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mm cents louis ?—Je te les apporte. On ne s’en
[" pes ches le diable pour deux cents louis !.….
prié de te demander de-ne pas partir pour la Californie avec Pierre Décourcy, car il se vante de t'y amener !—Pitre est courageux, a-t-elle ajouté; ilest bon chrétien, bon père, bon ux, j'irai mendier à sa
Surtout, elle te supplie de ne pas te laisser , de tenir la tête au-dessus de l’eau, de ne pas sombrer à pic comme la Velo et ton frère.
A cette évocation de ses deux affections englouties, son frère et son bâtiment,
. Pierre Chérard pleura. Ah ! l’eau, qu’il avait tant aimée pourtant, elle lui avait été bien cruelle !
La tête au-dessus de l’eau, mais le front bas devant trop de monde qui le poursuivrait de ses reproches et de réclamations légales ! Non, lui qu'on appelait terrien, pour en rire et s’en amuser, c'est à la terre, à cette bonne terre où l’on tombe aussi parfois, la tête quand même au soleil du Bon Dieu, au sein de on ne s'enfonce définitivement que lorsqu’on est mort : c’est à la terre qu’il ira confier le i
ÉPISODES DE LA vie CANADIENNE 85
mme raisonner juste dans son tourment et voir clair à travers ses pleurs. Mais c’est lui-même qui reculera plutôt devant le déchirement des adieux ; il n’aura pas cette force-là d'aller revoir cette chère famille qu’il lui faut abandonner. A Ja fois courageux et pusillanime, au lieu de
comme à ceux qui pleurent, il donnera
—Ludwig, mon parti est pris Je n'ai plus rien que des dettes et des obligations de suis plus pauvre que je ne l'étais à l'âge de quinze ans, quand j'ai quitté la maison pour m'embarquer sur l’eau, car alors si je n'avais rien, je ne devais rien à personne. Aujourd’hui, après avoir calm er qui Pourraient me traiter avec ri-
un ler tout simplement, louer mes bras au service des autres. Ce serait alors fini Pour toujours, J'ai maintenant une fa-
Non, ces bras-là me serviront mieux i Il n’y a pas à attendre que la santé me fasse défaut. J'ai en horreur d'aller encore supplier celui-ci, celui-là, C’est ma plus grande faiblesse avec celle de ne pouvoir aller dire à ma famille que je pars ; mais je vais partir ! Ne le i pas à tout le monde parce qu’on . pourrait m’arrêter, paraît-il; je vais partir du Canada ; je vais aller à la
ie, quand bien même il me faudrait voyager pendant un an pour m’y
force, le courage, l'espérance que j'ai perdus ici et que je n’y retrouverais plus jamais. On me jugera comme on le voudra, créanciers
rh #6 |
FÉSSFÈSÉ
Pr, dE CN SE
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Je n’emprunterai rien pour moi ; je ne demanderai plus rien à Personne que deux h
du bien, la Promesse de veiller sur les miens et ne pas les laisser Mourir de mon absence !
—Mon Pitre, je suis, moi aussi, d’une race forte qui a su quitter les siens. Je ne te conseille pas : je tourne seulement la tête pour 1 j
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1653 Eost Main Street Rochester, New York 14609 USA (716) 482 - 0300 - Phone
(716) 288 - 5989 - Fax
Quésesc, 22 sepremuBre 1849.
Chère femme,
Je t’écris pour vous dire à tous, à toi, À mes chers petits enfants, à mes bons parents, que je va vous causer un bien grand chagrin. Ily a longtemps que je demande à Dieu et à la Bonne Vierge de me décider. Après avoir vu tous mes créanciers qui m'ont fait petite mine, n’ont plus voulu rien m’avancer et qui pourraient me faire saisir d’un jour à l’autre, je suis allé prier et communier à la petite église de la Basse-Ville. J'ai pris üne grande force, et cela m’a décidé. Je n’ai pas honte de dire que je suis encouragé par la prière à ceux du ciel après avoir tant quémandé à ceux du monde. Je te demande de communier pour moi avec ta petite fille le premier du mois. Enfin, cela me coûte bien de te le dire, je pars pour les hauts, en gagnant vers les Etats, et je ne descendrai pas chez nous avant de partir. Il le faut absolument ; sans cela, je perdrais tout mon courage. Je n’ai pas peur du travail, de la misère, de la peine pour moi tout seul, des tempêtes, des dangers partout, des hommes et des bêtes, mais j'ai peur de vous voir pleurer, toi et les enfants. Ça me dit que je ne pourrais plus remuer. Si Dieu me conserve la vie, je reviendrai avec de quoi payer toutes mes
dettes, et vous faire vivre dans la joie. Aimezmoi toujours comme je vous aime. Adieu !
adieu ! !
Ton pauvre mari, - PIrRE.
—On dit, M. Mullen, qu’il y a une lettre arrivée de ce matin à la poste, pour la femme de Pierre Chérard ; Avez-vous su? C'est peut-être de son mari, elle est bien inquiète de Jui ?
—Oui, c’est bon ; dit le marchand à sa cliente. Ne parles pas de cela, la mère.
Je vais y aller voir.
Et sur l’heure, il s’en alla, accompagné du Dr Petit, l’homme du bon conseil, se faire le r de la triste nouvelle.
—Tient, petite sœur, voici une lettre de ton mari que j'ai vu, comme je t’ai dit, à la ville. Ne t'inquiète pas, ce n’est pas la mort, cette fois, car il était en bonne santé, fort et bien co -
La femme Pierre Chérard n’était pas une femme à pâmoison. La lecture de
cette lettre, qui la mordit cruellement au cœur, lui laissa à l’esprit, avec des yeux en pleurs et des lèvres tremblantes, assez d'énergie pour se raisonner.
—Ce n’est pas vous, du moins, M.
Mullen, qui l’avez conseillé ?
—Ah !, non, petite sœur. Je ne l’aurais pas voulu et je voyais venir ce que tu dis là. Je lui ai offert de l'argent pour payer ses dettes, mais je n’ai pas voulu lui en offrir pour son voyage, afin qu’il n’aille pas trop loin. Ilen a un peu pour partir, mais il a aussi des bras, des jar1bes et une volonté que je n’aurais pas pu retenir.
—Prenez donc courage, ajouta l’oncle Petit. Ce n’est pas l’inconduite qui l'entraîne ; un homme comme celui-là revient toujours à ceux qu’il aime et, ce qui est encore mieux que ça, reste toujours digne de les aimer et d’en être aimé !
Avant de laisser aux larmes le temps de tarir leur effusion si légitime dans le silence du foyer délaissé, Ludwig Mullen reprit :
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