‹ Sur quelques MyrionémacéesChapitre 16 sur 22 · ASCOCYCLUS HISPANICUS nov. Sp · texte numérisé non relu

ASCOCYCLUS HISPANICUS nov. Sp

J'ai recueilli celte plante à Rivadeo (Espagne), le 18 octobre 1895, sur plusieurs bulbes âgés de Saccorhiza bulbosa. Elle formait des taches d’un brun foncé, presque noir, lrès denses, à bords arrondis, mais irréguliers dans leur forme générale; certaines mesuraient seulement quelques millimètres de diamètre, d’autres atteignaient 1-2 centimètres, mais peul-être par la confluence de plusieurs taches. Je l'ai rencontrée dans la même localité sur quelques frondes vieilles de Fucus serratus et sur l'Himanthalia lorea.

Le thalle rampant adhère très fortement au substratum, se moule sur ses irrégularités, et en entraine souvent une parle

quand on cherche à le détacher. Aussi, je n'ai pas réussi à soulever la partie périphérique ; la figure 26, À, montre une portion du thalle rampant adulle, vu de dessous ; il est dense, serré, en files régulières de 8-10 y de largeur, et rien ne fait supposer que son accroissement périphérique soit

Fig. 26. — Ascocyclus hispanicus (sur Saccorhiza bulbosa, Rivadeo, octobre 1895). — À, Thalle rampant vu de dessous (Voy. le texte); B, File radiale très jeune; à droite, les futurs filaments dressés n’ont encore qu’une seule cloison trausversale, à gauche ils en ont deux ; deux ascocystes; C, D, Files radiales jeunes avec des sporanges pluriloculaires, les uns pleins, les autres vidés ; E, F, Files radiales d'âge moyen, le poil dessiné en E est encore jeune (A à F, Gross. 300 ; les ascocystes sont indiqués par un pointillé uniforme).

différent de celui des Myrionémacées étudiées précédemment. Le thalle dessiné, enlevé à l’aide du rasoir, n’est valable, en somme, que pour montrer la largeur et la disposition des files radiales; la longueur des cellules y est en effet moindre que sur les autres dessins de la figure 26 ; le rasoir

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a dü trancher les cellules rampantes parallèlement à leur base, et laisser voir la cellule basilaire des filaments dressés.

Le thalle rampant est monostromatique, parfois diplostromatique, ou plus exactement d'apparence diplostromalique, par la soudure des bases des filaments dressés. Les files radiales ne se laissent isoler que sur une faible longueur, elles se brisent par la dissection, l’adhérence entre les cellules successives d'une même file n'élant pas plus grande que celle entre les files radiales contiguës.

Les cellules rampantes très jeunes, de 20-35 & de longueur, poussent chacune 2-3 protubérances conliguës et simultanées, qui s’en séparent bientôt par une cloison; elles en forment une seule si leur longueur correspond seulement à la largeur d’un filament dréssé (fig. 26, B, C). Certaines de ces protubérances deviendront un ascocysle, soit directement, soit après avoir pris une cloison transversale basilaire. Il est à remarquer que le premier développement des ascocystes de lAscocyclus hispanicus est simultané de celui des futurs filaments dressés, à l’inverse de ce qui se passe chez d’autres espèces du genre où il est beaucoup plus précoce.

Les filaments dressés s’allongent, deviennent assez régulièrement cylindriques, en restant très serrés les uns contre les autres, car on ne voil point de cellule rampante stérile (Gg. 26, E,F; fig. 27). L'accroissement en longueur m'a paru se faire constamment aux dépens de la cellule terminale. Ils mesurent 10-14 x de largeur, souvent 10-12 &. Sur les filaments adultes (fig. 27), la hauteur des cellules du sommet est égale à la largeur ou moindre; la hauteur des cellules de la base est 1 1/2-2 fois la largeur. Les filaments dressés sont régulièrement nivelés du centre de la plante à sa périphérie; les plus longs que J'ai mesurés alteignaient 220-240 w. J'ai dit plus haut qu'en détachant des fragments de la plante, on enlève souvent en même temps des portions du substratum ; lorsqu'on cherche ensuite à isoler les files radiales par

la dissection, il est fréquent que la cellule rampante reste adhérente au substratum, de sorte que les filaments dressés ne semblent plus nés deux ou trois à la fois sur une même cellule.

Les filaments dressés restent simples. Parfois, cependant, ils portent, à une hauteur variable, une courte branche, qui

Les

Fig. 27. — Ascocyclus hispanicus (sur Saccorhiza bulbosa, Rivadeo, octobre 1895). — À, Anomalies des filaments dressés ; B, C, Portions de files radiales adultes montrant l’état sous lequel on les voit le plus souvent, avec ascocystes plus courts que les filaments dressés, sporanges pleins et sporanges vidés plusieurs fois emboîtés ; D, Portion de file radiale adulte montrant le cas exceptionnel d’un ascocyste longuement pédicellé (A à D, Gross. 300 ; les ascocystes sont indiqués par un pointillé uniforme).

se termine dans la plupart des cas par un sporange {fig.27,A) ou exceptionnellement par un ascocyste (fig. 27, D).

Chaque cellule renferme un unique chromatophore en lame irrégulière. Parfois, il se tient au milieu de la cellule et montre alors toule sa surface, mais d’autres fois, et surtout dans les cellules inférieures, ilest appliqué contre le plafond de la cellule et a l'apparence d’un simple trait brun transversal.

Les poils sont rares, et parfois même semblent manquer.

Ils atteignent 1-2 millimètres de longueur. Ils naissent soit direétement sur le thalle rampant, en même temps que les filaments dressés, soit latéralement sur les filaments dressés ou à leur extrémité. Je me suis plusieurs fois rendu compte. par l’existence de la gaine, qu'ils étaient d’origine endogène, mais le fait est plus difficile à constater quand ils naissent au sommet d’un filament, car ils remplacent alors un ou plusieurs sporanges vidés. Leur cellule inférieure est plus allongée que dans la plupart des Myrionémacées. La largeur des cellules adulles est de 10 w et leur longueur de 140-160 vw.

Comme nous l'avons dit, les ascocystes apparaissent en même temps que l'ébauche des filaments dressés, et ont la même valeur morphologique. Pendant quelque temps, ils s’allongent avec la même rapidité que les filaments dressés (fig. 26, B, C, D,E), de telle sorte que leur sommet se mainlient au niveau du sommet de ceux-ci. Plus tard, ils s’arrêlent et se laissent dépasser par les filaments dressés (fig. 26, F, et fig. 27). Généralement isolés, distribués sans ordre, on en trouve parfois plusieurs à la file. Ils sont cylindriques, à sommet arrondi. Dans les parties adulles, leur longueur varie de 35 à 85 , souvent de 50 à 70 w,, el leur largeur de 13 à 20 uw, souvent de 15 à 18w. Leur paroi uniforme, incolore, a la même épaisseur que celle des filaments dressés. Leur contenu homogène, tannifère, est brun pâle chez les uns, brun foncé chez les autres, sans que celte coloration soit en rapport avec l’âge ; il est solide sur les exemplaires conservés dans l'alcool; 11 m'a semblé sécrété sur place, el non un produit de migration comme dans le Wyrionema vulgare. La cellule terminale de certains filaments dressés, sans se modifier dans sa forme, renferme une maüère brune identique, mais le fait est assez rare; ceci correspond à ce que nous avons vu chez plusieurs Myrionémaceées.

Bien que j'aie fait de nombreuses préparations, j'ai vu seulement deux cellules renflées qui sont peut-être des spo-

ranges uniloculaires; elles étaient plus piriformes que les ascocystes; leur contenu protoplasmique, contracté par l'alcool, n’en occupait pas toule la cavité. Je ne les ai pas dessinées, parce que je ne suis pas certain de leur nature.

Les sporanges pluriloculaires sont‘abondants. [ls apparaissent de très bonne heure, alors que les filaments dressés voisins son{ encore à l’état débauche (fig. 26, C, D), mais ils sont {oujours moins nombreux que ceux-ci, et ont la même valeur morphologique. Leurs dimensions sont alors irès faibles, et j'en ai mesuré de 15-20 y sur 10-14 %; ils sont divisés par des cloisons transversales et longiludinales, et la hauteur des zoospores incluses est de 4-5 v, comme dansles sporanges de grande taille; des filaments dressés les remplacent après la déhiscence.

Dans les régions de la plante où les filaments dressés ont une hauteur moyenne (fig. 26, E, F), les sporanges sont peu nombreux; ils deviennent au contraire abondants dans les régions adultes et s’y succèdent avec une très grande rapidité. Ils sont en effet portés au sommet des filaments dressés, mais on les y trouve entourés de la dépouille de sporanges aulérieurs, ceux-ci étant parfois au nombre de 5 ou 6; tantôt, on trouve la trace de la membrane d’un sporange vidé au niveau de plusieurs des cloisons transversales qui séparent les cellules superposées d’un filament dressé ; tantôt, toutes ces membranes s'emboîlent exactement, et alors les sporanges deviennent de plus en plus étroits. Tandis que les sporanges bien formés sont longs, cylindriques, oblus, de 60-90 w sur 13-18, à aeux ou plusieurs zoospores sur une même ligne transversale, ceux qui se développent en dernier lieu sont bizarres et difformes et il en pousse parfois deux et même trois au sommet d’un même filament. La membrane des sporanges vidés est molle, flasque, déformée; la trace des cloisons des logettes est à peine visible.

J'ai dit précédemment que la dissection de l’A scocyclus hispanicus élait assez difficile; celte difficulté est fréquem-

ment augmentée par la présence d’un minuscule £ctocarpus dont les filaments rampants circulent librement entre les filaments dressés de l’Ascocyclus, ou exactement appliqués, ou même adhérents, sur leurs cellules inférieures. Les filaments dressés sont parallèles à ceux de la plante hospitalière. Lorsque les filaments rampants ne sont pas appliqués contre les cellules inférieures de lAscocyclus, ils envoient vers le bas des prolongements rhizoïdes fixateurs. Les filaments dressés sont plus étroits et plus espacés que ceux de l’Ascocyclus ; approximativement cylindriques au début, ils se prolongent ultérieurement en pointe.

J'ai remarqué cet Ectocarpus sur les individus étudiés sur les trois substratums précédemment cités. Il serait inléressant à rechercher sur des Asc. hispanicus récoltés en d’autres localités.

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