CHAPITRE PREMIER
La Macrobiotique
dans les livres sacrés
Les hommes, dit Hufeland, se sont appliqués, de manières très diverses, à la Macrobiotique. Les uns en ont fait un sujet de méditations et d'expériences : ce sont les philosophes et les physiciens; les autres en ont conçu de belles rêveries : ce sont les visionnaires; d’autres encore s’en sont servis d’appâts pour la multitude dans un but de lucre et de gain : ce sont les charlatans.
L’ivraie est donc ici plus abondante qu'ailleurs. Notre sélection portera sur les seules théories et sur les seules méthodes émises par des auteurs dont l’autorité morale ou scientifique garantit l’indépendance de la pensée. Cette pensée intègre nous la trouvons à toutes les époques.
Les origines de la Macrobiotique se placent à l’aube même des civilisations. Sans doute à cette période on ne la voit pas avec une physionomie propre et caractéristique, mais on parvient à la découvrir, éparse, en des préceptes pratiques au sein des livres religieux.
Ces préceptes ne sont pas le fruit de l’observation et de l’analyse, ils sont la déduction des paroles recueillies par les prophètes de la bouche même de Dieu.
Les prêtres enseignaient alors que l’âme est différente du corps quant à sa nature, quant à ses origines, quant à ses
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destinées. Elle l’occupe passagèrement comme un étranger, une auberge. Quand la mort arrive, l’âme devient libre, errante, en quête d’une autre demeure. Toutefois, pour que son abandon ne soit point complet, pour la retenir dans son ancien logis, il suffit de conserver au corps ses formes humaines en l’arrachant à la putréfaction et aux oiseaux de proie. Cette précaution prise, on pouvait espérer vivre par delà la mort, une vie diminuée, sans doute, mais qui était bien supérieure au néant. Cette conception est appelée par Tylor : animisme. Elle explique le souci extrême qu’avaient les Anciens de leurs morts, de leurs funérailles et de leurs modes d’ensevelissement. Les Egyptiens, particulièrement, s’efforçaient de soustraire leurs cadavres aux agents extérieurs et aux injures du temps : dans ce.but ils les faisaient macérer dans les aromates, les enveloppaient de bandelettes, recouvraient leur visage du masque d’émail et les abritaient en des pyramides ou en des hypogées. Certaines peuplades, pour simuler davantage encore les apparences de la vie, descendent dans les tombeaux des armes, haches, silex, couteaux, aiguilles, bijoux ou de la nourriture composée d’éléments solides et de boissons. D’autres vont même jusqu’à sacrifier concurremment des personnes de la famille, des esclaves ou des animaux domestiques. Ainsi l’âme leurrée, séduite, trompée par de telles ressemblances, n’abandonne pas ses dépouilles.
Mieux encore— et c’est là que nous touchons à la Macrobiotique — il devait être possible, en harmonie avec de telles théories, de recouvrer, à l’heure de la vieillesse et de la décrépitude, des forces nouvelles en s’incorporant l’âme ou des parcelles d’âme d’un être vivant.
En effet, c'était une pratique très en usage chez certains peuples de l'Orient, de respirer, pour prolonger ses jours, l’haleine d’une personne pleine de santé et de jeunesse.
Les livres sacrés nous en ont laissé des récits :
«& Le roi David était vieux et dans un âge fort avancé: et quoiqu’on le couvrit beaucoup il ne pouvait échauffer.
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>» Ses serviteurs lui dirent donc : Nous chercherons, si vous l’agréez, une jeune fille vierge pour le roi, notre seigneur, afin qu’elle se tienne devant le roi pour le servir, qu’elle l’échauffe et que, dormant auprès de lui, elle remédie à ce grand froid du roi notre seigneur.
» Ils cherchèrent donc dans toutes les terres d'Israël une fille qui fut jeune et belle; et ayant trouvé Abisag de Sunam, ils l’amenèrent au roi. C’était une fille d’une grande beauté; elle dormait auprès du roi, et elle le servait et le roi la laissa toujours vierge. »
Par cet exemple bien connu du roi David, on peut juger du succès d’une méthode qui s’introduisait ainsi auprès des rois et que les mœurs de la cour devaient répandre parmi les vieux courtisans, heureux de trouver là le moyen de concilier leurs obligations sociales avec leurs plus secrets désirs.
C’est probablement pour la même raison que les Grecs et les Romains attachaient tant d’importance à l’haleine d’une personne bien portante. Certains médecins donnaient même le conseil de respirer, matin et soir, l’haleine des jeunes filles encore innocentes, car, disaient-ils, on contribue de la sorte à augmenter beaucoup et à entretenir les forces vitales. L’haleine contenant à cet âge, la matière première de toute sa pureté.
Ce qui montre bien la popularité de ces pratiques, c’est
l’existence de certaines épitaphes où il est fait allusion à ce précieux agent macrobiotique. Sans la connaissance de ces usages la formule funéraire serait inexplicable pour les archéologues. Celle que nous mentionnons a été trouvée à Rome, il y a deux siècles, et elle contenait l’inscription suivante :
ÆSCULAPIO. ET. SANITATI. L. CLODIUS. HERMIP- PUS. QUI. VIXIT. ANNOS. CXV. DIES. PUELLARUM. ANHELITA. QUOD. ETIAM. POST. MORTEM. EJUS.
NON. PARUM. MIRANTUR. PHYSICI JAM. POSTERTI.
SIC. VITAM. DUCITE.
Le Docteur Cohausen fit à ce sujet une dissertation très
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savante et démontra qu'Hermippus avait été administrateur d’un hospice d'enfants trouvés ou directeur d’une école de jeunes filles à Rome, et qu’il devait d’avoir prolongé si longtemps sa vie à ce que sa place lui imposait l’obligation de vivre continuellement au milieu de la jeunesse. Fort de son expérience, il recommande aux vieillards une telle situation qui leur apportera une verte et longue vieillesse.
Il est à regretter que de si précieux conseils ne s’adressent qu’à des catégories sociales très limitées. Pour avoir à sa disposition une esclave jeune et vierge, dont la seule fonction soit de communiquer sa santé avec son souffle, il faut être riche ou encore, pour être directeur d’une école de jeunes filles, il faut remplir certaines conditions administratives. Or ces pratiques, issues de la croyance populaire, devaient être aussi populaires. C’est sans doute pourquoi nous les retrouvons légèrement modifiées chez les gens de la terre et les artisans. Eux se servent donc d'animaux. Ils immolent des bêtes dont le prix est en rapport avec leur fortune et ils appliquent les chairs tièdes dans la région des organes malades ou sur les membres refroidis par l’âge. Ils espèrent de cette façon faire glisser dans leurs veines l’âme de l’animal sacrifié, sève de vie. Et parmi les auteurs du XIX° siècle, certains très consciencieux — comme Hufeland — qui rapportent cette méthode, avouent que son efficacité est souveraine pour calmer les douleurs causées par un mal violent et qu’en conséquence elle n’est point tout à fait à dédaigner.
C’est également en harmonie avec de telles théories, qu’on a cherché, sous le règne de Louis XIIL, à rajeunir l’homme, à prolonger ses jours et à le guérir des maladies incurables en remplissant ses veines du sang d’un jeune animal. Cette méthode, appelée transfusion, consistait à ouvrir deux veines, et tandis qu’on laissait sortir le vieux sang par l’une, on introduisait dans la seconde, au moyen d’un petit tube, le sang qui coulait de l’artère d’une autre créature vivante. L’expérience fut faite plusieurs fois et avec succès, sur des animaux, en Angleterre; on parvint ainsi à rendre, du moins