INTRODUCTION
En 1863 et 1864 j'ai publié deux Hémoires sur les phénomènes séismiques de la zone remarquable qui, partant de rOcéan indien, parcourt le Japon, se rattache au Kamtschatka par l'archipel linéaire des Kouriles, gagne la mer de Behring, et se relie par l'archipel aleutien à la péninsule d'Aljaska pour aller se terminer sur le continent américain, dans le nord de la Californie (1).
Le travail que j'ai l'honneur de présenter à l'Académie est, comme le titre l'indique, relatif à la dernière partie de cette zone à laquelle son caractère éminemment volcanique a valu depuis longtemps la dénomination, peut-être un peu trop pittoresque^ de fleuve de feu.
(1) i« Documeuts sur les tremblements de terre et les phénomèDes Tolcaniques au Japon. -* Mémoires de VAcad. imp. des Sciences de Lyon, année 1862.
£0 Documents sur les tremblements de terre et les phénomènes volcaniques dans Tarchipel des Kouriles et au Kamtschatka* -^ Annoies de la Soc, (fAgric. de Lyon, année 1863.
Malgré quelques essais d'ensemble , cette région est loin d'être suffisamment connue. J'ai cru être utile à la science en rassemblant et en coordonnant tous les renseignements que j'ai pu recueillir.
Un ecclésiastique russe, M. J. Venjaminow, a publié en 1840 un ouvr'îge en trois volumes sur les Aléoutes et particulièrement sur l'Ile Unalaschka, où il a séjourné pendant plusieurs années. Je n'ai pas pu me procurer cet ouvrage; du reste, écrit en russe, il ne m'eût été que d'une médiocre utilité, malgré le concours obligeant de notre savant confrère, M. Aug. Brullé, qui, depuis plusieurs années, a bien voulu me traduire tous les mémoires russes que j'ai eu besoin de connaître pour mes recherches séismiques. Presque tout ce que H. Venjaminow dit des volcans aleutiens et de leurs éruptions a été traduit et publié, dans divers recueils, par extraits que j'ai réunis et que je reproduis dans ce mémoire.
Dix ans plus tard, M. Grewingk a publié un ouvrage d'ensemble sur l'orographie et la géognosie de toute la partie de la zone dont je m*occupe, mais il n'accorde pas aux phénomènes séismiques et volcaniques l'étendue que j'espérais y trouver. J'y ai toutefois rencontré de nombreux emprunts à lui faire.
Quant aux autres ouvrages où j'ai pu recueillir des renseignements, je les citerai à mesure que Toccasion s'en présentera.
Entre la côte du Kamtschatka et Tarchipel des Aléoutes se trouvent l'ile de Behring et l'ile de Cuivre (les deux principales du groupe connu sous le nom d'Iles du Commandeur). Situées sur le prolongement de l'axe aleutien, elles forment deux anneaux encore visibles de la longue chaîne volcanique qui se prolonge évidemment au fond de la mer dans une certaine étendue. Ces lies, il est vrai, n'ont pas d'évents ignivomes, du moins on n'y en a pas constaté jusqu'ici; mais les tremBlements de terre y sont assez fré^
quents. Ce sont seulement les observations qui sont rares. Dans mes Documents relatifs au Kamtschalka, j'ai décrit les secousses ressenties à Tile Behring pendant Tannée 1742 et j'ai cité les auteurs qui en signalent la fréquence. Dans la seconde partie de ce travail j'en aurai aussi quelques-unes à mentionner pour Tile de Cuivre dont je ne dirai ici que quelques mots empruntés à un auteur qui date de bien près d'un siècle.
« L'Ile de Cuivre, appelée Mednoi ostroff par les Russes, n'est pas élevée; mais on y voit différentes collines dont chacune parait avoir été autrefois le cratère d'un volcan. Observons une fois pour toutes que les lies marquées dans la carte qui est à la tête de ce journal (1), sont remplies de bouches à feu éteintes, auxquelles les Russes donnent le nom de Sopka; on en aperçoit sur chacune des lies, même sur la plus petite, et il y en a plusieurs dont toutes les montagnes sont des volcans épuisés. En un mot, la chaîne d'Iles tracées sur cette carte peut être regardée comme une suite de terres créées depuis peu par des volcans. Tout ce qu'on y voit annonce une existence peu ancienne, et autorise cette conjecture. Les productions végétales, qui sont en assez grande quantité, ne forment pas une objection difficile à résoudre. Car lorsque les Hollandais eurent conquis sur la mer le district inférieur de la province de Zutphen, la campagne fut couverte de moutarde sauvage l'été suivant. Toutes ces lies sont pleines de soufre et la terre y tremble souvent d'une manière violente. L'auteur du journal ne nous apprend pas si on y rencontre de la lave; mais il parle d'une pierre colorée, qui est aussi pesante que le fer. On en peut conclure, avec vraisemblance, que le cuivre (dont on dirait que plu-
(i) E&trail du Jowmal du voyage du cap. Krenitzin et du lieutenant Lewashcff aux lies des Renards en 1768 et 1769.
4 TREMBLEMEiNTS DE TERRE
sieurs morceaux ont été en fusion), a été fondu dans une éruption *{i).
Dans son compte rendu de l'ouvrage de Coxe, Pallas fait remarquer que le mot Sopka, qu'on a traduit en russe par pic ou aiguille (montagne pointue), ne doit pas toujours être pris comme désignant un ancien volcan, ainsi que Coxe parait l'avoir cru. Il dit aussi que toutes ces lies orientales sont sujettes à des tremblements de terre et qu'on y trouve du soufre en abondance (2).
Au nord des Us du Commandeur et de la chaîne aleulicnne se trouvent les lies Pribuelow, dont je parlerai plus loin, la grande lie San-Lorenzo, dont M. Wosnessensky a rapporté des échantillons de lave et de basalte, la petite lie Saint-Michel , dans le golfe de Norton , où le même voyageur a constaté la présence d'une lave rougeâtre et d'une ponce noire, qu'il a reconnues aussi sur la côte voisine américaine, et quelques autres encore, toutes h peu près inconnues au point de vue séismique.
On a dit et répété souvent que le détroit de Behring était d'origine récente, qu'il avait remplacé un isthme qui, reliant l'Amérique à l'Asie, avait offert un passage aux migrations des peuples asiatiques. D'ailleurs, un savant bien connu, M. le comte H. de Villeneuve Flayosc, ingénieur en chef des mines, lui attribue un rôle considérable en géologie : il y place le pôle de la terre pour la coordination de ses harmonies des formes terrestres.
«r Le détroit de Behring, centre de la symétrie continentale, dîl-il, ne peut manquer de se lier aux grandes influences astronomiques qui agissent sur l'intérieur et l'extérieur delà terre...
(0 IM nouvelles Découvertes des Russes entre CAsie et V Amérique, Irad. de PanglaU de M. Coxe, p. 151. Paris, 1781, in-*». (2) Nordische Beytraege, 1. 1, p. «58, en note, et 254.
c Ne voit-on pas enfin le détroit de Behring, entouré par Tauréole volcanique des lies Âleutiennes, formant autour du grand centre de symétrie de la terre une remarquable pléiade elliptique de foyers lumineux et vibratoires? Le volcan du mont Saint-Elieet le volcan du Kamls-Chaka (sic) rattachent les cratères aleutiens aux deux continents de l'Asie et de l'Amérique (1). »
Au-delà du détroit de Behring les indices volcaniques sont plus rares encore; cependant ils n'y font pas complètement défaut.
Pendant sa relâche au golfe de Kotzebue {Kûtzebue- Sound), en septembre 1826, le capitaine Becchey a vu une petite baie formée par un mur de pierres volcaniques dont quelques-unes étaient au-dessus de l'eau et les autres seulement un peu immergées.
Près du cap Espenburg(à l'entrée du Sound), il a vu une plage composée en grande partie d'un sable volcanique noir et contenant beaucoup de coquilles, venus, turbo, murex, etc. (2).
Dans son dernier travail sur les volcans, de Humboldt signale un fait qui, malgré les doutes qu'il laisse encore, mérite d'être reproduit.
« Ce que M' Clure, dans son voyage sur Y Investigation à la recherche du passage Nord-Ouest , a signalé vers Test de l'embouchure de la rivière Mackensie, par 69«K7' de latitude, d29«20' de longitude, et qu'il a nommé les volcana de la baie de Franklin, paraît être le phénomène qu'on a quelquefois appelé des feux terrertres, ou simplement les vapeurs sulfureuses qu'exhalent des salses brûlantes. Un
(1) Etudes sur VHnrmonie des formes terrestres, p. 33. MaraeiUc, 1865; 53-xxvi pages in-S», deux cartes.
(î) Narrative of a Yoyage to the Pacific and Bering' s Strait, t. I, p. 449 et 452. LoDdoii, 1831^ 2 vol. iu-8o.
témoin occulaire, le missionnaire Miertsching, interprète de Texpédition, a vu trente ou quarante colonnes de vapeurs qui sortaient des failles de la terre ou de petites éminences coniques, formées de glaise diversement colorée. L'odeur du soufre était si forte que Ton pouvait à peine approcher des colonnes de vapeur à la dislance de douze pas. Nulle part il n'y avait de roche in situ ou de masses solides. Pendant la nuit, on voyait du vaisseau des apparitions lumineuses; on ne remarquait point d'éjections de boue, mais une chaleur intense au fond de la mer et de petits bassins d'eau tenant en dissolution de l'acide sulfurique. Cette région mérite d'être explorée attentivement. Le phénomène que nous venons de décrire n'a nul rapport avec l'activité volcanique du Cerro-de-Buen-Tiempo, dans la chaîne californienne des Cascades, ou avec celle du mont Elias (I). «
Après cette courte digression, je reviens à l'archipel aleutien, dontPostels, naturaliste attaché à l'expédition russe commandée par Lutke, trace ainsi les traits principaux :
« L'archipt*! des lies Aléoutiennes, dit Postels, ne peut être considéré autrement que comme une série d'Iles, restes d'un pays qui autrefois se serait étendu de TAmérique vers l'ouest, et qui en aurait été violemment séparé; des forces volcaniques et des courants ont pu avoir une part égale à cette catastrophe. La presqu'île Aiiaksa est une bande de terrain étroite et longue qui a la même direction que les plus grandes lies de cet archipel ; la plupart de ces îles s'étendent vers le SO. et en pointe. Cette dernière circonstance ne doit pas être passée sous silence lorsqu'on s'occupe Je l'origine de la forme de ces îles ; elle conduit
(\) Cosmos, t. IV, p. 470 de la Irad. fr. — De Humboldlcite M' Clure, Discovery ofthe N. W. Passage, p. 99; Papers relative to the Arctic Expédition, 1854, p. 34; MierUcbing^s Heise-Tagebuch, Gnadaa, 1855, p. 46,
ET PHÉNOMÈNES VOTXANIQUES. 7
évidemment à supposer qu'une force destructive a fait sentir son action du SO. au NE., action par laquelle les masses déjà séparées ont été, pour ainsi dire, aiguisées. Les forcer volcaniques annoncent présentement encore leur activité dans l'intérieur d'un foyer qui, probablement, a la même direction que les îles; car plusieurs de celles-ci possèdent des volcans. Quelques îles plus petites, telles que celles du groupe Tchetiresopotchnaïa sont de véritables zones d'éruption, postérieures à la scission de la terre ferme. La petite île Agachagokh ou Jean le Théologue, décrite par MM. Krusenstern, Langsdorf et le D' Stein, et qui, en 1796, parut à la surface de la mer, accompagnée de fumée et de vapeurs sulfureuses et aqueuses, offre en petit un semblable phénomène. D'autres îles pareilles peuvent bien s'être enfoncées plus tard sous les eaux.
« Du côté de l'Asie, au-delà du 180» de long. Gr., les lies de cet archipel sont moins nombreuses et moins rapprochées les unes des autres. Il paraîtrait de là que le centre de Tactivité volcanique est plutôt dirigé vers la côte de l'Amérique et dans la direction si souvent répétée à la surface du globe, SO. et NE. On peut reconnaître qu'au contraire l'action des flots a toujours été plus violente vers la côte d'Asie.
« Les îles Behring et Mednoï forment, pour ainsi dire, le nœud entre les îles Aléoutiennes et le point le plus septentrional, où, sur la côte NE. de l'Asie, a lieu l'aclion volcanique; car la ligne droite qu'on tire en idée à travers la partie occidentale de cet archipel coupe les îles que nous venons de nommer et rencontre le volcan Klutchefskoï [Kliutschewsk) dans le Kamtschatka. Néanmoins, la nature de toutes ces îles demande encore à être approfondie pour la confirmation de cette hypothèse. Il n'est pas encore prouvé que les productions volcaniques se trouvent dans les îles Behring et Mednoï, et, en général, tout l'archipel
des lies Aléoutiennes est à peu près inconnu sous le rapport géologique (1). »
De cette esquisse un peu courte, mais qu'on s'accorde néanmoins à regarder comme assez exacte, je rapprocherai l'extrait suivant que j'emprunte aux Annales des Voyages :
« L'ouvrage de M. J. Venjaminov a été publié en russe à Saint-Pétersbourg en 1840, sous le titre de « Sapiski ob ostrovak Ounalaskïnskago o/d;e{a, «c'est-à-dire n Notices sur les îles du district d'Ounalaska. » Il forme 3 vol. in-8*» de 364, 409 et 184 pages. M. Erman, le savant voyageur, eu a tiré cette notice géographique-ethnographique sur les lies Aléoutes pour le recueil allemand qu'il publie à Berlin depuis sept ans sous le titre d*Archiv fur wissenschaftliche Kunde von Russland. » Ne pouvant remonter jusqu'à la relation originale, nous traduisons cet article de H. Erman, riche en faits précis et curieux sur un archipel encore peu connu, p. 66.
« Vue d'ensemble sur l'archipel des Aléoutes, p. 70.
« Les Mémoires de M. Venjaminov se rapportent principalement au district d'Ounalaska, lequel embrasse toutes les lies et une partie du continent qui s'étendent du S3« au 56* degré de lat. N., entre 188 et 200 degrés de long. E de Paris et de plus les lies Pribilov, situées entre 86'» 40' et 87« 18' lat. N. Toute la partie continentale du district est traversée par une chaîne de montagnes élevée et couronnée de neiges où l'on (rouve neuf cratères de volcans éteints ; mais c'est seulement dans 111e d'Ounimak, celle de tout l'archipel oii les feux souterrains ont laissé le plus de tra-
(1) Postels, Voyage autour du Monde, en 1826-29, par Lutké, t. \l\, p. 27-29. Paris, 18S6, in-8o.
ces de leurs bouleversements^ qu'une montagne nommée Chichaldèn, haute de 8683 pieds (1), jette encore des flammes de temps à autre.
« Phénomènes géologiques. Volcans. ~ p. 70-72.
« On peut admettre avec beaucoup de vraisemblance que la chaîne des îles Aléoutes, primitivement réunie au Kamtschatka et à l'Amérique, en aura été séparée par quelque grande convulsion de la nature et morcelée ainsi en plusieurs fragments (?) Les vosliges d'éruptions volcaniques se rencontrent à chaque pas; partout on trouve la lave et des blocs de pierre noircis par lo feu. Le souvenir traditionnel s'est même conservé parmi les indigènes d'un grand tremblement où, disent-ils, les montagnes se battirent les unes contre les autres, et où la victoire resta au Makouchïn, qui est un pic d'Ounalaska. On y éprouve encore des secousses de tremblement de terre trois fois par an en moyenne ; et le 8 mai 1796, après plusieurs jours de tonnerres souterrains, apparut une île nouvelle qui reçut le nom de Jean Bogoslov, et qui jusqu'en 1823 n'a pas cessé de s'accroître en hauteur et en circonférence.
« Ounimak a été d'ailleurs un théâtre de phénomènes volcaniques. Vers l'année 1795, la partie culminante de la chaîne de rochers qui forme la côte SO. de cette île s'écroula avec d'effroyables déchirements ; et une si grande quantité de cendres en sortit, qu'en plein jour une obscurité complète enveloppa les villages environnants d*Aliaksa et d'Ounga, pendant que la glace séculaire changée en torrents sillonnait les flancs de la montagne.
« Le 10 mars 1825, une éruption semblable eut lieu dans la partie NO. d'Ounimak. La montagne jetait des flammes à cinq endroits et la cendre couvrait à plusieurs
(1) Dans un autre endroit^ la hauteur de cette montagne est indi. quée, d'après LvXké, de 8953 pieds.
pouces de hauteur le pic occidental d*AIiaksa. Le jour s'était changé en nuit, et la neige fondue s'écoulait en vastes nappes de 5 à 10 verstes de large jusqu'à la mer, qui garda jusqu'assez avant dans l'automne la nuance trouble qu'elle avait contractée.
« Deux autres pics (Sopki) qui se trouvent dans les lies d'Ouninak et de lounaska laissèrent échapper de la fumée et jetèrent des pierres en 1817 et en 1828.
« Le 2 avril 1826, les îles Pribilov ressentirent un violent tremblement de terre. En général, néanmoins, ces événements paraissent devenir de plus en plus rares et leurs effets semblent s'affaiblir dans la même proportion. >►
« Ounalaska est, quant à l'étendue, la seconde île de l'archipel; elle a 130 veistes de longueur et 80 dans sa plus grande largeur. A sa pointe NO. s'élève le pic Makouchïn, dont la hauteur, d'après le capitaine Lutké, est de 5478 pieds anglais et d'où sort perpétuellement une colonne de fumée. On ne se souvient pas de l'avoir vu jeter des flammes; mais il s'y fait parfois un bruit sourd, pareil au grondement lointain du tonnerre et qui s'entend de l'Ile d'Amahknak, qui en est à une certaine distance, p. 73. »
« Ounimak est la plus grande île de tout le groupe. Sa longueur est de 140 à 170 verstes et sa largeur de 40 à 60.
« Là se trouve la montagne volcanique de Chichaldïn qui depuis un temps immémorial jette du feu et de la fumée. En novembre et en décembre 1830, elle se couvrit, au milieu de violents coups de tonnerre, d'un épais brouillard ; et lorsque ce brouillard se dissipa, la montagne avait tout à fait changé d'aspect. Du cAté du nord, trois fentes ou déchirures s'étaient formées qui semblaient remplies d'une glace resplendissante et au printemps suivant, cette glace se fondit de nouveau (! ?) On remarque en outre dans l'île le pic Pogromski, dont la hauteur, selon Kotzebue, est de 8828 pieds et qui possède un cratère éteint, p. 74. »
« La moitié occidentale de la péninsule d'Âliaksa ou Aliaska appartient seule au district d'Ounalaska. La côte de cette presqu'île qui regarde le nord est basse et bordée de bancs de sable; mais la côte sud et ouest, pareille aux lies avoisinanteSy est haute et rocheuse. Là aussi se trouve un volcan éteint, le Paulovskaïa Sopka, dont le sommet éprouva, en 1786, par Teffet d'un tremblçnjenl déterre, un éboulement à la suite duquel se forma du côté du sud une nouvelle bouche qui depuis lors n'a pas cessé de jeter de la fumée, p. 76. » {Nouv. Ann. des Voyages y 5* série, avril 1849.)
« Entre autres traditions, ils ont celle d'une inondation générale par laquelle leurs ancêtres furent punis de leur impiété et ils assurent avoir trouvé, en fouillant la terre, des squelettes gigantesques d'êtres.an té-diluviens.
« Une deuxième tradition raconte de la manière suivante le combat des deux montagnes ignivomes dont il a été question plus haut : « Un jour les montagnes d'Ounalaska et d'Oumnak eurent un différend au sujet de la prééminence à laquelle toutes deux prétendaient et elles commencèrent un combat terrible où elles s'entrelançaient en guise de traits des pierres et des flammes. Les petits volcans ne purent tenir contre les grands; dans le sentiment de leur impuissance, ils sautèrent en éclats et s'éteignirent à tout jamais. Il n'est resté finalement que deux pics, le Makouchïn {Aîakh) d'Ounalaska, et le Retchesnoï (Ismakh) d'Oumnak. Dès qu'ils eurent abattu tous leurs rivaux, il s'engagea entre eux deux une lutte qui eut les plus terribles effets pour tout ce qui les entourait. Le feu , les pierres et les cendres étaient lancés en si grande abondance que tous les êtres vivants furent exterminés et que l'air était suffoquant. Le Retchesnoï succomba; et quand il vit sa défaite, il rassembla ce qui lui restait de forces, s'enfla, éclata et s'éteignit. Après que le Makouchïn eut de cette manière remporté la victoire, et lorsqu'il n'aperçut plus dans son
i2 TREMBLEMENTS DE TERRE
voisinage aucun compétiteur, il s'assoupit, et maintenant il n'en sort plus de temps en temps qu'un peu de fumée. » {Ibid. t. 20, oct: et nov. 1849, p. 137-138.)
« On trouve aussi chez les Koloches (peuple de la côte NO. d'Amérique) une tradition relative à une inondation universelle dont quelques hommes seulement se sauvèrent sur un grand bateau. Ils croient que le tonnerre est produit par les battements d'ailes d'un très grand oiseau, et que les tremblements de terre sont la suite d'une lutte entre El et une Géante qui habite sous terre. La terre, dans leur idée, est soutenue par une immense colonne. » (/Wd., p. 142.) El est le Promélhée de ce peuple. Il fut enfanté par une vierge. Mais il existait avant d'être enfanté. »
M. l'amiral Wrangell, correspondant de l'Institut de France, a aussi publié, sur cet archipel, un article où il fait de nombreux emprunts au livre de Venjaminow. Toutefois, cet article diffère assez du précédent pour que je n'hésite pas à le reproduire :
« Toutes les lies du groupe des Aleutieunes offrent les preuves de l'action d'un feu souterrain ; plusieurs d'entre elles ne sont que des volcans déjà complètement éteints, mais des entrailles des autres s'élèvent encore aujourd'hui de la fumée ou des flammes; toutes, sans exception, sont sujettes aux tremblements de terre et sur toutes on trouve de la pierre ponce, du soufre, des pierres ayant subi l'action du feu, etc. Il est évident aujourd'hui que le feu est beaucoup moins actif dans la partie occidentale du groupe que dans la région orientale, et il paraît qu'en l'année 1792, pendant l'expédition du capitaine Billings, il y avait beaucoup plus de volcans en activité qu'aujourd'hui, car les pics, alors fumants sur les lies Semisoposchnoi, Goreloi, Tanaga, Sitchin, sont actuellement en repos, quoique de forts tremblements de terre, accompagnés de soulèvements extraordinaires des eaux de l'Océan, se soient fait sentir
ET PHÉNOMÈNES VOLCANIOUES. iS
pendanl ces dernières années dans la partie occidentale de Tarchipel
« Les cimes, qui fument encore aujourd'hui et qui de temps en temps vomissent du feu et des cendres, se trouvent, d'après ce que j'ai pu savoir, sur les lies dont voici les noms : Konûshij, Atcha (le pic Korowenk, der Korowenkische Pik), Seguam, Junaska, Tschetirechsoposchnoi irUe aux quatre sommets), Unalaschka (le pic Makuscfiin), Akutan, Akuna, deux ou trois pics sur Unimack (dont le plus haut est le Schimaldiny sur la péninsule d'Alaska (le pic Saint'Pàid).
« Dans ces derniers temps, Tile d'Unimak a éprouvé de grands changements dus à l'action du feu. Les dernières révolutions qui ont eu lieu dans cette lie, ont été décrites par un ecclésiastique russe, Jean Weniaminow,dont les intéressantes notices sur Unalaschka méritent d'être publiées. C'est avec l'autorisation de ce vénérable observateur, que je donne ici l'extrait suivant de sa notice sur les éruptions des volcans d'Unimack.
« Dans le nord-est de Tile d'Unimak, non loin du détroit d'Isanat, s'étend, d'une extrémité à l'autre, une haute crête de montagne, dentelée et pointue, et qui fume fortement depuis 1828. A l'ouest s'élèvent les deux plus hauts pics, de formeconique; le premier se rattache, h moitié, à la crête du nord-est, par une arête dont la croupe déchiquetée en dents de scie renferme un cratère aujourd'hui éteint, mais qui, si Ton en croit la tradition, aurait été en activité au commencement du siècle dernier. Représentonsnous, au lieu de ce cratère, un prolongement de la montagne, et nous reconnaîtrons d'une manière évidente que cette croupe qui, même dans son état actuel, domine toutes les autres, a dû être la plus élevée dans leurs formes primitives. Le second pic, connu sous le nom dé Schischaldin, s'élève presque au milieu de l'île, près de la cùte méridio-
nale, et presque complètement séparé des autres montagnes par une série de terrasses plus basses. L'origine des feux souterrains, dont Taction n'a pas cessé de s'y faire sentir, remonte à des temps inconnus; il en sort de temps en temps des flammes; c'est ainsi qu'il a brûlé à la fin de i834 et au commencement de 1825 jusqu'au iO mars (v. st. ?), c'est-à dire jusqu'aux éruptions qui se manifestèrent d'une manière violente dans la crête du nord-est; en 1827 et en i829 on en vit encore sortir des flammes et il s'y forma de temps en temps des fentes qui se prolongeaient du haut en bas. Vers la fin de décembre 1830, on aperçut sur le flanc septentrional trois crevasses assez grandes qui servirent de cheminées à des flammes considérables; les secousses et les bruits souterrains se succédèrent tour à tour; les neiges éternelles qui recouvraient la cime fondirent sur plus de la moitié des pentes nord, ouest et sud. Lorsque je vis la montagne les 6 et 7 mai i831, elle vomissait, à des intervalles de 10 ou 18 secondes, du feu toujours accompagné d'étincelles, mais non pas toujours avec la même violence. Audessous de la cheminée qui se trouvait au NE., on voyait une crevasse qui parcourait le cinquième de la montagne et dont la largeur atteignait le huitième ou le dixième de la longueur. Elle ofi'rit pendant tout le temps la couleur du fer incandescent, et parut coupée transversalement par plusieurs espèces d'isthmes (1). Le pied de la montagne vers le NE. était très chaud et remarquablement agité. Mais dans cette occasion, on n'aperçut aucun autre produit éruptif qu'une espèce de suie (Russ), parfaitement visible sur la neige le 20 avril. Dans le courant de l'année 1831,
(1) Le traducteur du texte russe fait remarquer en note que le sens de celte phrase est qu'on apercevait au-dessus de la crevasse brûlante des fragments en mouvement ou qui du moins, vus à distance, paraissaient se mouvoir.
ET PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES. io
les flammes et la crevasse disparurent et depuis la montagne a plus ou moins fumé sans interruption,
« L'activité du feu souterrain y avait été beaucoup plus forte encore en 1795 et au commencement de 1825. La montagne qui se trouve à rextrérallé SO. eut une violente éruption en 1795 et vomit, avec un vacarme effroyable, une telle quantité de cendres de couleur blanche, que, transportées par le vent qui soufflait fortement du SO., non seulement sur les lies voisines, mais jusque sur celle d'Unga, elles y produisirent une obscurité complète au milieu du jour. La glace éternelle qui recouvrait la montagne se précipita des deux côtés avec une grande masse d*eau et une quantité de pierres incandescentes qui s'arrêtèrent à la moitié de la montagne où elles formèrent une espèce de mur ou de ceinture, encore visible aujourd'hui. On peut, même à présent, distinguer les endroits où l'eau a coulé et ceux où la glace, entraînée avec elle, a séjourné pendant plusieurs années. On remarque aujourd'hui que cette montagne, qui depuis n'a manifesté aucune activité ignée, a commencé, pendant ces dernières années, à s'élever ou à se gonfler dans un endroit.
« Le 10 mars 1825, après un vacarme semblable aux éclats du tonnerre et d'une forte canonnade, qui dura presque jusqu'au soir et fut entendue dans les lies d'Unalaschka, d'Aknna et jusqu'à l'extrémité de la péninsule d'Alaska, la montagne, toujours fumante du nord-est d'Unimack, s'ouvrit au milieu du jour en cinq endroits différents au moins (peut-être plus), sur une grande étendue et donna lieu à une éi*uption de flammes et de cendres noires en si grande quantité qu'elles recouvrirent toute la presqu'île d'Alaska et causèrent uneobscuritécomplètedans toute la région environnante. Les masses de glace et de neige, qui se trouvaient sur la montagne, fondirent et se précipitèrent en un vaste et épouvantable torrent de cinq à dix verstes de largeur. Ces eaux vinrent se jtter en si grande abondance
m TREMBLEMENTS DE TERRE
dans la mer h Test de Pile, que, malgré leur profondeur en cet endroit, celles de l'océan en furent troublées jusqu'en automne, c'est-à-dire jusqu'à ce que cet épouvantable torrent eût cessé de couler.
« Le pic Schischaldin qui n'est pas éloigné de celte montagne et qui jusqu'alors avait vomi du feu, commença à fumer seulement et il se forma, sur la moitié de la montagne, une élévation ou une espèce de colline d'où s'élevèrent des nuages de fumée jusqu'en 1831 .
« Un fait curieux encore à remarquer, c'e<t que le bruit ou tonnerre qui, le 10 mars 1825, parut si terrible à Unalaschka, ne fut pas même entendu à l'extrémité SO. d'Unimak ; faut-il en conclure que le feu souterrain communique immédiatement avec le Makuschin (sur l'ile d'Unalaschka) et que le canal de communication directe se trouve, dans le port d'Unalaschka, très rapproché de la surface de la mer?
« Le 11 octobre 1826, le pic situé dans l'intérieur de l'Ile (le Schischaldin), non loin de la pointe méridionale, fit éruption; il avait brûlé de temps immémorial jusqu'à la révolution de la côte sud-est (le 10 mars 1825) et avait paru endormi (éteint) tant qu'elle dura. Son réveil fut accompagné de bruits sourds et d'une violente expulsion de feu et de cendres blanchâtres; une partie d'Alaska, Sannach avec les lies voisines et même Unga, furent ébranlées (i). »
Ces notices ont toutes une origine russe. Il n'en saurait guère être autrement, le pays fait partie des immenses possessions de la Russie et n'est guère visité que par la marine de cette nation ou les bâtiments de commerce. Depuis long-
'1) Hcitraege zur Kenntniss des linssisrhen Reichs und der angraen" zenden Laender Asicn, herausgeben von K. E. v. Baer und Gr, v. Belmerscn, l. [, p. 17M77. 1839.
temps j'avais songé à entrer en relation avec la grande compagnie russo-américaine qui fait le commerce de pelleterie dans cette région septentrionale. Ce n'était pas chose facile. Je m'adressai à M. N. de Khanikoff, le célèbre voyageur, qui m'avait déjà fourni de nombreuses et intéressantes notices séismiques sur le Caucase dont il a été le gouverneur et où il a établi un observatoire météorologique.
Toujours empressé à m'obliger, M. de Khanikoff m'écrivit à la date du 14 juillet i862 : « M. le baron Osten-Sacken, chef de division au département asiatique des Affaires Etrangères et secrétaire de notre Société géographique de Russie, m'a prié de vous informer qu'il serait charmé de vous servir de correspondant en Russie pour tout ce qui vous intéresse; si vous jugez opportun de vous mettre en rapport avec lui, voici son adresse. »
L'occasion était trop flatteuse et trop belle pour ne pas m'empresser de la saisir. La réponse ne se fit pas attendre. Un premier envoi de notices séismiques l'accompagnait et depuis lors M. Osten-Sacken a continué à se montrer aussi zélé et aussi exact, comme le prouvent mes catalogues annuels qui tous contiennent des renseignements dont je suis redevable à son affectueuse obligeance. Son concours empressé ne s'e^t pas borné à ces communications.
Il m'écrivait en octobre 1863 : « D'après le désir que vous avez bien voulu m'exprimer, j'ai parcouru les comptesrendus de la compagnie russo-américaine; je les ai trouvés à la Bibliothèque impériale (ils se publient; le ministère des Affaires Etrangères ne se trouve pas en rapports directs avec la compagnie). Je n'ai eu à ma disposition que les comptes-rendus depuis 1840 jusqu'à 1860; malheureusement ils ne contiennent que fort peu de choses en fait de tremblements de terre; la petite feuilje ci-jointe offre tout ce que j'ai trouvé dans les dix années (1). Il est évident que
(1) Leâ faits coutenus dans celte note ainsi que ceux que M. O^fcn
i8 TREMBLEMENTS DE TERRE
les phénomènes séismiques ne sont rapportés par les chefs des colonies que tout à fait accidentellement. J'ai l'intention de proposer à la Société géographique de s'adresser à ce sujet à la compagnie russo-américaine, pour inviter les chefs à communiquer de plus amples renseignements sur les tremblements et les éruptions volcaniques qui arrivent dans l'Amérique russe ; mais je ne puis promettre qu'une pareille démarche ait quelque résultat satisfaisant.
« Je ne manquerai pas, d'après votre conseil, de parcourir, au fur et à mesure que l'occasion s'en présentera, les différents cartons et dossiers du ministère qui se trouvent à ma disposition pour y chercher des notices qui pourraient servir à notre but commun. »
M. Osten-Sacken a tenu sa parole et a réussi dans son projet. Non seulement la Société géographique a chargé son président de présenter la demande de son secrétaire h la compagnie russe-américaine et de la lui recommander, mais son Exe. le ministre des Affaires Etrangères a adressé; dans l'intérêt de la science, une semblable demande à cette société qui l'a accueillie et communiquée à ses agents dans toute l'Amérique russe.
Ainsi tout fait espérer que les phénomènes séismiques et volcaniques, qui se manifestent dans ces régions éloignées, ne seront plus perdus pour la science. La compagnie y entretient des agents qui y restent même en hiver et qui tiendront sans doute à faire preuve de zèle. Seulement, il faut attendre le résultat en se rappelant que les navires de la Société ne s'y rendent qu'une fois par an, qu'ils partent du port d'Ochotsk et qu'à leur retour dans ce port, leurs rapports, comme les marchandises, ont à traverser encore la Sibérie dans toute son immense étendue.
Sacken m*a gracieusement conimuniqués postérieurement sont insérés à leurs dates dans la seconde partie de ce Mémoire.
Dans ce travail, comme dans les précédents, j'ai séparé les documents relatifs à la description des volcans de ceux qui ne se rapportent qu'aux tremblements de terre et aux éruptions volcaniques. Il est par conséquent divisé en deux parties.