‹ Sur les vices de nos procédés industriels, aperçus démontrant l'urgence d'introduire le procèdè societaire. Par m. Just MuironChapitre 5 sur 5 · Pauvreté · texte numérisé non relu

Pauvreté

pour modèle à suivre approximativement : l’équilibre n’exige pas une échelle d' assort issemeits aussi régulier», que ceux des formules. Il suffit de les prendre pour guide» en distribution, et d’en approcher autant que possible,

» Tous les sectaires de ce groupe, sans distinction d’âge, sont fortement passionnés pour leur carreaux d'oeillets : chacun d’eux est disposé à faire des sacrifice» de toute espèce pour soutenir la renommée du groupe. Crésus et Cléophas, Zénobie et Artémise , malgré leur grande fortune , mettent la main à l’oeuvre et encouragent, à l’envi les travaux : enfin, ces 24 sectaires sont en quelque sorte 24 maniaques, perdant la tête pour leurs. œillets* dont la patriarche Ilécube est aussi engouée que l’entant Zélie. Ils ne souffriraient pas dans leur compagnie un sectaire peu passionné; ils ne l'admettraient pas même comme aspirant: ils n’accordent ce litre qu’aux novices ardens à l’ouvrage et brulans d’enthousiasme. Si tel enfant qui postule en admission négligeait, aux approche» d’un orage , d'accourir pour couvrir de tentes les carreaux d’œillets , on le rejetterait comme élève glacial , incapable de soutenir la renommée de ce groupe célèbre.

s Ces 24 sectaires et leurs aspirans on auxiliaires , malgré l’inégalité de fortune , se considèrent comme famille industrielle , et s’entr’aideut en toute occasion ; propriété que n’ont pas les familles de consanguinité. Les quatre eufans pauvres, Zélima et Nysus, Zélie et Hylas, ont des protecteurs zélés dans Crésus et Zénobie, dans Cléophas et Artémise, dont les véritables enfans n’ont pas pris parti dans le groupe des œilletistes. La nature croise les penchans et les fait alterner du père au fils.

» En conséquence, Crésus, âgé de 5 o ans, affectionne de prédilection la jeune Séliina , âgée de 1 4 an», parce

— DmcuV'il le

qu’elle est un autre lui-même aux travaux de l’œillet y elle s’y est emparée de tous les soins matériels que Crésus , au retour de l’âge, commence à négliger, et il ne testera pas sans lui assigner un legs dans la classe des lots d’adoptifs, classe nombreuse, qui obtient communément un tiers dans tous les testamens des sociétaires. Ainsi Thalès , riche sectaire de ce groupe, mort l’année précédente, aura laissé des legs à quelques-uns des 4 enfans pauvres, et à plusieurs des sectaires.

» Chacun des huit enfans trouve des instituteurs aussi doctes qu’empressés, dans Hécube et Théophraste , dans fiaucis et Philémon. 11 importe de remarquer, au sujet des œillets, ce mode d’éducation amicale et passionnée qui s’étend à tous les travaux de l'association.

» Le hasard a bien servi les œillelistes de Gnide, en. enrôlant avec eux Galatée, qui est la plus belle vestale de la contrée. Tous les sectaires sont flattés que, dans les cercles et les fêles, elle paraisse quelquefois en brillant costume; qu’elle soit leur bannerettedans les parades, leur ctrgane dans les réceptions d’étrangers et d’amateurs.

» Arrêtons-nous un instant à observer les convenances qu'offre à tout étranger un groupe régulièrement gradué en séries d'inégalités contrastées. Celui-ci est disposé de manière que chacun , en l’abotdant, trouve à s’y assortir. Si un monarque vient visiter les œillets de Gnide, ou lui donne pour introducteur la vestale Galatée. Si c’est une reine, elle est accompagnée par Endymion. Si c’est un patriarche, il aura pour compagne la jeune Aréthusc. Une vieille dame sera accueillie qar le jeune Âthys ; un enfant de 5 a 6 ans sera reçu et informé par les patriarches , et ainsi des autres. Un groupe régulièrement gradué a cette propriété d’offrir pour chaque âge des liens de contraste et d’identité. L’étranger , en l’abordant ,

y trouve toujours des introducteurs assortis à ses convenances, et l’on ne vient pasadtnirer l’œillet uniquement pour l’œillet même , on vient aussi pour les charmes de la société. s>

La somme de 1200 fr. allouée à notre groupe, est divisée en trois portions de 600, 4 00 , 200, affectées aux trois facultés d’industrie, capital et lumières ; savoir :

Active, 3 /S accordés au travail 600 )

Passive , 2/5 alloués au capital 4 °° / >200

Neutre , 1/6 réservé au talent 200 ) -

(A T o/a. Cette division des lots serait mieux par 3 / 1 2 , 4/12, 5/i2. Elle aurait été faite de cette sorte si, dans l’intention d’une plus grande commodité pour le lecteur , on n’eut pas tenu aux sommes rondes de décimales dans la répartition entre les séries et les groupes. Sans cela , nous aurions donné à la série des œillets 3,456 fr. au lieu de 3 , 600 ; le groupe des moyennes espèces aurait eu i, 44 ° fr- au l* eu de > 5 oo; les 600 francs accordés au travail, auraient fait 5 /i 2“, et nous aurions pris ce groupe pour nos applications. Toutes ces différences de chiffres ne changent rien à la théorie).

» Des 600 fr. adjugés au travail on formera, à-peuprès dans l’ordre suivant , huit séries de trois lots chacune, pour avoir autant de lots qu’il y a de sectaires, non compris les aspirans et auxiliaires, qui n’ont pas de rétribution.

> Supposons que le scrutin de répartition donne la distribution suivante , où les exposans, 1,2,3, indiquent les trois classes de fortune, la richesse, la médiocrité, la pauvreté, conformément au tableau précédent.

»• 4 a •> Galatce, 3. -* 39, Endymio», 3. — 36, Amaryllis, 3

a° 38, Tityre, 3. - 35, Araminlc, a. — 3a, Datnon, a

3° 34, Crésus , ». - 3», Arétbuse, a. - a8, Atys. a

4° 3o, Zénobic, »• — 37, Arthànise , »• — a4, Cléopbas, 1

5" 36, Séliraa, 3. — a3 , Baucis , 3. — ao, Philemon , 3

6" aa, Nisus , 3. — 19, Hécubc , 3, — 16, Théophraste a

7 0 18, Chloé, a. — i5, Clvtie, ». — »a, Astyana*, • 1

8° 14, Licidas , a. — »», Zélie, 3. — 8, Hylas, 3

» On voit que les deux plus fortes parts sont adjugées à Galatée et Endymion , noa que leur travail soit le plus nécessaire, car ils ne peuvent pas, à 18 ans, avoir acquis une intelligence supérieure , mais leur présence excite l’enthousiasme. La beauté est un levier puissant dans un ordre où tout marche par attraction 5 ou lui accorde toujours le douzième de faveur.

» Viennent ensuite les travailleurs recommandables, Tityre et Amaryllis, jeunes gens pauvres, mais trèsdiligens dans le soin du matériel; Araminte et Damon , gens de moyen âge, qui gèrent avec intelligence le bureau et les comptes, et méritent, vu leur fortune médiocre, une ample répartition. La tenue des écritures ne les empêche pas de vaquer à la culture.

» Dans les séries 3' et 4' , je place Zéuobie et Crésus qui , d’après leur fortune colossale, n’auraien t aucun besoin de lots élevés. Ils les méritent cependant par leurs services empressés et judicieux , leur activité dans la cabale extérieure. Tous deux assez satisfaits de l’amitié de leurs co-sectaires, voudraient pouvoir abandonner le lot de bénéfice qui leur échoit; ils n’en acceptent que le lot de minimum (8fr.) qu’on ne peut pas refuser. Ils emploient le surplus en encouragemens ; ils le distribuent aux enfans pauvres , ardens au travail et zélés pour l’honneur du groupe. Arthémise et Cléophas font de leur portion semblable usage ; ils n’acceptent que le minimum de 8 fr. ,

et distribuent le surplus aux eofans pauvres et aux âs^ pirans sans fortune, dont les services précieux sont P espérance du groupe.

» On a vu que les iîoo fr. ont été divisés en trois portions , dont 600 au travail , 4°° au capital , et aoo aux lumières- Sur la somme de 4 °o I e - répartie aux capitaux actionnaires , les six sectaires opulens reçoivent d'autant plus qu'ils ont plus d'actions. Lear part est forte, parce que 10 des sectaires n'ont que peu ou point de capitaux , et ne concourent presque pas au partage des 4»o fr- de portion passive. >

Est-il besoin d’observer ici que cette portion n’est pas la propriété directe des sectaires du groupe d 'oeil— letistes? Ce n'est pas plus à ce groupe qu'à aucun autre que ces sectaires, ont confié leurs capitaux ; c’est à l’association prise collectivement. Chaque groupe laisse done à la caisse générale de l'association, Le lot alloué au capital , et le laisse en échange des avances mobilières et immobilières que l'association lui a faites. Nous avons supposé (page i 44 )i un revenu brut de g 36 ,ooo fr. à partager entre toutes les séries; les 4/ 12 ** de cette somme sont la portion représentant l'intérêt du capital actionnaire. Elle est effectivement le tiers-Jruit que tout propriétaire voudrait aujourd’hui retirer de ses domaines fonciers. Si les terres, bestianx, denrées, etc. , dont se compose le capital du ménage sociétaire , valent 6 millions -240 mille fr. , tout capitaliste ayant pour 800 mille francs d'actions , touchera 4°i° 00 fr- de rente ; et si ce capitaliste est le Cléophas de notre groupe, quel cas pourra-t-il faire de son lot de 3 a fr. !

Ce mode de répartition des deux lots de capital et d'industrie a la singulière propriété d'être en parfaite analogie avec l'équilibre planétaire. » Si , comme nous

l'avons exposé , les plus riches sont ceux qui ont voulu

recueillir le moindre lot d'industrie; si, loin de prétendre à la plus forte part en raison de leur fortune, ils abandonnent tout ce qui leur échoit en sus du minimum, il en résulte qu’ils teudent au bénéfice en raison inverse des distances de capitaux , car ils possèdent la plus forte somme de capitaux actionnaires, et ils veulent la plus faible part de bénéfice industriel. D'un autre côté, ils tendent au bénéfice , sur le second lot , en raison directe des masses de capitaux, puisque plus ce* masses sont fortes, plus le bénéfice est grand. Ainsi est remplie la 2 “* condition qui constitue le contrepoids d'harmonie distributive.

* Passons à la 3* portion de genre. Il reste à répartir le dividende neutre de 2 oofr. , affecté au talent. Ce lot est l’objet d’un scrutin particulier, dans lequel Ilécube et Théophraste, Baucis et Philcinon , gens trèsâgés qui sont, quant à l’industrie active, aux 3 e et 6* rangs , obtiendront nécessairement les premiers lots , à titre de sectaires expérimentés et les plus précieux dao» la direction des travaux.

» Celte portion forme un lot considérable pour ceux qui se la partagent, vu qu’elle n’est que peu ou point applicable à la jeune moitié des sectaires; ils ne peuvent pas avoir acquis de connaissances notables, ni figurer à titre de taleus théoriques ou pratiques. Par celte portion neutre, les quatre vieillards à fortune exigué ou médiocre sont amplement dédommagés de n’avoir obtenu que des 5*' et 6'* lots en industrie active, et peu en passive ou lots de capitaux.

» Achevons sur l’équilibre de répartition , pour lequel il ne suffit pas de satisfaire les droits respectifs ; ce n’est pas assez de la justice; il faut encore que les répartition»

Digitizec

excitent l’enthousiasme. Observons cet effet dans le» lots de ricochet qui échoient aux enfans.

» Sélima etNisus, Ilylas et Zélie, sont les 4 enfans pauvres du groupe. Leur industrie, surtout chez ceux de six ans, n’est pas encore de grand prix; cependant ils obtiennent de fortes rétributions, d’après l’abandon de dividende fait par 4 sectaires opulens qui se sont bornés au minimum de 8 fr. Le surplus est réparti , à titre d’encouragement , entre ces 4 enfans , et 3 aspirans pauvres , de même âge.

» Ces gratifications jointes aux lots inférieurs qu’ont reçus les enfans pauvres , doivent élever très-haut leurs dividendes. Zélie et Ilylas , rétribués à 1 1 et 8 fr. au tableau, verront ces lots accrus jusqu’à 24 et 20 fr. , somme double des lots de Ctytie et Astyanax, qui sont des enfans riches et possesseurs d’actions (1). Sélima et Nisus, plus âgés, auront de la meme manière des gratifications plus fortes encore.

> Les 4 enfans pauvres atteignent donc au bénéfice an raison inverse des distances de capitaux ; car plus

(1) D’après ce compte on voit que des enfans de 5 à 6 ans , qui déjà s'entremettront peut-être dans 4° séries où ils recevront 20 fr. en terme moyen , posséderont un revenu annuel d’environ 800 fr. , revenu qui certes leur assurera une bien douce aisance , quoique dans l'ordre sociétaire ce soit en effet le lot de la pauvreté. Supposons que sur 700 fr. ainsi gagnés chaque année par un enfant , la tutelle sociétaire ne dépense pour lui , nourriture , entretien , etc. , que 5 oo fr. , somme bien suffisante pour subvenir à tout ce qu’exige cet âge ; dés sa quinzième année l’enfant aura élevé son pécule à cinquante écus de rente , en minimum. Tityre , à a 5 ans, jouira d’un revenu de cent louis , à dépenser pour lui seul , n’ayant ni femme , ni enfans à sa charge , puisqu'ils gagneront comme lui.

ils sont éloignés de la fortune, plus ils gagnent danf le lot affecté à l’industrie active.

» L’acte de générosité qu'on vient de lire , peut se répéter pour ces eufans dans vingt autres groupes, où les riches sectaires abandonneront de même le surplus du minimum : et non pas le minimum, que chacun accepte par bienséance, pour ne pas s’isoler d’association; tout homme opulent étant dans l’usage, ou de demander le dernier lot, ou d’accepter le sien pour le rétribuer aux enfans pauvres dont il se trouve toujours quelquesuns dans chaque série industrielle.

» Ces dons ne s’étendent pas aux sectaires adultes : ils ont assez de moyens de bénéfice , et entrent dans un âge où il ne serait plus décent de recevoir ces gratifications. Elles ne s’étendent qu’aux impubères.

» L’intimité des classes riche et pauvre naît du désintéressement des riches sur le lot de 5 /i 2 *‘ alloué au travail. L’abandon qu’ils en font habituellement, est un ressort d’amitié collective pour les sociétaires : ou voit dans ce nouvel ordre les riches idolâtrés par les pauvres qui participent indirectement à leur bien-être. Je laisse à penser quelle est la reconnaissance d’un père pauvre qui voit, dans 20 groupes de son association, 20 magnats abandonner leur part industrielle à son enfant , l’instruire sur les procédés de l’art, le choyer, l’entraîner à l’envi dans leurs fêtes corporatives, le titrer adoptivement en participation d’hoirie ! un tel père sera un Décius quand il faudra servir le corps des magnats.

» Ainsi le régime sociétaire sait créer à chaque pas des liens, des germes d’afièclion et d’enthousiasme entre les classes riche et pauvre, aujourd’hui animées respectivement (J’une haine implacable. On voit toujours , dans l’organisation en séries , un maguat enrichir vingt fa-

mille* pauvres et s’en faire aimer, dans la meme situation qui , en régime morcelé, le conduirait à spolier les vingt familles pauvres et s'en faire abhorrer. »

Une observation importante trouve ici sa place et réplique positivement à l’objection rapportée ci-dessus , p. taa : » Il suffirait d’une ombre d’égalité, d’un rapprochement des fortunes, pour anéantir l’effet de la bienveillance qui vient d’être citée , l'abandon de ce qui excède le lot de minimum. Si aucun des sociétaires ne possédait une grande fortune , aucun ne voudrait faire cet abandon. Chacun pressé par le besoin de gain, se trouverait lésé d’être classé au 3 * ou 4 e lot.: il y aurait de toutes parts conflit de cupidité , qui étoufferaitles germes de générosité.

> Mais si le groupe contient des sociétaires à grande fortune , ils seront assez satisfaits de la portion considérable qui leur écherra en lot des capitaux ; ils deviendront libéraux sur le lot des talens comme sur le lot alloué au travail. »

Telles sont- sommairement les bases de la répartition sociétaire, les mojens d’introduire en acte , cette Justice distributive et généreuse, principe d’ordre si vainement invoqué dans le régime de morcellement, qui à peine en comporte la seule pensée , et n’en peu( concevoir l’application que comme un esprit malade se berce d’un vain songe.

En lisant ce trop rapide exposé du régime sociétaire, ne se convaincra-t-on pas que ses dispositions réalisent tous les vœux de l’économie politique , de même qu’elles transforment de subversive en harmonique, l’incompressible passion d’égoïsme qui , dans quelqu’état social que ce soit , sera toujours l’unique mobile pour le mal ou pour le bien.

Résumé

Résumé et CoycLUsioss gésèiules.

Il est notoire que le degré de bien-être et de dignité auquel on voit l'homme atteindre, est toujours en raison élu plus ou moins d'étendue et de loyauté des relations sociales.

L’industrie et l’instruction du Sauvage sont à-peu-près nullcs, parce que, dans le cercle étroit de sa horde, n'ayant guères pour objet que de subvenir à des besoins peu diiTérens de ceux des brutes , les relations sociales du Sauvage sont réduites aux plus faibles dévetoppemens. Aussi, comparé au civilisé , le Sauvage n’est qu’un être stupide, misérable , incapable de grandes choses, inhabile à se défendre.

Les peuples les plus puissans, les plus riches, les plus éclairés , ont toujours été et sont encore ceux chez lesquels les relations civiles, industrielles, commerciales, ont eu la plus grande activité, ont formé les plus libres, les plus faciles et les plus nombreux accords. L’histoire des temps passés , non moins que l’état actuel du monde , fend ce point de fait irréfragable.

Comparez l’essor du génie en France, en Angleterre, avec ce même essor à Maroc ou à la Cochinchine. Les Européens conquièrent toute la terre, n'admettent aucune borne dans les sciences , accroissent leurs richesses et étendent leur gloire, parce qu’ils multiplieut incessamment leurs rapports industriels et sociaux , et en agrandissent le cercle. Les Asiatiques et les Africains demeurent stationnaires , parce qu’ils négligent ou refusent l'extension de ces rapports.

La vraie science politique et morale consiste donc •ur-lout à démontrer les voies les plus sûres pour développer, autant que possible, les accords sociaux dont

l'homme peut être capable. Son devoir est de constater d’abord le point auquel ces accords sout parvenus. Partout nous les trouvons en théorie , mais rarement en pratique chez les nations et entre les gouvernemens actuels. Ilj> prétendent vouloir la paix , la liberté , l’union ; ils veulent y parvenir tantôt avec la base monarchique, tantôt avec la base républicaine, et au moyen de dispositions législatives et diplomatiques dont effectivement Pobjet patent n’est que la recherche des accords sociaux. Or , ces savantes théories sur le pacte social , ces nombreuses tentatives d’améliorations, chaque fois qu’elles introduisent quelque peu le bien désiré, engendrent presque toujours quelque mal jusqu’alors inconnu, à l’aspect duquel on se demande s’il n’eût pas mieux valu s’abs T tenir d’améliorer.

D’où vient cette constante déception ? De ce que , dans l’investigation sur l’état présent des accords sociaux , la science politique , exclusivement occupée de ce qu’elle appelle les intérêts généraux , dédaigne trop de s’attacher à ce qui touche immédiatement les intérêts, individuels. Elle veut que ceux-ci se sacrifient à ceux-là , tandis que l’accord consiste à les faire résulter les uns des autres. Tant qu’on ne s’attache pas à découvrir de quelle manière doit s’opérer l’harmonique combinaison des intérêts individuels avec les intérêts généraux, on ne fait qu’organiser la duplicité et non les accords. Quand la science voudra ouvrir les yeux , elle verra qu’il faut pourvoir aux intérêts individuels par les Relations domestiques , comme on pourvoit aux intérêts généraux par les Relations politiques; et qu’il s’agit d’avancer dans les relations domestiques de telle sorte qu’elles nous fassent franchir , au-delà de notre civi-» lisation actuelle , un pas au moins égal à celui que les

relations industrielles , civiles et commerciales nous ont déjà fait franchir , en nous élevant de l'état social des Eskimaux à l’état social des Français.

J’ai tracé, dans les îa chapitres de ces aperçus, l’exposé sommaire du mode convergent des relations domestiques, ou accords des intérêts individuels. Le grand moyen de leur découverte est d’observer la nature immense révélation de la pensée de Dieu , c’est-à-dire de toutes les harmonies de l’univers, la nature seule doit être prise pour guide ; et dans les divers règnes de la création, elle ne fait qu’offrir incessamment une parfaite distribution en groupes et séries de groupes , se liant entr’eux par une infinité de corrélations. Animaux, végétaux , minéraux , tous se classent en groupes d’espèce, en séries de genre. Ces groupes et séries se combinent par affinités et cohésion , par impulsions et répulsions, sympathies et antipathies régulières. Bien plus, tout individu créé reproduit en lui-même le tableau des combinaisons qui s’observent dans l’ensemble des êtres.

Etudiez le corps humain en état de santé : ses diverses parties, osseuses, musculaires; ses organes sensoriaux, ses viscères, ses veines, scs nerfs, ne se distribuent-ils pas en groupes et séries de groupes corrélatifs , se soutenant l’un par l’autre, concourant à former (a plus admirable des harmonies visuelles ?

Telles doivent être , en tous sens et en tous degrés , les corrélations sociales, industrielles et caractérielles : elles doivent s’établir en conformité parfaite aux lois rectrices universelles , et ces lois rectrices sont l’économie de ressorts, la justice distributive, l’unité. Si, comme nous l’avons démontré , l’impossibilité de leur application dans le morcellement est de toute évidence , est-il moins évident qu’il y a toute facilité de les accomplir dans l’ordre sociétaire que nous avons décrit Y

: s Mais, objecte -t-on , cette description est insuffir-

» santé ; elle fourmille de lacunes ; vingt sujets importai» » y sont à peine indiqués ; on n’y voit nullement U

> preuve positive dont elle doit s’étayer pour donner

> à nos esprits une entière conviction. »

Quelle sorte de preuve désirez-vous ? Sans contredit, la première de toutes est l’assentiment général et spontané des humains, reconnaissant la complète opposition du régime morcelé avec leurs besoins et leurs vœux, et la parfaite convenance du régime sociétaire, pour leur pleine satisfaction. — Je réponds au contradicteur, que cet assentiment existe : je soutiens qu’on ne peut refuser ■de l'accueillir en preuve , tant qu’on ne produit pas un témoin , enfant , femme ou bornme , qui , bien informe de ce qui est inhérent à chacun des deux régimes, émettra le moindré attachement pour le morcelé, le moindre éloignement pour le sociétaire; ne s’empressera pas de s’enrôler , par égoïsme même , dans quinze ou vingt séries , où cette incompressible passion , si hideuse aujourd’hui, deviendra le stimulant le plus louable et le plus harmonique.

Trouvez, sur cent individus, un seul opposant, un seul qui refuse sa franche adhésibn aux bases de répartition qui viennent d’être indiquées, et j’avouerai que ma preuve est vaine : mais jusques-là je serai fondé à ne tenir aucun compte de la prétendue impossibilité d’amener les humains au nouveau genre de vie qui leur est offert. Insistez-vous; objectez-vous encore que l’on ne voit pas comment tous les goûts , toutes les fantaisies, jouiront de leur essor dans le régime des séries de groupes ; comment dans la consommation chacun ne paiera que la juste valeur des choses , de même que, dans la production et la distribution , il participera ,

nfflme je le prétends , en juste raison de ses droits légitimes ''-‘-Qu’importe en ce moment de telles condi— ! tjons? Elles ne sont nullement urgentes; les demander avant l'essai des dispositions sociétaires fondamentales y c'est demander que le fruit paraisse avant la tige , le bouton et la fleur.

Quels besoins parvenons-nous présentement à satisfaire i 1 Presqu'aucun : il n’y a , pour les dix-neuf vingtièmes des humains, ni santé, ni richesse, ni science',ni vérité, ni bonheur. Commençons par satisfaire beaucoup de besoins, au moyen d'une première fondation sociétaire : quand elle sera en activité, c'est elle qui nous enseignera comment on parvient à ne laisser aucun penchant , aucun désir sans satisfaction.

Vous taxez d'insuffisance les données et descriptions de cet opuscule. Je contesterai d’autant moins lar justesse de ce reproche , que la brièveté a été de ma part un défaut volontaire. Mon plan se bornait à des aperçus , et rien de plus. Ce n’est point à moi qu’appartient le rôle d’inventeur , le droit dé développer , dans ses immenses détails, la science nouvelle du mouvement social, de démontrer le jeu parfeit des rouages de la mécanique sociétaire. Depuis 1822, cette magnifiq ue découverte est publiée en deux gros volumes et tlne brochure , sous le titre de Traité de l’Association' DOMESTIQUE-AGRICOLE OU ATTRACTION INDUSTRIELLE, EAU

». Charles Fourier (1). Là se trouve à la fois , sur la quèsliou que j’ai posée, ce que peuvent désirer le plus grave méditateur et le curieux le plus frivole. C’est de ces volumes que j’ai extrait tout ce qui , dans mes douze articles, est émargé du » signe des citations.

(l) Paris, Bossange père , rue Richelieu , n" 60 , et Mongie aîné, Boulevard-Poissonnière ; pria, 12 fr. i 5 oo pages et plus, ia-8“.

Parmi les vingt journaux quotidiens de notre capitale ? centre des lumières, un seul , le Miroir , a daigné faire une annonce en mars 1823 : il promettait un article étendu sur l’étonnante portée du génie de l’inventeur, et il n'a point tenu parole.

Une mention de quelques lignes a paru dans la Revue encyclopédique , cahier de mai , et n’a pas dit un seul mot du sujet traité. M. Fourier ayant cru pouvoir s’en plaindre , une seconde insertion a été faite , au cahier de janvier 1 824. Ce n’est encore qu’un malveillant échappatoire , une insidieuse détraction: toujours silence absolu sur le fond du sujet , futile glose de petit-maître du monde littéraire , d’orgueilleux pédant , qui tance la forme du livre , l’accuse d’obscurité, et cherche k motiver son assertion à la manière de ces gens qui , selon M. Casimir Delavigne,

» Prennent, contre le jour, parti pour les ténèbres.

On recourt à la subtilité , devenue bannale, de relever cà et là quelques phrases disséminées dans une centaine de pages 5 on les rapproche sans aucune liaison entr’elles ; de telle sorte que , dépourvues de ce qui les précède et les suit , elles deviennent en effet aussi insolites que peut l’être tout autre amphigouri du même genre, si facile à puiser dans les ouvrages les mieux écrits, sur-tout s’ils traitent d’une science entièrement neuve.

Telles n’ont pas été la justice et la bonne foi du Bulletin universel, cahier de février 1824. M. le Baron de Férussac, en y rendant compte du Traite' de l’Association , précise le sujet proposé. Il reconnaît, « que l’idée-mère de M. Fourier est du plus haut intérêt ; qu’elle est de nature à fixer les pensées des hommes occupés du bien public et du perfectionnement de la civilisation. * — 11 ajoute : « le fond de la théorie

nouvelle est un des sujets les plus grands , les plus

itnposans , les plus fertiles en importans résultats pour le bien-être de l’espèce humaine ; > — enfin , il ne craint pas de se servir de ces propres expressions :

» a moins d'une marche rétrograde dans la » civilisation , l'on peut hardiment prédire » que si le développement de l'esprit humain » et de la population n’est point arreté , la » force des choses conduira à l’ application » de l'idée de M. Fourier.

Mais M. de Férussac élève deux doutes d’après lesqùels on ne pourrait espérer , dans l’état actuel des Choses , ni la propagation de la théorie sociétaire , ni la prochaine fondation d’épreuve. Il déduit l’obstacle à la propagation dogmatique , de ce que la lecture du livre de M. Fourier est pénible. Il voit la difficulté de l’introduction pratique, en ce que l’esprit d’association n’est point assez développé en France : enfin , il émet le vœu qu’une analyse, resserrée en un petit volume, rende l’œuvre de M. Fourier accessible au public.

Je n’avais pas attendu cet appel pour entreprendre l’analyse désirée. Objet de ces courts Aperçus , elle a été écrite longtemps avant l’article du Bulletin universel ; mais il arrive que mes conclusions naturelles se rattachent directement à la discussion des doutes de M. de Férussac, et dès-lors c’est par cette discussion que je dois terminer mon écrit.

M. le baron de Férussac n’a point précisé en quoi la lecture du Traité de l’attraction industrielle est pénible. Cherchant à suppléer à son silence, j’ai pressenti sur ce Joint des personnes très-instruites , qui elles-mêmes ont lu avec une grande attention. Plusieurs ont témoigne qu’en effet, sous le rapport de la forme, le livre dé

M. Fouricr s’écarte tellement du commun usage de* écrivains, qu’un lecteur ordinaire était eu quelque sorte obligé de refaire sa manière habituelle de penser, pour soutenir l’étude d’un bout à l’autre de l’ouvrage, de L’avantpropos jusqu’à l’épilogue. Ou convient que le style en. général ne présente peut-être aucune expression fausse; mais on blâme le ton, souvent plus que satirique, la néologie , les négligences , les longueurs , les retours périodiques , enfin tout ce qui ne saurait être toléré dans un discours académique. '

Si l’on veut bien y réfléchir un instant, force sera, j’ose le croire, de convenir que tous ces prétendus défauts,, d’ailleurs inhérens au sujet traité, sont bien plutôt de», motifs de confiance conditionnelle, que des motifs derepoussement. La science de l’Association ou Attraction! industrielle n’avait pas même été mise en question avant, les écrits de M- Fourier : sa nouveauté est donc absolue,, incontestable. Or, est-il possible de faire connaître des, choses nouvelles sans se servir d’expressions nouvelles? Les sciences déjà connues, la chimie entr’autres, créent chaque jour des mots jusqu’alors inusités : tous les arts et métiers , depuis le plus habile mécanicien jusqu’au; plus mince modiste, jouissent d’une pleine licence da, néologie ; et l’inventeur de la vraie science sociale serait seul exclu de ce privilège indispensable, dont l’abus „ comme en toute autre chose, est seul vicieux. On. refuserait de trouver intelligible dans le traité de l’Association , ce que l’on comprend fort bien dans tout autre livre. On n’aurait pas même égard au soin que prend? l’auteur de donner les définitions dont le lecteur ne peut se passer, et de justifier la nécessité où il a cru être de traiter nos vices et nos erreurs à la manière des prophètes* c’est-à-dire sans en pallier ou taire aucun! >

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r Mais je suppose que les torts reprbchés à l’inventéutf de V Attraction industrielle soient réels : ils tiennent tous à la forme ; lé fond n'est pas moins ce que M. la baron de Férussac y a reconnu, « l'un des sujets les plus grands, les plus imposans, etc. » C'est le fond qu’il importe d'examiner ; et je ne suis pas le seul à penser que» nulle part ailleurs, dans les livres les plus célèbres, ne »e trouve un plus grand trésor scientifique. Si le donateur de ce précieux trésor le présente dans un sac de grossière (oile rousse, parce qu'il n'a pas su lui faire une autre enveloppe, faut-il pour cela dédaigner de l’ouvrir ? Quoil nous rejetterions l’or parce qu’il y aurait quelques difficultés à le sortir de sa gangue : tremblant devant le langage mile et vigoureux de l’inventeur , nous préférerions perdre la science neuve qu'il nous offre , plutôt que d'acquérir celte science par un peu de résolution et de fatigues : nous hésiterions à nous ranger du côté des hommes robustes et fermes de volonté , qui ne s’intimident pas plus d’une grande âpreté de style, que le Spartiate ne s’intimidait à la vue de la sauce noire, aliment garant de son grand caractère et de sa force ! — De telle* pusillanimités n'appartiennent qu’a la tourbe des petits esprits, aux coteries de l’obscurantisme oude l’orgueilleuse pédanterie. Tout véritable amant de la vérité, tout cœur effectivement humain , saura ne point faiblir : il s’attachera fortement à la thèse proposée, l’approfondira sans se rebuter , jusqu'à ce qu’il en ait complettement exploré toutes les parties. Il y mettra d’autant plus d’ardeur, qu’il saura que la théorie nouvelle n’est que l’extension de la théorie de Newton ( pag. i56), l’application au mouvement social, des lois incontestées du mouvement matériel.

La vibration des accords sociaux court entre deux

points extrêmes, l’un fixé dans l'état inférieur du plus grand morcellement, l'autre dans l'état supérieur delà plus grande combinaison en exercice de l'industrie. Plus on s'éloigne du mode sociétaire intégral qui constitue le point culminant de combinaison, plus on s'enfonce dans le Mal. Réciproquement , plus on se rapproche du mode sociétaire intégral , et plus on incline vers le Bien. Telle est la vérité fondamentale de la théorie d'attraction industrielle. Ne pas convenir de cette vérité , c’est se mettre en contradiction jusques dans les termes ; car c’est ne pas convenir que les dissensions et les guerres sont l’effet inévitable des divisions accidentelles ou persistantes entre les nations, les communes , les familles et les individus.

: La première condition de la tendance au mode combiné eu sociétaire, est la reconnaissance des vices innombrables du mode conflictif ou morcelé actuellement régnante J’ai fait voir, d’après M. Fourier, quelle était l’origine de ces vices. La cause évidente de leur ténacité a été déduite de la contradiction perpétuée des intérêts individuels.

J’ai ensuite rapporté les lois de la convergence harmonique des intérêts individuels , à une organisation sociétaire complète, embrassant toutes les exigences de la vie humaine ; se coordonnant en parfaite analogie avec les harmonies régulatrices des créations ; assurant l’économie de ressorts , la justice distributive, l’unité.

. Voilà la thèse dont le développement suffisant et les preuves ultérieures sont présentés dans l’œuvre si grandiose de M. Fourier. Puissent mes rapides aperçus en rendre la haute importance palpable aux doctes et aux simples. Quel que soit mon succès, je dois franchement déclarer que, peut-être, j’aurai commis des erreurs ou

inadvertances , et supplier Je lecteur de ne point se former un jugement définitif avant d’avoir lu le Traité de V Association domestique-agricole.

M. le Baron de Férussac est porté à craindre que, > dans l’état politique actuel , la fondation sociétaire ne » soit exécutable nulle part , et moins encor* en France » qu’en Angleterre. » Les raisons ne manquent pas pour ne voir dans cette opinion qu’une simple méprise. L’ouvrage de M. le Comte de Laborde , sur l’esprit d’association , est dans toutes les mains. S’il ne se bornait pas à spéculer abstractivement sur les grandes corporations qui parviennent à garantir déjà, plus ou moins, * quelques intérêts collectifs et individuels; s’il étendait ses vues à tous les besoins sociaux sans exception , en indiquant les moyens que l’association fournit pour les satisfaire tous , M. de Laborde, a lui seul, déciderait en France même, la prompte fondation d’épreuve sociétaire. Le nom de M. de Laborde inspire une grande confiance; les personnes qui lui portent une parfaite estime sont puissantes; elles ont cent mille fois plus de capitaux et de crédit qu’il n’en faut pour réaliser cette belle entreprise, la plus honorable, la plus lucrative, et, j’oserai le dire, la plus sûre qu’il soit possible de concevoir.

Tout consiste dans la formation d’un seul grand menace sociétaire, tel qu’il a été décrit dans cet opuscule; car s’il réussit, comme on n’en peut douter, dès le lendemain tous les villages avoisinans , convaincus de l’excellence des séries industrielles et de leurs combinaisons , s’empresseront de se créer les mêmes avantages , de jouir du même bonheur.

II ne s’agit donc que de publier un prospectus et d’ouvrir une souscription par actions , dont le but sera de

fonder en régime sociétaire , une réunion- de cent famille» ou moins, trois cents au plus, pour l’exploitation agricole d’un tiers de lieue ou d'une lieue carrée de territoire* OViC gestions manufacturières et commerciales.

Le prospectus de cette fondation peut se réduire à la réimpression du projet de statuts demandé par la Société d’agriculture de Besançon pour l’établissement d’un. CoupTOfR com-munal : je l’ai reproduit, ce projet (p. 3g),. comme réunissant toutes les indications-- désirables et donnant la preuve arithmétique d’un bénéfice certain.

. Qu’un- personnage considéré, iufluent et suffisamment riche, se déclare chef de l’entreprise ; qu’apres avoir fixé le taux des actions à 3,ooo ou- 5,ooo fr. , il prenne les sept premières;, qu’il fasse goûter son plan- à’ ses amis tarîmes, confie le prospectus à d’habiles courtiers, enfin, agisse pour le succès-ainsi que l'on agit pour toute autre entreprise analogue dont chaque jpur nous voyons la réussite , et tous les prétendus obstacles disparaîtront.

. Le projet de loi de remboursement ou de réduction des rentes sur l’état a prouvé qu’il y avait foule de capitalistes cherchant où placer avantageusement leur argent. Hésiteraient-ils à reconnaître qu’une exploitation à la foi» agricole, manufacturière et commerciale, est le mode de placement le plus naturel et le plus avantageux! 1 Organisée aux termes des statuts dont j’ai reproduit le projet; perfectionnée par un règlement intérieur, calqué sur les dispositions décrites dans les cinq, derniers articles deces aperçus, et restreinte pour la grande facilité du débuts ainsi que je l’ai indiqué, cettè entreprise hypothéquera, toutes ses propriétés mobilières et immobilières pour sûreté des avances qu’elle aura reçues : de cette sorte elle garantira pleinement les fonds de ses actionnaires.

L’opinion favorable aux grandes entreprises fait chaque

jour des progrès : comment, dans un temps ou quelques banquiers de Francfort, Londres et Paris, offrent à U France trois milliars et demi pour l’amortissement de sa dette publique, manquerait-on à trouver, dans notre capitale ou même dans chacune de uos provinces , une trentaine d'imitateurs qui créeraient de la même manière trois cent mille fr., et au besoin trois millions, pour une spéculation bieu évidemment aussi sûre , aussi bér néficiable, que les engagemens si chanceux des inconstant ministères ?

Post scriptum . Peu au courant des progrès journaliers que font les sciences économiques , les arts industriels et l’esprit d’association , quelques lecteurs inclineront peut-être à douter de l’exactitude de mes assertions sur la direction actuelle de l’opinion publique en faveur des grandes entreprises , quand surtout elles tieunent à des nouveautés du genre de celle que je propose. Ne me sulfira-t-il pas, pour lever tous les doutes, d’invoquer le témoignage de l’écrit périodique qui paraît être le plus répandu et le plus estimé? — Assurément les livraisons mensuelles de la Revue encyclopédique contiennent de si nombreux articles où la plus grande justesse de vues se joint à la plus stricte impartialité, qu’il est bien permis de les citer comme une sorte d’autorité* lorsqu’il s’agit d’établir vers quels objets se dirigent principalement les recherches et les spéculations de l’esprit humajn (i).

Or, dans ses livraisons d’avril, mai, juin, juillet 1824, la Revue encyclopédique recommande une foule

(1) Certains traits de pure pédanterie déparent quelques articles

de cette estimable Revue ( ut suprà,p,ig. 1G6); mais ils semblent

être l’exception confirmative de la règle générale de saine- critique, observée par la presque totalité des rédacteurs.

d’innovations importantes, les unes en projet, les autrel en cours d’exécution , qui toutes se rattachent à l’objet de nos aperçus , et sont , certes , bien dignes de la sérieuse attention des méditateurs.

Le cahier d’avil contient l’annonce du Catéchisme des industriels , par M. Saint-Simon. Le système de cet écrivain est hardi. Il ne craint pas de demander nettement qu’un régime olygarchique de chefs d’exploitations rurales , chefs de manufactures , de maisons de commerce, etc., soit substitué au régime gouvernemental. Ainsi, dit-il, les peuples s’administreraient enfin eux-mêmes; on ne ferait plus, de la gestion de leurs affaires, le privilège d’un petit nombre d’intrigans qui, n’aspirant uniquement qu’à jouir des traitemens et honneurs attachés aux emplois publics, sont d’ordinaire les plus iuhabiles à gérer les intérêts des peuples.

Dans le cahier de mai , M. Sismondi établit , avec une grande force de logique, en traitant de la balance des consommations avec les productions , qu’il n’est plus tolérable de rester, ainsi que nous le sommes , en retard dans la carrière sociale, tandis que le monde fait de si grands pas dans la carrière industrielle. « Chaque jour, observe-t-il , nous remplaçons des millions de bras par des mécaniques à vapeur perfectionnées et par cent autres inventions. Chaque jour des populations entières sont de cette sorte destituées du travail habituel qui assurait leur subsistance. Cet effrayant mal-être du corps social est irréfragable et s’aggrave de plus en plus. a>

M. J. -B. Say a répondu à M. de Sismondi. Avec la grande précision qui lui est habituelle, M. Say prouve que si les inventions nouvelles occasionnent, toujours quelques froissemens d’intérêts pour un grand nombre d’ouvriers etd’eutrcpreueurs, ce mal-être u’est que mo-

mentané : l’équilibre se rétablit bientôt, et le perfectionnement des méthodes de fabrications ne manque jamais de tourner au profit de toutes les classes , d’augmenter l’aisance et la prospérité des familles.

Les noms de MM. Say , de Sismondi , Saint-Simon , sont bien connus. La Revue encyclopédique préconise ces doctes écrivains, dont les adhérens sont nombreux* Cependant on est encore loin d’aborder la difficulté. Le Catéchisme des industriels, si ses plans étaient adoptés , ne ferait qu’entraîner le déplacement vexatoire des hommes en possession de fonctions publiques , et empirer Je sort déjà si abject des classes ouvrières. Ce n’est point de cela qu’il s’agit *, mais de substituer , sans froissement et pour toutes les classes, la richesse à l’indigence, la vérité à la fourberie , l’indépendance à l’oppression. Quant aux lumineuses théories sur la balance des consommations avec les productions , elles se bornent à signaler la nécessité des froissemens d’intérêts dans l’état actuel de la société , sans rien statuer sur ce qui les préviendrait ou les neutraliserait.

: Mais on n’est pas moins fondé à conclure qué les auteurs de tant de savantes dissertations , les rédacteurs de la Revue et leurs nombreux lecteurs, sont de fait incités à goûter le mode sociétaire, dont l’introduction accomplirait tous les vœux.

A la vérité, la théorie du mode sociétaire n’obtiendra une foi entière qu’aprcs avoir été confirmée par la preuve expérimentale, preuve qui ne peut se réaliser sans une avance d’un million de francs , plus ou moins. C’est encore dans la Revue encyclopédique, cahier de juin, que l’on voit avec quelle facilité se trouvent de telles avances :^1 a suffi de quelques jours pour remplir une souscription de 4,800,000 fr. destinés à la construction

d’une route à voitures sous la Tamise, à sa sortie dé Londres ; une autre souscription de 78 millions doit servir à établir des chemins de fer ; une autre encore établira des paquebots communiquant en 35 jours de Londres à Bombay, etc. Dans toutes ces entreprises, les chances de perte égalent à peu près les chances de gain. Qu’un accident imprévu et insurmontable survienne dans l’excavation sous la Tamise, dès l'instant les capitaux dépensés jusqu’alors tombent en pure perte. Certes , il h’y a nul risque de ce genre dans la fondation d’un établissement sociétaire économique, devant cultiver, manufacturer et commercer.

Dire que les grandes entreprises sc font en Angleterre et non en France, c’est offenser à la fois la vérité et la patrie. De tous côtés, sur le sol français, des ponts magnifiques s’élèvent, de longs canaux se creusent, de grandes usines sont mises en activité, des flotilles couvrent les rivières. Les monumens de Paris s’achèvent; de vastes chantiers de construction animent la plaine de Grenelle, aux portes de la capitale. Le moment n’esf-11' pas Venu de venger la nation du reproche de légèreté et d’inconséquence que l’étranger s’obstine à lui répéter?

Les Français ne resteront point en arrière , après avoir tant promis au monde. Tandis qu’ils se sont vantés de le régénérer, la corruption n’a fait que s’accroître. Une grande occasion se présente , sachons la saisir ; forçons le monde de convenir que le Français tient sa parole, sait être en effet le véritable promoteur des nouvelles destinées de la terre.

A Besançon , de l’imprimerie de V*. DACLIN , imprimeur du Roi.

f \ cl 1 a653°3

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