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Les Expériences

C’est au siècle dernier que la méthode expérimentale devait apporter à la Macrobiotique ses plus riches découvertes.

Toutes datent de la communication impressionnante que Brown-Sequard fit en 1898 à la Société de biologie :

« J'ai soixante ans depuis le 8 avril dernier. Ma vigueur générale qui a été considérable a diminué notablement et graduellement durant les dix ou douze dernières années. Avant les expériences dont je m'occupe, il me fallait m’asseoir après une demi-heure de travail debout au laboratoire. En rentrant chez moi, en voiture, vers six heures du soir, après quelques heures passées au laboratoire, j'étais depuis nombre d’années tellement épuisé qu’il me fallait me mettre au lit presque aussitôt après un repas pris hâtivement. Quelquefois l’épuisement était tel que malgré le besoin de sommeil ei de somnolence qui m’empêchait même de lire les journaux, je ne pouvais m’endormir qu'après plusieurs heures.

» Aujourd’hui, et depuis le second jour et surtout le troisième, après la première injection, tout cela a changé et j'ai regagné au moins toute la force que je possédais il y a nombre d’années. Le travail au laboratoire me fatigue peu maintenant. J’ai pu, au grand étonnement de mes assistants, y rester debout pendant des heures entières, sans

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ressentir le besoin de m’asseoir. Il y a quelques jours, après trois heures un quart de travail expérimental debout, j'ai pu, contrairement à mes habitudes depuis plus de vingt ans, travailler à la rédaction d’un mémoire pendant plus d’une heure et demie après le repas. Tous mes amis savent quel changement immense cela implique en moi. J’ai pu monter et descendre les escaliers presque en courant. Au dynamomètre je constate une augmentation incontestable de la force de mes membres. J’ai pris, comparativement, avant et après la première injection, la mesure du jet d’urine et l’ai trouvée de beaucoup supérieure dans le deuxième cas. L’expulsion des matières fécales, qui était devenue chez moi, depuis une dizaine d’années extrêmement laborieuse et presque impossible sans l’emploi de purgatifs et de moyens artificiels, s’est beaucoup amélicrée.

» J’ajoute que le iravail intellectuel m’est devenu plus facile qu’il n’a été depuis plusieurs années et que j'ai regagné à cet égard tout ce que j'avais perdu. Je puis dire aussi que d’autres forces, qui n'étaient pas perdues, mais qui étaient diminuées, se sont notablement améliorées. »

Une telle déclaration faite par un homme d’une haute valeur scientifique, devait susciter, après l’émotion immédiate, de nombreux travaux et une série d’expériences.

Ces travaux apportèrent en physiologie une notion nouvelle : celle des corrélations fonctionnelles humorales. On montrait le rôle primordial de certaines glandes munies ou non de canaux excréteurs qui déversaient dans l’organisme des produits capables de régler certaines fonctions ou d’agir d’une façon élective sur les organes voisins ou éloignés.

Ils rénovèrent certains chapitres obscurs de la pathologie et enrichirent la thérapeutique de nombreux médicaments (l’opothérapie) dont l’emploi est maintenant des plus fréquents et des plus utiles. Mais, chose curieuse, la macrobiotique se trouva bientôt frustrée d’une découverte dont elle avait été la première à bénéficier.

Cependant, avec une certaine ténacité, quelques médecins continuent à employer, en la modifiant, la formule de Brown-Sequard. Ils prétendent que les vieillards en retirent le plus grand bien.

Le procédé de Brown-Sequard consistait en injections sous-cutanées d’un liquide obtenu par le broiement de testicules de chien et de cobaye ave l’addition d’un peu d’eau. Ce liquide provenait de trois sources : du sang des veines testiculaires, liées avant l’extirpation de la glande; du tissu propre des testicules et du sperme contenu dans ces organes et dans leurs canaux excréteurs. Parfois on ajoutait les substances semi-fluides contenues dans les vésicules séminales. Le liquide recueilli n’était employé qu'après filtration tantôt à travers un filtre en papier, tantôt à travers un filtre Pasteur, La moyenne de liquide par injection était d’un centimètre cube environ, c’est-à-dire le cinquième ou le quart de ce qui était fourni par un testicule après addition d’eau. Les injections devaient être faites dans le tissu cellulaire sous-cutané du bras, des jambes ou des cuisses. Elles pouvaient être douloureuses et provoquer un peu de vonflement et de rougeur diffuse. Les résultats s’accusaient au bout de la huitième injection.

Mais tandis que Brown-Sequard insistait sur l'efficacité d’émulsions de tissu testiculaire et l’opposait à l’emploi des substances chimiques extraites des testicules, d’autres, au contraire, préconisèrent ces dernières et notamment un alcali organique dont un sel est connu sous le nom de spermine. Cette dernière, fabriquée en grand par Pœhl, à Pé tersbourg, à acquis un certain usage pratique. Plusieurs ob: servateurs affirment qu’injectée en solution sous la peau ou simplement absorbée en poudre, elle relève les forces affaiblies par l’âge ou le travail.

Le Porfesseur Pœhl donne dans son livre « Die physiologisch chemisch Grundlagen d. spermintheorie », des renseignements sur l'efficacité de son produit. Plusieurs médecins (docteurs Maximowich, Bukojensky, Boguchewsky,

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Krieger, Postoff), injectèrent des solutions de spermine à des vieillards fatigués ayant perdu l'appétit et le sommeil êt constatèrent une amélioration qui persistait pendant des mois.

Parmi les exemples cités, il faut mentionner celui d’une vieille demoiselle, âgée de 95 ans, atteinte d’une forte artério-sclérose, n'ayant pas d’appétit, digérant mal et constipée. Cette personne souffrait depuis plusieurs années de douleurs de la région sacrée et était presque sourde et atteinte d’accès périodiques de fièvre palustre. Les injections de spermine pratiquées pendant quinze mois, rétablirent la vieille personne à tel point qu’elle récupéra l’ouie presque complètement et qu’elle ne sentait de légères douleurs sacrées qu’après une longue marche. Son état général a été des plus satisfaisants.

Mais au lieu de s’adresser uniquement aux produits d’origine testiculaire où ovarienne, pensant qu’eux seuls sont responsables des troubles de la vieillesse et de la sénilité, on péut composer une spermine extraite de la prostate, des ovaires, du pancréas, de la glande thyroïde et de la rate. Le remède est alors pluri-glandulaire.

Le mêine problème a été repris tout récemment par les chirurgiens. Communiqué sur-le-champ au grand public par la voie de la presse quotidienne, il captiva tout de suite l’opinion. Ce public qui ne connaît souvent la chirurgie de ces dernières années que par ses tentatives opératoires les plus éclatantes -— toutes exposées, du reste, en un style journalistique qui est parfois un défi à la science — avait une imagination toute préparée pour admettre toutes les merveilles. Ceci fut exploité par Les humoristes et les littérateurs vulgaires qui ne manquèrent pas de jeter le discrédit sur ces méthodes et de glisser une certaine méfiance visà-vis des savants qui s’adonnaient avec une grande patience à de longues expériences.

L’un d’eux, M. le Docteur Serge Voronoff, communiquait au Congrès français de chirurgie de 1919, ses études expé-

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rimentales faites à la station physiologique du Collège de France sur les greffes testiculaires, puis il publiaït en 1923 le fruit de ses observations cliniques en un ouvrage intitulé : « Greffes testiculaires ». Il démontrait que si les injections de suc testiculaire n’avaient pas donné tous les résultats qu’en attendait Brown-Sequard, c'était parce que les extraits glandulaires s’altèreraient rapidement, ne contenaient point tout le produit de la sécrétion interne et étaient même parfois toxiques, comme l’avait fait remarquer l’éminent Professeur du Collège de France, M. Gley. La greffe, au contraire, disait-il, en incorporant dans l'organisme la glande même, lui permet pendant la durée de sa vitalité, de verser continuellement dans le sang ses produits actifs.

Le défaut de la sécrétion interne du testicule détermine l’impuissance, la déchéance physique et morale : remédier au défaut ou à l'insuffisance de leur fonction par la greffe d’une glande nouvelle, serait un bel idéal.

Voici quelques observations, d’abord faites sur des enimaux séniles. Il s'agissait de deux vieux béliers d’environ 10 à 12 ans, portant les numéros 12 et 14. L’un a les cornes contournées deux fois, l’autre trois fois. Tous les deux avaient l’aspect misérable des bêtes séniles : lainage maigre, manquant par endroits, allure craintive, corps amaigri, démarche hésitante, l’œil triste, tête penchée vers le sol. Le n° 12 tremblait sur ses jambes et était atteint d’incontinence d'urine par affaiblissement sénil de son sphincter vésical. Le paysan qui avait vendu les deux bêtes affirmait que depuis deux ans elles étaient impropres à la reproduction.

L'opération a consisté à ouvrir les vaginales et à attacher aux vieux testicules un testicule de jeune bélier, après l’avoir divisé en six morceaux. Il s’est produit, environ deux mois après la greffe, un changement complet de leur attitude. L’apathie, l’air déprimé et abattu, l’expression triste, ont fait place à une vivacité de mouvements et à une allure belliqueuse et combattive. Leur ardeur s’est accrue considérablement de mois en mois. La laine est devenue

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