SECONDE PARTIE
Tous les chlorures doubles que j'ai préparés en combinant le chlorure de lithium avec les chlorures de manganèse, fer, nickel, cobalt, cuivre, cadmium, étain présentent des propriétés communes.
Tous ces séls contiennent de l’eau de cristallisation.
Ils sont tous dissociables par l’eau, stables en présence d’un excès d’un de leurs composants, le chlorure de lithium.
Ils ont la coloration du chlorure anhydre du métal qui entre dans leur composition :
Le chlorure double de nickel et de lithium est jaune.
Le chlorure double de cobalt et de lithium est bleu.
Le chlorure double de cuivre et de lithium est rouge rubis.
La chaleur les décompose en donnant naissance soit à un oxychlorure, soit à un oxyde du métal qui entre dans la combinaison.
Si l’on ne compare entre eux que les quatre premiers chlorures doubles obtenus avec les métaux appartenant à la série magnésienne, manganèse, fer, nickel, cobalt, on est frappé par la grande analogie que ces composés présentent.
Tous ces chlorures ont une formule identique : 2MCI, L1Cl, 6HO; ils sont tous dissociables par l’eau, contiennent tous la même quantité d’eau de cristallisation. Ils sont tous efflorescents dans une atmosphère sèche et tous décomposables par la chaleur.
Les cristaux des chlorures doubles formés par la combinaison des chlorures de manganèse ou de fer avec le chlorure de lithium sont identiques.
Les sels formés par la combinaison des chlorures de manganèse, de fer, de nickel ou de cobalt avec le chlorure de lithium cristallisent dans le même système.
Les chlorures doubles de la série magnésienne à base de lithium sont donc isomorphes et ont entre eux les plus grands rapports, comme on l’a
déjà observé pour les sulfates doubles appartenant à cette même série de métaux.
Ces résultats viennent confirmer les vues théoriques émises à propos de l'isomorphisme des sels doubles formés par les métaux de la série magnésienne.
Hautz avait déjà tenté de vérifier cette théorie avec les chlorures doubles de cette série à base d’ammoniaque.
Dans ses expériences, dont les résultats sont exposés dans la première Partie de ce travail, à côté des chlorures doubles de lithium correspondants, il a obtenu deux séries de sels, l'une répondant au type 2M CI, AzH*CI, 12H0O qu'il avait pu préparer avec les chlorures de magnésium, de nickel et de cobalt: les autres au type 2MCI, AzH'CI, 4HO, qu'il a préparés avec les chlorures de magnésium et de manganèse.
Les résultats obtenus par Hautz ne montrent pas aussi clairement que les miens l'analogie du chlorure double de la série magnésienne entre eux. Ils semblent diviser en deux séries cette classe de composés qui doit être unique; ceci lient sans doute à ce qu'il n’a pu obtenir qu’une partie des composés appartenant respectivement aux séries du type
2M CI, AzH*CI,12HO et 2MCI, AzH'CI, 4HO.
En étudiant les chlorures doubles à base de lithium du type 2MCI, LiCI, 6HO,
j'ai pu réussir à obtenir presque tous les chlorures de cette série, et tous ceux que j'ai pu analyser répondent tous à la même formule.
Cette série serait complète si javais pu isoler et faire cristalliser le chlorure double de lithium et de magnésium. Mais ce chlorure double est tellement déliquescent qu’on ne peut l’isoler, et ses composants se dissocient si facilement, qu’on ne peut même le faire cristalliser qu'en concentrant la liqueur dans une atmosphère saturée d'acide chlorhydrique. On peut cependant supposer avec vraisemblance qu’il répond à la même formule et qu’il est isomorphe avec les autres sels doubles de la série magnésienne que J'ai obtenus.
Jusqu'à présent, on avait supposé que les chlorures doubles formés avec le lithium devaient posséder la même propriété, la même formule et le même aspect que ceux à b:se de potassium. Cette supposition ne s’est pas trouvée réalisée dans les composés à base de lithium que J'ai obtenus. En général, les chlorures doubles potassiques décrits renferment 1 équi-
valent de chlorure métallique pour 1 équivalent de chlorure de potassium; ils sont anhydres ou contiennent 1 ou 2 équivalents d’eau: ils ont la couleur du sel métallique hydraté, affaiblie cependant par la présence du chlorure alcalin.
Les chlorures doubles formés avec le lithium, au contraire, contiennent tous une certaine proportion d'eau de cristallisation et ont tous 2 équivalents de chlorure métallique pour 1 équivalent de chlorure de lithium. Ils ont, en outre, la couleur du chlorure métallique anhydre.
Ces composés se rapprocheraient plutôt des chlorhydrates de chlorure des métaux qui entrent dans leur composition.
On doit considérer un chlorhydrate métallique comme un véritable chlorure double dans lequel l'hydrogène joue le rôle d’un métal.
Ces chlorhydrates de chlorure sont très difficiles à obtenir cristallisés.
Ils se décomposent avec la plus grande facilité et ne sont stables que dans certaines conditions. Toutes ces propriétés ne permettent de les obtenir purs qu'avec grande difficulté et peuvent faire naître des incertitudes sur leur composition; pourtant on a pu en obtenir et en analyser un certain nombre. Comparons les chlorhydrates de chlorure avec le chlorure double de lithium du même métal :
Le cuivre donne un chlorhydrate de chlorure décrit par Engel répondant à la formule 2Cu CI, UCI, 6HO; ce sel est rouge grenal et dissociable par addition d’eau. Ce composé ressemble par sa coloration et ses propriétés au chlorure double de cuivre et de lithium : il n’en diffère que par sa formule, par 1 équivalent d’eau.
M. Engel atiribue la coloration bleue des solutions de chlorure de cobalt, chaudes, à la formation d’un chlorhydrate de cobalt. Ce composé a été obtenu par M. Sabatier () qui n’en a pas fait l'analyse; il se comporte comme le chlorure double de lithium et de cobalt et, d’après des considérations théoriques, M. Engel arrive à conclure que la formule probable est précisément 2CoCl, HCI, 6HO semblable à celle du chlorure double de lithium qui est 2CoCI, LiCl, 6GHO.
M. Berthelot a obtenu un chlorhydrate de chlorure de cadmium répondant à la formule 2CdCI, HCI, 3HO, qui cristallise en aiguilles, fumantes à l'air.
Ce chlorhydrate de chlorure a précisément une formule identique à
(1) SaBarier, Comptes rendus, t. CVIIL, p. 42; 1880.
Not
celle du chlorure double de cadmium et de lithium qui est 2CdCI, LiCI, 7 HO.
M. Engel a obtenu un chlorhydrate de bichlorure d’étain répondant à la formule Sn Cl,HCI,6HO; la formule de ce composé ne diffère que par 2 équivalents d’eau de la formule du chlorure double d’étain et de lithium Sn Cl, LiCl,8 HO.
Il ressort de ces comparaisons que les chlorures doubles à base de lithium, que j'ai obtenus, se rapprochent plus des chlorhydrates de chlorure que des autres chlorures doubles.
Si l’on veut classer les chlorures doubles formés par un même métal avec les divers chlorures alcalins, on doit les placer dans l’ordre suivant :
Le chlorhydrate de chlorure ;
Le chlorure double de lithium;
Le chlorure double d’ammonium ;
Le chlorure double de sodium;
Le chlorure double de potassium.
Les trois premiers composés contiennent tous 2 équivalents de chlorure métallique pour 1 équivalent de chlorure alcalin, et ne diffèrent entre eux que par la proportion d’eau de cristallisation.
Ils répondent à la formule générale 2 MCI, A CI, x HO.
Les chlorures doubles de potassium et de sodium contiennent 1 équivalent de chlorure métallique pour 1 équivalent de chlorure alcalin, et répondent à la formule générale MCI, ACI,xHO. Le chlorhydrate d’am- | moniaque, placé dans les mêmes conditions, peut donner naissance à des sels analogues et répondant aussi à la formule MCI, ACI,æHO.
Comme, d'autre part, ainsi que nous l’avons vu plus haut, ces derniers donnent aussi des chlorures doubles de la forme 2MCI, ACI,æHO, ce radical ammonium peut être considéré comme étant un type de transition entre le lithium et le potassium.
Dans le Tabieau ci-après se trouvent réunis tous les chlorures doubles dont il est question dans ce travail. On peut se rendre facilement compte par son examen des relations et des différences qui existent entre ces chlorures.