que la terre, dans cet endroit, contient beaucoup de naphte, ou que ses exhalaisons sont du genre de celles de la Pietra-Mala, dans les Apennins, ou du voisinage de Bakou, sur les bords de la mer Caspienne, qui donnent continuellement du feu (2).
» Le Lieou-houang-^hanf ou Mont de soufre, s'étend au nord de la ville de Tchang-houa-hian jusqu'à Tan-chouy-tching. On voit continuellement des flammes à sa base; les exhalaisons sulfureuses sont si fortes qu'elles peuvent étouffer un homme« On extrait une grande quantité de soufre des terres de cette montagne. » {Ann. des Voyages^ t. XX, (t. lY de 1823), p. 203-206).
Tels sont les quatre volcans ou pseudo- volcans qu'a fait connaître Klaproth et que de Humboldt a signalés dans ses Fragments asiatiques^ p. 82.
Plus tard, dans une lettre adressée à M. Ârago et insérée aux Comptes rendus, t. X, p. 832-834 (1840), M. Stanislas Julien donne des extraits d'une Histoire abrégée de la pacifi-cation de Ole de Thaî-^van ou de Formose, parmi lesquels se trouve l'article suivant intitulé Fo-c/uin (littéralement Feu-montagnes), c'est-à-dire volcans.
(1) Elle offre un plateao TMle et ioégal au-dessus duquel s'élèvent coBstammeot des flammes. (Stanislas Julien, CompUt rendus, t. xx, p. 834, 1840.)
(2) M. Stanislas Julien dit aussi : On voit constamment des flammes qnî sortent dn fond de l'eau (de la source chaude) et voltigent è sa surface. (L. c.)
SUR LES TnEMBLfiMENTS DE TERRE. 5
<t II y a deux volcans dans File de Formose ; tous deux se » trouvent compris dans les limites du district de Tchou-lchhien. i> L'un est situé au nord de Panlsiouen (c'est actuellement le » district de Tchang^hoa-hienjf à Test des deux montagnes ap- » pelées Miao4(hchan et Miao-wotirchan. Pendant le jour , il » s'en élève constamment des colonnes de fumée, et pen- » dantlanuit, il répand au loin une lueur éclatante. II se )> trouve dans la partie de nie habitée par des tribus sau- » vages que l'on n'ose aborder. >
Cette description, si elle est exacte, [indique évidemment un volcan actif. Elle parait s^appliquer, suivant M. Stanislas Julien lui-même, à la montagne indiquée plus haut sous le nom de Lieou-hoang-chan, que le savant orientaliste français décrit ainsi: « Elle est située au nord du district de Tchang-'hoarhien^ tout près de la ville de Tan-cliouî-tchhingj ' ou la vUle de Veau douce. Suivant une ancienne géographie, il existe, au pied de celte montagne, un foyer brûlant qui projette une lueur éclatante. Quand le soleil y darde ses rayons, il s'en échappe des vapeurs qu'on ne peut respirer sans danger. On fait bouillir la terre (de cette partie de la montagne) et l'on en extrait une grande quantité de soufre. » L. c. p. 854).
« L'autre volcan, dit M. Stanislas Julien (L. c. p. 855), fait partie du rameau gauche qui s'étend au sud de la ville principale de ce district; il ^t situé derrière le mont Yu^-an-chan ou Mont de la Table de Jade. » D'après cette position , c'est évidemment le Ho-chan.
 ces documents empruntés aux livres chinois se bornent nos connaissances sur les volcans de l'tle Formose, dont l'intérieur n'a pas encore été exploré. M. Berghaus n'a fait que traduire Klaproth (1), dans le 47® chapitre de sa Géographie.
(0 Allgemcine Laender-und Voelkerkunde,l. ii, ch 27 SluUgard, 1837,6 vol in-8» .^
H. Landgrebe, dans son Histoire naturelle des Volcans (1), ne donne pas d'autres détails ; seulement il change l'ordre des deux premiers. Suivant lui, le Tschy-kang est le plus méridional des quatre; vient ensuite le Phy-nan-my-chan , situé sur la côte sud-est, puis le HoH^han qui se trouve à peu près sous le tropique du Cancer, et enfin le Lieou-houang-chan, le plus septentrional qui s'élève sur l'axe central de la chaîne longitudinale.
M. W. Hermann n'en marque que trois sur sa carte voica* nique (2), et, chose curieuse, c'est le Tchy-kang qu'il supprime , c'est-à-dire celui que de Humboldt signale dans son dernier travail sur les volcans. Du reste, il placé les autres dans l'ordre indiqué par M. Landgrebe.
M. le baron Ferdinand de Richthofen vient de publier (3) un Mémoire très-intéressant sur cette ile encore inconnue au point de vue géologique. J'en traduirai ici quelques passages.
ce La frégate prussienne la Thétis ayant visité le havre de Tamsui, sur la côte septentrionale de Ttle, j'ai profité, dit-il, de cette heureuse occasion pour en étudier les roches, et quoique la relâche n'ait été que d'un jour, j'ai pu faire des ob« servations qui ne me paraissent pas dénuées d'intérêt.
<( Formose est formée par une haute chaîne de montagnes qui s^élèvent jusqu'à 12000 pieds de hauteur au-dessus du niveau delà mer. Cette évaluation n'est pas fondée sur des mesures hypsométriques ; mais elle est probable, puisque les plus hauts sommets restent couverts de neige pendant la plus grande partie de l'été. Généralement leurs flancs sont abruptes, et dans quelques endroits, comme au village de Chocke-
(i) Naturgeschlcbte der Valcane. Gotha, 1S55, S vol. tn-S».
(3) AUgemeine VnlkaneD-Karte der Erde. Berlin, 18S6« 1 feuille.
(S) Ueber den Gebirgtbau ao der Nordkuste tod Formoia. ~ Xeitt, d. d. Gwl. Gmllt., t. xn, cah. 4, p. 5SI-B45. Bt rlin, 1860.
day, sur la côte orientale, elles forment des falaises escarpées de six à sept mille pieds.
» En approchant de la côte nord-ouest, on aperçoit, de la mer, deux hautes montagnes isolées, entre lesquelles se trouve Tembouchure de la riyière Tamsui ; à droile et à gauche, s'étend un plateau de quatre à cinq cents pieds d'altitude. Les caries marines dressées par les Anglais portent la hauteur de la montagne du nord à 2800 pieds, et celle du sud à 1720. La première parait être Torigine d'un groupe qui s'étend trèsloin à l'est; celle du sud est la plus petite, plus abrupte et semble isolée. Toutes deux rappellent par leurs formes les montagnes trach3rtiques. Nous venions de visiter Nangasaki, qui est environnée de montagnes de cette nature , et la ressemblance est frappante.
» Roches db tk période trachytique. — 1. Trachyie. Ce que la forme des deux montagnes (situées à l'embouchure de la rivière Tamsui), fait soupçonner de leur composition trachytique, est parfaitement confirmé, pour celle du nord, par le grand nombre de blocs qui s'en sont détachés ; et je ne peux guère douter que celle du sud ne soit formée des mêmes roches. Ces blocs sont composés de deux espèces de trachytes. L'une, qui l'emporte par le nombre , est un trachyte avec hornblende et oligoklas, sans sanidine et sans augite. La pâte grise, à grains, abonde en cristaux isolés. L'amphibole est d'un rouge brun sombre et s'écaille facilement en aiguilles de deux à six lignes de long. Leur disposition est toute particulière. Quand on brise la roche , on aperçoit à la surface de la cassure des stries très-brillantes, formées par les cristaux qui se croisent dans toutes les directions. L'oligoklas est d'un blanc verdâtre ; les cristaux sont plus petits que ceux de l'amphibole ; mais leur disposition esta peu près la même. Sur la même cassure où brillent les stries amphiboliques, on voit l'oligoklas former de petites taches arrondies, moins
brillantes et parfois visibles sans aucun éclat. — Ces deux minéraux impHment à ce trachyte un cachet caractéristique. On y rencontre encore un autre minéral dur et verdàtre qui réclame un examen ultérieur. La roche a dans son ensemble une cassure irrégulière , plus facile dans le sens des stries brillantes et cristallines dont je viens de parler , difficile et écailleuse suivant les autres directions. Les influences météorologiques ont exercé un double effet à la surfoce^ dont se détachent de petites écailles d'un gris de rouille et de l'épaisseur d'une feuille de papier, tandis qu'à l'intérieur elles forment des lamelles d'un bran rouge sombre , épaisses d'une ligne ; la différence est parfaitement tranchée.
» La deuxième espèce de trachyte est basaltique, trèscassante, à écailles planes avec des angles tranchants; die est formée d'un mélange minéralogique à grains fins et d'une teinte d'un gris noir, dans lequel se distinguent des cristaux irréguliers et cassants d'une augite transparente qui a la teinte
vert-foncé du poireau . Les agents atmosphériques ont exercé
la même influence sur cette espèce que sur la première, seulement elle est moins profonde, et la teinte de rouille est d'un bran plus jaunâtre.
> Je ne puis pas dire quel est celui de ces deux trachytes qui est le plus abondant. On y remarque encore beaucoup d'autres éléments, mais tous paraissent subordonnés.
> 2. Conglomérat trachytique grossier. — En plusieurs en* droits de la côte, près de IIo*bi , se montre un conglomérat grossier, qui parait former la base des dépôts sédimentaires dont sont composées les collines, et qui contient de nombreux fragments anguletfx des deux trachytes dont nous vencms de parler. C'est une masse dure , de nature trachytique, dans laquelle on reconnaît à la fois des couches de matière éruptive qui a probablement coulé, et des tuffs qui sont venus les recouvrir. La solidité de la pâte est trop grande pour un sim-
pie dépôt sédimentaire, et son étendue trop plane et unie pour être d'origine purement éruptive. Le niveau auquel apparaît cette roche est le même sur une immense surface ; ce n'est que sur la côte qu'on en trouve des blocs désagrégés ; on en voit un grand nombre à droite de Tembouchure de la rivière Tamsui.
» 3. Tuffs trachytiques. — Ils sont colorés en brun-rougeàtre et forment une masse terreuse qui indique une décomposition déjà avancée. Je ne les ai vus nulle part dans leur forme primitive. Ils composent les collines superposées aux conglomérats précédents. Mais on y reconnaît encore assez exactement la structure et les couches horizontales de cette formation. Quelques-unes de ces couches sont remplies de blocs trachytiques; ceux-ci sont aussi altérés et changés en une masse terreuse qui forme un ciment par lequel sont réunis divers minéraux décomposés et entassés en couches épaisses de couleur blanc-jaunàtre. C'est à ces tuffs désagrégés par les agents météorologiques que les environs de la rivière Tamsui doivent leur fertilité qui se montre dans des cultures nombreuses et variées.
» Ces trois formations de la période trachytique constituent la région du havre de Tamsui. Les tuffs y ont pris une extension extraordinaire. A en juger par la puissance uniforme des couches qui forment les montagnes et leur position horizontale et non bouleversée, il est plus que probable que le vaste plateau qui s'étend le long de la côte, au sudouest d'Ho*bi, est également composé des mêmes tuffs. »
L'auteur rapporte la formation de ces montagnes trachytiques, des conglomérats et des tuffs à Tépoque tertiaire. Elle aurait été suivie d'un affaissement du sol^ auquel aurait succédé un nouveau soulèvement^ lequel parcdt se continuer encore aujourd^hui d^une manière lente.
Suivant le lieutenant Prebic du Macedonian^ la petite Ki-
iO DOCUMENTS
lung, située à Tcntrée du port de même nom et haute de cinq à six cents pieds, serait volcanique. M. Jones dit qu'elle est formée de syénite.
L'auteur donne de nombreux détails empruntés à la rdation d'une excursion faite en 1858, dans l'intérieur de Ttle, par M. Svinhoe, qui l'a publiée dans le Journal ofthe North China branch ofthe A$iatic sociely^ n^ 11, mai 1859 (i); mais aucun n'est relatif aux volcans. Il dit seulement, après avoir parlé des mines de soufre situées entre Tamsui et Kilung : <f D'après la description qu'en donne M. Svinhoe, ce qui reste de l'ancienne activité volcanique ne laisse aucun doute; mais quoi qu'en ait dit Klaproth, c'est plutôt une solfatare qu'un véritable volcan encore actif. »
Enfin il termine son intéressant travail par les conclusions suivantes :
c La partie la plus septentrionale de Formose consiste à l'intérieur en montagnes anciennes dont les nombreux blocs, disposés dans le lit delà rivière Tamsui, indiquent clairement la nature trachytique. Mais la côte parait exclusivement formée de produits éruptifs de l'époque tertiaire qui, en partie, reposent sur les hautes montagnes trachytiques, en partie s'étendent fort loin de ces montagnes sous forme de taffis éruptifs, et en partie forment un puissant système de tuffs sédimeutaires. Ces derniers constituent un immense plateau, couvert de collines, qui embrasse les montagnes situées au* près de la rivière Tamsui, s'étend au sud-ouest vers Namkan- Point et Paksa-Point, et va, en s'abaissant, former un plateau plus bas, dans lequel se trouvent compris le port de Kilung et ses dépôts de charbon de terre.
(1) La reltlion de M. Svinhoe a aussi été publiée, mais par extraits senleiiieiit,dsns le ZeUtehr. f. allg. Brdkunde, N. Folge, t. m, p. 417-432. Je n'y ai troufé auGOD renseignement seismique ou volcanique.
» Des traces d'ancienne activité volcanique, qui se manifeste encore dans les dernièi*es phases de son action, se rencontrent dans les mines de soufre, non loin de la pointe nord de rtle.
)> Les formations récentes prouvent, tant au havre Tamsui qu'à Kilung , que le sol est encore aujourd'hui soumis à un mouvement de soulèvement lent, comme dans l'archipel des Lou-Tchou et à l'tle Kiou-siou. »
Des Loa-Tchoa.
« Nous ne connaissons pas encore assez, dit M. de Humboldt, l'archipel de Lieou-Khieou (Lieu-Khieu, Loochoo), situé entre Tile de Formose et le Japon, pour avoir une idée exacte des volcans qu'il peut contenir. Nous savons seulement qu'il y en a dans sa partie septentrionale, où l'on rencontre YUe du Soufre (Schwefel^Insel en allemand, Loung-'houangnAan en chinois), située au NE de la grande ile de Lieou-Khieou, au 27<>50' lat. N, et 12»>25'long. E de Paris. L'tle du Soufre est aussi appelée Yeau-kia^hou ou le Rivage-'de&'Bannis. Le volcan qui y produit une immense quantité de soufre , est situé dans sa partie NO; il vomit constamment de la fumée et des vapeurs sulfureuses, qui sont quelquefois si fortes, que Tonne peut s'approcher du mont du côté d'où le vent souffle. Les rochers qui entourent ce volcan sont de couleur jaune, mêlée de bandes brunes. La côte méridionale est formée de hauts volcans d'un rouge foncé ; l'on aperçoit sur sa surface quelques espaces d'un vert clair. Dans le gros temps, il est difficile de débarquer sur cette ile, parce que la mer brise avec une violence extrême sur les rocs escarpés qui la bordent Le Loung-houang-chan ne produit ni arbres, ni riz, ni plantes potagères; on y trouve beaucoup d'oiseaux et la mer est trèspoissonneuse. Cette tie est habitée par une trentaine* de fa-
milles de bannis qui reçoivent leur subsistance de la grande Lieou-ïUiieou ; ils s'occupent à recueillir le soufre. »
M. de Bucb y voit plus qu'une simple solfatare ; il regarde cette île comme le siège d'actions volcaniques très-énergiques.
Klaproth en a publié une carte spéciale dès l'année 1824 {Ann. des Voyages, t XXI, p. 512), et c'est à lui que de Humboldt emprunte les détails que je viens de donner et qu'ont reproduits tous les auteurs qui se sont occupés de la géogra* phie des volcans.
A. de Humboldt revient sur ce sujetdans le dernier volume du Cosmos et sépare cette ile de l'archipel des Lou-Tchou.
« Du pic Homer (Caimon-ga-take), situé sur la côte sudouest de nie Kiou-siou, dans le royaume insulaire du Japon, dit-il, part un arc de cercle décrit par une rangée de petites Iles volcaniques dont l'ouverture est tournée vers louest, et qui renferme (du nord au sud), entre les détroits de Diemen et de Colnett, Jakouno-sima et Tanega-sima; au sud du détroit de Colnett, dans le groupe des Linschoten de Siebold (l'archipel Cécile du capitaine Guérin), qui s'étend jusqu'au 3id^^ parallèle, Ttle Souwase-simaG'tle du Volcan du capitaine Bêcher) , située par 29"" 39' de latitude, IST'^Sl' de longitude, et qui s'élève, d'après de la Roche-Poncié, à 2630 pieds ou 855 mètres de hauteur; puis l'ile du Soufre de Basil-Hall (Stilphur-Island), appelée Tori-sima ou tle des Oiseaux par les Japonais, Loung-faouang-schan par le Père Gaubil,et située par 27° 51' de latitude, ISS^^Si' de longitude, d'après les mesures astronomiques du capitaine de la Roche- Poncié (1848). Comme cette tle porte aussi le nom d'Iwosima, il faut prendre garde de la confondre avec son homonyme» située plus au nord dans le détroit de Diemen. L'ile de Soufre a été bien décrile par Basil-Hall (1). En s'avançant
(I) Voyagg of discovery of the iy«8t coast of Gorea asd Uie gréai Loo-Ghoo Island. LondoD, 1818, p. 58 et cixx. PI. 1. V07. à 1816.
vers le sad, entre le 26^^ et le 27""^ parallèle, on rencontre le groupe des Lieou-khieou ou Lew-chew, appelé Loo-choo par les indigènes. Enfin, vers le sud-ouest, se trouve le petit archipel de Madschiko-sima, qui s'étend jusqu'à la grande île de Formose et que je considérerai comme l'extrémité des tles de l'Asie orientale. » (IV, 420).
Je placerai ici l'archipel volcanique de Magellan dont plusieurs tles ont été colonisées parles Japonais. Cet archipel est peu connu; mais sa constitution volcanique le rattache évi« demment au Japon qu'il relie aux tles Mariannes dont, cependant, je ne m'occuperai pas dans ce Mémoire.
Des Bonin (1).
« Dans les tles Bonin, appelées Bouna-sima par les Japonais, et situées entre 26^ 30' et 27'' 45' de latitude, sous le méridien de 159^55', l'Ile de Peel possède plusieurs cratères entourés d'une grande quantité de soufre et de scories, qui paraissent éteints depuis peu de temps. » (Cosmos^ lY, 421). c L'ile Peel, dit Postels, est coupée par quelques séries de montagnes dont la direction est irrégulière et dont la hauteur ne dépasse pas 900 pieds anglais. Elles sont, jusqu'aux sommets, couvertes de la plus riche végétation et offrent à la fois les plantes de la zone torride et celles de la zone tempérée. Le rivage est garni presque partout de parois de rochers nus qui tombent immédiatement à pic dans la mer* Ce n'est que dans peu d'endroits que l'on voit un bord étroit qui est couvert de sable de corail et de blocs de rochers , dispersés isolément ça et là. Plusieurs pointes de rochers saillantes forment des anses dont la plus considérable, nommée Lloyd, se trouve sur le côté occidental et est enfer- Ci) Archipel de Magellan ou Volcanique de quelques géographes.
14 DOGUMBUTS
mée par des montagnes. Entre les séries de montagnes se trouvent de profonds ravins et des vallées qui offrent un écoule* ment aux eaux que produit l'atmosphère, lesquelles, en se réunissant, forment des ruisseaux et, par des ravins latéraux, se déversent dans la mer dans toutes les directions. Le fond de la mer, à Tentour de Tile, est couvert de coraux qui forment des écueils d'une étendue assez considérable.
» L'origine de cette lie est volcanique : le basalte, en variétés nombreuses, en forme le noyau. Le port Lloyd , où le Séuiavine mouilla, est le seul point sur lequel j'ai pu faire des recherches plus spéciales. Le basalte, tant compact que poreux, y domine en formant des couches irrégulières et alternantes. Le premier se trouve cependant plutôt dans les enfoncements et s'offre souvent en séparations prismatiques, dont le diamètre ne dépasse pas 1 pied 1/2. Ces prismes gisent tantôt horizontalement, tantôt perpendiculairement; dans le dernier cas, ils forment un beau pavé qui laisse apercevoir distinctement» à chaque prisme isolé, cinq ou six pans. Lorsque le basalte compact forme à lui seul de grosses masses, il est gris , à gros grain et renferme de petits cristaux de pyroxène. Lorsqu'il alterne avec le basalte poreux, il se présente noir et à petit grain, et renfermant çà et là des octaèdres de fer magnétique. Les couches sont pour la plupart inclinées, sans indiquer d'angles déterminés; on ne les trouve que rarement perpendiculaires. A quelques parois se montre le basalte compact en grosses masses arrondies^ de 7 à 8 pieds de diamètre, et renfermées dans de l'aigle rouge et grise.
» La partie méridionale de l'anse se distingue par une colline haute de 150 pieds, qui tombe abruptement vers TO» et dont le pied est fortement baigné par les vagues de la mer. Ici le basalte se présente en boutes de la grosseur d'une noisette jusqu'à 7 pouces en diamètre; elles sont intimé-
SUR LES TREMBLBMfiNTS DE TERHE. 15
ment liées à une masse argileuse de couleur foncée; quelquesunes sont traversées de pores plus ou moins gros ; d'autres sont parfaitement compactes. Dans les unes comme dans les autres, on observe, en les brisant, des enveloppes concentriques qui renferment un noyau compact. Tandis que ces boules endurcies ont résisté aux influences extérieures, la masse cimentaire qui les entoure est lâche, friable, et se réduit en une terre grasse. On y voit des nids de calcédoines et des filons de quartz qui coupent la roche en diverses directions ; le quartz se distingue par sa couleur verdàtre. Au nord de ce rocher, le basalte prismatique se montre de nouveau. Sur le penchant de la montagne, il est décomposé en argile grasse et couverte de végétation, tandis que vers le rivage de la mer, il est nu et divisé par des fissures ; c'est ainsi qu'il s'étend bien avant dans la mer où, par un temps serein, on peut encore Tapercevoir à des profondeurs considérables, entre des buissons de corail isolés. Traversant une petite anse dirigée vers lest, il se présente de nouveau sur le rivage opposé de Tanse, où il forme des séparations colonnaires.
» A l'extrémité de Fanse est un rocher isolé, d'environ 80 pieds de hauteur, qui a été séparé de la masse principale de rtle par la violence des flots et par des tremblements de terre. Le basalte amygdaloîde en forme la masse principale ; il s'y trouve des sphéroïdes de calcédoine, de Tagate, du zéolite, du stilbite et de la terre verte qui remplit les cavités. A la marée basse, on parvient à pied sec, par-dessus des débris de structure pareille k celle de ce rocher, jusqu'à la terre ferme où se trouve la même roche, qui cependant, ayant plus souffert des influences extérieures, ne montre plus que des traces de ces parties constituantes, renfermées dans une argile vert-jaune. L'espace entre ce rocher et Tile, ainsi que les rivages qui y touchent, jusqu'à quelques centaines de pieds vers l'intérieur, sont les seuls points où j'ai rencontré princi-
paleqsentde la véritable lave poreuse, de robsidienne et du pechstein en masses. assez considérables. Ces masses, cependant, ne se trouvent toujours que disséminées isolémedt , de sorte qu on ne peut découvrir aueunetrace de torrent de lave. La lave contient souvent de beaux cristaux d'olivine et de pjroxène. La pierre ponce se montre non-seulement ici , mais encore en beaucoup d'endroits, dans l'intérieur de la forêt; elle est en monceaux isolés et arrondis dont la circonférence ne dépasse jamais un pied.
» Les autres parties de Pile étaient ou impraticables ou trop éloignées, de sorte que la roche qui les constitue ne pouvait être examinée. Mais, à en juger par le caractère extérieur des montagnes et des parois de rochers, elles sont formées d'une roche parfaitement analogue à celle de l'anse Lloyd, •
» Cette tle , en automne et en hiver surtout , est sujette à de violents tremblements de terre ; c'est alors aussi que régnent de furieuses tempêtes qui poussent au loin dans le pays les vagues de la mer, et causent la destruction des rochers et des forêts.
» Les tles situées au nord de Peel et devant lesquelles nous cinglâmes, ne présentent que d'immenses rochers à flancs perpendiculaires et à sommets irréguliers. Us sont composés, selon toute apparence, de basalte compact et de basalte amygdaloïde. (1). »
La formation des iles Bonin est trappéenne, dit le commodore Perry. On y trouve des traces évidentes d'une ancienne action volcanique. On y éprouve encore aujourd'hui, au dire des anciens résidents , deux ou trois tremblemerUs de terre chaque année.
(1) Voyoç^fi^iiour du tnonde^ sur la corvette le Séuiavine, dans les années 1896- 4839, par Frédéric Lntke, t. III. p. 115-118. Paris, 1896, in-8*.
SUR LES TREMfiLEHEKTS DE TERRE. 17
n paraît que le port Lloyd (lie Peel) n'est qae le cratère d'un ancien volcan qui a soulevé les collines voisines ; rentrée actuelle du port n'est qu'une profonde crevasse qui s'est faite dans le flanc du cône et qui a donné passage à une coulée de lave qui s'estjetée dans la mer. Les eaux Font ensuite remplie et les dépôts qu'elles y ont laissés ont, avec la formation corallienne, donné au fond et aux bords du port sa forme actuelle (1).
Hé Taildga-Bliiia.
Tanega-sima (Schwefel-Insel, tle de soufre), par 30^50' lat. N. et 128^20* long. E. de Paris, suivant M. Berghaus; par ST^'iS' lat. N. et IWW long. E. de Greenwich, suivant von Hoff (qui écrit Tcmao-sima et la confond avec le Lounghouang-chan), paraît être une simple solfatare. M. de Buch, qui la place à Test de Pile de Kiu-siu, la confond avec Tsikuba-^ima, dont j'ai parlé à l'an 94, et révoque en doute Tassertion de Ksempfer, que la grandeur de Tanega-sima rend peu probable. Mais, ne fait-il pas confusion? Cette tle est au sud de Kiu-siu. Entre Tanega-sima et les côtes méridionales du district de Kaga-sima (sur Tile Kiu-siu) , se trouvent les trois îles qui surgirent en 764. Je ne sache pas qu'on ait remarqué dans ces îles, maintenant habitées, aucun indice ré-' cent d'activité volcanique.
L'ile Tanega-sima n'est pas marquée sur la carte d'Hermann. Landgrebe n'en fait pas mention.
Hé Iwo-aima.
ic Outre ces volcans (ceux des trois grandes lies du Japon),
(i) Commodore M. G. Perry, NarraUte of tlic Expedilion of ao Americao Squadroii to Ihc Cbina Seas and Japan, p. 2326t2i0. New-York, 18t>6, in-8^
dit de Humboldt, les navigateurs européens ont encore observé deux petites îles avec des cratères fumants : la première est l'île dlwoga-sima ou Iwo-sima, c'est-à-dire Ttle du Soufre; sima signifie tle et iwo soufre ; ga est simplement un affixe du nominatif. Kruscnstern l'appelle Ttle du Volcan. Iwo-sima, située au sud de Kiou-siou, dans le détroit de Diemen , par 30^43' de latitude boréale et iâT^'SS' de longitude occidentale, n'est pas à plus de Si milles anglais du volcan deMitake; sa hauteur est de 2220 pieds (715 mètres). Linschoten en fait déjà mention en 1596: « L'tle Iwo-sima, dit-il, renferme un volcan qui est une montagne de soufre ou de feu. » Cette ile est indiquée aussi dans les plus anciennes cartes marines des Hollandais, sous le nom de Vulcanus. Krusenstern l'a vu fumer en 1804. Le même spectacle s'est offert au capitaine Blake en 1858; à Guérin et à de la Roche-Poncié en 1846. D'après ce dernier navigateur, la hauteur du cône est de 2218 pieds (715 mètres). Cet îlot de rochers, mentionné comme un volcan par Landgrebe, dans son Histoire naturelle des Volcans, d'après le témoignage de Kœmpfer, qui le place près de Firato ou Firando, est incontestablement Iwo-sima; car le groupe auquel Iwo-sima appartient s'appelle Kiou-sioukou-sima, ce qui signifie les 9 îles de Kiou-siou et non les 99 îles, comme on l'a dit. Il n'existe pas de semblable archipel près de*Firato, au nord de Nagazaki , ni dans aucune autre partie du Japon, v {Cosmos, Vf, 416-417).
Landgrebe la place par lat. 30° 45' N. et long. 127° 5ff 25" E.Les Portugais l'appellent Fuogo.
De BLioa-sioa.
c Les historiens du Japon ne mentionnent que six volcans actifs, dit de Humboldt, soit avant soit après l'ère chrétienne: deux dans l'tle de Niphon et quatre dans l'ile de Kiou^siou.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. i 9
Les volcans de lile de Kiou-siou , la plus rapprochée de Tile de Corée» sont, en remontant du sud au nord :
a). Le volcan Mitake, qui s'élève surl'tlot de Sayoura-sima, dans la baie de Kago-sima, ouverte au midi, et fait partie de la province de Satsouma, lat. Si'^SS', long. iSS^'âl' (Cosmos, IV, 415). (1).
A l'exception de L. v. Buch, qui ne compte que deux volcans, TÂso et rUnsen, dans l'tle de Kiou-siou, les auteurs modernes, comme MM. Berghaus, Landgrebe et Hermann, en comptent quatre : l'Âso-no-yama , l'Un-sen-ga-dake, le Biwo-nO'koubi et le Miyi-yama, qui sont les quatre signalés, en 1831, par de Humboldt lui-même, dans ses Fragments asiatiques, p. 220-222. Aucun ne mentionne le Mitake dont le nom seul m'était connu. (Voyez à 1828).
b). Le volcan Kiorisima, dans le district de Maka, de la province Fouga, lat. 51*^ 45' {Cosmos, 1. c).
Est-ce le même que l'Unga cité plus loin à 1804?
c). Le volcan Aso-jama , dans le district Aso , de la province Figo, lat. 52^45' {Cosmos, 1. c).
Il jettexontinuellement des pieiTcs et des flammes; cellesci sont de couleur bleue, jaune et rouge. Des bains chauds entourent de tous les côtés le pied de la montagne. La terre, dit Kaempfer, est chaude et brûlante en plusieurs endroits et d'ailleurs si lâche et si spongieuse, qu'à quelques morceaux près, où il y a des arbres, on n'y saurait marcher qu'en tremblant, à cause du bruit qu'on entend continuellement sous les
(1) Après )•» Kouriles, dit Humboldt en commençaDt, do nord an sad, l'étnde des TOlcans da Japon, tient l*lle Jezo et les trois grandes lies du Japon, sur lesquelles on célèbre toyageur, M. de Siebold , a mis fort obligeamment à ma disposition un grand et important travail, qui me permet de rectifier ce que j'ai pu avancer d'ineiaci dans mes Fragmenté de Géologie et de Climatologie atiatiq^es et dans VAsie centrale, sur la foi de V Encyclopédie japonaise, {Cosmos, IV, 413.)
20 DOCUBIEKTS
pieds. Il en sort beaucoup de fontaines chaudes dont les moines voisins ont fait autant de purgatoires pour les divers corps de métiers.
C'est celui que M. Hermann marque le plus an sud sur sa carte.
Dans la même province se trouve une montagne sur le sommet de laquelle est encore une grande ouverture qui était autrefois la bouche d'un volcan. Mais les flammes ont cessé depuis quelque temps, apparemment, dit Ka&mpfer, parce qu*il n*y a plus de matière coinbustible.
d)^ Le volcan Wunzen, dans la presqu'île Sîmabara et dans le district Takakou QdX. 32^45'). D'après une mesure barométrique, le Wunzen n'a pas plus de ISSS"' ou 3856 pieds; il dépasse de cent pieds à peine le point culminant du Vésuve, la Rocca del Palo. La plus violente des éruptions du Wunzen dont l'histoire ait conservé le souvenir est celle du mois de février 1795. Wunzen et Âso-jama sont situés tous deux à lest-sud-est de NangasakI (Cosmos^ 1. c).
L'Unzen ou encore Ouzen-ga-dake, c'est-à-dire la haute maur tagne des sources chaudes, sur une presqu'île, à l'est de Nangasaki, était autrefois une montagne large et pelée, mais non très-élevée. Les vapeurs qui s'échappaient de son sommet pouvaient s'apercevoir à trois milles de dislance. C'est l'éruption de 1795 qui lui adonné sa hauteur actuelle.
Le Biwo-no-koubi et le Miyi-yama, cratères voirâis du Wunzen, ne paraissent pas constituer des volcans distincts du précédent. Ils en sont à peu près à une demi-heure de marche.
« En dehors de ces volcans actifs, dit de Humboldt (L. c. p. 418), on peut encore citer une file de montagnes coniques dont quelques-unes , caractérisées d'une manière manifeste par des cratères creusés à une grande profondeur, paraissent itre des volcans depuis longtemps éteints.
a), n C'est le cas da cône Kaimon, le pic Horner de Kruseostern, situé dans la partie méridioDale de Tile Kiou-siou, dans la province deSatsouma, sur la côte du détroit de Diemen O^t* 31^9'). Six milles géographiques à peine séparent cette montagne du volcan actif de Mitake, qui s'élève au nordnord-est.
b). » Tel est encore, dans l'tle de Sikok, le Kosousi ou petit Fousi» ritué dans l'tlot de Koutsouna-sima, de la province d'Ijo par 35® 45', sur la côte orientale du grand détroit de Sonwo-Nada ou Van der Capellen. »
SeTIraiido.
Près de Tile Firando, située à la pointe nord-ouest de l'Ile Kiou-siou, se trouve une petite ile rocailleuse qi^i, d'après Kœmpfer, a brûlé et a été agitée par des secousses pendant plusieurs siècles (1). Yon Hoff compare ce volcan au Strombdi dont l'activité, commeonlcxsait, est incessante.
Elle est marquée comme volcan sur la carte d'Hermann, et regardée comme telle par tous nos devanciers. Nous avons vu plus haut que de Humboldt reproche à Landgrebe de s'être trompé et d'avoir identifié ce volcan avec celui d'Iwo-sima. J'ai cru, toutefois, dans un travail du genre de celui-rci, le citer au moins pour mémoire.
Tous ces volcans, depms l'Iwo-sima, se trouvent sur une même ligne , dirigée du sud-sud-est au nord*nord-ouest. La grande tle Sikohf que nous avons citée sous la date de 684 , ne paraît pas avoir de volcan actif. — Humboldt y admet un cratère éteinL
(1) Elle a été agitée par de fréquentes et violentet secousses. Oa n'y remarque plus rien de semblable aiûourd*bui. (Charletoix, HUtùire du Japon, t. 1, p. tS. Paris» 1754, 6 vol. in-lS).
24 DOCISMBIITS
jama au nombre des volcans actifs de File de Nip}ion ; mais il n*est pas le seul qu'on puisse ajouter aux deux qyi^admet Fauteur du Cosmos.
Le Sira-jama ou Sira-yama» appelé aussi le Mont Blanc de Kaga, parce qu'il est couvert de neiges perpétuelles, est compté parmi les volcans de Niphon par Berghaus, Landgrebe et Hermann. Ces auteurs, non plus que de Hoff.^t de Bnch, ne font mention ni du Tsjo-kaisan, ni duJaki-jama. Mais ils signalent un autre volcan que je ne trouve pas indiqué dans de Hoff, ni dans de Humboldt , c'est le Tesan ou Jesan (1).
Le Jesan est situé sur la côte nord-est de Niphon, par 40^2* de latitude et 159^40' de longitude, à sept milles, dit-on, de Nambou. Il lance souvent des pierres ponces, quelquefois même très^oin en mer (Georgi, Riiss. Reise^ i775, 1, 4). Berghaus le regarde comme un volcan probablement très-actif et peut-être le même que le Sin-san de la q^rte de ^rusenstem. Pour Klaproth, c'était le volcan le plus septentrional de Niphon.
Le pic de Tilesius, sur la côte nord-ouest de Niphon, par 40<^ 57' de latitude et 157''50' de longitude, un peu au sud du détroit de Sangar, est une haute montagne, constamment couverte de neige. On n'en connaît pas d'éruption ; naais Tilesius et Krusenstem qui en ont donné une tue, l'ont classé parmi les volcans actifs. Quoique le D' Tilesius lui donne toujours le nom de volcan, il pourrait bien se faire qu'il Tf^ût confondu avec la montagne Jesan (De Buch, 1. c).
Le Jake-jama est le plus septentrional des volcans de Niphon. Berghaus et Landgrebe le placent dans la province de Moûts ou Oosiou, entre Tanabe et Obata. Les voy^ge^rs .européens ne paraissent pas l'avoir vu en activité.
(1) Malgré la différence de près d'un degré en latitude > ne pourrait-on pas identifier les noms de Tsjo-kaisan, Tesan, lesan et Sin-san ?
SUR L£S TRBMMiRMKWTS DE TERRE.
Berghaus place cette tle par Si"" 1' 20" latitude nord» et 137^14' longitude est Suivant lui, c'est cette petite tle que Krusenstem a désignée sous le nom d'île du Volcan (Vulkan- Insel). Sur le prolongement de la ligne qui joint cette île à la suivante (OhosimaouOosima), se trouve, par 35^6' de latitude, rile Fatsisio près de laquelle a, suivant Ksempfer, surgi un îlot en 1606. (L. c, p. 725).
De Buch» de Hoff, Landgrebe et de Humboldt ne parlent pas de Noki-sima ; mais Hermann la représente sur sa carte, au sud-est de Fusi ou Foùsi-no-yama.
Suivant de Buch, l'île nouvelle signalée par Kœmpfer serait probablement celle de laquelle Broughton vit se dégager de^ vapeurs en 1796; elle doit, dit-il, avoir à peu près trois mille pieds de hauteur et être située plus près de Jedo que de Tile Fatsisio. (L. c, p. 441).
Dd Goofiiiiuu
Les hautes montagnes qui traversent la province de Moûts et la séparent de celle de Dewa, contiennent plusieurs volcans. Elles se prolongent à travers le détroit de Sangar où deux de leurs sommets émergés forment deux petites tles volcaniques.
c L'une de ces îles, Coosima, dont la pointe seule s'élève au-dessus de la surface de la mer, et qui forme peut-être le plus petit volcan du monde, est une pointe de rocher ou un ]HC qui fume continuellement. Notre astronome, le D' Homer, le mesura le 4 mai 1805, et trouva qu'il n'avait que 180 brasses au-dessus du niveau de l'eau. 11 est situé à WU* 30" laL et à 220' 14' 45" de longit. (137<'26' E. de Paris); entièrement nu, il est d'une couleur d'un brun foncé. Aucune herbe ne
26 DOGUMENTS
pousse sur ces roches de laves dont les morceaux, d'un rouge foncé et poreux, placés comme des terrasses en forme de marches les unes sur les autres et s*élevant sous forme d'amphithéâtre au-dessus de la mer, montrent évidemment leur nature.
» L'autre est Oosima, non loin de Coosima dont elle est probablement un des sommets; elle est située plus à louest et est au il''21'30" lat. et au 220Mi' long. (1). Elle est, sous tous les rapports, semblable à la première, et la vue, à Taide du télescope, montre la même composition de ses roches, les mêmes couleurs et la même stérilité. Nous passâmes au milieu de ces deux îles qui ne sont entre elles qu'à la distance de six milles anglais seulement. La profondeur du passage est incommensurable; et, en effet, quoique nous sondâmes avec beaucoup de soin pendant toute sa longueur, nous ne pûmes trouver de fond avec une ligne de iOO brasses. Ainsi donc, ce n'était que tes sommets des volcans que nous vîmes. Nous observâmes aussi dans cet endroit un courant d'une force extraordinaire, et au moment où nous fûmes sortis du canal, un calme plat prit sa place, de telle sorte que nous nous confiâmes nous-mêmes au courant, et notre vaisseau, le NadeschâUf fit voile trois fois autour du petit volcan de Coosima, et, si près de lui, que j'ai pu le dessiner à mon aise de quatre côtés, pendant notre circum-navigation, et que j'ai pu voir, du haut du mât, dans l'intérieur du cratère et les autres ouvertures de la montagne.
» J'ai pu, dans l'espace d'une heure et demie , monter au sommet et le toumer dans tous les sens , tant les circonstances furent favorables; mais nous fumes effrayés des coups de vent qui pouvaient survenir, et que, dans ce cas , un bateau ne put être mis à Teau pour moi. J'étais cependant souvent si
(1) Landgrebe indique 41o Si' lat. N. ei 136o 59* long. E. de Paris.
voisin de la roche, que f aurais pu, avec une grande facilité, jeter une pierre dessus du haut du mât , et que j'aurais pu distinguer, à la simple vue , tous les morceaux les plus petits, les masses roulées, les scories, les pierres ponces et les matériaux brisés de sa composition. Le bord du cratère avec les autres soupiraux étaient entièrement dans la fumée. La couleur de celle-ci était d'un blanc d'argent (sUber weiss), et çà et là, une flamme d'un blanc de soufre sortait à la surface. Un côté du cratère, dans lequel je suis tombé, était rempli de morceaux de pouzzolane rouge. Les cavités qui se trouvaient entre les roches séparées étaient traversées de toutes parts par des sgupiraux dont l'activité se continuait syr la surface de la mer. On, pouvait eujcore voir plus distinctement la lave ancienne près du niveau de la mer et au pied du roc ou du pic qui s'élevait en forme d'amphithéâtre et qui était disposé en terrasses par des marches et des degrés. Le bord de ces lits et les courants de lave endurcie dont ces degrés étaient formés se montraient détériorés ou fracassés par l'action constante des vagues de la mer. Leur couleur était d'un brun rouge et ils étaient poreux.
» Ces volcans sont abandonnés et inhabités, et si nus que pas même un brin d'herbe ne pousse à leur surface. » (i).
Ile Ohosima.
« L'île Ohosima ou de Bameveld (île de Vries de Krusenstern) fait partie de la province Idsou, dans l'île de Niphon, et est située devant la baie de Wodawara, par 54^42' latitude nord et 137'' 4' longitude est. Broughton a vu, en 1797, de la fumée sortir du cratère ; une éruption très-considérable avait eu lieu peu de temps auparavant. Ohosima est le point de dé-
(t; Le D* TOesios, natunlisU de l'expédition de Knuensteni , /oNmal de Mystf^fiie, iSlO, t. 9i, p. 113-i 14.
part d'une rangée d'ilôts groupés dans I9 direcifon du sud jusqu'à Fatri-sjo^ par35^r6'de latitude nord, dont Taxe se prolonge jusqu'aux Ues Bonin» situées eUes-mémes par 26^ 30' lat. nord et 139® 45' long, est (Cq^os^ 1. €.)•
Ber^aus et Landgrebe placent .cette Ue, qu'ils écriyeait Oo-sima^ au nord de Niphon, par 41® 51' 1/2 de latitude ^et 156® 59' de longitude , un peu au S.0 de la suivante. Hermajm la place, cQuime Humj|;).oldt, sur la côte orientale de Niphon, au nord-nord-est du Fusi. De Buch n'en parle pas.
€ ]Lsi grande tle Jezo, située entre 41® 30' et 45®30' de latitude^ de forme très-iectangulaire dans sa partie septentrionalC) et s^arée de Tile Niphon par le détroit de Sangar ou Tsougar, de l'tle de Karafto (Karafou-to) par le détroit de La Pérouse, ferme avec son cap nord-est l'archipel des Kouriles. Mais à peu de distance du cap Romanzow, qui forme l'extra mité nord-ouest de File, et s'ayance un4%ré et demi de plus vers le nord dans le détroit de La Pérouse , est située » par 45® 11', une montagne volcanique , appartenant à la petite tle Risiri, le pic de Langle, hautjde 5020 pieds.
» Jezo elle-même parait être traversée par une chaîne volcanique, depuis la baie de Broughton jusque vers le cap nord; fait d'autant plus remarquable que, dans Ttle étroite de Krasto, qui n'est autre que le prolongement de Jezo, les naturalistes attachés à Texpédition de La Pérouse , ont trouvé la baie de Gastries jonchée de laves rouges, poreuses, et de scories.
)> Siebold compte, dans l'île Jezo , dix-sept montagnes coniques qui, pour la plupart, paraissent être des volcans éteints. Le Kiaka , nommé par les Japonais Ousouga-take, c est-à-dire Montagne-du-Mortier , à cause de la dépression profonde du cratère, parait èbre encore enflammé, ainsi que
le Kajo-bori ; du moins le Commodore Perry a vu, dé la baie des Yolcàns, deux montagnes volcaniques , situées près dû port Endermo, par 42^ 17' de latitude.
» La haute montagne de Manye, désignée par Krusenstem sous le nom de Pallfas , est située au Aiilieu de Ttlé Jezo, par 44® de latitude environ , un peu à Test-nord-est de la baie Strogonow. » (Cosmos, 1. c, p. 414);
On aurait ainsi quatre volcans dont le premier , le pic de Langle, ne serait pas sur File Jezo.
De Buch en place deux dans le voisinage de la ville de Chacodade, située, suivant le lieutenant Maury, par lat. 41® 48' 30''N. et long. 140® 47^15" E. de Green. M. le D' Albrecht (voy. plus loin à Tannée 1859) ne parle que d'un seul, situé à 50 verstes au nord et de 3169 pieds de hauteur. 11 n'en donne pas le nom. Voici ce que dit de Buch (1. c, p. 443):
« Volcan de Ttle de Matsmaî, à quatre milles à Test de Chacodade. Broughton a vu une grande masse de fumée s'échapper du flanc nord de cette montagne. ( Voy. to the north Pacific Oceauj 1804, p. 94). Lat. 42® 50', long. 138® 49* 33" E. de Paris.
» Volcan à quatre milles au nord de Chacodade. Lat. 42® 6\ long. 138® 19' 33" E. de Paris. C'est le volcan le plus au nord de rtle. (Ricord, Plan des Hafens von Chacodade in Golownins Gefangenschaft j II, 236. Broughton, p. 102). » — De Buch igoute immédiatement (1. c, p. 414) :
« Volcan au nord de Vulcans-Bay, dans l'ile de Matsmai» sur la côte sud-est de Bay-Strogonof. Krusenstem Ta remarqué auprès du pic élevé et fort étendu de Rumofsky. C'est probablement le troisième des volcans observé par Broughton (1. c, p. 104). »
Ces trois volcans, au premier desquels de Buch donne une latitude trop forte d'un degré , se trouvent près de la baie d'Outchi-oura f nommée Baie-des*Volcans (Volcano-Bay) par
30 DOGCMENTS
BroughtOD. La pointe Endermo de cette baie est fixée, d'après ce navigateur, par lat. 42^ 19' 29" E. et long. 138^ 47' 12"^. dans la Connaissance des Temps.
Voici les noms que leur donne Berghaus , dont la science et l'exactitude sont connues» et les positions qu'il leur assigne.
Utschi-oura-'yama , par i1<^ 30' lat. N. et iSS"" 50' long. E. Oo-ousou-yama^ par 42° 0' lat. et i38® 50' long.
Oimu-ga-dake, par 42^27' lat. et 158^ 48' long. C'est la plus haute des trois montagnes. — Landgrebe a copié Berghaus. Hermann me paraît les avoir mal placés sur sa carte.
Au nord-est de la baie d'Outchi-oura , il y en a une autre également très-profonde, appelée baie de Strogonoff, sur la côte S.-E. de laquelle s*élève le volcan Yuuberi ou Yououberij ou bien encore Ghin-san (Mont d'Or), qui est vraisemblablement celui que Krusenstern a vu sur la côte occidentale de Jezo. Sa latitude est d'environ 45^ 3/4 et sa longitude 139^
La côte orientale est tout-à-fait inconnue; Von peut supposer avec M. de Buch qu'il s'y trouve encore des bouches volcaniques, mais elles n'ont pas été observées, ni même aperçues. A la pointe septentrionale de Jezo s'élance un pic qui n'a pas moins de 1631°^ de hauteur (5020 pieds, suiv. Borner; c'est le pic Langle que M. Berghaus place par 45^ 11' de latitude. Son activité volcanique est plutôt supposée (mais avec vraisemblance) que démontrée. J'en dirai autant du pic de Tschikotan ou Tschikitan (ile Spanberg) , par 43^ 53' lat. N. et 144*" 25' long. E., que Golownin ne donne pas comme un volcan, non plus que le pic Antoine ou TschcUschanaburi (par 44« 31' et 143''26') sur File Kunaschir.