ASCOCYCLUS SPHŒROPHORUS NOV. SP
À ma connaissance, cette plante n’a été signalée par aucun auteur; elle n’est cependant pas rare sur le RAodymenta palmata, et je ne doute pas qu'on la retrouve dans de nombreuses localités. Je l’ai vue sur des Rod. palmata récoltés à Cherbourg par Thuret, le 19 août 1857; à Saint-Malo par M. Bornet, le 7 août 1872; à Saint-Vaast-la-Hougue par M. Gomont, en septembre 1896, et par M. Vaney, le 18 août 1897, et à Roscoff par M°° Karsakolf, le 9 octobre 1897. L'Ascocyclus sphærophorus vit sur les mêmes thalles que le Myrionema vulqare, V Hecatonema maculans et le Chlionema Nathaliæ; il peut être en moindre quantité ou prédominant. Les taches qu'il forme, souvent de 2-3 millimètres de diamètre, atteignent parfois 5-6 millimètres ; elles sont isolées ou confluentes entre elles ou avec les espèces précédentes. Tandis que le Myr. vulgare et V'Hecatonema maculans sont généralement pâles, grisâtres, sur les Æodymenia conservés dans l'alcool, l'Ascoc. sphwærophorus est toujours d’un brun
Fig. 28.— Ascocyclus sphærophorus (sur Rhodymenia palmata, Cherbourg, 19 août 1857). — A, Portion périphérique du thalle rampant, face inférieure ; B, Réparation latérale d’une blessure; les cellules d'une file radiale rampante se ramifient perpendiculairement à sa direction ; C, D, Portions périphériques de files radiales jeunes ; les poils sortent de leur gaine; E, F, Etats un peu plus avancés, les cellules rampantes se sont divisées parallèlement à leur base, mais les filaments dressés ne sont pas encore indiqués ; G, Début des filaments dressés ; on voit que les poils et les ascocystes ont déjà atteint leur taille définitive; B, J,K, États plus avancés que G (A à K, Gross. 360 ; les ascocystes sont indiqués par un pointillé uniforme).
plus ou moins foncé à cause de ses nombreux ascocystes remplis du composé lannifère que nous avons déjà eu sur plusieurs des plantes précédentes. -
Le thalle rampant se cloisonne comme dans les mr précédentes (fig. 28, A). Au pourtour des individus adultes, il se produit souvent des irrégularités par suile de lavortement de certaines files radiales et de leur remplacement par d'autres qui se ramifient abondamment. Mais, dans les parlies plus anciennes de ces mêmes thalles, les files radiales sont d’une parfaite régularité et mesurent alors 8-9 y de largeur. L'épaisseur de ces cellules est souvent de 12-14 p. Leur mulliplication normale se fait par le cloisonnement de la cellule de méristème, mais parfois de nouvelles cloisons, perpendiculaires à la direction des files radiales, se produisent ultérieurement ; on le constate lorsque celte cloison apparait après que la cellule rampante s’est divisée en deux cellules superposées par un cloisonnement précoce, parallèle à la base (fig. 28, G; fig. 29, À, B, E).
La figure 28, B. montre un exemple très net de réparation d'une blessure ; une file radiale, mise à nu latéralement, a développé de ce côté, perpendiculairement à sa direction, plusieurs branches serrées et ramifiées qui ont une tendance manifeste à reconsliluer le thalle rampant endommagé. Je n'ai Jamais vu d'individu ocellé.
Les poils sont nombreux et se développent de très bonne heure (fig. 28); on suit facilement tous les stades de leur origine endogène, et leur gaine très nelte est persistante (fig. 29). Ils atteignent 1-2 millimètres; la largeur des cellules adultes est de 8-10 y et leur hauteur 90-140 ue.
Les ascocystes se développent en même temps que les poils et avant les filaments dressés ; ils s’isolent de la cellule rampante par une cloison en verre de montre plus ou moins régulière, qui apparail presque toujours sur des cellules très Jeunes (fig. 28, C, D, E, F) encore simples; plus tard, la cellule rampante peut se diviser perpendiculairement à sa base, et l’ascocyste est porté par deux cellules
(fig. 28, G, H) ou même par trois cellules si ce cloisonnement se renouvelle (fig. 28, J, K; fig. 29).
Les ascocystes sont des cellules sécrétrices ; leur contenu homogène, brun jaunâtre ou brun grisâtre dans les parties jeunes, se fonce souvent avec l’âge ; il est produit par l'as-
Fig. 29. — Ascocyclus suhærophorus (sur Rhodymenia palmata, Cherbourg, 19 août 1851). — A, B, Deux portions de files radiales, de même àge, l’une à sporanges pluriloculaires, l’autre sans sporanges; C, État plus âgé que B, quatre sporanges sur six se sont accrus dans la cavité d’un sporange vidé; D, Portion âgée d’une file radiale, les filaments dressés sont devenus de taille assez inégale; E, File radiale montrant qu'en certains points les ascocystes peuvent être plus nombreux que les autres productions dressées, — F (/bid.. Saint-Vaast, septembre 1896). Deux ascocystes âgés se sont divisés en deux cellules superposées, et la cellule supérieure pousse un prolongement semblable à un filament dressé mais plus étroit (A à F, Gross. 300 ; les ascocystes sont indiqués par un pointillé uniforme).
cocyste même el non par la cellule rampante qui le supporte. Sur les exemplaires conservés dans l’alcool, ce contenu varie d'aspect: il remplit parfois toute la cellule, d’autres fois il est contracté vers le centre de l’ascocyste, en une masse irrégulière ; j'ai souvent remarqué que sur un même exem-
plaire il restait homogène el remplissait toute la cellule dans les parlies Jeunes, tandis qu'il élait contracté dans les parties adultes. Ils sont globuleux, ovales, parfois à peine plus hauts que larges, et c’est leur forme qui a fait donner le nom de sphærophorus à l'espèce. Leur hauteur varie de 20-35 u et leur largeur de 13-20 v.
Naissanlavant les filaments el les sporanges, ils sont d'abord saillants (fig. 28, G), mais, plus tard, ils restent plus courts que les productions dressées qui les environnent (fig. 29). L'épaisseur uniforme de leur membrane est la même que celle des autres cellules ; cependant, j ai observé plusieurs fois des ascocystes dont la paroi supérieure était dédoublée, sans déformation extérieure, mais la portion interne s’infléchissait légèrement en verre de montre dans la cellule. C’est la seule modification que j'aie vue sur le plus grand nombre des exemplaires étudiés, et ces ascocystes ont l'apparence de simples réservoirs, de cellules mortes. Toutefois, une modification remarquable s'était produite sur les exemplaires âgés récoltés en septembre, à Saint-Vaast, par M. Gomont : la plupart des ascocystes étaient dans l’état décrit précédemment, mais un bon nombre d'entre eux avaient pris une cloison transversale ou oblique située dans la moitié supérieure de l’ascocyste, et s'étaient prolongées en un étroit filament dressé (fig. 29, F). Les ascocystes sont donc des cellules vivantes.
Les cellules rampantes qui donneront une production dressée, filament ou sporange, se divisent d’abord par une cloison parallèle à la base, plus ou moins profonde, de sorte que les jeunes files radiales paraissent çà et là diplostromaliques, aspect qu'elles gardent parfois à l’élat adulte. De même que chez le Myrionema vulgare, l'abondance des filaments dressés de l’Ascocyclus sphærophorus est très variable. Sur les exemplaires de Cherbourg, on trouvait des files radiales où les seules productions dressées étaient des poils, des ascocysles et des filaments (fig. 28, J, K; fig. 29, À, E), et d’autres, où elles étaient mélangées à des sporanges plu-
riloculaires (fig. 29, B, C, D). Mais sur les exemplaires récoltés dans les autres localités, les filaments dressés étaient remplacés par des sporanges pluriloculaires, et c’est seulement plus tard, sur les individus âgés, qu apparaissent les filaments dressés, entourés par la dépouille des sporanges.
Les filaments dressés jeunes ont une taille assez uniforme ; plus tard, ils sont plus irréguliers (fig. 29, D). Leur longueur varie de 50-85 », plus souvent de 50-65 ; leur largeur est de 10 v, et la hauteur des cellules est à peu près égale à leur largeur. |
Je n'ai point vu de sporanges uniloculaires. Les sporanges pluriloculaires sont au contraire abondants; ils sont moins larges que la cellule qui leur sert de base, et mesurent 30-554 de hauteur sur 10-14: des cloisons lransversales les séparent en logettes de 4-5 » de hauteur, parlois divisées par une cloison longitudinale, plus souvent par une cloison oblique. Un sporange vidé est généralement remplacé par un aulre qui pousse dans sa cavité sans allonger son pédicelle, parfois aussi par un filament dressé, et il est fréquent que plusieurs sporanges s’emboîlent. On voit parfois des files radiales âgées dans lesquelles les seules parlies vivantes sont les cellules rampantes et les ascocystes ; entre ceux-ci, chaque cellule rampante porte plusieurs dépouiiles de sporanges emboîlés. |
J’ai mentionné, à propos de l’Ascocyclus hispanicus, V'existence d'un pelit Æctocarpus cireulant entre ses filaments. La même chose se produit avec l’Ascocyclus sphærophorus : on y trouve même plusieurs espèces de parasites, et l’une d'elles adhère si bien par son thalle rampant aux cellules inférieures de l’Ascocyclus, qu'elle pourrait induire en erreur.
Les deux espèces d'Ascocyclus que j'ai décrites sont nettement distinctes l’une de l’autre. Dans un prochain Mémoire, je montrerai qu’elles sont bien différentes aussi de l’Ascocyclus orbicularis. Je donnerai en même temps la diagnose des plantes étudiées dans ce premier Mémoire et la descriplion de quelques autres Myrionémacées.