‹ Sur terre et sur l'eau: voyage d'exploration dans l'Afrique orientaleChapitre 1 sur 5 · ALFRED MAME ET FILS, ÉDITEURS · texte numérisé non relu

ALFRED MAME ET FILS, ÉDITEURS

u UCCC XCVItl

yr.

M^^ Le Roy ', rauleur des deux relations de voyage que nous publions aujourd'hui, a été, comme on le verra , le plus précieux auxiliaire de M^^' de Gourmont , évêque de Bodona et vicaire apostolique du Zanguebar.

M^' Le Roy est un missionnaire et un explorateur, également utile à la vérité et k la science, et c'est pour ce double motif que son livre sera particulièrement attrayant.

A travers les péripéties du plus curieux des voyages, une idée domine toujours la pensée des voyageurs chrétiens. Pour eux, dans le continent noir, il y a quelque chose de plus dangereux que la fièvre qui s'exhale du sol, que le ciel implacable qui pèse sur ces terres lointaines, que le guet-apens des noirs : c'est la puissance qui se croit invincible de Tislam, c'est le mahométisme éternellement intransigeant.

Dans son remarquable ouvrage sur les Explorateurs de l Afrique, M. Paul Bory a admirablement résumé cette lutte perpétuelle entre la civilisation et la barbarie.

^ Mf Le Roy a été nommé, en mai 1896, supérieur de la congrégation du Saint-Esprit el du Sainl-Cœur de Marie.

« L'Européen qui aborde le continent mystérieux de l'Afrique se trouve tout d'abord aux prises avec le mahométisme. gardien jaloux de cette malheureuse terre qu'il s'efforce d'étouffer. Obligé, dans les contrées de Tislam, de se joindre à quelqu'une de ces lentes caravanes de marchands et de pèlerins qui , sillonnant périodiquement l'Afrique intérieure dans tous les sens, entretiennent la vie religieuse et commerciale chez les tribus les plus reculées, il devra lutter à la fois contre la défiance et la cupidité des marchands arabes, qui craignent de voir la concurrence européenne s'installer sur leurs marchés, et contre l'exaltation rehgieuse des farouches hadjis ou pèlerins de la Mecque, dont la haine contre le nom chi^étien vient de se retremper au sanctuaire de Tislamisme. Il n'est pas d'avanies, d'humihations, de trahisons, qu'il n'ait a redouter de ces deux classes de voyageurs, quand par hasard ils ne tentent pas de l'assassiner. »

Lorsque, échappé à ce danger, il atteint les peuplades nègres où le mahométisme n'a pas encore chassé Tidolâtrie, il pourrait là, du moins, espérer un accueil hospitalier; mais partout les crimes des chasseurs d'esclaves ont soulevé ces races et leur ont appris l'astuce, le mensonge et le meurtre. Le guide qui accompagne le voyageur le trompe: le chef de tribu qui reçoit ses présents le rançonne et l'exploite; le foyer qui l'abrite le trahit.

Plus que jamais l'Afrique est le point de mire de l'attention publique, en Europe et dans le monde civilisé.

La croisade antiesclavagîste , prêchée par M^ Lavigerie, au nom du pape lui-même; l'action collective que les puissances exerceront plus ou moins dans le même but ; les magnifiques résultats obtenus par les Missions cathoHques font du continent noir, si dédaigné autrefois, le plus étudié aujourd'hui.

La paix règne entre les États chrétiens de l'Europe. N'est-ce pas pour leur donner le loisir d'exercer ailleurs la puissance civilisatrice que la religion leur a inculquée ?

La croisade noire s'impose à toutes les âmes élevées. Le mahométisme est resté depuis son origine l'ennemi le plus acharné du principe chrétien. Gela se conçoit. Autant l'Evangile du Christ prêche la mortification, autant le Coran, renversant les rôles, consacre les satisfactions personnelles les plus vicieuses aux dépens même du prochain, qu'il autorise à traiter en esclave, comme un vil animal.

Voici ce qu'a dit à ce sujet Léon XIII, dans son encyclique In plurimis :

(( Du moment qu'aux yeux des mahométans, les Ethiopiens et les habitants des nations semblables sont considérés comme étant à peine en quelque chose supérieurs aux brutes, il est aisé de concevoir en frémissant avec quelle perfidie et quelle cruauté ils les traitent. Ils font subitement irruption, à la manière et avec la violence des voleurs, dans les tribus qu'ils surprennent à l'improviste; ils envahissent les villes, les campagnes et les villages , dévastant et pillant toutes choses ; ils emmènent, comme une proie facile à prendre, les hommes, les femmes et les enfants, pour les conduire de vive force aux marchés les plus infâmes. Ceux qui sont ainsi vendus et livrés se voient exposés à la déplorable séparation de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs parents, et le maître au pouvoir duquel ils échoient les assujettit à un esclavage très dur et abominable, les obligeant même à embrasser la religion de Mahomet. Il résulte du témoignage de récents explorateurs que le nombre d'Africains vendus chaque année de la sorte,

à rinstar d'un troupeau de bêles, ne s'élève pas à moins de quati^ cent mille, dont la moitié environ, après avoir été accablés de coups le long d'un âpre chemin, succombent misérablement, de telle sorte qu6 les vovaçeurs en suivent la trace faite du reste de leurs ossements. »

D'autres appréciateurs estiment que, pour cent esclaves c|ui arrivent à la côte, on a détruit dans l'intérieur une population de di\ à vingt fois plus considérable.

La force du musulman est là tout entière , et si , dans notre siècle, plusieurs grands Etats musulmans se civilisent en apparence et restent plus modérés, ce n*est pas par conviction, mais par épuisement et par contrainte, pressés i|u*ils sont par leurs puissants voisins.

11 n'en est pas de même en Afrique, où Faction de rislam se propage tellement , que les trois quarts de ce vaste continent . soit un territoire deux fois plus étendu que rEiuHipe. leur sont soumis corps et biens. Et c>st ainsi que plus de cent millions de nègres sont a la merci d'un million dWrabes, s<iutenus par des métis, nègres arabisés.

Comment TEurope peut -elle secourir les noirs opprimés et réiluire leurs oppresseurs? Pri>blème redoutable et bien plus compliqué qif on ne pourrait le dire.

Il a fallu quarante ans à la France pour conquérir F Algérie, et la lutte reste toujoui^s pendante au Sénégal: rAnglelerre a peine à tenir les Soudaniens éloignés de rÉg>ple: naguère les Italiens étaient mis en échec devant Mass«iouah: les Allemands ont assez mal débuté sur la côte orientale... Que faire?

Les nations ont été impuissantes, mais non pas les individus. L^idée pratique a échoué, mais non pas Tiilée chrétienne, et il nV a eu de réci>lle que celle qiw les missionnaires ont semée.

PRÉFACE il

Il y a deux mille ans, la religion chrétienne a sauvé l'Europe et les autres contrées méditerranéennes de la corruption du paganisme , elle a préparé et opéré la civilisation dont nous jouissons aujourd'hui, civilisation que déjà depuis quatre siècles notre race blanche a communiquée à l'Amérique et à diverses autres parties du globe, et c'est cette religion qui opérera le plus sûrement la régénération de cette intéressante race noire africaine. Il était réservé à notre époque d'expansion nécessaire de la race européenne de voir se briser les portes qui fermaient le « continent mystérieux » à la bonne nouvelle.

La bonne nouvelle ! C'est pendant qu'il la portail , pendant les haltes forcées de ses voyages aventureux, que M*** Le Roy a écrit ce livre, où il s'efface si volontiers devant le saint évêque qui lui traça la voie de son apostolat.

M^ Le Roy appartient aux Missions des Pores du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie.

La congrégation des Pères du Saint-Esprit, fondée en 1705, par l'abbé Desplaces, a pour but le service religieux des colonies françaises. En 1848, sous l'inspiration du vénérable P. Libermann, elle fusionna avec la société du Saint-Cœur de Marie, ce qui donna lieu au double litre qui la désigne.

Elle compte plusieurs centaines de missionnaires, et c'est à cette congrégation que sont confiées, en Afrique, huit grandes missions, à savoir, sur la c(Me occidentale : le vicariat apostolique de la Sénégambic, celui de Sierra-Leone, les deux vicariats apostoliques du Gabon et du Congo français, la préfecture apostolique du Congo, la mission du Cunène et la préfecture apostolique de la Cimbebasie, dans l'Afrique australe, et enfin, sur la côte orientale, le vicariat apostolique du Zanguebar.

Ellle a quatre missions dans l'Afrique équatoriale : le vicariat apostolique du Zanguebar, s'étendant de Bagamoyo au cap Guardafui ; le vicariat apostolique des deux Guinées ou du Gabon; le vicariat apostolique du Congo français, s'étendant à l'ouest du Congo belge, jusque dans les régions inconnues du nord de l'Oubangi , et la préfecture apostolique du bas Congo et du Kassaï.

Parmi les apôtres de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit, M^, Le Roy est un de ceux dont le nom a été le plus souvent répété par la presse; et bien que ses récits aient presque tous paru dans les Missions catholiques, organe créé pour ce genre de publications, tous les journalistes qui s'intéressent aux œuvres solides ont tenu à signaler au grand public ces attachantes relations de voyage, qui constituent peut-être les meilleurs livres publiés sur les pays qu'ils décrivent.

M^ Le Roy est considéré, à juste titre, comme un écrivain de race, dont la plume vaillante et autorisée traite avec une supériorité incontestable tous les sujets qui se rattachent à son œuvre, histoire, ethnographie, histoire naturelle; et l'érudition dont il fait preuve si souvent ne nuit en rien à l'intérêt qu'on attend d'un explorateur.

Une véritable personnalité émerge de ces pages, plus souvent gaies que tristes, et où le missionnaire cependant inspire toujours la plume du conteur.

Enfm les plus charmants dessins illustrent ce texte, qu'on relira bien souvent, et ces dessins, dus au crayon de M^ Le Roy , doubleront à tous les yeux le prix de son ouvrage.

En route. — Ordre de notre caravane. — A propos d'une statuette. — Le village de Makuga : une cérémonie de dépossession. — L'anthropophagie par dévotion.

La nature de l'œuvre de Notre-Dame de Bagamoyo (Zanguebar), orphelinat d'enfants des deux sexes rachetés de l'esclavage pour être constitués, dans l'intérieur du continent africain, en familles chrétiennes; la nature de cette œuvre, comme celle d'une ruche, demande sans cesse la fondation de stations nouvelles.

A mesure qu'un autre essaim s'apprête à partir, il faut chercher plus loin, toujours plus loin.

Mais, avant de se fixer, il importe de bien choisir. Et malheureusement, en toutes ces régions, les emplacements réalisant l'ensemble des conditions voulues sont assez rares, assez inconnus, assez cachés, pour qu'on soit condamné à les chercher, à les découvrir.

Que nous faut-il donc? Il nous faut un pays habité, une population accessible , du terrain libre , de l'eau , du bois. Et encore une fois, il est plus malaisé qu'on ne pense de trouver en ces pauvres contrées ces conditions réunies.

Voilà pourquoi M^ de Courmont , vicaire apostolique du Zanguebar, va de nouveau boucler ses guêtres et prendre son bâton. Je suis désigne pour le suivre, et je ne veux point cacher que j'en suis heureux. Le P. Auguste Commenginger nous accompagnera; mais lui doit rester au poste qui sera reconnu favorable à l'établissement projeté.

Nous irons à la Mkondogwa ou Kondôwa {Usagara), ancienne station fondée par M. le capitaine Bloyet, et qui a été remise à la mission par le comité français de l'Association internationale africaine.

Mais il y a , vers le sud , une chaîne inexplorée et qu'il importe auparavant de connaître. Peut-être là, dans une de ces vallées qu'un cours d'eau arrose, qu'une montagne domine, que de vieilles forêts ombragent, qu'un peuple ignoré cultive, peut-être y aurait-il place pour un village chrétien, centre de civilisation. Nous partons dans cette espérance; que les anges de Dieu nous conduisent !

Les Français de la mer des Indes ont dans leur dictionnaire un mot que l'Académie a oublié d'inscrire dans le sien : c'est le mot boutre.

Un boutre (du swahili biili) est une grosse embarcation à une voile, qu'on rencontre presque partout sur les côtes de Malabar, celles d'Arabie, celles d'Afrique. Il y en a de plusieurs types et de plusieurs dimensions; les uns, qui sont plats et munis d'une voile carrée, représentent la forme ancienne et fréquentent surtout les fleuves et les marigots, où ils vont chercher du bois de chauffage et de construction ; d'autres très grands, très solides, pourvus môme d'une boussole, se lancent en haute mer et passent aisément de Zanzibar à Katche, à Bombay, aux Comores, à Madagascar;

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d'autres entin, plus modestes, ne i)crdent guère de vue les côles qu'ils fréquentent.

C'est sur un de ces derniers, appartenant à la Mission, que nous nous embaniuons, le 2 septembre, à midi, en rade de Zanzibar.

La mer est un peu houleuse, le vent frais. Une odeur pénétrante d'huile de poisson, de graisse de chameau et d'eau pourrie, montant de la cale, plonge les passagers dans des réflexions intérieures qui doivent sans doute se rapporter à un même objet; car tous avec un accord singulier se bouchent le nez, ferment la bouche, rident le front, courbent le dos, et n'interrompent le silence que par quelques soupirs étouffés.

Peu à peu les vagues, plus fortes, roulent le boutre avec plus de dédain; le vent, par saccades, souille plus irrité, les caisses s'entre-choquent, le capitaine se jette sur la barre, les matelots crient tous ensemble, et crac! tout à coup la vergue casse, la voile se déchire, une montagne d'eau monte à gauche en écumant; nous descendons k droite, pour nous relever ensuite, on ne sait où. Je me retourne ;

'< Mohammed, fait un Arabe, sommes-nous morts?

— Je m'en charge, " répond tranquillement le capitaine. Et l'on jette l'ancre.

Cependant on se remet peu à peu de cette secousse, et les réparations urgentes étant faites, tout en roulant, tout en plongeant, tout en tournant, on finit par arriver sains et saufs en vue de lîagamoyo. Nous débarquons. Une lame s'élance et nous enveloppe. Nos hommes nous saisissent, l'embarcation se remplit d'eau, et nous nous trouvons. Dieu sait comme, sur le sable du « continent mystérieux », étonnés, trempés, mais debout.

La caravane est bien vite organisée, car le frère Oscar

ttudLbidkt f:*i lié: JK/UJ7-Î1J1 iDJêj'iili»-: niai?- i*ou> De lArii«>ii> pit* ai i>^i^a^ ^fiauLMici^ kyjueJ, du rryiiiireîar ou -de It mon- Uxj't - "i^j-ajl ie j^ï a?^ eu éli«1 de jK^iler J'autr*.

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I ^h^. ie j/rentier joijj-. dou?^ li-aTei'îiCtiij» le Jïoro ou Kirh- (jhni <s2txt^ encombre- e1- Je wm niéiDe. Dcras dj^essons

Mi>i*>- a vaut d'aJieîr jJui^ loin, je le sens, il faut s'expliquer *ijxr liu poiul.

IJ tj y a jia*» de rclaliou de royale sans qu'il y ait des Ti^^im*» j>j<*]»res H communs- éli-an^ei's a la langue dans laquelle «crn écril. Comment Itts orOiogi-apliier?

IJ esl re^reltiihie que dej>iiis lon^emjis on ne se soit [»as entendu là -d cossus j»our fixer ime sorte d'alphabet intejTiationaJ, destiné â li-anscrii'e dune manière unifojme les noms étr'anijei^ aux j>i'incipales langues euro- ]>éennes. Ou eût évité jiai- là bien des inconséquences e^t i>ien des eii'eujs, les caries se seraient trouvées plus exactes, et un ADemand entendant un Anglais prononcer Bagdad, jiai* exemjJe, n'aui-ait pas été expc^ a chercher du câté du Congo.

C'est ce que la Société de géograplûe de Parts a coinpris^ et dt^Tiîèremenl ^ sur un rapport de M. Bouquet

de la Grye, elle a adopté pour la transcription de ces noms l'alphabet suivant, très simple et très naturel, qui sera le nôtre :

g toujours devant e, i : gue; u — comme ou français ; w — comme en anglais.

Le reste comme en français.

Ne serait-il pas désirable que, selon le vœu de la Société , on adoptât enfin cette manière uniforme et simple de transcription?

Bigiro, c'est déjà l'intérieur de l'Afrique, Bara comme disent nos hommes. Déjà plus de grandes campagnes cultivées, plus de manioc, plus de cocotiers, plus de manguiers, plus de coqs qui chantent, plus de poules qui grattent, plus de linge qui sèche, plus de « civilisation ». Bava!

C'est donc au milieu de la nature sauvage que nous nous réveillons, le lendemain, à trois heures. Les feux du camp brillent encore, et nos porteurs, par petits groupes, dorment autour des charges, étendus sur leurs nattes et abrités par un petit toit de paille et de branchages. Le silence s'étend au loin sur la plaine : seuls de temps à autre quelques dormeurs renommés se renvoient un ronflement sonore, et, sous les branches de la forêt, les insectes nocturnes font entendre les dernières notes de leur musique accoutumée. Du ciel, la lune épanche au loin sa clarté sereine , et grâce à elle on aperçoit, de la colline où nous sommes, les palmiers qui dressent là-bas, sur le chemin que nous allons suivre, leurs têtes orientales.

Le réveille -matin de W^ de Courmont a sonné tout à Taise , mais sans faire lever personne autre que lui et

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nous. Monseigneur oiTre dans sa tente le saint sacrifice de la messe, et la Providence le favorisera assez pendant le cours de ce long voyage pour qu'il puisse faire ainsi tous les jours.

Pour qui sait ce que c'est que la messe , ce spectacle est beau, en ces circonstances et en ce pays!

Ainsi . sur tout ce chemin qui sera parcouru , dans la forêt silencieuse, au milieu du désert inconnu, près du cours d'eau ignoré, au pied de la montagne inexplorée ou dans Tenceinte d'un petit \'illage perdu, la Victime que le Créateur s'est lui-même choisie comme étant la seule digne sera donc inmiolée chaque matin, pour adorer, pour prier, pour demander grâce, pour remercier, et peut-être en ces endroits mêmes où tant de fois, depuis des siècles et des siècles, d'autres sacrifices ont été offerts à l'ennemi de Dieu et de l'homme, sacrifices de productions terrestres, sacrifices d'animaux, sacrifices d'enfants.

Quelques-uns de nos porteurs sont chrétiens. Chaque jour, matin et soir, ils se réuniront aussi près de leurs charges pour faire à genoux les prières. Les autres hommes, païens ou musulmans, les regardent avec respect; et cet acte de religion, qui sépare tout de suite un homme d'une bête, est beau aussi devant ce pays immense où Satan règne, et sous ce grand ciel tout plein de Dieu.

Nous suivons pendant quatre jours la route ordinaire des caravanes : Bigiro, Kengéni, Mbiki^ Sagati.

Le cinquième, en marche, le guide casse une petite branche, et, arrivé à une bifurcation connue, il la jette en travers du chemin qui continue vers Msua, Mrogoro, Mpwapwa, Tobora et les Lacs. Tout le monde fait comme le guide, et nous entrons, au sud, dans Tétroit

sentier qui doit nous conduire à la station chrétienne de Tununguo, car c'est là seulement que commencera notre ex])loralion vérllable, notre marche vers l'inconnu.

On s'aperçoit bien vite que nous avons laissé ce que nos hommes appellent « le grand chemin »>. Ici des herbes plus hautes, des broussailles plus épaisses, des villages plus nombreux caches derrière leurs enceintes de gros poteaux, des indigènes aux allures plus simples, sans parler des pintades errant par bandes sur le bord des champs de sorgho; tout un aspect nouveau d'une même nature indique que nous ne passons pas en ce moment où passent ordinairement les caravanes. Car c'est ainsi dans ces pays ; à quelques heures de la route parcourue par les Arabes et les Wangwana (Swahilis musulmans), tout est changé, et l'on est étonné de trouver des populations entières plus éloignées de ce qu'on appelle la « civilisation » qu'à deux, trois et quatre mois de marche dans rintérleur.

Nous arrivons ainsi sur l'autre bord d'une petite rivière, la Maua, qui donne son nom à tout le pays qu'elle parcourt. 'Elle est maintenant à sec; mais çà et là, dans son lit qu'ombragent de grands arbres toujours verts, restent encore quelques Haques d'eau, parfois assez profondes, où les silures, les crabes, les crapauds et les grenouilles se sont réfugiés en famille, où les papillons se posent un instant, où les tourterelles viennent boire à la hflte , et où les femmes des villages voisins vont ensemble, soir et matin, remplir leurs cruches.

Le village où nous campons n'a de remarquable que son site, qui est beau, et sa malpropreté, qui est exemplaire. Le soir, le plus loustic de nos porteurs, à bout de provisions, organise une danse. 11 a prévu le cas. et

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c'ei>t pounjuoi ii a apporté deux tamixturins sur lesquels il frappe eu b'accompajruâait d un chaiit qu'il improvise : i>efr axaii» répètent le refrain. IJ parait que son art est apprécié: cai- bientôt il est entoui^ de tout le village, et . quand il a fini . on lui offre en cadeau une poule et une corbeille de riz. C'est l'heureux résultat qu'il attendait.

Pouj la pi-emière fois depuis la côte . je trouve ici • en f ui-etant dans les débri^ d'une case en ruines, une curieuse btatuette. objet relativement rare en cette partie de l'Afrique.

Doû viennent ces statuettes et quelle est leur signification? Leur rend -on un culte? Sont -ce des idoles? Quest-ce qu'un fétiche? Et les noirs ont-ils une reli- ;^ion i

\'oiIâ autant de questions obscures et controversées • mais importantes à plus d'un point de \'ue« et sur lesquelles plus d'un lecteur peut-être sera heureux de lire quelques détails.

Dans tous ces pays-ci. quand on revoit en rêve un parent défunt, quand on a un sommeil agité, quand on est atteint de certaines maladies, et que ces maladies surtout affectent un enfant, on dit que l'ombre du parent s'a/^ite. et qu'elle demande, avec des offrandes, un brin de repos. Il en est de même dans des cas d^épidémie. de sécheresse, de famine, s'étendant à tout un village, â toute une contrée.

Ordinairement on construit alors une petite case dans un carrefour, près d'un baobab, d'un ficus, d'un euphorbe, au fond d'une forêt, dans une grotte, sur une montagne ou dans quelque endroit désigné par un spécialiste en renom. Dans cette case ou dans ce lieu on place quelques offrandes, un peu de riz. des œufs, du

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linge (rouge ou blanc), du pomhê, ou bière africaine, etc.; on organise des danses particulières, on donne des repas, et on n'a pins ensuite ([u'à entretenir ce monument non pas de la piété, mais de la crainfe liiiale. Le tout , en effet, a pour but de fixer l'ombre errante en cel endroit désormais sacré, et de l'empêcher de vaguer j)armi la famille ou la tribu.

C'est à cette occasion, pour le dire en passant, que quelques tribus anthropophages croient devoir s'offrir et offrir au défunt des repas de chair humaine; on comprend, l'ombre à laquelle on offre un homme a lieu d'être beaucoup plus satisfaite que si on lui donnait un coq. Ceci est élémentaire.

D'autres peuplades, parmi lesquelles il faut en ])remière ligne citer les ^^'{|Zil^anlt> , ne se contentent pas de construire la petite case ordinaire : ils y placent une statuette en bois et plus souvent en terre, ([u'ils ornent de couleur rouge, de verroteries, de petits morceaux de linge, et devant laquelle ils placent leurs oifrandes. C'est là, dans cette figure qu'on essaye de faire humaine, que le mzintu de l'ancêtre viendra se fixer ; on y mettra même souvent des rognures d'ongles, des cils et des cheveux du défunt.

Ainsi , à tout homme qui meurt son ombre survit. Son ombre, j'ai bien dit; car il n'est pas ici question de l'âme, mais de l'ombre du corps, celle qui le suivait de son vivant, et qui dans le tombeau, à mesure que la matière se désagrégeait, s'est dégagée et transfigurée. C'est là, du reste, le sens du mot mzimu (de kuzimiil,H, se rallumer).

Tout homme à son ombre; mais, de même que tous les hommes n'ont pas sur terre la même valeur, toutes les ombres non plus ne sont pas également remuantes et

ne reçoivent pas dès lors les mêmes honneurs. Voilà pourquoi tant de gens disparaissent sans inquiéter personne après leur mort, non plus que pendant leur vie. Mais, quand on a été sorcier de^ grand renom, chef important / guerrier célèbre, on est sûr d'avoir son mzimu, ses offrandes, ses fêtes, ses pèlerinages. C'est ainsi , pour ne citer qu'un exemple , que le fondateur de la famille de Kingaru, chef renommé de l'Ukami, est encore vénéré dans une caverne profonde du Xguru, où son ombre a été transportée par les esprits après sa mort , et où Ton va chaque année lui demander la pluie : c'est sa spécialité.

Le mzimu se montre parfois aux mortels encore vivants : il aime surtout, pour la circonstance, à prendre la forme d'un python, d'un chat, d'une chèvre, d'un bœuf blanc. Dans plus d'un endroit, il y a ainsi tel serpent qu'on nourrit avec soin, auquel on apporte des offrandes, et en l'honneur de qui on organise des fêtes. C'est ce qui, ailleurs, a pu donner lieu à ce qu'on est convenu d'appeler la zoolâlrie.

On le voit, c'est bien là, si je ne me trompe, le culte (le l'ancêtre, si l'on veut bien donner au mot culte son sens le plus général. Or, chose singulière, ces idées et ces pratiques se retrouvent, sous une forme ou sous une autre, non seulement dans toute l'Afrique, mais on pourrait dire dans le monde entier.

Les tribus aborigènes de l'Inde, qui d'ailleurs, au jugement de plusieurs savants, parmi lesquels. j'aime à citer M^^ Laouënan, appartiennent à la race de Cham, rendent un culte semblable à des esprits qui furent dans l'origine des êtres humains connus surtout par leur cruauté: là aussi on cherche à les apaiser par des offrandes, là aussi on essaye de les fixer dans des demeures

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spéciales, là aussi on fait vœu de leur ériger des pierres, et on ne manque jamais d'exécuter sa promesse.

En Chine et dans l'Extrême-Orient, on sait quelle place tient dans l'esprit du peuple le culte des ancêtres.

En Europe, Liber, Pan, Mercure, furent les premiers à honorer d'un culte leur père Jupiter ou Japet, en qui beaucoup retrouvent le troisième fils de Noé.

Ailleurs, on voit les Egyptiens vénérer Isis; les Maures, Juba; les Athéniens, Minerve; les Romains, Romulus. Et Virgile, écho mélodieux et sincère des croyances latines, fait adresser par Enée des prières à son père Anchise :

Xunc paieras libate Jovi, precibusque vocale Anchisem (jenitorem.,,

Cicéron, lui aussi, nous apprend qu'il avait élevé un petit temple aux mânes de sa fille TuUia. Les dieux lares n'étaient autres que les mânes ou les ombres des ancêtres de la famille, et l'inscription : Sit tibi terra le vis, que l'on gravait sur les tombeaux , se rapporte à la même croyance. C'est de là également que sont venues les pratiques encore intéressantes de la nécromancie et du spiritisme, si sévèrement défendues dans le Deutéronome \ non moins que dans les constitutions de divers conciles de l'Église catholique.

Aussi l'auteur du livre de la Sagesse a écrit : « Il n'y avait point d'idoles au commencement...; mais le deuil cruel d'un père lui inspira de faire l'image du fils qui lui avait été enlevé parla mort, et celui qui venait de mourir comme homme commença à être vénéré conrnie dieu^. »

* Deut. XVII, 11; xvi, 44.

* Sap. XIV.

Mais la religion des noirs s'arrête-t-elle là? Non. Et la marche du lendemain nous amenait précisément dans un gros village, Makiigu, où nous trouvâmes les sorciers du pays occupés à donner une représentation se rapportant à un autre genre de croyances.

Accroupie au milieu de la cour intérieure , une vieille femme était là, au milieu d'une douzaine d'opérateurs, derrière lesquels se tenait une foule considérable d'hommes, de femmes et d'enfants. Ses yeux, qui se faisaient à peine jour au-dessous d'une paire de grosses paupières chassieuses, se portèrent un instant sur nous avec une expression de bctise supérieure; mais notre présence ne fît point interrompre la cérémonie. La pauvre vieille était possédée du Kinyamkéra , un petit démon très connu et très malin; il a la spécialité des tourbillons, et il s'amuse fréquemment à transporter les femmes sur les plus hauts baobabs.

L'opération de la dépossession, qui peut durer huit jours, quinze jours, môme davantage, et qui s'accomplit au milieu de cérémonies très variables, suivant les pays , les sorciers et les esprits , consiste essentiellement :

i ^ A constater la possession : c'est un sorcier qui s'en charge ;

2^ A savoir quel est l'esprit possesseur, et à appeler aussitôt le sorcier qui a la spécialité du cas : tout autre n'aboutirait à rieri ;

3" A faire monter l'esprit des entrailles, où il se tient, dans la tête, où il parlera : on y arrive au moyen de fumigations et de frictions particulières ;

4^ A demander à l'esprit, une fois qu'il est monté dans la tête de la personne possédée, pourquoi il est venu et ce qu'il exige pour en sortir;

A LA DÊCOUVKRTK

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5" A lui otlrir ce qu'il a demandé : l'ollrande, herbes, légumes, graines, volailles, chèvres, hœuf, ou parfois victime humaine, est divisée, dciniile et mangée en partie par la personne possédée, en partie par le sorcier . et en partie par les assistants;

6" A faire passer enfin l'esprit satisfait de la tôle de la personne possédée dans la lête du sorcier , d'où il s'en va.

La cérémonie de Makugu toucliail précisément à sa fin. Au-dessus de la vieille on avait tendu une corde à laquelle une corne d'antilope était attachée; un compère frictionnait la patiente avec une composition magique ; un autre faisait aux environs des évolutions gro- , tesques; un troisième marquait à la ])oitrine, aux bras, aux épaules et aux reins, les nombreux assistants d'un signe particulier, destiné k empêcher l'esprit de les envahir; chose curieuse, ce signe était une croix!

Enfin, le sacrifice ayant été ofFert et accepté (l'esprit bienveillant n'avait demandé cette fois qu'un seul boue), le maître sorcier s'assit sur ses talons en face de sa cliente, mit ses genoux contre ses genoux, ses bras contre ses bras, sa tête contre sa tête, et, pendant que les tambours battaient à tout rompre, que les chanteurs hurlaient, que tous les opcraleurs faisaient des contorsions invraisemblables, que les assistants ouvraient, pour mieux voir, tout ce qu'ils avaient d'yeux, de bouches et d'oreilles, peu à peu le vieux sorcier fut agité d'un tremblement progressif (|ui bientôt l'eut envahi . et alors tout remua dans son étrange personne, ses membres, son dos, sa longue échine, ses mains, ses orteils, ses cheveux bouclés, sa vieille barbe, ses yeux ronds et injectés de sang, ses petites oreilles, ses lèvres pendantes cl son nez extravagant. Au bout d'un quart d'heure environ ,

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le frisson du bonhomme se ralentit . les tambours battirent moins fort, les chanteurs épuisés ne firent plus que gémir, et finalement le calme se rétabht. troublé seulement par quelques enfants qui continuaient de crier sur le dos de leur mère.

L'esprit avait opéré son passage du corps de la ^^eille dans celui du sorcier.

Ce n'était pas la première fois que j'étais témoin de ces sortes de scènes : il y. en a de plus compUquées , de plus sauvages, de plus terribles. Celle-ci n'a pas achevé de me convaincre que la patiente était réellement sous rinlluence d'un esprit malin autre que le sien: mais ici. comme dans tous les cas pareils, l'intention était é\idente : offrir, dans le but de s'en débarrasser sans doute, mais enfin offrir des sacrifices, c'est-à-dire un culte, à celui qui, dès le principe et partout, a été connu comme Tennemi de l'homme et l'usurpateur des droits de Dieu.

A ces pratiques ajoutez maintenant ce qui est miriko et ce qui est daxca, et vous aurez, en résumé, le fond reUjg^eux des populations de cette partie de l'Afrique.

Miciko^ c'est tout ce qui est réservé, tout ce qu'il est défendu de manger, tout ce qu'il est défendu de toucher, tout ce qu'il est défendu d'employer, tout ce qu'il est défendu de dire, tout ce qu'il est défendu de faire. Mais pourquoi , dans ce ^illage ou dans cette tribu , telle et telle chose est -elle mwikoT Souvent il v a dans ces défenses une raison d'être se rapportant , par exemple . à rhygiène; souvent aussi la superstition parait être seule en cause.

Le mot dawa a, lui aussi, une signification très étendue. Il désigne tout ce qui, dans la nature, a une force cachée quelconque : les amulettes sont des da^i-a

A l,A DECOUVERTK 33

{et l'on sait combien grande eu est la collection, combien extraordinaire en est la puissance), la poudre k canon est un dawa; et c'est un dawa aussi qu'un solide purgatif.

Mais, demandera-t-on , dans toute cette théologie où est la place de Dieu?

La place de Dieu? mais elle est prise tout entière par les mânes, par les esprits, par le mwiko et par le dawa. Dieu est connu cependant, mais connu vaguement, et surtout connu comme auteur de la mort ou de la destruction et jamais, h ma connaissance, ne recevant en sa qualité d'aiiteur de la vie et de maître du monde un acte d'adoration, une prière, une action de grâces.

J'abroge, et de beaucoup, celte question, si intéres- . santé qu'elle puisse être au triple point de vue philosophique*, historique et anthropologique. Mais il est trois conclusions cependant qu'il ne faudrait pas omettre.

1" A mon avis, les voyageurs, ceux particulièrement que l'éducation, les préjugés ou le respect humain rendent étrangers aux questions philosophiques et reUgieuses, se contentent trop facilement en général, en Afrique, comme en Asie et comme en Europe, des premières impressions et des premiers renseignements. Ces problèmes , systématiquement entourés de mystères , sont d'une étude très délicate et 1res diflicile, et l'on est véritablement étonné de voir tel ou tel de ces messieurs approfondir d'un coup d'œïl, en passant, ce que d'autres hommes, qui n'étaient pourtant pas myopes, n'avaient pu découvrir en dix ans, en vingt ans! Ceux en particulier qui affirment couramment que les noirs n'ont aucune idée du surnaturel et, partant, aucune pratique religieuse, ceux-là n'arrivent bien à faire constater qu'une chose : c'est qu'ils se sont trop hâtés d'écrire

après s'être trop hâtés de regarder. Pour ce qui est des populations de l'Afrique orientale, et peut-être de beaucoup d'autres, c'est aussi trop s'avancer, il me semble^ que de les dépeindre comme adorant un morceau de bois ou un éclat de pierre, avec la pensée que ce

fétiche est Dieu. Non. Allez au fond, vous trouverez autre chose.

2 Non seulement la race africaine n'en est pas là. mais, en s'entourant de toutes les précautions qui donnent à la critique une valeur scientifique sérieuse, je suis persuadé cju'on arriverait à établir qu'elle est actuellement en possession des principales vérités qui ont constitué la révélation primitive. Sans doute, ces vérités sont défigurées, retournées, presque méconnaissables: mais elles sont là . conune elles étaient chez les Grecs et chez les Romains, comme elles sont chez les Indiens et chez les Chinois, quoique avec moins de décors, parce que l'Afrique a l'imagination plus tardive que l'Asie et que l'Europe.

3'' Enfin il ne serait pas impossible . loin de là . d'établir scientifiquement, par l'observation et l'histoire, que cette race est telle, non parce qu'elle vient à peine de sortir de la période simienne, mais parce qu'elle descend, au contraire, et toujours plus bas, d'un état où elle a connu la lumière d'une civiUsation véritable. Car la civilisation . quoi qu'on en dise, ne consiste pas dans le nombre plus ou moins grand des besoins factices qu^un peuple peut se créer, mais dans la connaissance plus ou moins complète qu'il a de la vérité, et dans la manière plus ou moins parfaite dont il conforme sa conduite à la loi qui en découle. C'est donc, pour ne citer qu'un exemple , montrer une ignorance complète du sujet que de décrire les tribus anthropophages, représentant actuel-

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