Sur l’organisation des vers
Caractères . — Corps ordinairement très long , et divisé en un grand nombre d’anneaux androgynes. Tête n’ayant pas de véritables ventouses , mais de simples fossettes. Orifices génitaux situés, soit sur la ligne médiane et ventrale du corps, soit sur le bord latéral de chaque article. Canaux gastriques généralement très distincts.
Les divisions génériques sont beaucoup plus nombreuses ici que dans la tribu des Tæniens , et il est certain que des recherches ultérieures en faisant connaître d’une manière plus exacte et plus complète les organes génitaux dans chaque espèce, on se trouvera conduit à former encore plusieurs nouvelles divisions. Les caractères fournis par les appendices et les crochets de tête paraissent coïncider souvent avec d’autres caractères.
Tandis que les Tæniens sont surtout les Cestoïdes des Mammifères et des Oiseaux, les Bothriocéphaliens sont particulièrement les Cestoïdes des Poissons et de quelques Reptiles ; cependant il n’y arien d’exclusif absolument , car le type du genre Bothriocéphale vit dans l’intestin de l’Homme.
Comme on l’a vu , les Tæniens, qui se développent en dehors du canal intestinal , c’est-à-dire dans les muscles , dans le tissu cellulaire ou sur les viscères, deviennent, selon toute probabilité, les Vers cystiques toujours privés d’organes reproducteurs.
11 se passe à l’égard des Bothriocéphaliens et des Rhynchobothriens quelque chose de très semblable. Comme les Tæniens , ils n’acquicrent d’organes génitaux , ils ne prennent tout leur
BLA!\tIIARD. — SUR l’ORGAMSATION DES VERS,
développement que placés dans leur condition normale, c’est-àdire dans le canal digestif. Dans les muscles ou sur les viscères des Poissons, on rencontre souvent des Bothriocéphaliens ; mais alors ils sont privés d’organes génitaux, et leur corps est déformé au point de ne pas permettre de reconnaître de quelles espèces ils dérivent ; il en est ici de meme que chez les Tœniens. On a donc formé avec les Bothriocéphaliens' et les Rhynchobothriens avortés, comme avec les Tœniens avortés, des genres et des groupes particuliers. Ils devront disparaître, quand on aura réussi à identifier ces Cestoïdes , que nous rencontrons sous des états si différents. Aujourd’hui tout fait espérer une solution assez prochaine.
M. Miescher , je crois , est le premier qui ait indiqué comme probable l’identité spécifique de ces Bothriocéphaliens et Rhynchobothriens incomplets avec ceux qui ont acquis tout leur développement^). Les observations récentes de M. Van Beneden ont beaucoup avancé la question ; car il paraît en résulter un fait très remarquable. Les Cestoïdes incomplets sont logés dans des kystes chez certains Poissons. Ces Poissons seraient dévorés par d’autres , comme cela arrive fréquemment, par des Squales * des Raies, etc. L’animal, ainsi avalé et décomposé par l’action des sucs digestifs , laisserait libres les Vers qui , eux ne souffrant aucunement de ces sucs , se développeraient ainsi dans le canal intestinal des Poissons voraces où on les rencontre habituellement.
M. Van Beneden nous semble avoir suivi assez complètement toutes les phases du développement d’une espèce de ces Cestoïdes, pour qu’il reste aujourd’hui peu de doute sur l’exactitude de ces faits.
Les Bothriocéphaliens et les Rhynchobothriens, animaux pa-
(I) M. Miescher cependant s'était singulièrement mépris sur un point, car il pensait que la Filaircdes poissons pouvait se métamorphoser en un Ver aplati, très semblable à un Trématode d‘oû sortirait ensuite un Tétrarhynque ; M. Van (leneden a dit tout ce que celle opinion avait d'erroné ; les Pilaires comme tous les Nématoides deviennent adultes sans changer de forme : ce snnl des animaux Irès éloignés des T rémalodes et des Cestoïdes.
VOYAGE EN SICILE
rasites des Poissons pour la plupart , se ressemblent sous le rapport de leurs métamorphoses et de leur développement. Nous les plaçons cependant dans deux tribus distinctes , en considération de l’armature de la tête des Rhynchobothriens ; caractère qui permet de les distingue]- au premier abord, et qui a même conduit M. Dujardin à former pour ces Cestoïdes un ordre particulier. Une telle séparation nous paraît exagérée ; car tous ces Cestoïdes sont certainement liés par de grandes affinités; mais comme je n’ai pas étudié d’une manière complète les Rhyncho bothrius, je ne puis me prononcer entièrement sur la valeur de leurs rapports naturels. J’ai recherché depuis plusieurs années le type du genre Rhynchobolhrius dans un nombre énorme d’intestins de Raies où plusieurs helminthologistes le disent assez fréquent, et jusqu’ici je ne l’ai que fort rarement rencontré.
Les Bothrioccphaliens complets bien connus ne sont pas nombreux en espèces ; on en a décrit moins d’une quarantaine ; mais ces Vers vivant surtout chez les Poissons de mer, on comprend qu'ils n’ont été bien recherchés que dans les espèces apportées journellement sur les marchés.
La tribu des Bothriocéphaliens me paraît pouvoir être divisée en deux petites familles : l’une, la famille des R ofhriocé pliai ides, comprenant la plus grande partie des espèces de l’ancien genre Bothriocéphale et tous les types voisins dont la tète est inerme; l’autre, la famille des Triœonophorides , comprenant les Triæonophorus et les Botbrioeéphales armés, distingués ainsi des premiers par la présence de crochets.
Je répéterai ici ce que j’ai déjà dit à l’égard des divisions de la tribu des Distomiens dans Tordre des Trématodes; je n’ose qu’indiquer ces groupes; d’autres caractères paraissent, devoir les appuyer : mais nos observations ne sont pas encore assez nombreuses pour nous permettre de généraliser avee toute certitude.
É. BLWlllAHI). — SLR L’ORGAXiSATiON DES VERS. 1 OV)
Famille des BOTHRIOCÉPHALIDES ( BOTHRIOCEPHAUDÆ).
Genre Botiiriocépiiale ( Bothriocephalus Rud.. Rremser .
( Tœnict Linn. t Pallas, etc.)
Caractères . — Tête inerme pourvue de fossettes latérales. Corps très long, très déprimé, composé d’un grand nombre, d’anneaux.
Jusqu’à présent on avait rangé dans le genre Bothriocéphale des espèces fort différentes, les unes ayant la tête nue, pourvue seulement de fossettes , les autres avec la tête munie d’appendices membraneux , et d’autres encore avec des crochets au-dessus des appendices membraneux.
Dans ce genre de Cestoïde, on devait donc distinguer tout d’abord trois types principaux. IM. Dujardin en forma trois divisions , et déjà Rudolphi en avait distingué deux, les espèces inermes et les espèces armées , en donnant à chacune d’elle* nn nom adjectif.
J’ai cru devoir former trois genres de ces trois types de Bothriocéphales ; les caractères qui les séparent les uns des autres ine paraissent avoir une valeur au moins égale et même supérieure à celle des caractères de divers autres genres du même groupe ‘admis dans tous les ouvrages d’helminthologie. Ce travail s’imprimait, quand je reçus de M. Van Beneden (J) une Note sur un nouveau type de Cestoïde, où je trouvai dans un tableau , sur lequel j’aurai l’occasion de revenir, l’indication des genres que j’avais établis de mon côté. M. Van Beneden n’a pas donné de caractères; il n’a fait que citer l’espèce type du nouveau genre ; mais cela n’est pas douteux , il a été guidé par les considérations qui m’avaient guidé inoi-même.
J’avais appliqué des dénominations génériques; je les abandonne pour prendre celles du tableau de M. Van Beneden, afin de ne pas amener de confusion.
Le genre Bothriocéphale se trouve donc réduit maintenant aux
(I) Xoticc sur un nouveau genre d' Helminthe Cestoïde ( Bulletin de t’Acodémie royale de Belgique, ! XVI n° 2'
VOYAGE EI\ SICILE
espèces, dont la tête pourvue de fossettes ne présente ni appendices ni crochets.
Parmi celles-ci , une seule se trouve chez l’Homme ; toutes les autres se rencontrent chez des Poissons de mer ou des Oiseaux de mer, qui peut-être les prennent des Poissons dont ils se nourrissent.
L’espèce de l’Homme a une tête allongée avec deux fossettes en forme de fente ; les autres espèces ont une tête presque tétragone avec de véritables fossettes. Chez la première , l’ovaire consiste en un long tube très replié et contourné ; chez les autres , il se présente ordinairement sous la forme d’un tube court presque en forme de capsule .
Si ce dernier caractère est général à toutes les espèces dont la tête est pourvue de véritables fossettes, il y aura lieu, je pense, de les distinguer génériquement de l’espèce de PHomin e.
Bûtbrîûcephale large ( Bolhriocephalus lotus ) (t).
Tœnia lata et Taenia vulgoris, Lin., Syst. nal ., xn c édit., p. 1323 et 1324 (1761).
Tœnia à anneaux courts , Bonnet, Mém. de mnthém. et de p/iys. de l' Académie des sciences, t. 1, p. 478, tab. I et 2 (1750).
Tœnia lata , Pallas, Elenchus Zooph., p. 410, n° 4
Tœnia grisea . Ejusd , l. c., p. 408 (1765).
Tœnia lata, Bloch, Abandl von der Erzeug. der Eingeweid . , p. 17 (1782).
Gceze, Naturgeschichle der Eingeweidew., p. 298, tab. 21, fig. 8 (1782).
Carliste, in Trunsacl. Linn. Soc., t. II, p. 247. tab. 25, fig. 12-14 (1794).
Tœnia vulgaris et Tœnia lata, Jœrdens, Ilelminlholagie, p. 47 et 49, tab. iv, fig. MO (1801).
Halysis lata et membranacea , Zeder, Nachlrag , p. 357 et 358 (180 0).
Tœnia lata, Rudolphi, Enlozoor . Ilist t. IL part, u, p. 70 (1810).
Bothriacephalus laïus , Bremser, Ueber lebende Wiirmer in lebemlen Mens chen, p. 88, tab. u, fig. 1-12 (1819).
Rudolphi, Enloz. Sgnops., p. 136 et 469 (1 81 9).
Owen , article Entozoa , Cyclopedia of Anatomy and Pkysiology , edited by Todd,vol. Il, p. 120 (1839).
Eschricht, Analomisch-PUysiologische untersuchungen liber die Bothryoce-
(1) Bègue animal, nouvelle édition , Zoophytes, pl. 41, fig. I, et Voyage en Sicile, Vers, pl. 17.
É. BLANCHARD. — SUR L’ORGANISATIOX DES VERS. 111 phalen in Nova Acta Academ . Cur., t. XIX, 2 e suppl., p 1 , pl I el 2 (1844).
Düjardin, Hist . des Helminthes , p. 612 (1845).
Description . — Le corps atteint une longueur énorme, analogue à celle du Tœnia solium, communément 6 à 10 mètres et parfois jusqu’à 20. La tête est longue d’un peu plus de 2 millimètres , et seulement du quart environ de sa largeur. C’est du moins le rapport que j’ai trouvé sur deux têtes de Bothriocepha lus talus que j’ai examinées; mais, suivant d’autres observateurs, la largeur équivaudrait au tiers de la longueur ; il peut y avoir à cet égard quelques légères différences suivant les individus. Cette tête(l) est ainsi de forme oblongue avec son extrémité antérieure un peu rétrécie , et ses côtés presque parallèles , seulement un peu ondulés. En avant et de chaque côté , elle offre une fente étroite , allongée , et un peu triangulaire , ce qui la fait paraître comme divisée si on la considère de profil (2). En dessus et en dessous , la tête présente une surface presque plane, légèrement concave dans sa portion médiane et antérieure. Exactement en arrière de la tête , il existe une sorte de cou encore assez large et sans annulations ; mais il a très peu de longueur. On distingue bientôt les premiers articles , tous très larges par rapport à leur longueur. Le corps s’élargit graduellement, et chaque anneau conserve presque les mêmes proportions entre la longueur et la largeur, les derniers sont toutefois un peu plus longs proportionnellement; mais, comme pour le Tænia, on remarque toujours quelques différences individuelles. La couleur de l’animal est d’un blanc jaunâtre ou grisâtre avec la portion médiane des anneaux les mieux développés, d’une nuance plus jaunâtre ou plus roussâtre, l’ovaire laissant apparaître sa coloration sous les téguments. Les orifices génitaux se voient exactement sur la ligne médiane du corps ; le pénis est saillant au dehors ; l’orifice de Toviducte est situé un peu en arrière.
Ce Ccstoïde habite l'intestin grêle de l’Homme, absolument
(!) /, e., pl. M , fig. I . h, el Voyage en Sicile, pl. 17, fig 1 , b.
(2) !.. c.,fig. 1, «.
VOYAGE EN SICILE
comme le Tœnia solium. Mais un fait remarquable , c’est qu’il ne se rencontre pas dans les pays où l’on trouve habituellement le Taenia ; ces deux Cestoïdes semblent ainsi sc remplacer. Dans la plus grande partie de l’ Europe, en France, en Italie, en Angleterre , en Allemagne, etc., on ne rencontre que le Tœnia solium . En Suisse, en Pologne, en Russie, c’est le Bothriocéphale seul dont on est atteint. 11 est inutile de dire que l’un ou l’autre se trouve assez souvent transporté par les personnes qui en sont atteintes ; car on ne s’en débarrasse pas en changeant de pays. Dans plusieurs parties de la Suisse, le Bothriocephalus latus est extrêmement commun , et les étrangers qui vont habiter ce pays pendant un certain temps y gagnent très ordinairement le Bothriocéphale. En Suisse , il est d’habitude d’employer les vidanges pour arroser les terres, des millions d’œufs de Bothriocéphales y sont répandus. Cette circonstance a fait penser à plusieurs naturalistes que ces œufs pouvaient se trouver facilement entraînés sur les légumes, les salades, etc., être avalés ainsi , et se développer dans le canal intestinal (I).
Pendant longtemps , les naturalistes ne distinguèrent pas le Bothriocéphale des Tænias ; la tête, si complètement différente, avait échappé à la plupart, et alors l’aspect du corps ne leur présentait rien de très particulier; ils ne songèrent pas aux différences considérables des organes de la génération , et s’attachèrent seulement aux proportions entre la longueur et la largeur des anneaux. Un examen superficiel suffit cependant pour reconnaître un article comme appartenant à l’un ou l’autre de ces deux types ; les orifices génitaux étant toujours situés sur les bords latéraux dans les Tænias, et sur la ligne médiane dans les Bothriocéphales.
On se procure assez difficilement la tète du Bolhriocephalus latus ; car, sous l'influence des Vermifuges, l’animal est souvent rompu, et perd son extrémité antérieure, qui, selon toute probabilité, demeure fixée à la muqueuse intestinale. Cette
(1) Voyez Émile Blanchard, De la propagation des Vers gui habitent le corps de l'homme et des animaux (Comptes-rendus de l'Acactémie des Sciences, t. XXVI, p. 355. mars 1848).
E. ULAXCIIAKD. — St R Î.’OKGAMSATIOX DES VERS. 113 tète avait été décrite et figurée dès l’année 1750 par Bonnet; mais ni Linné, ni Goëze , ni les autres helminthologistes, ni même Rudolphi, ne purent se la procurer. Bremser fut le premier qui la fit connaître exactement. M. Eschricht l’a décrite avec soin , et, grâce à l’obligeance de M. le docteur Mayor , de Genève , j’ai pu étudier à l’état frais un Bothriocephalus latus parfaitement complet.
L’anatomie de cette espèce a déjà été le sujet d’un fort beau travail de la part de M. le professeur Eschricht, de Copenhague; ce sera pour moi une raison de ne décrire que succinctement l’organisation de ce Cestoïde. Il ne m’a été possible de l’obtenir à l’état frais que deux fois. Beaucoup de choses m’auront échappé sans doute ; car je n’ai pu voir l’ensemble du système nerveux sur un seul individu, et, malgré des tentatives réitérées, je n’ai pas réussi à injecter le système vasculaire, dont l’existence cependant ne me paraît guère douteuse.
De l'organisation, — Téguments . — La peau et les muscles sont très semblables ici à ce qui existe chez les Taenia. Comme le dit M. Eschricht , les fibres longitudinales se reconnaissent très facilement dans tous les articles. Autour des orifices génitaux , on distingue , en outre , des faisceaux musculaires, dont les fibres sont entrecroisées et plus difficiles à suivre dans leur direction. Dans l’épaisseur des zoonites , et à l’exception de la portion médiane occupée par les organes génitaux, tout l’espace est rempli d’une foule de petits granules , de forme et de volume assez variables. Ces corps, dont nous ne nous expliquons nullement le rôle, forment deux couches, comme le fait remarquer M. Eschricht, et comme on peut s’en convaincre aisément en coupant les articles des Bothriocéphales pour en considérer l’épaisseur. Ces deux couches, l’une dorsale et l’autre ventrale, régnent exactement sous la peau.
Système nerveux. — Jusqu’ici on n’avait découvert dans le Bothriocéphale aucune trace du système nerveux. J’ai réussi ù en isoler une partie ; mais n’ayant pu me procurer de nouveau la tète de cette espèce de Cestoïde , mon observation est demeurée incomplète. J’ai représenté exactement ce que j’ai V '«'ri** '/.«mi. T \ I 'Ki-wurf I8»y. ; ; 8
VOYAGE EN SICILE
vu (1). Vers la moitié de la longueur de la tête , très près des bords latéraux, il existe un centre nerveux de forme oblongue (2). En avant et en arrière , j’ai suivi dans une certaine longueur le nerf auquel il donne naissance. Mais alors ma préparation s’est trouvée altérée, je n’ai pu aller au delà.
Il y a bien certainement une commissure entre les deux centres nerveux que j’ai représentés ; mais dans la dissection, elle aura été rompue , et il m’a été impossible de la mettre en évidence. Le nerf antérieur présente, sans doute, des divisions, et peutêtre existe-t-il de petits noyaux médullaires dans les lobes de l’extrémité de la tête, qui correspondraient à ceux des ventouses chez lesTænias. J’indique ces points à rechercher pour les observateurs , qui seraient à même de poursuivre de telles investigations.
appareil digestif. — Il est réduit dans ce type de Cestoïdeà un simple vestige ; il n’existe plus de tubes intestinaux à parois propres, comme nous en avons vu chez tous lesTæniens, comme nous en verrons chez beaucoup de Bothriocéphaliens. Néanmoins, on retrouve de chaque côté une rigole longitudinale qui s’étend dans toute la longueur des zoonites. Ce canal n’est limité que par les couches musculaires environnantes ; il n’y a pas de parois ; je m’en suis assuré en y faisant pénétrer un liquide coloré , et en disséquant un grand nombre d’articles avec toute la précaution possible : ces faits ont déjà été constatés de la même manière par M. Eschricht. 11 n’y a pas entre les rigoles qui régnent des deux côtés du corps de communication transversale dans chaque zoonite, comme cela se voit dans les Tænias ; nous remarquerons , du reste , que ces conduits transversaux peuvent manquer chez les Bothriocéphaliens , même quand les canaux digestifs sont revêtus de parois propres ; mais nous n’avons pu les suivre dans un assez grand nombre d’espèces pour être en état de généraliser d’une manière absolue. Il est donc certain que les rigoles latérales du Bothriocephalus latus représentent les canaux gas-
(1) Règne animal, nouv. édit., Zoophytes, pl. 40, fig. !, b, et Voyage en Sicile, pl. 47, fig. 1 . b.
(2) Fig. 1, 6— a.
É. BI AMUARI». SUR INORGANISATION DES VERS. 115
triques des autres Cestoides. C’est l’appareil digestif, déjà si simple dans les Tænias , qui , ici , est encore considérablement dégradé.
Appareil vasculaire . — Je n’ai pu reconnaître avec certitude le système vasculaire dans le Bothriocephalus latas . Des tentatives d’injection plusieurs fois répétées ont échoué jusqu’à présent ; et cependant je crois qu’il existe dans ce type de Cestoi'de un système de vaisseaux comparable à celui des Tænias, et à celui dont M. Eschricht a cru reconnaître la présence chez le Bothriocephalus punctatus. En effet, en plongeant pendant quelques heures des anneaux du Bothriocéphale de l’IIommc dans un mélange d’eau et d’ammoniaque , les tissus se relâchent , et deviennent plus transparents. Des fragments ainsi préparés m’ont fait apercevoir au travers des téguments , des canaux , qui se dessinaient par une diaphanéitc plus grande. Mais n’ayant pas réussi à les remplir d’un liquide, il m’est resté une véritable incertitude. 11 ne serait pas impossible que dans le Bothriocephalus laïus la dégradation du système vasculaire se manifestât comme celle des canaux digestifs. Les vaisseaux seraient réduits ainsi à de simples rigoles.
Organes de la génération. — Si l’on compare les organes génitaux des Cestoïdes avec ceux des Trématodes , ce sont ceux des Bothriocéphales qui présenteront le plus d’analogie. Chez ces Vers, les orifices sont situés non plus sur le côté, mais sur la ligne médiane et ventrale du corps , comme cela se voit constamment dans les Trématodes.
Les organes de la génération du Bothriocephalus latus ont déjà été décrits avec détails par M. Eschricht.
Les organes mâles occupent la partie antérieure et médiane de chaque article.
On voit vers le bord antérieur de chaque anneau , exactement sur la ligne médiane entre deux anses formées par l’ovaire, une capsule spermatique de forme arrondie , cl ayant une épaisseur peu considérable (1). Cette capsule communique dircctemcntavcc
(l) fttynr anim. t nov. édit. Zooph , pl. 10. fig. 1 d-b.
VOYAGE EK MCII.E.
une petite vésicule , qui n’est que le réceptacle du pénis ; ce dernier fait saillie au dehors, on l’aperçoit très facilement en regardant les anneaux par leur face ventrale ou de côté. Il est assez long et un peu courbé. M. Eschricht regarde comme les testicules une foule de petits corps blancs ou jaunâtres de forme irrégulière, que l’on observe de chaque côté de l'ovaire jusqu’au bord latéral des anneaux. Ces organes testiculaires communiqueraient avec la capsule spermatique au moyen de grêles conduits ; mais je n’ai jamais pu voir ces conduits distinctement. M. Eschricht assure qu’ils sont surtout visibles quand l’animal a séjourné dans l’alcool. Au reste , la nature de ces corps , considérés comme des testicules , me semble encore fort douteuse.
Les organes femelles occupent un assez grand espace ; mais comparativement à ce que nous voyons chez beaucoup d’autres Cestoïdes, l’ovaire du Bothriocephalus latus a une médiocre étendue. C’est un tube h parois diaphanes replié sur lui-même , et dont les replis sont si serrés les uns contre les autres, que l’ovaire se présente en général comme un canal rameux (2). Le tube est plus ou moins élargi d’espace en espace, suivant la quantité d’œufs qui s’y accumulent; il débute à la partie postérieure de chaque zoonite, où l’on reconnaît la présence d’une très petite capsule. Les parois de l’ovaire sont si peu résistantes qu’il est presque impossible de parvenir à dérouler leur tube sans le déchirer. L’oviducte s’ouvre vers le milieu de chaque anneau , notablement en arrière du pénis ; c’est un petit orifice circulaire très apparent.
Bothriocépuale du Saumou ( Bothriocephalus probosàdeus) (2).
Tœnia crassa , Bloch in Beschœftigung der Berlin. Gesellsch Naturf. Freunde, t. IV, p. 548, tab. XIV, Gg. 8-9 (1779).
Tœnia Salmonis , Millier, Naturf ., t. XIV, p. 179 et 202 (1780), et t. XVIII, p. 22 (1782).
Tœnia letragonoceps , Pallas , N. nord. Beitr., t. I, part, i, p. 87, pl. 3, Gg. 31, A-D (1781).
Tœnia proboscis suilla , Gœze , Nalurgesch. der Einyeweidew. , p. 417, pl. 34, Gg. I et 2 (1782).
(1 ) L. t\, Gg. 1 d-b.
(*2j T. X. pl. 12. Gg. 8.
É. DLA!\iUIKl). — SUK L'OJltiANlSATlO.N DtiS VKllS. 117
Bhytis proboscidea , Zeder, Naturg. der Eingeweidnv, p. 293 (1800).
Bolhriocephalus proboscideus, Rud., Enloz . Ilist t. II, p. il, p. 39 (181 0), et Synops., p. 137 et 472 (1819).
Leuckart, Zool. Bruchsl. Helminth. Beitr., I, p. 38, pt. 1, fig. 14 (1819).
Dujardin, Histoire des Helminthes , p. 615 (1845),
Ce Bothriocéphale atteint jusqu’à 20 centimètres sur 2 à 3 millimètres de large. La tête est oblongue, presque tétragone, avec deux fossettes latérales, et son extrémité antérieure rétrécie de manière à représenter une portion distincte , de forme triangulaire, dont les angles sont émoussés. Les anneaux qui succèdent immédiatement à la tête sont aussi larges qu’elle , et les suivants le sont bien davantage. Tous sont fort courts proportionnellement, et dans la longueur entière de l’animal ils conservent à peu près les mêmes proportions entre la longueur et la largeur. Ces articles, dont les angles postérieurs sont saillants, se recouvrent sensiblement les uns les autres, ce qui paraît donner au corps une certaine épaisseur.
Cette espèce a été trouvée dans l’intestin ou dans les appendices pyloriques de plusieurs espèces de Saumon (Salmo salar . 5. hucho , etc.'.
De V organisation. — Je n’ai pu obtenir cette espèce vivante ; mes observations sur son anatomie sont donc très incomplètes.
Si l’on compare la tête du Bothriocéphale du Saumon avec celle du Bothriocéphale de l’Homme , on remarque une dilïerencc considérable. Dans la tête du Bothriocéphale du Saumon , il existe de simples fossettes; dans l’espèce de l’Homme, au contraire, ce sont de véritables fentes dont la position, du reste, n’est pas exactement la même. La tête du Bothriocéphale de niomme s’amincit en avant, sans présenter de rétrécissement ; celle du Bothriocéphale du Saumon offre une partie étranglée et comme séparée du reste de la tête, caractère qui existe chez les autres Bothriocéphales des Poissons. D’après cela , on peut voir déjà que le Bothriocéphale de l’Homme appartient à une division particulière.
Chez le Bothriocephalm proboscideus , j’ai reconnu la présence de canaux digestifs ; mais ici ils m’ont paru exister dans un état
NOYAGE 1,\ SICILE.
d’imperfection bien moins grand que chez le Bothriocéphale de l’Homme. Je crois qu’ils ont des parois, et qu’ils ressemblent à. ceux d’espèces détachées maintenant du genre Bothriocéphale , espèces dont on a formé le genre Acanlhobothrium.
Genre Bothiiidie ( Bothridium de Blainv.).
Prodicœlia Leblond. — ■ Solenophorus Crépi in.
Caractères . — Corps très allongé, très déprimé, composé d’un grand nombre d’anneaux, larges par rapport à la longeur, et légèrement relevés sur leurs bords, de manière à paraître se recouvrir un peu les uns les autres. La tête large, épaisse, sillonnée longitudinalement dans son milieu, et pourvue à son sommet d’appendices foliacés, mais n’offrant aucune fossette. Orifices génitaux situés sur la ligne médiane et ventrale de chaque zoonite.
Les Bothridium , dont la tête présente une forme particulière qui permet de les distinguer aisément des autres Bothriocéphaliens , ont été rencontrés seulement dans l’intestin de quelques Reptiles , les Ophidiens des genres Boa et Python. Il eût été important d’étudier avec soin l’organisation de ce type; après avoir attendu longtemps, j’ai été contraint d’y renoncer. Je n’ai pu examiner que des individus conservés. A une certaine époque, les Pythons (Pythus bivittatus) de la Ménagerie du Muséum d’histoire naturelle de Paris rendirent plusieurs individus du Bothridium megalocephalum ; mais depuis plusieurs années il m’a été impossible d’en obtenir.
Bûthridie du Python ( Bothridium Pythonis ).
De Blainville, Appendice au Traité des Vers intestinoux de Bremser, atlas, pl. 11, fig. 15 (1824), et Dict. dcsSc.nat t. LVII, p. 609 (1828). Bothriocephalus Pythonis , Hetzius, /sis ron Oken , p. 1347, pl, 9, fig. 1-7 (1831).
Bothridium laticeps, Duvernoy. Ann. des Sc, nat., 1 ,e série, t. XXX, p. 157 1833), et journal L'Institut, \\ 298 (1836).
Prodicœiia ditrema, Leblond, Ann. des Sc. nat ., 3 e série, t. VI, 289-307, pi. 16 „ 6g. 9-15 (1836), et Nouvel Atlas des l>rs intestinaux de Bremser, p. 40, pl. XII, fig. 15-20 (1 837).
Sotenophorus megaloccphaltts , Creplin , Allgem. Encyclop. von Ersch und Grüber, l. XXXII, p. 298 (1839).
Dujardin, Hisl. des Helminthes, p. 627 (1845).
Description.— Ce Cestoïde atteint jusqu’à un demi-mètrede longueur. Sa tête a une épaisseur considérable ; elle est comme bilobée, et large de à à 5 millimètres. Les folioles ou appendices qui la surmontent sont un peu plissés transversalement. Les premiers anneaux du corps sont moins larges que la tête , très courts , ayant pour ainsi dire l’apparence de rides. Les suivants sont encore très larges par rapport à leur longueur, et se recouvrent tous un peu en arrière.
Ce Cestoïde , observé chez plusieurs espèces de Python et de Boa, a été obtenu, au Muséum d’histoire naturelle de Paris, du Python bivittatus.
De V oryanisation . — Je n’ai pas réussi à isoler le système nerveux sur des individus conservés dans l’alcool , bien que je l’aie tenté en prenant les plus grandes précautions. La forme particulière et le développement de la tête des Bothridhim donneraient un véritable intérêt à cette observation, qu’il eût sans doute été facile de faire sur des animaux vivants.
Les canaux digestifs existent sur les parties latérales du corps, comme dans la plupart des autres Cestoïdes; mais je n’ai pu ici que constater leur présence. On peut les suivre aussi dans la tête, où Ch. Leblond les avait constatés, mais sans toutefois s’apercevoir que ces tubes s’étendaient dans toute la longueur du corps. Ce naturaliste crut reconnaître dans la tête du Bothridhim non seulement des ouvertures antérieures , mais encore des orifices postérieurs et latéraux , et cela en introduisant une soie dans les canaux céphaliques. Selon toute apparence , la soie aura percé les tissus, et cette circonstance a fait croire à des ouvertures qui n’existent pas.
Les organes de la génération occupent un très petit espace sur la ligne médiane. En avant, on distingue l’organe mâle : c’est.
VOYAGE KîN SICILE.
une petite capsule testiculaire, suivie d’un canal très court et du pénis, qui débouche en dessous, au bord antérieur de chaque zoonite.
L’ovaire consiste en un tube court , élargi , une fois replié sur lui-même, et se présentant quand il est dilaté par les œufs, dont il est rempli sous l’apparence d’une petite capsule très convexe (1). L’orifice de l’oviducte se voit inférieurement vers le milieu de chaque anneau , c’esLà-dire en arrière de l’orifice des organes mâles.
Cette description des organes génitaux est très incomplète ; car ce n’est pas sur des animaux conservés dans l’alcool qu’on peut les suivre dans tous leurs détails ; mais j’indique néanmoins la disposition générale de ces parties pour avoir un terme de comparaison ; et ce terme de comparaison nous montre une analogie très grande avec ce qui existe chez les Bothriocéphales, et en même temps quelques particularités qui nous conduisent à voir dans les Bothridium un type de genre , mais d’un genre très rapproché des Bothriocéphales.
Il n’est pas sans utilité d’insister sur ces considérations , car, jusqu’à présent, les helminthologistes pour la plupart ont peu reconnu la valeur des caractères qui séparent les uns des autres les genres de la classe des Cestoïdes. Rien n’indiquait qu’un Bothridium ou un Triœnophorus fût plus voisin d’un Bothriocéphale, qu’un Bothriocéphale n’est voisin d’un Tamia.
Quelques autres types de Cestoïdes nous paraissent devoir se rattacher encore à la famille des Bothriocéphalides. Mais n’ayant pas sur ces Vers d’observations anatomiques qui méritent d’être signalées, je ne les cite que pour indiquer leurs affinités naturelles autant que nous pouvons les apprécier dans l’état actuel , et pour montrer ce que de nouvelles recherches sur ces animaux offriraient d’intérêt.
Le genre Piiyixobotiiiuum , Van Bened. (Bothriocéphales ant houles , Duj.) fondé sur les :
Boniiuocr.ru ui s \i vcr.ocuui \i.i s , But. ïlist . , t. II , pari. u.
I * T X pi. 12. fip 11
É. RLAMnVRI). î>lTv l'ORGAMSADO.N DES VEltS. 121
p. 61 , et Synops., p. 140 et 478. — Bremser , Icon. hehn . , p]. 13, fïg. 12-13.
Botuhiocepu alus tumideles , Rud. , Ent. Synops . , p. Iftl et 480, Bremser, Icon . //e/m., pl. 13 , fïg. 20-21 ( Bothr . echineis , Leuckart, ZooL Bvuchst ., I , p. 32, pl. 1, fïg. 4-7, et pl. 2, fïg. 38).
Bothiuocepfuujs auriculatüs , Rud. , Ent. Syn . , p. 141 et 479. — Bremser, Icon . //e/m., pl. 13, fïg. 14-19 (Bothr. flos. t Leuck., /. c. , p. 34, pl. 1 , fïg. 8-11 , et pl. 2, fig. 39).
Le genre Botiiiumonus , Duvern. , fondé sur une seule espèce :
Boturjmonus stcrionis, Duvernoy (Annales des sc. nat. 9 3 e série, t. XVIII, p. 123, pl.,3, B (1842), trouvé dans l’intestin d’un Esturgeon de l’Amérique septentrionale (Accipenser oxyrhyncus ).
Le genre Schistocepualps, comprenant une seule espèce (1) répandue particulièrement dans le nord , et observé sous deux états différents , le premier dans les poissons du genre Épinoche ( Gasterosteus aculeatus et pungitins ) , et le second dans le corps des oiseaux qui habitent le bord des rivières , où ils dévorent les poissons , paraît devoir être rangé encore dans la famille des Bothriocéphalides, tout en se rapprochant des Ligules.
Famille des TR1ÆXOPHOR1DES (TMÆNOPIIOniDÆ).
Genre Acantiiobotuiue ( Acanthobothrium).
Bothriocephali onchobolhrii Rud.
Caractères. — Le corps très long , médiocrement déprimé , composé d’articles nombreux. La tête tétragone, pourvue d’ap-
(l) Tœnia Gasterostei, Muller, Xalurfor&ch ., I. XVIII, p. *21, pl. 3, fig. 1-5 (1782). — Bolhrioccphnlux solidus. Entoz. Ilist t. Il, part, n, p. 57, et Synops., p 136 — Hremser, fcon. Ifclm pl. 13, fig. 9-11 — fiothriocephalus nodosus , Rud ,,Enl. t. 11, part. n. p. 54 et Syn . , p. I '*0. — Schistocrphalus dimorpfiun, Creplin, Xor. Observai, de Enloz ., p. 90 (1829), et AUgem. Jïncycl. von l’rsch nnd firnh t XXXII p 296 — Dujardin ftisi . des Helminthes, p. 623 '1845,.
VOYAGE Eî\ SICILE.
pendices surmontés de crochets bifurques. Deux tubes gastriques sans canaux transverses. Orifices des organes de la génération latéraux.
On voit , par cet exposé des caractères essentiels des Acanthobothrium , combien ce type de Cestoïde s’éloigne des espèces pour lesquelles nous avons réservé le nom de Bothriocéphale, et dont les helminthologistes ne le séparaient pas génériquement.
Chez les Acanthobothrium, la forme de la tête, presque carrée, avec son armature si remarquable , diffère considérablement de celle des vrais Bothriocéphales. Les orifices des organes génitaux sont situés sur le côté et non plus au milieu des anneaux. Or, nous devons attacher une certaine importance à ce caractère si facile à saisir , et naturellement en rapport avec d'autres caractères dans la forme et la disposition des organes de la génération. Dans un genre naturel , nous ne voyons pas de différence aussi profonde. Ainsi , parmi les Tænias, qu’on pourra peut-être subdiviser et qui n’en formeraient pas moins un groupe très naturel, aucune différence aussi considérable ne se voit entre les nombreuses espèces de ce grand genre de Cestoïde.
On ne connaît qu’un petit nombre d’espèces $ Acanthobothrium ; elles vivent dans l’intestin des poissons de l’ordre des Plagiostomes ou Sélaciens.
àcànthobothrie couronné (Acanthobothrium coronalum ).
Tœnia raiœ bâtis , Rud., Enloz. Hist ., t. II , part. 2 , p. 213 (1810).
Botriocephahis cororiatus , Rud., Ent. synops p. 1 41 et 481 (1819).
Bremser, /con. Helminth ., pl. 1 4, fig. 1 et 2 (1824).
Dujardin, Iîist.des Helminth ., p. 621 (1845.)
Bothriocepluilus bifurcatus , Leuckart ; Zoolog. Bruckst .; Helminth. Bei trag., I, p. 30, pi. 1, fig. 1, fig. 1 (1819).
Description . — Cette espèce, suivant Budolphi, atteint quelquefois plus de 30 centimètres de longueur; mais les individus que j’ai observés n’en avaient pas plus de 10 à 15. La tête est large, presque carrée, avec quatre appendices retombants, assez épais, de forme ovoïde , et sillonnés transversalement. Au-dessus de chacun de ces appendices, il existe un crochet bifurqué fort large.
La partie du corps qui succède à la tête est un peu plus étroite qu’elle, sans annulations, offrant simplement quelques rides transversales. Après cette première partie , dont la longueur équivaut souvent au quart de la longueur totale du corps, il y a un élargissement notable, et les anneaux, qui deviennent alors de plus en plus distincts et plus nettement séparés les uns des autres , ont une largeur égale au double de leur longueur. Les orifices génitaux se voient sur le côté ; celui des organes mâles un peu en avant de celui des organes femelles.
On rencontre cette espèce dans l’intestin des raies; suivant Rudolphi, elle se trouve aussi dans l’intestin des squales et des torpilles.
L 'À. uncinatus ( Bothriocephalus uncinatus , Rud. , Synops , p. 1 42 et 481 , et Dujard. , // ist. des //e/m. , p. 621) , en diffère surtout par une épaisseur du corps plus considérable, par la tête un peu plus longue , et par la forme plus carrée des anneaux.
De l'organisation. — Chez TAcanthobothrie couronné, j’ai réussi h voir nettement les canaux digestifs sur les côtés du corps. .Je suis parvenu à les remplir d’un liquide coloré, et ainsi il m’a été facile de les suivre et de les isoler dans toute leur longueur. Comme chez les Tænias , il existe en arrière de la tête une petite lacune en communication avec les tubes gastriques. Ceux-ci sont assez larges, même dans la portion antérieure du corps ; mais ils le deviennent davantage dans la portion anncléc , où je me suis assuré de l’absence de conduits transverses analogues à ceux des Tænias et à ceux que j’ai observés dans les Rhynchobothrics. Ces canaux digestifs ont des parois extrêmement minces qui se déchirent avec une extrême facilité; mais j'ai pu néanmoins, avec des précautions suffisantes, les isoler de façon â bien reconnaître leur nature.
Il y a aussi un réseau vasculaire , mais il m’a été impossible d’en suivre la disposition. J’ai tenté à diverses reprises d’y introduire un liquide coloré ; parfois le liquide a pénétré dans un ou deux vaisseaux longitudinaux , mais dans une étendue si minime que je n’ai pu être fixé sur le trajet de ces vaisseaux.
VOYAGE EN MULE
Les organes de la génération occupent presque toute l’étendue de chaque anneau.
L’ovaire consiste en une poche fort large dans laquelle les œufs sont accumulés en très grand nombre ; un court oviducte vient s’ouvrir sur le côté de chaque zoonite , vers le milieu de sa longueur.
Genre Triænophore {Triœnophorus , Rudolph.).
Tricuspidaria , Rud. (Olim.).
Caractères . — Corps allongé , grêle , un peu aplati , n’étant point divisé en zoonites , mais offrant simplement quelques plissures ou traces d’annulations. Une tête peu séparée du reste du corps, portant des deux côtés deux crochets tricuspides ou plutôt en forme de trident , et ayant entre ces appendices une fente bilabiée. Deux canaux gastriques latéraux sans communications transversales. Orifices génitaux situés, les uns sur la face ventrale, les autres près du bord marginal.
Les Triœnophorus se rapprochent manifestement des Acanthobothrium . Les crochets, comme l’a fait remarquer M. de Blainville, ont de très grands rapports. En outre , la tête est presque carrée dans les Triænophores comme dans les Acanthobothrium ; et si , chez les premiers , la segmentation du corps disparaît , nous voyons qu’il y a une tendance chez les seconds ; car une partie de leur corps ne la présente pas.
On ne connaît qu’une seule espèce de Triænophore, assez rare dans notre pays.
Triænopuohe noueux Triœnophorus nodulosus (1 ).
Tœnia 7iodu losa, Pall as, Xeue Nord. Beitr., t. I, p. 90, pi. 3, fig. 32 (1781).
Tœnia Lucit , Muller ; Prodrom. ZooL dan., p. 219(1781), et Nalttrforscher , 1. XIV, p. Ut (1780).
Tœnia tricuspidata , Blocli.; Abhandl . ron (1er Erzeug. der Eingetoeidac . p. 19 (1782).
Tœnia itodulosa , Goeze ; Xaturgesch., p. 418, pl. 34, fig. 3-6 (1782).
(1) Règne animal, nouv. édit. , Zooph., pl. 39 . fig 3, et 1 ognge en Sicile, pl. 13, fig 3
É. BL4MHAKU. — SL H l/ORCAMSATIO.N DKS VRKS. 125
Tricuspidaria nodutosa, Rudolph. Enlozoor. U, p. 32, pt. 9,
fig. 6-11 (1810).
Triœonophorus nodulosus , Rudolph.; Enlozoor. Synops. , pag. 135 et 467 (1819.)
Botriocephaluslricuspis, Leuckarl.; Zool.. Bruch., I, p. 55, pl. 2, fig. 34-36 (1819).
Triocnophonts nodulosus , Bremser; îcon. Helminthe pl. 12 ; fig. 4-16 (1824).
Creplin, Aot\ observ. de Enioz ., p. 79 (1825), et Allgem., Encyclop. von Ersch und Griiber, l. XXXII, p. 295 (1839).
Dujardin , Hist. des Ilelminlh., p. 625(1845).
Description. — Cette espèce atteint de 50 à 60 millimètres de long. Elle est très mince, offrant de distance en distance , mais surtout vers sa partie antérieure, quelques plissures et par suite certaines nodosités auxquelles elle doit son nom spécifique ; sa tête est presque carrée , un peu déprimée des deux côtés près des dents tricuspides. Sa couleur générale est d’un blanc diaphane tirant très légèrement sur le bleuâtre.
Ce Ver se trouve dans l'intestin de divers poissons. J‘en ai recueilli un certain nombre d’individus dans des kystes, sur le foie des perches (Perça fluvialilis).
De l'organisation. — Je ne puis donner ici une anatomie complète du Triænophore ; cependant j’ai observé plusieurs faits nouveaux.
J’ai reconnu dans ce Ver la présence d’un petit centre médullaire au-dessous de chaque crochet tricuspide ; néanmoins il ne m’a pas été possible d’en suivre assez sûrement les connexions, pour donner une figure de cet appareil dans le Triænophore. Quant aux canaux gastriques, dont on n’avait point signalé l’existence dans ce type , j’ai pu les suivre nettement au moyen de l'injection. Je me suis assuré alors facilement que ces canaux , dans toute la longueur du corps, n’offraient point ici, comme chez les Tænias, de communications transversales. Ils sont donc très semblables à ceux des Acanthobolhrium. Comme chez ceux-ci , ils sont pourvus de parois ; mais ces parois sont d’une extrême délicatesse.
Ainsi que cela se voit pour tous les Cestoïdes qui vivent en dehors du canal intestinal , mes individus du Triœnophorus tirés
VOYAGE EN SICILE
de kystes développés sur le foie des perches, ne présentaient pas d’organes de génération.
OBSERVATIONS
Cette petite famille des Triænophorides a fort peu de représentants. M. Yan Beneden ( 1 ) vient de faire connaître sous le nom de Echinobothrhm un nouveau genre qui me semble devoir s’y rattacher; c’est aussi l’opinion de M. Yan Beneden, comme on peut en juger par le petit tableau placé dans sa notice. Ce nouveau Ces toide(Echinobothrium typus), de très petite taille, trouvé dans l’intestin des Raies, 011 il aura échappé, à cause de son exiguïté, aux investigations des helminthologistes, est très remarquable par la présence des grandes épines dont sa tête est armée, et par la forme des anneaux du corps; il nous semble toutefois différer considérablement de tous les Bothriocéphaliens connus jusqu’ici ( 2 ).
Tribu des RHYNCHOBOTHRIENS (HH YNCHOBOTR1I, Püj.).
Caractères . — Corps allongé, déprimé, composé d’un très grand nombre d’anneaux. Tête pourvue de trompes rétractiles hérissées de crochets.
Les Rhynchobothriens sont assez mal connus, et malheureusement j’ai peu d’observations à apporter sur ce type ; je le men-
(1) Voyez Van Beneden, Mémoire sur un nouveau type de Cesloide. Bulletin de l'Académie royale des sciences de Bruxelles , l. XVI , n u 2.
(2) Outre les ouvrages généraux et les .Mémoires déjà cités, il faut consulter encore , pour les Bothriocéphaliens , les mémoires suivants :
Leuckart, Zoologische BriichsLuckc , I (18 19). J
Eschricht, Anatomisch-physiolag . untersuchungen ilber die Bothryocephalen . Akadèm. der Naturforscher (1840).
Kœlliker, BoLriocephalus umblœ , Muller’s, Archiv., 1843, p 91.
O’Bryen Bellingham, Catalogne of Irish Enloz. with observations. Annale and Magasin of natural history, vol. XIV, p. 1 62 (1844).
Delle Chiaie, Descrizione e No tonna degli animali invertebrati del regno diiVapoli, l. V, p. 4 26(1841). Bothriocephalus loliginis. Scolcx bilobatus.
Valenciennes, Dilhyridium lacertae , Comptes rendus de l'Académie des sciences, l.XIX, p. 544 (1844), et Annales des sciences naturelles, 2 e série, l. IJ, p. 248, pl. 5, fig. 20-27 (1844).
fc. RLANCUARD. — SUR l’oRU, AMSATION DES VERS. 127
tionne surtout pour mettre ses caractères en regard de ceux des autres types de Cestoïdes. Les Fihynchobothriens sont restés longtemps confondus avec les Botliriocépbales. M. Dujardin les en a séparés le premier pour en former un ordre distinct. Nous croyons que leurs caractères d’organisation ne permettent pas de les placer dans une division d’un rang aussi élevé ; mais tout nous porte à croire qu’ils doivent être rangés dans une division particulière. Ils paraissent se rapprocher considérablement des Bothriocéphaliens, et plus particulièrement des Triænophorides ; mais les trompes rétractiles et hérissées de crochets dont ils sont pourvus, les en éloignent tout d’abord ; et il serait surprenant qu’un caractère aussi considérable ne fut point en rapport avec certaines particularités d’organisation. Les analogies nous font penser qu’il doit en être ainsi. Il y avait donc un intérêt véritable à étudier anatomiquement ces Vers cestoïdes. Le type du genre Rhynchobothrius est signalé comme assez fréquent dans l’intestin des Baies; je l’y ai cherché depuis plusieurs années dans un nombre énorme de Baies [Ilaia latis et liaia cia vatis), et je ne l’ai obtenu que fort rarement ; aussi mes observations ne sont-elles pas aussi complètes que je l’aurais désire.
Genre Ruïxciiobothrie (Ilhynchobolhrius , Dujard. ).
( Itotriocephalus Rud. Leuck.; Botriocephali Rhynchobothrii , Rud. ).
Caractères. — Corps médiocrement aplati en forme de longue bandelette , et composé d’un très grand nombre d’anneaux. Une tête pourvue de deux larges lobes échancrés dans leur milieu , et munie de quatre trompes sortant de la commissure des lobes ; ces trompes rétractiles sont hérissées de crochets.
Les organes génitaux des Bhynchobothriens n’avaient pas été étudiés ; ils ressemblent à ceux des Bothriocéphaliens , et surtout à ceux des Acanthobothrics. Les trompes rétractiles des Rhynchobothrius donnent à ces Cestoïdes un caractère particulier. Dans la portion antérieure du corps se trouvent quatre canaux où les trompes peuvent rentrer , et quatre faisceaux musculaires correspondants qui servent à en diriger les mouvements.
VOYAGE E.\ SICILE
Les Rhynchobothrics, comme la plupart desBothriocéphaliens, sont des Vers parasites des Poissons, et surtout des Poissons plagiostomes ou sélaciens , chez lesquels les Cestoïdes sont bien plus abondants que dans tous les autres Poissons.
Rbynchobothiue en flecr ( Rhynchobothrius corollalus (1 ).
Tœnia corollata , Abildgaard Skrivter af Xaturhistoria-Selskabet , I , p. 60, tab. V, fig. 4 (1790).
Halysis corollata Zeder Natilrgesch der Eingeweidew , p. 330 (1803).
Bothriocephalus corollalus , Rud., Ent. Hist ., t. II, p. 2, p. 63 (18 JO) , et Synops., 142 et 483 (1819).
Bremser, icon. Helminth ., tab. XIV, fig. 3-4 (1824).
Bothriocephalus corollatus, Leblond; Annales des sciences nat. y 3* série, l. VI, p. 289-296, pi. 16, fig. 6-8 (1836).
Dujardin , Hist. des Helminthes . p. 545 ( l 843).
Cette espèce atteint jusqu'à 15 ou 16 centimètres de long. La tête est large, avec ses lobes arrondis. Les trompes sont longues, presque cylindriques , armées de crochets distribués assez régulièrement de chaque côté. Les premiers anneaux du corps sont très courts ; les suivants, de forme presque carrée , ont au milieu surtout une coloration d'un gris violet produite par les œufs, dont la nuance foncée se laisse apercevoir au travers des téguments.
Le Rhynchobothrius corollalus , la seule espèce du genre qui ait été rencontrée assez fréquemment par divers zoologistes , se trouve dans l’intestin des Squales et des Raies, particulièrement de la Raie bouclée {Rai a clavata) suivant M. Dujardin.
De r organisation. — Les trompes ont déjà été décrites avec soin par Ch. Leblond ; elles font saillie entre les lobes céphaliques , et offrent l’aspect de tiges cylindriques régulièrement garnies dans toute leur longueur de crochets recourbés inférieurement, de manière à permettre à l’animal de s'accrocher (1). Pour voir en totalité ces appendices, que les helminthologistes ont désignés sous le nom assez impropre de trompes, il faut ouvrir longitudinalement la portion antérieure du corps d’un Rhynchobothrius . On suit alors les quatre trompes qui se
(1) Tome X pl. 1 2, fig. 1 3.
i :. BLAXCIIARD. — Sl’ll l’okgamsation des vers. 129 prolongent dans une longueur environ quadruple de celle de la tète. Elles présentent trois portions distinctes : la partie saillante qui est munie de ses crochets ; une portion moyenne plus grêle et d’une texture moins solide , et une portion basilaire épaisse et de forme quadrangulaire. Ces appendices , à leur base surtout , sont rapprochés les uns des autres , mais ils demeurent libres ; ils ont des muscles distincts, de telle sorte que les mouvements de l’un peuvent être indépendants de ceux des autres.
J’ai observé chez le Rhynchobothrius corollatus les tubes intestinaux ; ils ressemblent beaucoup à ceux des Tænias (1). Ce sont deux canaux régnant sur les parties latérales du corps , très grêles , môme proportionnellement à la dimension de l’animal. Dans la partie antérieure , c’est-à-dire au point où le corps ne présente pas d’annulations, il n’y a pas de communications transversales entre les tubes gastriques ; mais dans toute la partie annelée, il existe un canal transversal au sommet de chaque zoonile, comme chez les espèces du genre Tænia. Les canaux digestifs ne sont pas faciles à mettre en évidence dans un Cestoïde aussi grêle que le Rhynchobothrius . Cependant, chez plusieurs individus , je suis parvenu à les remplir d’un liquide coloré , et à les isoler ensuite par la dissection , de manière à reconnaître leur nature avec loute certitude. Ils ont des parois propres.
Je n'ai pas eu le même succès pour l’appareil vasculaire; mes tentatives d’injections ont été infructueuses. D’après quelques indices , je ne doute pas de l’existence d’un réseau vasculaire chez le Rhynchobothrius corollatus ; mais il m’a été impossible d’en suivre nettement la disposition.
Les organes de la génération ont leurs orifices sur le côté des anneaux , dans une portion rentrante , vers le tiers antérieur de la longueur des segments. Le pénis fait un peu saillie au dehors, en avant de l’orifice des organes femelles. Il m’a été impossible d’isolcr suffisamment les organes mâles pour les décrire exactement. Il est même très difficile de voir nettement l’ovaire , car les parois en sont si peu résistantes qu’on les déchire dès que l’on vient h
(I) Tom. \, pl. 12, fig 12.
sérit». Zii*n. T XI. (Mars 1.SIR.) \
VOYAGE EN SICILE
les toucher. Les téguments ont eux-mêmes si peu de solidité que les tissus difiluent quand on les touche avec les instruments de dissection , et la transparence ne vient pas en aide à l’observateur. Cependant, dans le Rhynchobothrie , j’ai pu voir que l’ovaire, qui remplit presque entièrement chaque anneau, avait à peu près la forme d’une poche allongée en rapport avec un oviducte latéral assez grêle.
Des BOTHRIOCÉPHALIENS et RHYNCHOBOTHRIENS