Ann. agronomiques, t. IV, p
mettaient d’esquisser l’ensemble des phénomènes de respiration. On conçoit que, si la décomposition de l’acide carbonique et de l’eau est nécessaire pour fournir la matière même employée dans la fabrication du glucose ou d’une substance analogue *, principe immédiat dont paraissent dériver tous les autres, que si l’intervention de la chaleur lumineuse est suffisante pour déterminer sa formation, la production de tous les autres principes immédiats qui ont lieu par oxydation (acides végétaux), par combinaison ou élimination d’eau (sucre de canne, amidon, cellulose), qui ont lieu par élimination d’acide carbonique (corps gras pauvres en oxygène, résines, huiles essentielles), exigeait l’intervention de la chaleur obscure, non-seulement puisée dans le soleil, mais encore dans la série de combustions internes mises en relief par l’absorption d’oxygène et le dégagement d’acide carbonique.
Sous l’influence delà lumière solaire la plante décompose l’acide carbonique et l’eau, elle évapore de l’eau et transporte d’un point à l’autre la matière qu’elle a ainsi produite 1 2 ; mais cette matière doit être transformée, elle doit devenir sucre, amidon, cellulose, corps gras, etc., une foule de métamorphoses se produisent, exigeant que de la chaleur soit mise en jeu ; cette chaleur est non-seulement fournie par le soleil, mais aussi par les combustions dont la plante est le siège ; tandis que la nutrition s’arrête quand le soleil disparaît au-dessous de l’horizon, le phénomène de respiration continue dans l’obscurité. Les métamorphoses nécessaires à la formation des nouveaux principes immédiats sont encore provoquées
1. Nous partageons l’opinion de M. Boehm qui ne croit pas que l’amidon soit le premier hydrate de carbone formé dans les cellules; quand on pense à la petite quantité d’acide carbonique décomposé par un grain de chlorophylle d’une plante saine pendant cinq ou six minutes ou môme pendant une heure et demie, dans les conditions les plus favorables; quand on considère que déjà, à la température de dix degrés centigrades, le dégagement d’oxygène par les feuilles de noyer insolées, est très faible; qu’enfin la quantité d’acide carbonique qu’il faut pour fournir le carbone nécessaire à la fabrication de l’amidon, formé en si peu de temps, est relativement élevée, on ne peut pas se défendre du doute que, dans les cas observés par M. Famintzin et Krans, l’amidon, devenu visible, provienne do l’acide carbonique décomposé avant l’expérience par la chlorophylle vide d’amidon. (Boehm, Respiration des plantes terrestres.)
Depuis cette époque, M. Boehm a publié un nouveau travail sur ce sujet. 11 estime que l'amidon qui apparaît dans les grains de chlorophylle à la lumière solaire, n’est pas entièrement dû à la décomposition de l’acide carbonique. (Ann. agron. t. III, p. 112.)
2. Recherches sur l’assimilation des substances minérales par les plantes. (P.-P. Dchérain. Ann. sc. nat., 5’ série, t. VIII, p. M5 et Comptes rendus.)
pendant la nuit par la combustion interne, et l’accroissement de la plante n’est pas arrêté.
Bien plus, il arrive souvent que c’est après le coucher du soleil que l’accroissement est le plus rapide *. La plante met en œuvre les matériaux élaborés pendant la journée. Et l’on comprend que si l’obscurité dure trop longtemps, le premier principe immédiat formé venant à diminuer, les réactions alors perdent de leur intensité, la respiration s’affaiblit. Une nouvelle insolation est nécessaire ♦pour que la plante reprenne sa première activité.
Si l’émission d’oxygène pendant le jour est l’indice que la plante élabore au moyen de l’acide carbonique et de l’eau la matière première de tous ses tissus, le dégagement d’acide carbonique particulièrement visible pendant la nuit prouve que cette matière première est transformée et que le foyer qui l’anime est en pleine activité.
Telles sont les idées que nos recherches nous ont suggérées, d’importance de la question que nous avons essayé de traiter justifie le grand nombre d’expériences que nous avons exécutées. Le sujet est loin d’être épuisé. Les deux phénomènes de l’assimilation du carbone et de la respiration au soleil doivent être séparés et le dernier doit être spécialement étudié. La quantité d’eau produite et décomposée dans ces diverses réactions doit être déterminée. La question n’est qu’effleurée ; nous espérons par la suite continuer ,ces recherches et les compléter si cela nous est possible.
Conclusions.
1° Tout organe végétal vivant absorbe l’oxygène de l’air et émet de l’acide carbonique.
1. M. Ducharlre a constaté par des mesures prises en août et septembre que pour la vigne, le fraisier, la passerose, le houblon, parmi les dicotylédones, ainsi que pour deux variétés horticoles de glaïeuls parmi les monocotylédones, l’allongement de la tige était en général plus considérable entre six heures du soir et six heures du matin, c’est-à-dire pendant la période nocturne, qu’entre six heures du matin et six heures du soir, ou pendant la période diurne. La différence qu’il a mesurée a été plusieurs fois du double au simple, quelquefois même du triple au simple. (Comptes rendus, LXll, 1866, p. 815.)
Nous ne prétendons pas que la croissance en longueur soit liée intimement à la respiration. Nous citons les expériences de M. Duchartre, pour bien démontrer qu’à l’obscurité la vie végétale conserve son intensité, grâce à la combustion d’une partie du carbone de la plante.
2° L’émission de l’acide carbonique dans la respiration végétale n’est point directement liée à l’absorption de l’oxygène.
3° En général, à basse température, il y a plus d’oxygène absorbé que d’acide carbonique émis. Il existe pour les végétaux une température, variable avec l’espèce, pour laquelle le volume d’oxygène est à peu de chose près remplacé par un égal volume d’acide carbonique. Si l’on dépasse cette température, la production de l’acide carbonique surpasse l’absorption de l’oxygène.
Vu et approuvé :
Le Directeur de l'École supérieure do Pharmacie, A. CHATIN.
Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l'académie de Paris, GRÉAllD.