‹ Sur les ulcérations tuberculeuses de la peauChapitre 11 sur 12 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

■ Nous donnons ici le résumé des observations qui ont été publiées, et nous rapportons iii extenso les trois observations que nous avons recueillies dans les hôpitaux de Lyon.

Obs. I. — Ulcération de la région mastoïdienne. Paul Goyne. (Arch. de Physiologie^ 1871-72.)

Femme, 68 ans. Tuberculose pulmonaire remontant à plus de huit mois.

A la suite d'une plaque érysipélateuse survenue derrière l'oreille gauche, on voit la région s'ulcérer, devenir purulente et se recouvrir de bourgeons charnus très petits et très serrés.

Mort.

A l'autopsie, infiltration tuberculeuse des poumons. L'examen microscopique permet de constater, juxtaposées, des lésions érysipélateuses et tuberculeuses.

Obs. II. — Ulcération anale. Péan et Malassez. [Etude cliniquesur les ulcérations anales, Paris, 1871.)

Femme de 2 5 ans, tuberculeuse depuis 4 ans.

Il y a quinze jours, la malade s'est aperçue d'une ulcération à l'anus. Cette large ulcération a la forme de deux demi-cercles, un en avant, un autre à gauche de l'orifice.

Mort cinq semaines après l'entrée.

Examen microscopique pratiqué par M. le professeur Cornil. On y reconnaît des granulations tuberculeuses.

Obs. III. — Ulcération tuberculeuse de l'anus et de la fesse gauche che!( un malade atteint de phtisie pulmonaire et d'angine tuberculeuse. Martineau. [Soc. méd. des hôpitaux de Paris, 1874. Pagei38.)

L'ulcération, irrégulièrement arrondie, a son point de départ dans le rectum, sur la moitié gauche de cet intestin, et remonte jusqu'au-dessus du sphincter. Portion centrale grisâtre. Nombreuses saillies mamelonnées, jaunâtres. Autour, 8 ou 10 tubercules saillants, commençant à s'exulcérer.

Douleur aiguë, persistante, exagérée par le passage des matières fécales, qui sont liquides depuis un mois environ.

Obs. IV. — Ulcération tuberculeuse de la verge. Hillairet. [Soc. méd. des hôpitaux de Paris, 1874. Page i58.)

M. Hillairet présente le moulage de l'ulcération. Le malade vient de mourir, et on a trouvé une tuberculisation des poumons et de l'épididyme.

Obs. V et Vi. — Ulcérations anales. Féréol. [Soc. méd. des hôpitaux, 12 juin 1874.)

1" Homme, 34 ans. Cachexie tuberculeuse.

Sur le côté gauche de l'anus il porte une ulcération de la largeur d'une pièce de cinq francs, datant de huit mois. Elle est superficielle, grisâtre, parsemée de granulations jaunâtres, suintante, douloureuse.

2" Homme, 45 ans. Tuberculose pulmonaire et laryngée.

Il présente, vers l'angle antérieur de l'orifice anal, une ulcération de la largeur d'une pièce d'un franc, ayant débuté il y a trois mois. Douleur vive lors de la défécation.

Pas d'autres renseignements sur ces malades.

Obs. VII. — Ulcérations anales. Liouyille. (Soc. anatomique, 17

juillet 1874.)

Homme, 19 ans. Tuberculose pulmonaire datant de deux ans et demi, avec laryngite et diarrhée rebelle.

Dans les derniers jours de sa vie, il présentait au pourtour de la marge de l'anus des ulcérations assez profondes, douloureuses pendant la défécation.

A l'autopsie, on trouve des cavernes pulmonaires, des ulcérations laryngées, intestinales et rectales.

L'examen microscopique établit la nature tuberculeuse des lésions cutanées.

Obs. VIII.— Ulcération anale. Daniel Mollière. [Traité des maladies de l'anus et du rectum, Paris, 1877.)

Homme, 28 ans. Pas d'antécédents.

Il porte à l'anus une vaste ulcération qui occupe la moitié de la circonférence et remonte à quelques centimètres dans le rectum. Début, il y a quatre mois. Depuis cette époque, la santé a commencé à décliner. Amaigrissement, dyspepsie, toux, expectoration.

Mort trois jours après son entrée.

A l'autopsie : éruption contîuente de granulations tuberculeuses dans le poumon. Ganglions inguinaux caséifiés : ganglions lombaires indemnes.

L'examen histologique révèle la présence dans le derme des granulations tuberculeuses caractéristiques.

Obs. IX. — Ulcérations anale et nasale. Spillmann. (Thèse d'agrégation, Paris, 1878.)

Femme, 33 ans. Antéce'dents tuberculeux héréditaires et personnels.

L'ulcération anale a débuté par une fissure : elle occupe aujourd'hui les parties latérales et postérieure de la région anale. Elle est très douloureuse. Les ganglions tributaires sont à peine engorgés.

La lésion nasale remonte à quatre mois, elle occupe la partie postéro-interne de la narine et ne s'étend que très peu sur la lèvre supérieure.

Malgré le traitement, on ne constate aucune tendance à l'amélioration.

Obs. X. — Ulcération de l'oreille droite. Jarisch et Ghiari. [Viertel Jahreschrift fur Dermat. und Syphil. 1879.)

Homme, 42 ans, sans antécédents pathologiques, porte sur le pavillon de l'oreille droite une ulcération superficielle, à contours serpigineux. Début il y a deux mois. Ganglions cervicaux engorgés. Signes de tuberculose pulmonaire.

Mort, 2 mois après, de tuberculose généralisée.

L'examen histologique confirme la nature tuberculeuse de l'ulcération.

Obs. XI, XII, XIII, XIV, XV. — Ulcérations labiales. [Idem.]

Ghiari rapporte cinq cas d'ulcérations labiales survenues chez des tuberculeux. Quatre siégeaient à la lèvre inférieure, une à la lèvre supérieure.

La nature tuberculeuse de toutes ces ulcérations a été reconnue au microscope.

Obs. XVI et XVII.— Ulcérations labiales. G. Riehl. [Wien. med.

Woch., nos 44 et 45, 1881.)

1" Homme, 53 ans, sans ante'cédents. A son entrée à l'hôpital, il porte des ulcérations sur la lèvre supérieure, sur les muqueuses buccales, jugales, et à la marge de l'anus.

Rien de net aux poumons. Ganglion sous-maxillaire modérément tuméfié. Déglutition gênée. Voix enrouée.

Mort dans le marasme, peu de temps après son entrée.

A l'autopsie, on trouve des ulcérations tuberculeuses dans le larynx, la trachée, l'intestin grêle et le gros intestin jusqu'à l'anus.

20 Homme, 36 ans. Il porte, sur la lèvre supérieure, une ulcération dont le début remonte à trois mois.

Tuberculose pulmonaire évidente.

Le malade meurt rapidement. L'ulcération est reconnue tuberculeuse.

Obs. XVIII. — Ulcération anale. Esmarch. [In Pitha und Billroth Handb. der allg. iind spécial Chir. Band III, Abth. 11, Abschn. 7, no 5.)

Femme, 56 ans. Tuberculose héréditaire et personnelle, porte une large ulcération irrégulière, occupant surtout la fesse gauche. Besoins fréquents d'aller à la selle : défécation douloureuse.

Traitement : 1° Tous les soirs, suppositoires à l'extrait d'opium.

2" Tous les deux jours : i5 à 20 gr. d'huile de ricin pour rendre les matières molles ;

'3° Tous les deux )ours, badigeonnage avec une solution de nitrate d'argent (1:8);

40 Régime tonique et fortifiant.

Après dix-huit mois de ce traitement, la malade demande à sortir. La portion fessière de l'ulcération s'est complètement cicatrisée, la portion ano-rectale est tout simplement améliorée.

L'état des poumons laisse à désirer.

Obs. XIX. — Ulcération de la lèvre supérieure. Babinski. (Soc.

anatomique, 7 avril 1882.)

Homme, 28 ans. — Tuberculose pulmonaire remontant à deux ans. Depuis quelque temps, il porte une ulcération sur la lèvre supérieure. Pas d'engorgement ganglionnaire.

L'ulcération reste stationnaire malgré tous les traitements.

Mort six mois après l'entrée à l'hôpital.

A l'examen microscopique, on reconnaît des lésions tuberculeuses.

Obs. XX. — Ulcération anale. Thibierge. (Soc. anatomique, c) fé-

vrier i883.)

Homme, 5o ans, tuberculeux depuis longtemps.

En avant de l'anus et à gauche du raphé périnéal, ulcération de la largeur d'une pièce d'un franc.

Mort treize jours après l'entrée. L'autopsie et l'examen microscopique confirment le diagnostic.

Obs. XXI. — Ulcération anale. GoRNiLet Babès. (Soc. anatomique,

juillet i883.)

Homme, 40 ans, tuberculeux, porte au devant de l'anus une ul" cération de quatre centimètres de .diamètre, ayant débuté il y a trois mois.

Au microscope, on constate, entre autres, de nombreux bacilles agglomérés en petits faisceaux.

Obs. XXII. — Ulcérations vulvaire et vaginale. (Idem.) Femme, tuberculose peu accentuée.

L'ulcération vaginale s'est établie sur une fistule recto-vaginale consécutive à un accouchement laborieux.

Autour de la vulve, sur le périnée, quelques petites ulcérations cratériformes. Bacilles dans le pus,

Obs. XXIII. — Ulcération à la lèvre inférieure. (Idem.)

Femme, 28 ans. Tuberculose avancée. Elle porte sur la lèvre inférieure une ulcération de 2 5 millimètres de long, sur 10 de large, et datant de 2 ans. Bacilles.

Obs. XXIV. — Ulcération de Vavant-bras. Hanot. {Soc. méd. des hôpitaux, 22 févr. 1SS4, et Arch. dePItysiol., i^r juillet 1886.)

Homme, 70 ans. Tuberculeux arrivé à la phase de consomption. Malade depuis 10 mois seulement.

11 y a 2 ans, panaris du pouce gauche, contracté en manipulant de vieux os. Cette lésion fut le point de départ de l'ulcération que l'on peut voir aujourd'hui au niveau du bord cubital de l'avantbras gauche. Bacilles nombreux.

Mort i5 jours après son entrée à l'hôpital.

A l'autopsie, tuberculose pulmonaire.

Obs. XXV. — Ulcérations de la petite lèvre et de la main. Eue. Deschamps. (Arch. de Tocologie, janvier i885.)

Femme de 25 ans, tuberculeuse depuis 5 ans. Il y a 4 mois, chute sur le périnée et la fourchette. Bientôt, sur la petite lèvre gauche, apparaît et grandit une ulcération.

Une deuxième ulcération s'est montrée sur le dos de la main droite, au niveau de la tête du premier métacarpien : elle a succédé à une brûlure de la main.

Morte par les progrès de la tuberculose pulmonaire.

Inoculations positives à des cobayes du pus des lésions de la vulve et de la main.

Obs. XXVI. — Ulcération de la main Paul Raymond. (France

médicale, 1886, n° 100.)

Homme, 42 ans. Antécédents tuberculeux héréditaires et personnels. Il s'enrhume facilement, tousse de temps en temps.

L'ulcération s'est établie sur une petite plaie que le malade avait sucée. La lésion offre l'aspect d'un tubercule anatomique : sous les croûtes existe une ulcération, des dimensions d'une pièce de I franc.

Signes de tuberculose pulmonaire. Bacilles dans les crachats.

On ne trouve de bacilles ni dans le pus, ni dans les produits de raclage de l'ulcération. Prolifération cellulaire abondante : nombreuses cellules géantes.

Après le raclage, la plaie bourgeonne et se cicatrise.

Obs. XXVII. — Ulcération du genou. Paul Raymond. (France

médicale, 1886, n°ioi.)

Homme, tuberculeux avant sa lésion cutanée. Celle-ci a débuté par un petit bouton blanc ; elle a aujourd'hui 8 centimètres dans le sens longitudinal, sur 10 dans le sens transversal. En certains points, on voit comme des petites papulo-pustules rouges, isolées, s'avançant dans la peau voisine.

Le malade souffre quand on arrache les croûtes ; mais la plaie n'est pas douloureuse spontanément.

Obs. XXVIII. — Ulcérations périanales. Ritzo. (Thèse. Paris,

mai 1887.)

Homme, 41 ans. Tuberculose pulmonaire. Pas de syphilis. Au pourtour de l'anus, on trouve 3 ulcérations principales, et un assez grand nombre d'autres plus petites.

Le rectum paraît indemne au toucher. Pas de diarrhée.

Pas d'autres renseignements. Le malade ne peut être suivi longtemps.

Obs. XXIX. — Ulcération anale. [Idem.)

Homme, 33 ans. Signes de tuberculose évidents. Diarrhée tenace et abondante.

Ulcération de la largeur d'une pièce de 2 francs, entourant complètement l'orifice anal, sauf en avant.

Mort de cachexie tuberculeuse. L'examen microscopique confirme le diagnostic.

Obs. XXX. — Ulcération du médius droit. [Idem.)

Homme, 5o ans. Tuberculose pulmonaire datant de 3 ans. Il y a 8 mois, apparition de la le'sion cutanée à la face interne du médius droit. Pas de douleur, pas d'engorgement ganglionnaire.

A l'autopsie, tuberculose pulmonaire.

L'examen de la matière suintée par la plaie et des bords de l'ulcération raclée, fait au laboratoire de M. Hanot, décèle la présence de nombreux bacilles.

Obs. XXXT. — Ulcération tuberculeuse de la lèvre inférieure. (Recueillie dans le service de M. le D"" Clément, médecin des hôpitaux. Inédite.)

C..., Françoise-Marie, âgée de 27 ans, entrée à l'Hôtel-Dieu, le i3 juin 1886.

Sa mère est morte d'une affection pulmonaire. Une sœur morte à 16 ans, probablement aussi de phtisie pulmonaire. Menstruation ordinairement régulière. « Un enfant bien portant.'

Depuis un an environ, la malade s'est mise à tousser; peu fréquente et sèche au début, la toux s'accompagne aujourd'hui d'expectoration purulente avec crachats nummulaires. La malade a eu de fréquentes hémoptysies, dont la première remonte à l'âge de i5 ans.

Amaigrissement, perte des forces.

La percussion révèle une diminution de la sonorité aux deux sommets en arrière, surtout au sommet droit. Dans la fosse susépineuse droite, l'auscultation fait constater l'existence de craquements se faisant entendre surtout pendant l'inspiration. A gauche, dans la fosse sous-épineuse, respiration soufflante, quelques râles sibilants, respiration granuleuse au sommet en arrière En avant, râles sibilants à gauche, dans la fosse sous-claviculaire.

A droite, dans la fosse sus-claviculaire, craquements multiples.

Rien au cœur.

La malade présente en outre, à la lèvre inférieure, du côté gauche, une ulcération de la grandeur des 2/3 d'une pièce de 20 cen-

times, dont le centre est à un centimètre environ du rebord de la lèvre, et dont le bord est tangent à la muqueuse. Cette ulcération aurait débuté, il y a cinq mois, par une petite pustule que la malade a excoriée. Il en serait sorti quelques gouttes de pus et, depuis ce moment, elle s'est recouverte de croûtes, qui se renouvelaient au fur et à mesure qu'elles étaient enlevées.

L'ulcération est aujourd'hui très arrondie; ses bords sont presque taillés à pic, très rouges, et le fond présente de petites granulations rougeâtres, crépitantes.

i8 juin. Le liquide sécrété a été examiné par le docteur Honnorat, et l'on a constaté la présence de rares bacilles : deux ou trois dans une préparation.

2-1 juin. On a touché l'ulcération avec l'acide lactique à 5o % ; l'attouchement a été très douloureux ; dès le lendemain la surface était recouverte d'une escarre noirâtre.

23 juin. Un second attouchement avec l'acide lactique a été pratiqué ; moins douloureux que le précédent.

3i juillet. La malade sort parce qu'elle s'ennuie, dans un état un peu moins bon qu'à son entrée. Elle doit revenir dans un mois.

Obs. XXXIL — Tuberculose linguale. — Ulcérations tuberculeuses du petit doigt'et de la paume de la main droite. — Tuberculose pulmonaire. (Recueillie dans le service de M. le professeur Pon- CET, inédite.)

B..., Marie-Rose, âgée de 62 ans, entre le 28 novembre 1886 à l'Hôtel-Dieu, salle Saint-Paul.

Mère morte à 70 ans, père mort à 76 d'affections indéterminées.

Deux frères plus âgés et se portant bien ; une sœur plus jeune, 60 ans, s'étant toujours bien portée.

La malade n'off"re rien dans ses antécédents qui ait un rapport avec l'affection actuelle, elle n'a jamais fait de maladie.

Il y a un an et demi, la malade a eu des hémoptysies pendant une huitaine de jours, mais elle ne fut cependant pas fatiguée au point de se mettre au lit ; c'est alors que la malade commença à -tousser beaucoup ; les accès de toux étaient accompagnés de chaleurs, ou quelquefois de faiblesses. Elle n'a pas vu de médecin à cette époque.

Quelque temps après l'apparition de la toux, la malade avait constamment une sensation de démangeaison et de chaleur

brûlante au petit doigt de la main droite ; elle se frottait et se grattait, mais la peau n'e'tait que rouge et non ulcérée. Il y a seulement un mois, la malade, à la suite d'application de feuilles de lis trempées dans de l'huile, crut qu'il y avait du pus sous la peau du petit doigt, et, voulant le faire sortir, déchira la peau avec les ongles, mais la plaie ainsi formée ne se cicatrisa plus. Elle se présente à présent sous l'aspect d'une ulcération occupant le bord libre externe du petit doigt de la main droite, sur une longueur de quatre centimètres environ et une largeur d'un centimètre. Les bords de la plaie, taillés à pic, sont sinueux et limités par des contours arrondis : il semble que l'ulcération ait procédé par poussées successives, envahissant chaque fois un nouveau segment de peau. Elle est peu profonde et ne dépasse certainement pas les limites du derme. Aucun clapier : pas de pus aux alentours. Le fond de l'ulcère est recouvert de bourgeons charnus grisrosés.

Il y a six mois, sur la paume de la main droite, sans que la malade se soit piquée ou contusionnée, apparut un petit bouton que la malade ouvrit elle-même, et d'où il s'écoula un peu de liquide ; mais ce bouton, au lieu de guérir, donna lieu à une ulcération circulaire, en tous points semblable à celle du petit doigt et qui, actuellement, a les dimensions d'une pièce de o fr. 20 c.

Il y a deux mois et demi à peu près, la malade constata la présence d'un petit bouton sur la pointe de la langue ; ce bouton s'écorcha et donna lieu à une ulcération de trois centimètres environ, qui occupe le bord antérieur de la langue. Quelques jours après, un second bouton donnait naissance à une seconde ulcération, placée sur le bord gauche de la langue. Elle en présente une autre sur la face supérieure, à la partie médiane, et une petite à la face inférieure. A la face inférieure, en outre, elle présente deux points jaunâtres, qui semblent des tubercules encore non ulcérés.

Pas de syphilis.

La malade, à l'auscultation de la poitrine, présente des râles de bronchite disséminés dans toute la poitrine, et des craquements avec de la matité aux deux sommets.

La malade a eu deux enfants de 3o ans environ, tous deux se portent bien.

Pas d'autres manifestations.

24 novembre. Pansement de la main. On touche les ulcérations de la langue avec une solution d'acide lactique 5o 0/0.

2CJ novembre. On fait un raclage de la plaie du petit doigt : les produits de ce raclage sont recueillis avec soin et serviront à des inoculations ; l'ulcération de la paume de la main est enlevée au

bistouri. L'incision circulaire dépasse les limites du mal. Pansement au salol ; un peu de cuisson immédiatement.

3o novembre. La malade va bien.

décembre. Le pus des ulcérations examiné au microscope a montré la présence des bacilles de la tuberculose.

3 décembre. Pansement à l'eucalyptol (solution Al. Meunier) de l'ulcère du petit doigt.

6 décembre. L'ulcération du petit doigt est en voie de réparation. Aspect rosé des bourgeons charnus : commencement de réparation.

La plaie de la paume de la main paraît s'être réinoculée. On fait au-dessous d'elle, dans le derme, une injection de la solution d'eucalyptol: une demi-seringue de Pravaz.

i5 décembre. La plaie de l'éminence thénar est recouverte de bourgeons charnus de bonne nature et en voie de cicatrisation. La plaie du petit doigt est sèche et paraît également recouverte, sur la plus grande partie de sa surface, d'une couche épidermique de cicatrisation. En enlevant ce vernis superficiel, on trouve encore des anfractuosités avec des clapiers qui paraissent s'enfoncer dans le derme avoisinant.

La malade demande à sortir.

Avant la sortie de la malade, on enlève au bistouri une parcelle cutanée comprenant une partie de l'ulcération de l'éminence thénar avec le derme avoisinant. Sur des coupes pratiquées au laboratoire de M. le professeur Renaut, après durcissement dans l'alcool et passage dans une solution de gomme, on constate là présence de nombreux bacilles de la tuberculose au niveau de la portion ulcérée et entre les fibres du derme qui l'avoisine.

Obs. XXXIII. — Ulcères tuberculeux de la lèvre inférieure et de l'anus. — Tuberculose pulmonaire. (Recueillie dans le service de M. le professeur Poncet. Inédite.)

D..., Emmanuel, apprêteur, âgé de 52 ans, entre à l'Hôtel- Dieu, salle Saint-Louis, le 6 janvier i886. Père mort, à 52 ans, de fièvre typhoïde. .

Mère morte à Sy ans sans avoir jamais toussé. En somme, pas d'antécédents héréditaires notables. 9 enfants dans la famille, 5 survivants. L'aîné a 70 ans et est bien portant. 4 sont morts d'affections diverses. Aucun, dit le malade, n'a été poitrinaire.

Le malade a toujours joui d'une bonne santé. Une seule mala-

die, fièvre typhoïde, en 1872, traitée par une quarantaine de bains froids.

Marie' à 3o ans avec une femme âge'e de 22 ans, il a eu 2 enfants vivants, actuellement bien portants, et âge's, l'un de 23 ans, l'autre de 10 ans.

Sa femme est morte il y a 7 ans. Deux ans avant sa mort elle s'est mise à tousser, et le diagnostic du médecin traitant, D"" Chambard-Hénon, a été : tuberculose pulmonaire.

Notre malade a toujours joui d'une bonne santé; il fait un travail pénible, boit 2 litres 1/2 de vin environ par jour. Mais depuis 4 ans il tousse un peu, et depuis 2 ans il a maigri et tousse davan tage. Légère hémoptysie il y a 3 mois.

Il y a 8 mois, le malade a remarqué, à peu près en même temps, un petit bouton sur le bord cutané de la lèvre inférieure, au voisinage de la commissure gauche, et un petit ganglion cervical gauche, gros comme un pois.

Depuis cette époque l'ulcération a gagné et l'adénite monoganglionnaire a augmenté de volume.

Actuellement on trouve sur le bord cutané de la lèvre inférieure, au voisinage du bord muqueux, à égale distance delà commissure gauche et de la ligne médiane, une ulcération de la largeur d'une pièce de o fr. 20, à contours irréguliers, à fond grisâtre, anfractueux. Celte ulcération repose sur une base indurée, induration paraissant inflammatoire.

Rien à noter du côté de la cavité buccale. La face muqueuse de la lèvre inférieure est indemne, la lèvre supérieure également. Pas deganglion sur les maxillaires notable. Le sinus de l'angle formé par la rencontre de la branche horizontale de la mâchoire et du sternomastoïdien est occupé par une tumeur du volume d'une mandarine, globuleuse, régulière et fluctuante. On a affaire à un énorme ganglion ramolli, kystique, très probablement suppuré. Ce ganglion est mobile, paraît cependant fixé à la partie antérieure de la gaine du sterno-mastoïdien. A ce niveau, la peau est tendue, un peu rouge. Il a toujours été indolore. L'augmentation de son volume a été progressive, un peu plus rapide depuis deux mois. Pas d'autre ganglion.

A l'examen des poumons, submatité dans les fosses sus-épineuses, plus marquée à droite, où on a des râles sous-crépitants humides après la toux. En même temps, expiration prolongée et soufflante.

Dans la fosse sus-épineuse gauche, expiration prolongée, sans râle. Sous les clavicules, pas de modification de la sonorité. Quelques râles, à la fin de l'inspiration, sous la clavicule droite. Dans le

reste des poumons, expiration un peu prolongée, paraissant due à de l'emphysème, plus marquée à droite.

Rien au cœur.

Rien d'anormal du côté des autres organes. Le malade a beaucoup maigri, depuis un an surtout, perdu ses forces, a quelques sueurs nocturnes profuses. L'état général est plus que médiocre.

On enlève l'ulcération avec un lambeau en V, comme s'il s'agissait d'un cancroïde. Réunion rapide.

i5 décembre 1886. Le malade revient à l'hôpital. La réunion de la plaie opératoire de la lèvre inférieure ne s'est pas effectuée d'une façon parfaite. Il a toujours persisté une petite fistule, laissant échapper un liquide séro-purulent. A quelques millimètres en dedans, sur la limite de la peau et de la muqueuse labiale, existe une petite ulcération. Elle a débuté par un bouton, rouge d'abord, puis blanc, et qui, en s'ouvrant, a donné naissance à la perte de substance. Les bords en sont taillés à pic : le fond est recouvert de petits points jaunâtres.

L'état général est allé en s'aggravant. Le malade tousse et perd ses forces. Dans la fosse sus-épineuse droite, souffle cavitaire avec râles quand on fait tousser le malade. A gauche, au même niveau, matité, expiration prolongée et soufflante.

10 mars 1887. Le malade se cachectise de plus en plus. Sueurs profuses.

L'ulcération de la lèvre inférieure s'est étendue et a gagné le bord muqueux de la lèvre. Elle est très douloureuse, et gêne considérablement la parole et la mastication.

Une ulcération de même nature s'est montrée, depuis quelques jours, au pourtour de l'anus.

20 mars. Mort par les progrès de la tuberculose pulmonaire.

L'autopsie complète ne peut être faite. L'ulcération de la lèvre est seule enlevée, pour être examinéé.

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