‹ Sur mer et sur terre [microforme]Chapitre 14 sur 26 · TT · texte numérisé non relu

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Je suis allé à bord d’un bâtiment qui revient de la Californie, Il y a deux cents passagers à bord, qui nous donnent de bonnes nouvelles de la place. Ils ont tous de l'or. II y en a qui sont partis depuis onse mois; ils ont des fortunes que j’ai vues moi-même. C’est encouragant. Ils disent que le climat de la Californie est bon, mais qu’il est dangereux de passer par Panama. Ilest difficile d'obtenir les passages ; il faut payer cinq piastres par jour de pension, et avoir au moins trois cents piastres à 82 disposition, me dit-on. Que personne d’autre ne parte de ches nous, avant que je sois rendu.

Je vous dirai les choses telles qu’elles sont. Je ne conseille à personne de venir le printemps ; ce n’est pas la bonne saison. Quatre passagers ont voulu me prêter de l'argent sans intérêt, afin seulement que je reste avec eux, Je n'ai pas accepté leur offre ; j'ai pensé que j'avais déjà assez de dettes au Canada. J'ai 1 la chance de me faire aimer de tout le monde et je suis bien. Notre capitaine est pour moi, et je vois bien que la Providence me protège. Ah!

si je peux jamais payer mes dettes ! J’envoie cette lettre par la malle de Halifax. Si nous sommes privés de nous voir, il ne faut pas l'être de nous parler au moins dans des lettres.

Vous aves plus d'avantage que moi ; vous recevez de mes nouvelles et je n’en ai aucune

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des vôtres, J'espère que vous êtes en bonne santé avec tous les

plus que jamais ainsi que toi, chère femme. Je

seulement de bien veiller sur votre santé à tous afin qu’il ne Manque plus personne à mon retour.

Je donne encore de si loin ma bénédiction à

mes chers enfants et vous souhaite à tous une * bonne année, Adieu !

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ILes BERMUDES, 25 janvier 1850.

Bien, non ! pas encore repartis d'ici. (Ce n'est pas moi qui mène le bâtiment ni règle les affaires du bourgeois. Depuis que je t'ai écrit ma dernière lettre, je n'ai pas cessé d'admirer le climat de ces Îles, à cette date. Aujourd’hui, je suis allé dans les champs cueillir des pois verts pour la soupe, et sentir les fleurs qui se tassent le long des clôtures. i

on y dit que les travailleurs sont introuvables à Francisco à dix piastres par jour. Est-ce

que je refuserai jamais dix piastres par jour, moi qui gagnais si peu à Kamouraska ? Pourtant, je ferai comme les aütres. Deux jeunes gens sont arrivés ; ils disent qu’ils emportent quatre cent mille piastres. Tout le monde à bord fait des projets. Moi aussi, je fais les miens. Premièrement, je gagne pour payer mes dettes et acheter une terre, tu sais ? près de l’église de Kamouraska, et je m'en retournerai tout de suite. Quand ? je ne puis le dire aujourd’hui.

Tu peux voir à quoi l’on s’amuse à bord du bâtiment. Nous sommes cent cinquante. Pour être franc avec toi, puisque je connais bien ta finesse, j’ajouterai que c’est à qui mentira le plus, je le crains bien. Je voudrais faire comme les autres, non pas avec toi «ais avec eux, et quoique je ne me défende pas trop mal pour un canayen du bord de l’eau, je t’assure que je ne peux pas les approcher. Je leur parle souvent d’Eusèbe ; mais il n’est pas ici et je ne trouve pas le moyen de me faire croire. Ah ! s’il venait seulement leur raconter son duel à Halifax, avec le Français qu'il avait frappé d’un grand coup de sabre à ras les épaules, et qui lui dit en blémissant :—“Tu fesses pas fort l”’ mais en voulant ensuite éternuer, se vit tomber la tête pa: terre, qui se trouvait coupée nette. Oui, je voudrais bien voir avec moi Eusèbe !

— nes ur, Notre bâtiment est prêt; nous allons partir ur- demain. Nous arrêterons à une couple de nes ports, avant d’être rendus, pour prendre des ent provisions fraîches. Je ne t'écrirai peut-être >» à Pas avant longtemps. Ne sois pas en peine. les : J'ai encore loin à naviguer pour arriver en er Californie, puisque je ne traverserai pas l’isthme rès de Panama. J'ai de bonnes raisons pour cela : ne= je ne suis pas assez riche et j'ai plus de peur d'y ire prendre les fièvres que de perdre la. vie sur l'océan autour de l'Amérique. C’est encore

du beau d’avoir pu gagner une partie de mon ur Passage et d’être libre de tout engagement en ta arrivant là-bas. Si jamais j’ai de l'argent ou de le l'or à ma disposition en quantité suffisante, m- dans ce temps-là je deviendrai exigeant et je 1x, Voyagerai avec les messieurs. J'ai encore trop ur de chance de pouvoir m'en aller comme si je ne je devais rien à personne. J'en remercie la Pront vidence.

ve Adieu encore !

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Autour des Amériques—Rio-de- Janeiro |

* MER DU SUD Ma chère femme,

: Me voilà rendu au Brésil, à Rio-de-Janeiro, où nous sommes arrivés le 3 mars tous en bonne santé. Je t’avais déjà écrit une première lettre qui devait s’en aller à terre ce matin ; mais voici ce qui est arrivé. Le marchand qui a vendu des vivres frais au capitaine est venu à bord en recevoir le prix. L'argent, deux cents louis, a été mis avec toutes les lettres des passagers dans un sac qui est accidentellement tombé à la mer. Il est au fond par quinse brasses d’eau avec ma pauvre lettre. Ces deux cents louis m'ont fait penser aux miens qui sont aussi au fond, sous un cap de Terre-Neuve avec mon’ pauvre Théodore; ce qui m’a conduit jusqu'ici.

On est allé à terre chercher des plongeurs ; mais j’ai appris à ne plus compter sur ce qui coule au fond de l’eau, et je recommence ma lettre comme j’ai recommencé ma vie.

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