CHAPITRE II
Le Peptonate de cuivre
Le premier essai de traitement de la tuberculose pulmonaire par les injections intraveineuses de peptonate: de cuivre a été tenté par M. le professeur Nolf, de Liége, dont il n’est pas inutile de rappeler les importants. travaux sur l’action de la peptone pure dans les maladies. infectieuses.
Après en avoir étudié les effets chez l’animal, il en préconisa l’emploi, chez l’homme, en injections souscutanées dans le traitement de l’hémophilie. Dans des cas de fièvre typhoïde s’annonçant comme devant être très graves, il utilisa les injections intraveineuses de peptone dans le but de faire disparaître le météorisme. À la suite de ces injections, il constata une amélioration très nette de l’état général, la disparition de l'excitation nerveuse, l’atténuation de la prostration, le retour de l'appétit, enfin une chute progressive de la température, qui descendit parfois de plus d’un degré. Une certaine polyurie se manifestant et la maladie semblant faire
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trêve, il y avait lieu de penser que l'effet antithermique n'était que l'expression de son influence antiinfectieuse. Cette action antiinfectieuse de la peptone en injections intraveineuses fut constatée encore dans des septicémies d'origine streptococcique. Elle n’est done pas spécifique et paraît consister en une stimulation des moyens de défense généraux de l'organisme. Mais il y à un sérieux intérêt à la combiner à des agents spécifiques pour leur propre compte, dont elle renforce ainsi les effets. Telle fut l'idée du Professeur Nolf, lorsqu'il associa la peptone à l’urotropine dans la fièvre typhoïde, au salicylate de soude dans les cas sévères de polyarthrite rhumatismale, enfin au cuivre dans le traitement de la bacillose. L'utilisation des propriétés thérapeutiques du cuivre en matière de tuberculose ne constitue pas une innovation. Depuis longtemps il a semblé évident que dans -de nombreux cas, l’exercice de certaines professions a paru favoriser l’évolution fibreuse de la tuberculose pulmonaire ; par l’absorption de la poussière de verdet, l’in- -dustrie du cuivre est du nombre. Certaines eaux minérales doivent leurs propriétés antiscrofuleuses à la présence des sels de cuivre: C'est ainsi que les eaux de Saint-Christau (Basses-Pyrénées), renfermant 0 gr. 0003 -de carbonate de cuivre par litre, conviennent admirablement dans les affections cutanées chroniques à marche torpide, d'origine tuberculeuse. En 1916, Gensabouro Kaga, de Tokio, a préconisé l'emploi chez les tuberculeux d'injections intraveineuses de cyanure de cuivre. Dans le traitement du lupus, des adénites cervicales, des tuber- -culoses cutanées rebelles, et même dans certains cas de tuberculose osseuse, Ellis a obtenu de nombreuses gué-
risons ou du moins des améliorations sensibles par la médication cuivrique, et il a été frappé de l’action destructrice élective qu'exercent ces sels sur les infiltrations tuberculeuses.
Le Professeur Nolf pensa qu'on augmenterait peutêtre l’efficacité de cette médication cuivrique en lui associant la peptone en mélange intime. A l'effet d'éviter le danger que présenterait l'injection d’un sel de cuivre introduit dans la circulation, il fit dissoudre de l’hydrate cuivrique à saturation dans une solution à 10 % de peptone et ainsi fut constitué le peptonate de cuivre (contenant 1 % d'hydrate cuivrique).
Technique et contre-indication. — Il ne convient d’injecter aux malades par voie intraveineuse qu’un centimètre cube de cette solution, dose peu élevée de par sa teneur en peptone et de par sa teneur en cuivre, dix fois inférieure à celle que peut supporter l’homme sain. L'injection doit être renouvelée tous les deux jours. Le traitement est applicable aux tuberculeux cracheurs de bacilles et fébricitants. L'hémoptysie ne constitue pas une contre-indication formelle, du moins quand elle se borne à l’expulsion de quelques crachats hémoptoïques, mais il est préférable de s'abstenir, si elle devient
abondante.
Avant d'aborder l'étude des observations, nous tenons à adresser nos respectueux remerciements à M. Wolf, ‘Pharmacien de l’Hospice du Perron, -qui a bien voulu préparer les solutions de peptonate de cuivre nécessaires au traitement des malades de l'Hôpital de Saint-Genis-
Laval.
RTS
OBSERVATION VIT (résumée)
(Hôpital de Saint-Genis-Laval, service de M. le Docteur PIÉRY)
P..e Aimable, 21 ans.
Entré le 20 février 1920.
Sorti le 3 juillet 1920.
Bacillose péritonéale fibro-caséeuse Bronchite généralisée avec absence de bacilles de Koch dans l’eæpectoration
Le malade toussait déjà depuis longtemps, mais continuait quand même à faire son service. Hospitalisé pour la première fois le 20 février 1920.
A l'entrée, teint terreux, sujet amaïigri. Poids, 47 kil. 200.
Poumon droit : Vibrations exagérées au sommet avec sibilances très marquées en arrière.
Poumon gauche : Submatité en arrière. Râles sibilants nombreux.
Toux. Expectoration abondante muco-purulente, ne contenant pas de bacilles de Koch.
Abdomen tendu et douloureux. Météorisme avec présence de liquide révélé par le signe du flot et la matité mobile des. flancs.
Appétit médiocre. Constipation. :
Température entre 36°9 et 39°3, mais s'abaissant quelques: jours après son arrivée, à 38°2. Pouls : 112.
Le 18 mai 1920 : On commence une série de dix injections intraveineuses de 1 centimètre cube de solution de peptonate de cuivre.
Pas de modifications {thermiques après les deux premières: injections. A partir de la troisième, la température atteint 38°4 le soir de chaque injection. Les autres soirs, elle ne dépasse pas 37 ou 37°5.
Le 7 juin: La dixième injection a été pratiquée. Période d'arrêt jusqu'au 17 juin.
La température oscille alors entre 37° et 37°6.
Le 17 juin : Nouvelle série de six injections.
= Où —
Le 3 juillet, le malade quitte l'hôpital, proposé pour une réforme n° 4. Le taux de l'incapacité de travail est évalué à 100 %.
L'état général s'est amélioré. Les sueurs nocturnes sont abondantes, mais irrégulières. Augmentation de poids (49 kil. au lieu de 47 kik 200).
Aux poumons, on perçoit toujours quelques râles sibilants disséminés. Frottements pleuraux aux deux bases. Expettoration minime.
Abdomen diminué de volume. Appétit médiocre, Pas de vomissements, Selles régulières.
OBSERVATION VIII (résumée)
(Hospice du Perron, Infirmerie des Sœurs, Service de M. le Dr PIÉéRY)
Sœur G.…, 26 ans.
Entrée le 17 octobre 1919.
Bacillose pulmonaire commune à prédominance caséeuse. Caverne volumineuse ou pneumothoraæ localisé du sommet gauche. Poussée évolutive du sommet droit.
Le 13 décembre 1919, on commence à pratiquer tous les deux jours une injection de 4 centimètre cube de peptonate de cuivre, 20 injections.
La température qui, jusque-là, malgré la cryogénine, atteignait 39°, tombe à 38°4 après la troisième injection, remonte à 39° après la sixième, pour retomber à 38°4 le 20 janvier, date à laquelle se termine la série d’injections.
En février : Température oscillant entre 37 et 38°.
Le 26 février, nouvelle série dë vingt injections, qui se terminera ie 40 avril. Le soir de la première injection, la température atteint 39°3, mais se maintient à 38° les autres soirs.
A partir du 17 mars, ascension à 38°8 pendant six soirs consécutifs, 38° le matin. Puis 38°3 le soir de la dernière injection. À ‘partir d'avril, la température oscille entre 38° €t”50°,
Amaigrissement considérable. Anorexie. Expectoration muco-