‹ Sur Mérimée; notes bibliographiques et critiquesChapitre 46 sur 66 · Le Tcinjivminc de Toiilonbc, 10 aoùl · texte numérisé non relu

Le Tcinjivminc de Toiilonbc, 10 aoùl

Sri', AlKlllMKK. ii5

triljii. y) Ses parents morts, cette enfant levint en Espagne, fut quelque temps gitane, puis actrice, grâce à un imprésario qui devina son talent. « Pendant quelques années, Mintz Nadushka chanta sur les principales scènes d'Europe et d'Amérique et obtint de grands succès dans le rôle de Carmen. Puis elle disparut. Elle aurait été, nous dit-on, empoisonnée en Angleterre par des gjjpsics qui ne lui pardonnaient pas d'avoir trahi sa race et d'avoir chanté en gitane devant des étrangers. » Il y avait bien là-dedans quelques invraisemblances. Comment s'est appelée au théâtre cette actrice connue qui a chanté Carmen? Mais il faut passer quelque chose au roman-feuilleton, et celui-ci n'était pas sans saveur. La presse parisienne en parla'. Son auteur dut être bien étonné en lisant le Matin, du 2 1 août 1907. Mintz Nadushka y donnait un article, avec son portrait! Elle répétait la fable du Tclégranmie de Toulouse, et n'y ajoutait que peu de chose : son arrière-grand-père, ré])oux de Carmen, s'appelait \ aleo ((îarcia le Borgne dans le roman de Mérimée) ; don José ne s'appelait pas don .José, et les gitanos le maudissent encore sous le nom d'Issar Abgoa, c'est-à-dire « l'étranger qui porte malheur ». Quant à elle, elle avait survécu à l'empoisonnement, et, en épousant un journaliste français, était devenue Mme LéonH.... (.le la désigne ainsi, mais elle donnait son nom en toutes lettres^l

1. l'rlilcRci)i(bli<iiic, Ih août; Gil Blas el Maiin. I(i aoùl : lnlrniirili,iirc. 2\) noiit. CI", les ilossins d'Henriot, Les Pctils-fila des Itcros, dans Vllliishfilinn. l'i sei)lerabro 1007.

2. Mintz Nadushka, La rniie hisloire fie Conneu ruconU'e j.ar son arnèiepetile-fille, dans 1." Malin, 21 aoiit ItmT.

iiC< SUR MKKIMKK.

(Jii lui iiicic'dulc. On lui fit rcinaïqucr' que lous ces uoiiis iront rien ni d'espagnol, ni qui appartienne au dialecte des gitanos, et surtout on lui fit remarquer avec grande raison que le personnage de Carmen est certainement fictif et qu'il y a de sa non-existence un témoin qu'on ne saurait récuser : Mérimée. Une lettre de lui nous renseigne sur la genèse de son œuvre : ce n'est même pas en Espagne qu'il en a conçu l'idée! Le iG mai i845, un an avant que Carme/i ne vît le jour, il écrivait de Paris à la comtesse de Montijo : v Je viens de passer huit jours enfermé à écrire une histoire que vous m'avez racontée il y a quinze ans, et que je crains fort d'avoir gâtée. Il s'agissait d'un Jacques de Malaga, qui avait tué sa maîtresse, laquelle se consacrait exclusivement au public. Après Ars()nc Gidllot, je n'ai rien trouvé de plus moral à offrir à nos belles dames. Comme j'étudie les Bohémiens depuis quelque temps, j'ai fait de mon héroïne une Bohémienne...." » Et il priait sa correspondante de lui envoyer certain volume sur les gitanos, avec lequel il pût faire de la couleur locale et du pittoresque à coup sûr.

Vainement se produisit-il, en faveur des prétentions de Mme R..., un témoignage qui pourrait peut-être prouver quelque cliose s'il était revêtu de la moindre authenticité'. Vainement M. Léon R... vint-il renouveler les affirmations de sa femme avec promesse d'une

1. Georges Monlorgueil, La vraie hi-sloire de Carmen, dans ['Éclair, 29 août 1907. Cf. i: Intermédiaire, lOsoplembre 1907.

"2. Lcllrc communiquée par M. Auguslin Filon à M. Maurice Tourneux: voir la l'iélace fie réfl.ile Carmen «Pour les Ceiil Ijihiiophiles », Paris, 1901, pet. iu-4".

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