‹ Sur les tremblements de terre de la péninsule scandinaveChapitre 52 sur 57 · DANS L'ARCHIPEL HAWAÏEN, EN · texte numérisé non relu

DANS L'ARCHIPEL HAWAÏEN, EN

C'est principalement dans Tile Hawï que les phénomènes séismiques viennent de se manifester avec une violences dont riiistoire et la tradition ne rapellent pas d'exemple. Tous les villages indigènes, sur une longueur de ving milles de côtes, ont été détruits dans le district de Kau ; aux tremblements de de terre et aux éruptions sont venues se joindre les vagues de la mer qui ont balayé et dévasté la plage. Un immense glissement de terrain a aussi accompagné ces phénomènes désastreux, suivis d'un affaissement permanent du sol qui, en certains endroits de la côte, a atteint 6à 7 pieds et même 8 dans d'autres.

Les éruptions du MaunaLoa sont ordinairement très-calmes. Le plus souvent elles ont lieu sans tremblement de terre.

. ,H.. ..-^, v.^5V %.^ .-K ..^,- .A. TS

2 XES TREMBLEMENTS DK TERRE

sans qu'on ressente la moindre, secousse, même au. pied de^,^ la montagne. Celte remarque, faîte parJW. Dana, il y a longtemps déjà, a été de nouveau reproduite' par M. Bri^ham,^ «^ dans son beau mémoire sur lë's volcans d-Hawaï, publié, * en 1868(1). " • v . , ^ A ^ %. -

Cette fois il n'en a pas été de même.

Le 27 mars, à 5 h. 45 m. du matin, Téruption s'est annoncée par une simple colonne de fumée, il est vrai, mais, le même jour, a commencé une série de secousses inombrables qui se sont renouvelées sans intermittence, pendant près d'un mois et avec une force inconnue jusqu'alors dans cet archipel.

Après onze jours d angoisses pour les malheureux habitants, le 7 avril, une éruption terrible se fit près de Kahuku, sur la pente SE. du Mauna Loa, en un point où ne se trouvait aucun évent volcanique. Le 2, avait eu lieu la grande secousse qui a causé tant de désastres.

Jai eu la bonne fortune d'être mis en relation avec le Ministre du royaume hawaïen à Paris, M. William Martin, qui m'a gracieusement communiqué les nombreux documents que, sur sa demande, je reproduis m extenso. Jajoute bien vite que c'est à M. Antoine d'Abbadie, membre de l'Institut et ami aussi dévoué que constant, que je dois ce nouveau correspondant, dont l'activité égale l'obligeance. Je les prie tous deux d'agréer ici la nouvelle expression de mes vifs remerciment. Aux documents de M. Martin, j'en ajoute d'autres publiés par mon ancien et^avant ami, James D. Dana, qui connaitsi

(1) L'auteur dit, p. 498 : « It is a noticeable fact, that never hts the rending of Ibe mountain Mauna Loa been perceived by earthquakes or tremblings. A smaU beaeim fre annonces the opning of a small crack, which opens as gently as the cracks in drying clay. » Et plus loin, p. 442, il ajoute : « It bas been remarked that the éruptions of Mauna Loa are wholly unacompanid by an y great commotion of the Eartb. While earthquakes do occur on the Hawian Island, they are never severe, and seldom arenotieed during an éruption. » [Mem. of thr Boston Soc. of Nat. History. 1868.)

BANS l'AIICHIPBL BAWAIBN 3

bien tout cet archipel qu*ii a autrefois exploré avec tant dé soin pendant la campagne de Wilkes.

Si» Frcmlère eommandeatlon d« IH. IHartlB*

... « Des deux grands volcans deHawaî, dit H. W. Martin, l'un, le Kilauea, est presque continuellement actif, l'autre, le Mauna Loa, ne l'est que par intervalles; sa dernière période d'activité date du mois de décembre 1865. Elle dura plusieurs mois. Le cratère, appelé Makuaweoweo, placé au sommet du Mauna Loa (4,195 mètres) est d'un accès très-difficile ; on a trouvé que sa profondeur était d'environ 1,500 pieds.

(( Le Kilauea avait été particulièrement actif du 22 au 28 mars dernier. Le lac du sud avait débordé, et la lave avait rempli toute cette extrémité du cratère.

« Le 27 mars, un habitant du district de Kona aperçut, a 5 h. 45 m. du matin, une colonne de fumée s'élevant du sommet du Mauna Loa, puis bientôt la fumée enveloppa la montagne d*un nuage épais ; il n'y avait pas d'apparence de feu. Un peu plus tard le vent dissipa ce nuage et l'on ne vit plus la colonne de fumée.

« Le 28 mars, un peu avant le lever du soleil, même effet que la veille. A 10 h. 15 m. du matin, on ressentit la première secousse de tremblement de terre ; elle avait été précédée de deux ou trois mouvements légers et peu perceptibles. Depuis ce moment jusqu'à l'heure de la grande éruption (le 7 avril, 6 h. 1/4 du soir), un observateur de Kona, le Rév. C. G. Williamson, a noté, montre en main, Theure et la force de plus de 280 secousses distinctes.

« Le 28, en moins de six heures, il en compte 51 bien marquées : l'une d'elles fait ébouler une partie de la falaise de la baie de Kealakekua et tomber des murs en pierre. Le 29, même nombre de secousses. Je renvoie au journal que je transcrirai plus loin.

Le' 28 mars, la terre n'a cessé de trembler depuis 2 h.

LES TRBMBLSMENTS» DE TERAE

50 m. du soir jusqu'à 4 h. du soir; il y avait, de temps en temps, une secousse plus forle. En général, le mouvement consistait en vibrations horizontales ; cependant, il y a eu quelques mouvements verticaux, brusques et secs. Jusqu'à la grande secousse du 2 avril, il y a eu dans ce district des maisons lézardées, des citernes crevassées et des éboulenients.

« Le district de Kau, au sud de Pile, parait avoir été le plus fortement éprouvé. A Waiohinu les secousses sont violentes, la terre se crevasse. A Kahuku, il y a des maisons détruites ; la petite rivière qui passe en cet en%lroit a doublé de volume. Un témoin parle de 3<)0 secousses en 48 heures. Le mouvement est vertical plus souvent qu'horizontal. La marche est difGcile.

<( Dans les districts de Puna, au SE, et de Hilo, à TE de nie, les secousses sont fréquentes, mais assez légères.

m Dans le district de Kobala, au N de File, les secousses sont peu sensibles ; et dans le reste de Tarchipel on ne ressent rien jusqu'à la gravde secousse du 2 avril.

(f Ce jour*là, dans la matinée, les secousses continuent là où Ton en ressentait déjà; puis, à 4 h. du soir, survient une secousse d'une violence extrême qui se fait sentir, au tnême instant , dans toute Tile de Hawaï , dans les iles de Maui Lanai et Oahu, et même en mer. On n'a pas encore de nouvelles de Kanai et l'on ignore si la secousse y a été ressentie.

tt La plus grande violence s'est produite dans le district de Kau ; la secousse parait y avoir duré environ deux minutes.

<c Waiohinu est complètement détruit. Toutes les constructions en pierre sont rasées instantanément. Les cons* tructions en bois assemblés sont disjointes et complètement déformées, quelques-unes sont transportées à de grandes distances, entre autres de Kahuku à Kapapala (distance 20 milles) (!). Des constructions massives en pierre sont déplacées de plus de dix pieds. Les gens qui ont pu sortir des

DANS l'aRCHIPBL HAWAÏEN 5

maisons sont violemment jetés à terre, puis lancés en l'air comme des balles, les bestiaux et les chevaux sont renversés et comme slupéOés. La terre ondule comme une mer furieuse. Il s'ouvre des crevasses dans toutes les directions.

a A Rahuku, Keaiwa, Kapapaia, mêmes effets.

« Au même instant, près de Kapapaia, la terre s'entr'ou^Te et donne passage à un torrent de boue large d'un demi mille, qui, en moins d'une minute, avait parcouru près de deux milles en ensevelissant tout sur son passage, hommes, bétail, maisons. On sait, au reste, qu'il existe, dans ce district, plusieurs cours d'eau souterrains, recouverts par les laves, ce qui explique la formation de ce torrent.

« Au même instant encore, sur une étendue de côtes d'environ 50 milles, depuis les environs de Kalae jusqu'au delà de Kealakomo, la mer se retire, puis revient en une énorme vague qui s'avance dans les terres en balayant tout devant elle, les villages, les arbres, la terre, et rasant même des églises bâties en pierre. Un certain nombre d'habitants ont vu venir la vasue et ont pu se sauver en courant rapidement vers les parties hautes du rivage, mais plus de cent personnes ont péri soit sous la boue, soit dans la mer. Un homme a vu de loin la vague emporter sa maison, sa femme et ses enfants et ne laisser, en se retirant, que le roc nu.

« L'aspect du pays est complètement changé; les collines et les falaises sont comme décapitées, la terre et les arbres ont été enlevés par la mer, enQn un cours d*eau a succédé au torrent de boue.

f( Dans le district de Kona la secousse est terrible. Plusieurs maisons sont renversées, des quartiers de falaise s*éboulent, il est presque impossible de se tenir debout. Les ondulations ont duré, sans %nlef*ruption pendant plusieurs heures de suite , et beaucoup de gens ont éprouvé des nausées et un vrai mal de mer. Ici le mouvement alternatif de retraite et de retour de la mer a lieu pendant plu*

sieurs heures. La différence de niveau est d'environ 8

pieds.

c( A Hilo, la secousse, précédée d'un fort bruit de roulement, est très-violente. Des meubles sont brisés; des maisons lézardées, des cheminées et des murs en pierre renversés, des fondations déplacées. La terre se crevasse. Les hommes peuvent à peine se tenir debout, et les animaux courent ou volent affolés. Lee mer se retire d'environ 150 ou 200 pieds, puis revient et monte à 10 pieds plus haut que les hautes marées, mais sans causer de grands dégâts.

« Un témoin rapporte que la secousse dura assez longtemps pour lui donner des nausées. La nuit suivante, la terre s'agite continuellement avec un mouvement qui est comparé à la respiration d'une personne qui ferait de temps à autre un soubresaut.

« Toute l'île a ressenti cette grande secousse, mais plus violemment sur les côtés ouest , sud et est duMauna Loa, depuis Kealakekuaà l'ouest jusqu'à Hilo à l'est.

(( Dans tout le nord de l'Ile, les secousses, quoique fréquentes, ont été comparativement légères, exepté celle du 2 avril qui a renversé quelques cheminées d'usines, et causé des éboulements et des glissements de terrain le long des pentes rapides. On attribue cette sorte d'immunité à Tinterpo* sition du Mauna Kea, du Hualalai et de la chaîne de Rohala. Cette dernière est considérée comme formée des plus anciennes montagnes de Tile.

« A Kawaihae (district de Kohala, au NO de l'ile), la grande secousse est précédée d'un ^bruit de roulement et dure environ trente secondes. La mer se retire en laissant les récifs à découvert. Quand elle revient, elle dépasse le niveau des grandes marées. Ce mouvement se reproduit treize fois.

« ALahaina (lie de Maui), la secousse du 2 avril (4 h. du soir) est précédée d'un bruit de roulement. Elle dure environ 90 secondes et agite tous les meubles et objets suspendus. Vers 5 heures, la mer commence un mouvement de flux et

DANS l'archipel HAWAÏEN 7

de reflux qui se renouvelle 13 fois. Le temps écoulé entre chaque retour de la mer est de 7 à 8 minutes.

H Sur Tile de Lanai, mêmes observations.

(( A Ulupalakua (ile de Maui), la secousse est très-violente. Elle dure environ deux minutes. Il est difficile de se tenir debout. L'eau d'une citerne presque pleine est lancée pardessus les bords. Les ondulations paraissent aller du sud au nord.

(« A Honolulu (ile d'Oahu), le 2 avril, à 4 h. du soir, légère secousse. Mouvement de la mer comme à Lahaina, mais moins marqué. Dans la nuit du 3 au 4, on y ressent quatre secousses plus fortes, qui sont aussi observées dans les autres îles, mais avec moins de force. Ces dernières secousses présentaient un mouvement ondulatoire et se terminaient par un coup sec.

« Le 2 avril, à 4 h. du soir, par le travers de Hamakua, au NE de Tile de Maui , le capitaine Ludlow , du navire Hibemiaj a éprouvé plusieurs secousses et a vu des milliers de tonnes de terre se détacher des falaises et tomber dans la mer.

« Le navire baleinier Fanny, capitaine Hunting, se trouvait, le 2 avril à 4 h. du soir, au large de la côte de Kona, à l'ouest de Hawai. Il a ressenti deux chocs , paraissant se produire à angles droits l'un de l'autre. Le premier présentait un mouvement vibratoire, accompagné d'un bruit ressemblant à celui de la chaîne quand on jette l'ancre. Le second était vertical et fut assez violent pour précipiter le capitaine à bas de son banc. Le petit beaupré fut cassé en plongeant brusquement dans la mer. Ce navire étant à l'ancre dans la baie deRawaihae, dans la nuit du 3, on y a éprouvé les mêmes secousses qu'à terre.

« Véruption. — Depuis onze jours que les secousses avaient commencé, on regardait avec anxiété le Mauna Loa et l'on avait bien aperçu de temps en temps quelques clartés et de la fumée sur le Makuaweoweo comme s'il voulait

8 LUS TAfiMfiLfiMEUTS DK TBHaS

se mettre en activité, mais ce n*est pas là que l'éruption devait commencer.

(( Le mardi 7 avril, à 6 h. 1/4 du soir, une bouche s*ouvrait sur un point qui n'esl pas parfaitement indiqué, mais qui est situé derrière Hilea, dans le district de Kuu. La lave a passé près de Waiohinu et a marché avec une telle vitesse que, en trois heures un quart, soità9 h. 1/2 dusoir, elle atteignait la mer. Depuis ce moment, jusqu'aux dernières nouvelles, la montagne était enveloppée de vapeurs épaisses. Un observateur de Kona dit que le feu paraissait venir d'environ le tiers de la hauteur de la montagne.

(( D'un navire à Tancre près de Lanai , on aperçut le 7, vers minuit, la lumière de la lave. On voyait des lueurs rapides et comme des éclairs fourchus s'élançant vers les nuages. Mêmes observations à Lahaina et Kealakekua.

(( Depuis le 11 avril au matin jusqu'au 15, date du dernier journal, Honolulu était rempli de fumée volcanique, quoique Talisé du Ntl n'eut cessé d'y souffler de même que sur Hawaî. Le même effet se reproduit à Honolulu à chaque éruption.

H Par les dernières nouvelles venues d'Hilo on apprenait qu'il devait y avoir au 97)om5 un second courant de lave. Le Kilauea était inactif, mais deux ou trois anciens cratères situés plus bas s'allumaient. Le fond du cratère du Kilauea s'était abaissé de 400 ou 500 pieds. On n'y apercevait pas de feu. Les flancs est et sud duMaunaLoa étaient tout illuminés. La plupart des survivants de la catastrophe, dans le district de Kau, avaient fui à Hilo n'ayant pu emporter que leurs vêtements. Comme d'autres pouvaient se trouver cernés entre les courants de lave et la mer, un navire était parti de Hilo pour les sauver. Le roi avait quitté Honolulu, le 13 avril, sur un steamer, dans le même but« Les secousses continuaient. »

j>Aifs l'abghifei. hawaibn

s s. I<ettr« de RI. F. 8. Ljmaii» datée de Kan le SI

(( Depuis que je vous ai écrit nous vivons dans des transes continuelles. Vous avez peut-être appris déjà que, vendredi dernier, 27 courant, vers 6 h. du malin, une éruption ai.> commencé au Mauna Loa, un peu au sud-ouest du sommet, sans * aucun phénomène précurseur. Le feu s'est échappé du sol en lançant en Tair un jet de lave rouge, suivi d'une grande colonne de fumée qui s'est élevée comme un trait à des milliers de pieds de hauteur, et s'est courbée vers Test; quel* ques minutes après, un nouveau jet a été projeté un peu au sud-est du premier, avec la colonne de fumée. Il a été bientôt suivi d'un autre et celui-ci d'un quatrième ; et aussitôt la lave rouge a commencé à couler sur les flancs de la montagne en formant quatre courants vers le sud et Test.

a Vers 7 heures, nous commençâmes à entendre un rugissement qui devint de plus en plus fort jusqu'à ce que l'air semblât trembler avec le rugissement incessant du volcan ; mais finalement, il diminua et cessa complètement vers 8 h. Cependant, avant ce temps, les nuages s'étaient abattus sur la montagne , de manière à ne nous en laisser plus rien apercevoir.

« Vers 9 heures, nous commençâmes à ressentir de légères secousses de tremblement de terre, et, durant la nuit, elles furent très-fréquenies, parfois à chaque une ou deux minutes ; quoique légères, ellesétaient suffisantes pour nous empêcher de dormir, car à chaque choc les portes et les fenêtres vibraient.

a Samedi matin, le 28, après le lever du soleil, les secousses commencèrent à devenir plus fortes, arrivant souvent deux à la fois; elles augmentèrent de violence jusqu'à 1 h. ou 2 h. de Taprès-midi, qu'eut lieu le plus fort de tous ces tremblements avec trois secousses qui durèrent environ une minute; le mouvement fut si grand qu'il était difficile de se tenir de-

Page 1