‹ Sur l’organisation des versChapitre 2 sur 11 · INCOMPLÈTEMENT DÉVELOPPÉS · texte numérisé non relu

INCOMPLÈTEMENT DÉVELOPPÉS

Comme il y a des Tæniens avortés, il y a aussi des Rothriocéphaliens et des Rhynchobothriens avortés ou incomplets, ainsi que nous l’avons déjà dit. Les Vers logés dans les muscles ou dans le parenchyme des viscères sont toujours incomplets ; ils ne peuvent prendre tout leur développement que dans le canal intestinal. Les Tæniens avortés ou les Cystiques doivent demeurer et finir dans cet état d’avortement ; nous ne voyons pas comment ils changeraient de condition. A l’égard des Bothriocéphaliens et des Rhynchobothriens, il semble en être autrement. Beaucoup d’entre eux peut-être doivent normalement passer leur vie en dehors du canal intestinal , subir les premières phases de leur développement dans des kystes. Les observations de Leblond, et surtout celles de M. Van Beneden, rendent ce fait très probable.

Un Botbriocéphalien, ou Rhynchobothrien incomplet , est logé dans le corps d’un Poisson ; ce Poisson est dévoré par un autre , et surtout par les Plagiostomes qui dévorent les Poissons plus faibles qu’eux, et qui aussi nourrissent le plus grand nombre de Cestoïdes. L’animal avalé est dissous par les sucs digestifs , et le Ver qui résiste à l’action de ccs sucs se trouve libre dans le canal intestinal de son nouvel hôte où il achève son développement.

Ces Cestoïdes sont donc soumis à bien des hasards pour parvenir à l’état adulte. Cette transmission du corps d’un animal dans celui d’un autre animal s’observe, non pas seulement chez les animaux d’une même classe et vivant dansdes mêmes conditions, comme tous les Poissons ; mais aussi dans des êtres dont le genre de vie est tout autre , puisqu’il paraît certain que cette

É. BL.\!\€ UAltD. — SLR L ORGAMSATION DES VERS. 131 transmission s’opère avec facilité du corps des Poissons dans le corps d’Oiseaux qui les ont avalés.

Nous mentionnons en même temps les Bothriocéphaliens et les Rhynchobothriens incomplets; car, dans l’état actuel, il n’est pas facile pour un grand nombre de dire à quel type ils appartiennent.

Les SCOLEX et TETRARHYNCHUS Red.

Les Scolex ( S . polymorphus Rud.) se trouvent dans un très grand nombre de Poissons de mer , particulièrement dans leurs appendices pyloriques. Ces Vers, toujours de très petite taille , portent en arrière de la tête deux taches rouges , où l’on a voulu voir des points oculaires, ce que rien ne justifie jusqu’à présent. En fendant la peau du Scolex, on trouve , suivant l’assertion de Charles Leblond , un Ver semblable à un Trématode, et surtout à un Amphistome (A. rhopaîoides ) ; mais il est bon de faire remarquer ici ce qu’on a trop oublié de faire remarquer , c’est que cette ressemblance est assez grossière. Enfin , dans l’intérieur de ce prétendu Trématode , on trouve un Tctrarhynque.

Ce sont des faits fort remarquables et de nature à appeler sérieusement l’attention des naturalistes. On les a interprétés différemment ; plusieurs ont voulu voir un Parasite dans l’animal inclus, un parasite inévitable, nécessaire, comme on l’a appelé avec une certaine raison. M. Van Beneden repousse cette singulière idée de parasitisme; ce zoologiste regarde l’animal inclus comme un bourgeon, comme le résultat d’une formation par voie de gemmiparité.

Pour se faire une idée nette des choses imparfaitement connues, il n’est jamais sans avantage de les comparer à des choses mieux connues, mieux comprises, s’il y a bien réellement de l’analogie. A une certaine époque, j’ai un Scolex, et, dans le Scolex , j’ai un Tétrarhvnque. Eh bien , de même à une certaine époque , j’ai un de ces Vers désignés vulgairement sous le nom d'Asticol. Ce Ver se raccourcit; ses téguments prennent un peu plus de consistance. Notez qu’il n’y a aucun changement de peau , et, dans l'intérieur de cet animal vermilbnnc, je vais trouver une Mouche

VOYAr.lî lî N SICILE.

à un degré de développement plus ou moins avancé. Or je suis persuadé que ce sont des faits ayant entre eux une très grande analogie, et, si mon opinion est fondée, le développement de ces Gestoïdes ne serait pas une chose aussi en dehors des phénomènes déjà connus, qu’on s’est laissé entraîné à le croire généralement. La Mouche n’est |pas un parasite de notre animal vermiforme , ni le résultat d’une formation par voie de gemmiparité. 11 y a un tégument , une enveloppe vivante qui s’isole , et conserve sa forme primitive , quand au dedans l’animal prend une nouvelle forme. L’inclusion des Tétrarhynques et d’autres Vers est, selon toute probabilité, un fait plus semblable à celuilà qu’on ne l’a pensé.

Les Tétrarhynques ont un corps court, ramassé, souvent un peu renflé en avant, avec la tête pourvue de quatre trompes rétractiles hérissées de crochets. Les espèces les mieux connues présentent ces- caractères, et appartiennent bien évidemment aux Rhynchobothriens ; mais il en est dont on n’a pas vu les trompes, et qui sont probablement des larves de Bothriocéphaliens. On a beaucoup de peine à se procurer ccs animaux en assez grande quantité pour les étudier d’une manière complète.

Un fait singulier, c’est qu’on connaisse beaucoup plus de Tétrarhynques que de Rhynchobothries ; car les adultes, vivant dans le canal intestinal , sont toujours plus faciles à rencontrer que les autres.

J’ai représenté, comme exemple de Tétrarhynque, une espèce qui a été rencontrée dans plusieurs Poissons. Un naturaliste italien , SL Verany, m’en a remis plusieurs individus qu’il avait recueillis à Gênes, dans des kystes, sur les branchies des Espadons (Xiphias gladius) ; mais ces individus ayant été mis dans l’alcool, les recherches que j’ai faites pour reconnaître l’organisation de ces Gestoïdes, et surtout pour isoler leur système nerveux, sont demeurées sans résultat satisfaisant.

Gc Tétrarhynque (1) ( Tetrarhynchus megacephalus Rud., Synops . , p. 129 et 447, pl. 2, fig. 7-8; — Bothriocephalus clavf-

(l) fthjne animal, nouv. édit., Zooph., pl. 40, fig. 3 ; et 2, fig. 3 A , a.

É. BLAACIIAIID. — hti; L’oKGAMSATIOA DES \ LUS. 133

ger Leuck, , ZooL Bruchl p. 51, pl. 2, fig. 3*2) est très renfle dans sa moitié supérieure avec deux larges et profondes fossettes, doù sortent deux trompes épaisses, hérissées de crochets de toutes parts. Leur tige est grêle „ et leur base est élargie en spatule , et repliée dans un canal qui s’étend dans toute la longueur de la partie renflée du corps. Nous ne connaissons pas de Cestoïde adulte, auquel nous puissions rapporter ce Tétrarhynquc.

Les FLORICEPS Ccv. (1817) (ANTHOCEPHALUS Red.) (1819).

Les Vers désignés sous les noms de Floriceps et d’Anthocéphalcs sont assez allongés , presque cylindriques. Leur tête, très semblable à celle des Rhynchobothrius , est pourvue de larges lobes , et. présente aussi quatre trompes garnies de crochets.

Ces Vers sont contenus dans une enveloppe terminée par une vésicule plus ou moins volumineuse ; ils ont été par quelques naturalistes rapprochés des Cystiques à cause de cette partie renflée ; mais les caractères fournis par leur tête, la présence des trompes armées de crochets, ne peuvent laisser subsister le moindre doute : ce sont des Rhynchobothriens incomplets. Les Floriceps se trouvent dans des kystes, au milieu des muscles, ou sur les viscères de certains Poissons; ils sont renfermés dans une enveloppe vivante , sans doute très comparable au Scolex qui contient un Tétrarhynquc.

Le Floriceps a sac (1) [Floriceps saccatus Cuv., Règne anim ., l fe édit., t. V, pl. 15, fig. J *2 (1817); Bothriocephalus patulus Leuck. , ZooL Brucli ., 1, p. 50, pl. 2, fig. 29-30(1819) ; Anlhocephalits clongatus Rud., Synops . , p. 177 et 537, pl. 3, fig. 12-17 (1819)] atteint une longueur peu considérable, et son enveloppe présente une vésicule terminale , souvent fort grosse. II est très commun dans les muscles et dans le foie de la Mole ou Poisson lune ( Orlhragorisens mola ). Si ce Floriceps n’arrive à l’état adulte qu’en passant dans le canal intestinal de Poissons qui auraient dévore les Moles, il est bien probable que c’est dans les Plagiostomes méditerranéens de grande taille qu’on pourra trouver à l’état adulte le Floriceps saccatus ; car des Poissons de la taille de la

(1) Hègne animal, nouv. édit., Zooph., pl. 40, fig. 2 ; et Voyage en Sicile , Vers , pl. 17, lig. 2, et fig. 2".

VOYVGE EN SICILE.

Mole ne peuvent être facilement dévorés que par ces animaux voraces (1).

TRIBU DES LIGULIENS ( LIGULÎI ).

Caractères. — Corps en forme de longue bandelette sans annulations. Tête dépourvue d’appendices et simplement bilabiée.

Les Liguliens ont parmi les Cestoïdes un aspect étrange , à cause de l’absence d’annulations, aussi Linné et Gœzc les plaçaient-ils dans le genre Fasciola; cependant les rapports d’organisation entre ces Vers et les Trématodes sont des rapports très éloignés.

Ces Cestoïdes ne forment actuellement qu’un seul genre, mais un genre qui devra sans doute être divisé , quand on connaîtra mieux l’organisation des espèces qui le composent ; car déjà les helminthologistes ont signalé des Ligules comme pourvues, les unes, d’une double série d’ovaires , et les autres d’une seule série.

Genre Ligule ( Ligula Bloch , Rud. ).

Caractères . — Corps aplati , assez large , allongé, sans annulations. Tête peu distincte, dépourvue d’appendices, présentant seulement une fente antérieure qui la fait paraître comme bilabiée. Organes génitaux occupant en longueur à peu près la même étendue que chez les autres Cestoïdes, et laissant de l’un à l’autre un espace très marqué.

Il nous est impossible encore de donner tous les caractères des Ligules , ces animaux sont rares ; j’ai pu m’en procurer un assez grand nombre dans des Cyprins, mais là je n’ai rencontré que des individus incomplets, ne présentant pas d’organes génitaux. Une seule fois j’ai obtenu quelques Ligules adultes recueillies dans l’intestin d’un Canard sauvage ; mais cela n’a pas été suffisant pour en suivre toute l’organisation.

(I) Oulre les ouvrages généraux et les mémoires déjà cités, il faut consulter encore pour les Rhynchobothriens les mémoires suivants :

Mayer, Uber cinem Eingeweidewurin von Testudo Mydas (Telrarhynchus vysticus). Muller’s Archiv, 1812, s. 213. Taf. X, fig. 1-7.

O’Bryen Belliogbam, Catalogue oflrisli Entozoa with observations. Annals and Magazine of natural histonj , vol. XI Y, p. 162 (1 8 44).

K. KLAMIlAltlK — SI U l’OKU AMS V 1 10X DUS \ UKS. 135

11 est à peine besoin de rappeler ici ce qui a été déjà dit dans plusieurs ouvrages d’hclminthologie , que les Ligules passent les premiers états de leur vie dans la cavité péritonéale des Poissons d’eau douce , et particulièrement dans les espèces du genre Cyprin ; que ces Poissons étant souvent dévorés par les Oiseaux de rivage , les Ligules achèvent leur développement dans l’intestin de ces Oiseaux. Ceci a été surtout mis en lumière par M. Creplin (1) , qui a rencontré chez des Plongeons des Ligules à divers degrés de développement.

J’ai un seul fait nouveau à signaler sur l’organisation des Ligules ; mais ce fait me paraît avoir une importance réelle , car il s’agit de la disposition du système nerveux.

Ligule très simple , Ligula simpUcissima.

Uudolphi, Enloz. lfist. } lom. II, part n, p. 30 et 31, et Entoz. Synops., p. I 34 et 405.

Creplin, in Allgem. Encyclopœdie von Ersch und Gruber , l. XXXII, p. 295 (1839).

Description. — Les plus grands individus que j’aie observés avaient une longueur de 17 centimètres ; plusieurs autres n’avaient que la moitié de cette longueur ou moins encore. Tout le corps assez large et un peu aplati , mais ayant néanmoins une certaine épaisseur, s’amincit graduellement vers la partie postérieure , et se termine en pointe. J1 présente de distance en distance des plissures , ou des dépressions toujours fort irrégulières. La tète n’est pour ainsi dire pas séparée du reste du corps ; 3 lle offre de chaque côté quelques plissures transversales.

J’ai obtenu plusieurs fois cette Ligule du Gardon ( Cyprinus t lus).

Uudolphi avait d’abord distingue spécifiquement les Ligules (p’on rencontre dans divers Poissons. Plus tard , il crut devoir 1 (s considérer comme appartenant à une seule espèce , à laquelle il appliqua le nom de L. simplicissma. Mais les noms appliqués aix Ligules des Poissons devront disparaître , quand on sera per venu à les identifier avec les adultes qu’on rencontre dans l’iitcstin des Oiseaux.

(!) Ençycl. v on Ersch und Cvnhcr , l XXXII. Arl. Eisgew lidewurmeii.

VOV.WiK Kfl SICILE.

De l’ organisation. — J’ai parfaitement réussi à isoler le système nerveux des Ligules sur plusieurs individus. Dans la portion centrale de la tête , exactement au point où se trouve la partie fondamentale du système nerveux dans les Tæniens et les Bothriocéphaliens, j’ai vu et j’ai isolé par la dissection les principaux centres médullaires (1). Ici ils sont rapprochés , et forment presque une seule masse , au lieu d’être séparés , comme on le voit dans la plupart des Cestoïdes. Ces ganglions fournissent en avant un nerf assez volumineux, qui présente dans les deux lobes antérieurs de la tête un renflement ganglionnaire , d’où l’on voit naître de très grêles filets nerveux qui se distribuent dans le tissu musculaire de la région céphalique antérieure (2). En outre, les ganglions principaux fournissent latéralement quelques nerfs fort grêles, et en arrière deux cordons longitudinaux qui descendent parallèlement dans toute la longueur du corps.

Si l’on compare le système nerveux des Ligules à celui des Tæniens , on retrouve la même disposition générale , mais une dégradation manifeste coïncidant avec la dégradation des lobes de la tête; c’est ainsi qu’au lieu de quatre noyaux médullaires, nous n’en retrouvons plus que deux, et encore sont-ils extrêmement réduits.

Dans ces Ligules incomplètement développées, je n’ai pas rencontré la moindre trace de canaux gastriques; je n’ai pu découvrir davantage de vestige de système vasculaire, malgré des recherches minutieuses. Mais c’est sur des individus adultes qu’il faudrait faire ces recherches, si, dans une circonstance, on se les procurait en assez grand nombre. Sur la ligne médiane ef ventrale du corps, j’ai observé un canal longitudinal assez large offrant sur son trajet d’étroits canaux transverses (3). C’est U certainement le premier vestige des organes de la génération (ft\

(1) Règne animal , nouv. édit., Zooph., pl. il, fig 3 a , a; et Voyage ni Sicile , l'ers, pl. 16, fig. 3 rt , a.

(2) Loc. cit., fig. 3*, b.

(3) Loc. cit. , fig. 3*.

(D Outre les ouvrages généraux , voyez surtout, pour l'histoire des Ligubs , Creplii) , AUgemeinc Encyclopœdie von Ersch and Grüber, t. XXXII, p. 2)5.

É. BL1MH.IKÜ. — 8UK l’<JUI»ÀMSAT10N DES \KKS. 137

OBSERVATIONS sur les Cestoïdes en général.

De tous les faits énoncés touchant l’organisation des Cestoïdes, il reste acquis que ces Vers constituent un ensemble naturel, surtout si Ton en distingue les Caryophyllés. 11 en ressort aussi plusieurs notions qui me semblent mériter d’être rappelées.

Le système nerveux si caractéristique du type peut se modifier jusqu'à un certain point; c’est une modification qui consiste dans une dégradation. Chez les Cestoïdes dont la tête est presque quadrangulaire , oii chaque angle présente soit une ventouse , soit un autre organe , il existe à sa base un centre nerveux ; mais dans les espèces oii ces organes disparaissent , les centres nerveux qui leur sont dévolus disparaissent plus ou moins. Néanmoins, nous en avons retrouvé des traces , et quant à la portion centrale , nous lui avons toujours vu conserver le même caractère. Le système vasculaire des Cestoïdes présente aussi une disposition caractéristique ; mais cette disposition se dégrade également.

Il en est de même de l’appareil digestif , qui est cependant assez uniforme dans toute la classe des Cestoïdes.

Les organes de la génération de ces Vers ont certainement une disposition très analogue chez tous les représentants de la classe, disposition qui suffirait à elle seule pour caractériser ces animaux. Ce que nous avons vu dans les Trématodes, nous le voyons encore chez les Cestoïdes; il y a des modifications dans la forme des organes génitaux, qui peuvent servir à caractériser des genres ou des groupes secondaires.

O'Bryen Betlingham , Catalogne of Irish Entozoa with observations (1 839). — Annals and Magaz. ofnalural hislorg , vol. XIV, p. 165 (1844).

\0\AGIi UN SICILE.

Page 1