COMME
Le titre seul de ce travail indique assez qu’il s’agit d’un sujet déjà traité. Si nous y revenons à notre tour, c’est dans l'espoir de l’exposer plus méthodiquement, plus utilement en en montrant l'importance pour l'étude de la coxalgie; c’est pour nous initier aux différentes situations normales et pathologiques du membre inférieur aux méthodes qui les mettent en évidence, à toutes ces bases rationnelles de l’orthopédie vraiment scientifique, c’est enfin pour répondre au désir, d’un de nos maîtres les plus vénérés, le professeur Verneuil, qui nous a incité à développer ce sujet que nous pouvons déclarer sien, si abondants sont les matériaux mis par lui à notre disposition : qu'il daigne agréer nos plus sincères remerciements.
Il n’y a point ici à découvrir de faits nouveaux, mais seulement à revoir et à interpréter les faits connus.
Lei
Un grand nombre d’affections du membre inférieur modifient sa longueur absolue ou relative : les mots d’allongement et de raccourcissement reviennent sans cesse dans les traités de nosographie, aussi a-t-on cherché depuis longtemps à en constater l'existence, à en mesurer l'étendue.
L’allongement et le raccourcissement pathologiques changent la forme et troublent les fonctions du membre atteint : ils constituent à la fois des difformités et doivent être étudiés à un double point de vue. Considérés comme difformités, ils sont appréciables déjà à la simple inspection, mais comme ils offrent des degrés variables, il a été nécessaire de les évaluer par la mensuration. De plus, on s’est aperçu que s’ils étaient parfois réels, parfois aussi ils pouvaient être l'effet d’une illusion, alors on a admis des allongements et des raccourcissements réels et apparents.
Ces quatre variétés résument-elles tous les cas pathologiques ? Les procédés de mensuration actuellement en usage sont-ils efficaces? À ces deux questions, nous osons répondre par la négative, espérant justifier par la suite notre opinion.
L’imperfection de la science tient aux fautes commises par les chirurgiens et les physiologistes. Signalons-les tout d’abord.
Négligeant de préciser le sens des mots allongement et raccourcissement, les chirurgiens ont donné les mêmes noms à des états différents dans lesquels il s’agit tantôt de modifications absolues, tantôt de déplacements simples sans changement de longueur. Non seulement
DARCTUEE
ils n’ont pas distingué toutes les variétés, mais ils n’ont pas même défini clairement ce qu'ils admettaient.
Les physiologistes n’ont pas été moins négligents. Le membre inférieur, dans son fonctionnement, subit des variations.de longueur et de position incessantes, dues à des causes multiples. Il y a donc, par suite, des raccourcissements et des allongements, des déplacements physiologiques et des déplacements fonctionnels. Les physiologistes les ont indiqués plutôt que décrits avec un soin suffisant. Oubliant que pour dire d’un organe qu'il est plus grand ou plus petit, qu'il est en place, ou en dehors de sa situation normale, on dût, d’abord, déterminer ses dimensions et sa situation, ils ont omis de préciser la longueur moyenne du membre inférieur et la position dans laquelle les mensurations doivent être faites. S'ils avaient fourni aux chirurgiens cette notion préalable, ces derniers auraient songé, sans doute, que la plupart des symptômes morbides n'étant que des actes physiologiques pervertis, il y avait lieu de comparer les allongements, raccourcissements et déplacements pathologiques aux mêmes états observables dans les conditions normales; et auraient alors trouvé aux uns et aux autres des analogies et des différences, en un mot, ils auraient fait servir la physiologie normale à l'interprétation plus difficile des faits morbides.
Les physiologistes, avons-nous dit, n’ont point indiqué la longueur normale du membre inférieur, par conséquent ils n’ont donné aucun moyen mesurer cette longueur. Les chirurgiens, au contraire, ont proposé divers
procédés, mais tous sont défectueux ou insuffisants ou M. 2
trop compliqués, comme nous espérons le démontrer dans la suite. Nous nous efforcerons de corriger ces fautes et de combler ces lacunes.
Notre travail sedivisera naturellement en deux parties. fort inégales, hâtons-nous de le dire, étant donné le titre de notre travail. Dans la première, nous étudierons l’état normal, quelques applications de l’état normal à l’état pathologique feront le sujet de la seconde.
Mais avant d’entrer en matière, il est indispensable de flxer exactement le sens de quelques mots et aussi de rappeler quelques notions élémentaires de physique et de mécanique.
Le grammairien définit la longueur : l'étendue d’un objet considérée d’une extrémité à l’autre. Par conséquent, l'allongement et le raccourcissement seront lun augmentation, l’autre la diminution de cette étendue, abstraction faite de la nature, des propriétés, des dimensions primitives du corps qui change.
a) Pour les corps réguliers, rectilignes, la longueur est représentée par l'axe réel ou axe de figure.
b) Pour les corps irréguliers, elle est donnée par l'axe fictif.
c) Pour les corps courbes, par le corde de Parc.
d) Pour les corps angulaires: s’ils sont à angle droit, par Phypothénuse, ets’ils sont polyangulaires par l’axe fictif.
Il suffit de mesurer tous ces axes pour connaître la longueur constante : quant à la longueur variable, on l'apprécie de la même façon. L’axe réel et l'axe fictif augmentent ou diminuent, et par suite on peut calculer l'allongement et le raccourcissement.