décembre 186H
'i. .M. Louis Barlliou, luiiiislre de;> Tr;i\au\ pulilics.
SUR MÉRIMKi:. ni
quelque chose à lire en ce pays antilittéraire. Lévy pourtant m'a envoyé le romande Flaubert [V lùlucation sentimentale, d'après la date de ces lettres inédites]. Hélas! ne remarquez-vous pas avec quelle monotonie les radicaux de la littérature suivent les préceptes de leur petite église ? A chaque scène son petit paysage, très minutieusement étudié, et toujours pris parmi ceux qui n'en valent pas la peine. Ce qui m'a le plus surpris de la part de M. Flaubert, qui en sait plus que legrev, c'est de trouver des fautes graves de français et des locutions d'une grossièreté inouïe. La bataille de Waterloo de Victor Hugo a mis à la mode ces mots qui n'avaient jamais été imprimés... »
Et voilà jugée une œuvre d'un très grand mérite, aujourd'hui trop oubliée, qui, avec une fin traînante et un réel excès de minutie descriptive, contient tant de choses exquises et, çà et là, des choses étincelantes. Et où sont donc les grossièretés ? Impossible d'imaginer critique plus malveillante ou plus étroite. L'auteur de Colo/iiba n'a rien, absolument rien compris au talent de ce roi du roman moderne, j'entends du roman constituant un genre littéraire et hautement littéraire, et je n'oublie pas Balzac en parlant ainsi. Disons-le franchement, une pareille incompréhension a de quoi surprendre. D'où vient-elle? D'où vient une si aveugle prévention contre une magie qui nous enchante ? De l'âge, oui, sans doute, pour beaucoup, mais aussi du caractère de Mérimée. II a deviné Bismarck, il a raillé Wagner, il a méconnu Flaubert. C'est qu'il était perspicace en politique, il n'était pas musicien, et, en littérature, il était surtout artiste. Un
ii4 SI R MKRIMEE
artiste, et plus encurc un artiste vieillissant, est ])orté à ne voir clans Tart que le genre ancjuel il s'est eonsaeré. Celui tic Mérimée était tout aristocratique. Les fauteurs des écoles nouvelles le choquaient comme des rcvolutii^nnaires. G étaient a les radicaux de la littéro.ture ». (^)u aurait-il dit de Maupassant, et de Zola, et de ceux de nos jours? Il est vrai que nos radicaux delà j)olirK|ue ne Tauraienl |)as moins efrarouché.
La « descendance de Carmen ».
L an passé, pendant les vacances, à lépoque où la « copie » se fait rare dans les salles de rédaction, un journal de province raconta une étrange histoire'. Je la résume. Carmen a existé. Elle s'appelait Ar Mintz Nadushka : Ar Mintz, en gitane, signifie V Indomptable, Nadushka est un nom de tribu. Elle eut une fille. Recueillie par des gitanos, cette fille épousa Jarko, chanteur réj)uté parmi ceux de sa race, et en eut une fille, qui s'appela Thiécla. Celle-ci s'éjirit d'un sousofficier de la garnison de Gibraltar, nommé Gresham ou Grasan. Elle quitta pour le suivre sa famille et sa tribu, et il l'épousa. <f Nous avons vu, disait l'auteur anonyme de l'article, une lettre où il annonçait à l'un de ses parents, établi en France, la naissance d'une fillette qui fut ap[)elée Mintz, comme son arriérei>rand'inère, et Nadushka, comme toutes celles de sa