INTRODUCTION
Jusqu'à ce jour, de nombreuses médications ont été: proposées dans le traitement de la tuberculose pulmonaire. Sitôt la découverte du bacille de Koch, les recherches se sont portées tout d’abord sur les tuberculines. et les sérums. Si les uns et les autres ont à leur actif quelques succès, il n’en est pas moins vrai qu’ils comptent aussi de très nombreux échecs. L'irrégularité de: leur action et aussi le danger de leur emploi ont incité. les chercheurs à se tourner vers d’autres méthodes, notamment vers la chimiothérapie.
Le but de cette nouvelle forme de traitement est double : tout d’abord, détruire l’agent pathogène, s'attaquer à sa carapace adipo-cireuse, qui l’isole si bien des agents vulnérants ; en même temps, surexciter les défenses naturelles de l'organisme inhibées par les toxines, en modifiant le terrain sur lequel le bacille évolue.
Parmi les essais plus ou moins encourageants de chimiothérapie, nous pouvons signaler ceux tentés par les: sels d'argent, les sels d’or, l’urotropine, les corps radioactifs (radium, thorium, mésothorium, uranium), les: sucres, l’iode à hautes doses, les sels de cuivre, les sels de terres rares, le manganate calcico-potassique.
Au cours de ces derniers mois, guidé par les précieux.
MO
conseils de M. le Professeur agrégé Piéry, qui a bien voulu nous permettre l’accès de l'hôpital complémentaire 67 de Saint-Genis-Laval (Rhône), il nous a été possible d'étudier quelques-unes de ces médications nouvelles.
Nous nous proposons dans ce travail d'exposer et de comparer les résultats obtenus, nous efforçant, du moins nous l’espérons, de ne rien négliger des mesures de pru- -dence qu’impose une pareille étude.
En thérapeutique antituberculeuse, cette appréciation des résultats est en effet des plus malaisées. Les causes d'erreurs sont nombreuses et bien souvent l'illusion intervient dans une large mesure. L'opinion du plus sincère se trouve ainsi faussée, ce qui explique la vogue momentanée de certaines médications peu à peu délaissées par la suite de ceux qui, tout d’abord, les avaient tant vantées et dont la bonne foi ne saurait être mise en doute. :
On oublie souvent que la tuberculose pulmonaire commune à pour caractéristique essentielle d'évoluer par poussées aiguës ou subaiguës, entrecoupées de périodes de rémission et d’accalmie. Si, en pleine période de -décroissance d’une de ces poussées évolutives, à la phase -de cicatrisation de la caverne, par exemple, le médecin intervient par une thérapeutique quelconque, les résultats obtenus seront toujours satisfaisants; dans ce cas les modifications observées, telles que la diminution de la toux et de l’expectoration, l’abaissement de la température, n'auraient pas manqué de se produire sans le secours d'aucune médication particulière. Si, au con- -traire, l’action thérapeutique porte au début de la poussée
|. —ti — “évolutive, à la phase d'infiltration par exemple, les effets constatés auront une valeur toute différente et donneront une idée beaucoup plus juste de la médication étudiée.
Il convient également de ne pas faire porter ses observations sur ces formes bénignes que le traitement le plus simple (le repos, la cure d'air) est susceptible d'améliorer et même de guérir. Pour cette même raison, il ne faut pas se faire une opinion trop arrêtée sur la guérison de -ces formes cliniques, dites « de début » dont bien souvent les signes correspondent à une lésion presque toujours guérie ou sur le point de l'être. En effet, on oublie souvent que « les signes de début de Grancher se rapportent en réalité à une forme de tuberculose pulmonaire, dite tuberculose abortive de Bard ou aux reliquats -de pleurite tuberculeuse récidivante. » (1).
Dans de pareilles formes, les propriétés spécifiques ‘d’une médication antituberculeuse ne peuvent être affirmées. Bien différente serait l'opinion des thérapeutes si les mêmes résultats favorables étaient aussi indiscutables en présence de cas évolutifs à pronostic particulièrement sévère, comme, par exemple, ces cas de phtisie galopante, à issue fatale si rapide. C’est pourquoi, recher- -chant ce caractère de spécificité dans les substances, qui font l’objet de ce travail, nous avons fait porter nos ‘examens, sinon sur de telles formes, du moins sur des -cas, où les examens cliniques, radiologiques et bactériologiques avaient prouvé l'existence de lésions évolutives en période d'activité.
(4) M. Prérx: L'appréciation des résultats dans le traitement de la “tuberculose pulmonaire, Lyon Médical, 19 avril 1914.
Nous tenons à signaler que, pendant toute la durée deleur traitement, les malades observés n’ont été soumis à l’action d'aucune autre médication.
Le plan de ce travail est le suivant :
Nous commencerons par l'étude du manganate calcico-potassique, puis nous aborderons celle du peptonate de cuivre, enfin celle des sulfates de terres rares.
A la fin de chacun de ces chapitres, trouvera place une courte analyse de quelques observations résumées, dues à l’obligeance de M. le Professeur agrégé Piéry, et concernant quelques-uns de ses malades de l'hôpital complémentaire 67 de Saint-Genis-Laval (Rhône).
Un dernier chapitre sera consacré à une étude d’ensemble de la valeur curative des trois médications employvées.