‹ Sur terre et sur l'eau: voyage d'exploration dans l'Afrique orientaleChapitre 5 sur 5 · Ai-je évité de payer les octrois et les taxes · texte numérisé non relu

Ai-je évité de payer les octrois et les taxes

(Traduit du Treasury of dévotion,)

Sur celte défense expresse, obligatoire en conscience, de faire de la peine à la reine, aux animaux et aux gardeschampêtres, on peut, je crois, tirer l'échelle et conclure que le temps n'est pas éloigné où l'on commencera à se faire aussi scrupule de faire dire à TÉcriture qiie le pape est un Antéchrist.

Au sud de Mombasa, et en face de Tanga, s'étend

l'île de Pemba , « Pemba la Verte , » disent les Arabes , où nous arrivons après un jour de traversée heureuse.

Cette lie , madréporique comme toutes celles de cette côte, n'est pas tout k fait aussi étendue que celle de Zanzibar ; mais , dans son ensemble , la surface cultivée est

peut-être plus considérable. A l'est, du côté de l'Océan, elle s'élève à pic, sans offrir aucun port convenable.; mais, du côté de la Grande-Terre, à l'ouest, abritée qu'elle est contre les vents et les flots, elle se découpe en une multitude d'anses et de promontoires, où s'élèvent des îlots de toute grandeur et de toute forme. Rien de pittoresque, de vert, de gai comme ces paysages. Ici la mer d'un bleu indigo, plus loin d'un azur céleste, ailleurs d'un vert pâle, porte comme un berceau im simple roc miné par les vagues ; là , c'est un îlot déjà plus étendu ; k gauche, les broussailles impénétrables; k droite, les

AU ZANGL'EBAn ANGLAIS 339

grands palmiers it éventails dominant l'herbe courte cl tendre; en face, les longs /ilaos aux branches déliées, au feuillage mobile; cl, derrière tout le reste, les collines de l'île sur lesquelles s'étagcnt, en exposant loiis les tons du vert, les bananiers, les manguiers, les orangers, les cocotiers, et surtout ces grandes et rcgunêrcs plantations de girofliers, qui font la richesse et la caractéristique du lieu.

Nous donnons, dans la baie de Wclé, près d'une chaloupe anglaise cachée derrière un îlot, attendant qu'un boutre négrier paraisse pour le prier de montrer sa marchandise.

Le lendemain, nous continuons notre marche, et. d'îlots en îlots, nous arrivons à la pointe dc~TundR-ua (litt. : Cueillez la fleur), où doit se trouver un Français de nos amis, le seul Européen de ces parages. Mais rien ne paraît, rien que des cocotiers sur la colline, sur le rivage un troupeau de bœufs couchés sous les pandanus, un grand oiseau péchant sur un banc de rochers.

Nous descendons, et, suivant un petit sentier qui se déroule sous l'ombre, nous arrivons bientôt à une grande

9W atlR TKHRR ET Slifl L'EAU

cl bonne niaifwin couverte en feuilles de cocotier; sous la varangue, nnc table, une boîte d'albinietles, quelques journaux de Marseille, et un Européen â barbe grise, <|ui achève de rouler la première cigarette du jour. C'est (lotloui, le solitaire de l'emba. Xous sommes reçus comme de vieux amis qui ne sont pas attendus, et nous visitons la vaste propriélé que, dans son ensemble, on

ttnip de Wi'U'. vue priae de*la n

peut se ropr(5sentcr conuue une forêt de giroOiers et de cocolicr» aussi i'lev(5s les uns que les autres, coupée de VïtU<<k-s où les noirs do l'habitalion ont taille leurs champs de rir, et sillonncV de coteaux où s'étalent quelques roslcs de bmnssailloa. M. Cottoni reste là pendant U récolte du gtroHe. quatre, cinq ou six mois, et passe à Z>anz)biir le rosie de l'année. Comme Iravaiilcurs, U a d'anciens esclaves plus ou moins marrons, qu'il paye à U journée cl qui restent clic?, lui à demeure, heureux: de leur }>tvsiiion et satisfaits de k«r maître.

Dans la journée, nous allons à pied k la capitale de IHe, Tchaké-Tchaké, lra\-crsanl après de nombreuses coffines \m bras de mer en ce monieni i^ié^blc , monlanl sca- ic& hànicMvs où s'élcïwl la ville, lonj;;oAnl 1 unique me bordée

AU ZANGUEBAH ANGLAIS Ui

des deux côtés de grandes maisons en pierres, et allons nous installer sous un manguier, où le fidèle Séliman nous improvise péniblement un dîner sommaire. Après quoi, avant le départ, visite à M. le gouverneur de la place, lequel nous prend pour des inspecteurs antiesclavagistcs déguisés, d'où réception peu exubérante de gaieté.

HuiiU'S du fort (Tchak.--Ti.hakii).

Wété et Tchakc-Tchaké sont les deux villes principales de Pemba, l'une et l'autre d'un difficile accès. La première est loin dans les terres, sur une colline; la seconde, aussi sur une hauteur, est bâtie au fond d'une baie profonde et basse , couverte de palétuviers et d"où la mer se relire périodiquement. Et cependant, dans une situation si mal choisie, on est étonné de voir tant de maisons en pierres et surtout un fort d'aspect imposant et de dimensions considérables. C'est que les Mazrui, anciens gouverneurs de Mombasa, qui ont bâti Tchaké- Tchaké, avnient h craindre les incursions et les déprédations des Arabes du golfe Persique, et c'est pour éviter ces hardis écumeurs des mers qu'ils se sont cachés là. Autrefois les Portugais ont occupé Pemba, mais peu de

temps, à cause de son insalubrité. Elle relève aujourd'hui direclemeni du sultan de Zanzibar.

En réalité, cette île est loin d'être aussi plate qu'on le croit généralement.

C'est au contraire une série de petites vallées, fraîches et fcrlilcs. qui. dans la snison des pluies surtout, sont

1 hak Tel ak

ip Ule de I tle Pemba

remplies d'eau ; ce qui rend alors les communications difficiles, et donne ensuite naissance à des miasmes, à des fièvres paludéennes, à des rhumatismes, etc., qui enlèvent chaque année un grand nombre de ses habitants. Que d'esclaves a dévoré.s Pemba !

Au reste, pas un coin qui ne soit verl. Dans les rares endroits non cultivés, on remarque le rondier à éventails, beaucoup d'arbres, d'arbustes et d'herbes du continent.

J'ai déjà nommé des cultures : dans les vallées, du riz; et partout ailleurs du manioc, des patates, des haricots de divers genres et espèces, des citrouilles, des ignames,

des bananes , mais peu de maïs et de sorgho. Parmi les arbres, il faut signaler le manguier, le jaquier, l'oranger, le mandarinier, le citronnier, le goyavier, le cocotier, dont on trouve ici une petite variété particulière, et pardessus tout le girollier, introduit, parait-il, de Maurice. où Poivre l'avait lui-même importé des Moluques. C'est un arbre qui, k Pemba, atteint la hauteur du cocotier.

Habitation arabe.

La forme en est pyramidale et fort élégante. On le cultive pour les boutons de ses fleurs, qui ressemblent à de petits clous, et que, pour ce motif, on appelle souvent .< clous de girofle ». Ces boutons, cueillis avant leur entier épanouissement, sont séchés au soleil, livrés an commerce et très recherchés comme aromates el coumie condiment. On en retire aiissi, par distillation, une huile essentieflc employée en pharmacie pour ses propriétés toniques, cordiales, excitantes. Les mêmes principes se retrouvent dans les pédoncules qu'on appelle ,'/'"'//t'.s ou queiiex (le fjîrufîe, qu'on recueille aussi ; dans les feuilles elles-mêmes ([u'on n'utilise pas. mais qui fournissent à l'esclave de Pemba un lapis riche et pai-fumé îi l'ombre de ses forêts odoriférantes.

:U« SUR TBRRE ET St'R L'KAC

Mais, hélas! à toutes ces beautés le malheureux parait peu sensible: car il est dur. le travail du girofle. Il faut, sans endommager l'arbre, cueillir les boutons un à un ; et comme la saison n'a qu'un temps forcément limité par l'épanouissement de la fleur, on emploie toute la journée à ce travail Tatigânl. les pieds mal assurés sur de minces échelles ou sur l'arbre lui-même, les bras allongés, le cou

e TtikàLi-Tc^^^

tendu. Puis, le soir venu, à la lumière des lampes, il faut ensuite trier les boutons d'avec les griffes, enlever les morceaux de bois. les feuilles, etc. Aussi le giroflier eslil généralement maudit de la population esclave de Pemba. Les esclaves ! Ils forment ici l'immense majorité de la population, et il faut, en vérité, qu'ils aient le caractère bien fait poiu- ne pas conquérir de force leur liberté, d'autant que l'esclavage est ici plus dur qu'ailleurs. l'Arabe étant plus qu'ailleurs à l'abri des regards indiscrets. Cependant il faut dire que quelques-uns. s'évadanl de chez leurs maîtres, ont trouvé moyen de se cantonner vers le nord en répuiilique indépendante oii la garnison de Tchaké-Tchaké n'ose pas elle-même aller les attaquer. .\u reste, ceux qui disparaissent ainsi par la faite ou par

la mort sont bien vite remplacés par les arrivages de la - côte. La guerre swahili allemande , en particulier , a fait baisser considérablement le prix et garni Pemba pour longtemps.

Outre les esclaves, il y a la population indigène proprement dite; comme à Zanzibar, elle est noire, peu laborieuse, originaire de la côte, et établie dans l'île de

temps immémorial. Puis les Arabes, dispersés dans leurs habitations; les Indiens, pour le commerce, résidant surtout à Wété et h Tchaké-Tchaké ; enfin des soldats aux ordres du gouverneur, pour maintenir l'ordre et l'esclavage.

En résumé, triste et beau pays où l'on ne voit que verdure et girofle, islamisme et servitude.

Pendant que nous atteignons Tchaké-Tchaké par terre, notre capitaine, dans son embarcation, profitait de la marée montante, et arrivait. Très heureux de le rencontrer, nous nous entassons dans le canot, nous hissons la voile, et en avant à travers la forêt de palétuviers qui forme le fond de la baie ! Nous avançons rapidement , et

déjà la ville a disparu, lorsque, à notre gauche, au pied d'une falaise taillée à pic, nous apercevons trois individus qui nous font deà signes. Évidemment ils se cachent , et , s'ils se cachent , ils sont en faute : ce sont, en effet, des esclaves en rupture de ban. Vite nous virons de bord , et , quand nous sommes à portée , ils racontent qu'ils appartiennent à la mission anglaise de Zanzibar,

qulls accompagnaient le missionnaire Brookes, tué Tan dernier à Saadani , et que , pris et vendus par les meur- Iriers. ils ont été transportés ici avec tous leurs camarades de la caravane. Nous les embarquons inmiédiatement. Le canot, déjà bien chargé auparavant^ menace de couler bas : mais enfin , grâce à Dieu . nous arrivons sims encombre à notre boutre. où tout est hissé, les hommes d'abortK Fembarcation ensuite, par un beau clair de lune.

Le lendemain, de grand matin, nous mettons le cap sur le large et fuyons Pemba transformés en corsaires.

La traversée est heureuse.

A peine débarqués^ nos esclaves sont conduits au conr suiat dWngle terre et de là courent à leurs cases ^ où ils

AU ZAMGUEBAR ANGLAIS :U7

tombent à l'improviste dans uq ménage qui ne les attendait plus.

De notre côlé, nous trouvons à la mission tout le monde en bonne santé, nous distribuons les saluts des confrères laissés là-bas, nous faisons le résume de la campagne, nous écoutons les nouvelles, nouvelles de Zanguebar, nouvelles de France, nouvelles d'Europe, nouvelles du monde ; car il y a trois mois que nous vivons séparés de la civilisation, et en trois mois la civilisation peut faire tant de choses !

Voilà, par exemple, qu'elle a proclamé la république au Brésil, élu en France une chambre nouvelle, réuni à Bruxelles un congrès sur l'esclavage, ramené Émin- Pacha de l'intérieur africain, pendu Bushiri k Pangani, terminé la guerre au Zanguebar, enterré Séyid-Ilalîfa, et mis à sa place Séyid-Ali, son frère.

Voilà le présent. Quant à l'avenir, on sait qu'il est à Dieu.

Mais puisque l'Afrique, si longtemps abandonnée comme terre inutile, fait en ce moment tant parler d'elle, peut-être est-il permis d'espérer que ce grand cadavre prendra vie.

Au siècle dernier, un fort esprit du nom de Voltaire trouvait « inutile de se chamailler pour les quelques arpents de neige du Canada » . Au siècle présent , d'autres pensent que les sables africains ne justifient pas non plus tant de convoitises. Peut-être ont -ils raison, peut-être non. Peut-être, comme il s'est trouvé autre chose que de la neige au Canada, se trouvera-t-il autre chose que des sables en Afrique.

Quoi qu'il en soit, les missionnaires y ont déjà trouvé des âmes. Ils en cherchent d'autres. C'est précisément ce qu'ils veulent.

Mais voilà maintenant que d'aucuns se demandent si ces âmes de « nègres » valent la peine qu'on s'en occupe tant, si elles sont « convertissables », si elles sont « capables d'être et de rester chrétiennes » . Il leur paraît que non. Eux-mêmes connaissent l'Afrique: ils ont passé sur les côtes, à* bord d'un paquebot ou d'un navire de guerre , et ils pensent fermement que « tous ces nègres ne méritent aucun intérêt ». Quant au centre Afrique, tout le monde sait que ce centre est un chaos où grouille une foule de cannibales travaillant consciencieusement à s'entre -manger les uns les autres, uniquement pour le plaisir de la chose. Et, dans ces conditions, mieux vaut, — c'est la conclusion, — laisser les Arabes opérer seuls en ce continent où ils ramassent ce qui y pousse : des esclaves et de l'ivoire. Que voulez-vous ! Puisqu'ils ont besoin de cela pour vivre heureux , ces bons Arabes !

Enfin il y a là toute une thèse, et, pour y répondre en détail, ce ne serait peut-être pas trop d'un volume. Mais que le lecteur se rassure : cette relation est déjà bien assez longue , je ne tenterai pas le volume.

Quelques mots cependant.

C'est des âmes qu'on se préoccupe? Eh bien ! aux yeux du philosophe et du théologien, une âme est une âme, quelle que soit l'enveloppe qui la recouvre.

De plus, les missionnaires peuvent affirmer en toute sincérité que sans doute la race noire est une race inférieure, inférieure surtout par le caractère, par la volonté, beaucoup plus que par l'intelligence ; mais que néanmoins elle est éminemment convertissable , et parfaitement capable de christianisme. On n'a, pour s'en convaincre, qu'à considérer sans préjugé la population noire des colonies, de Maurice, de Bourbon, des Antilles, etc., où, malgré les exemples trop souvent scandaleux de la

•fi'l

- 'ht

. ni- : 'les r, .. = J'' \|;ii>

., nom' .-s (jni. \ii.\ii \;\ : ■ .î-.>.-|I !(■(.'

'■."■!" ;• '• :»• • i«|iie <h'* •■. -.liiii.' ■ .-iiK <K*

■-' i Kîj- -■ . :»'«iM* îolll ce "'îi r;iî! ' •• •ifii, I(^

« i». \ . .hî «{lie l»('<Mlîc. î.;i « : - r\cni-

I ■■'-■'.' •ri!;ilie, (riisp.i in- ' !!i;i^nc,

-' - ?i. •!«»'. 'il ii;iï\< iinîi! .-.i: -.;ni\'ai^cs. :i.*iiieiil 'i'- Jiropliv h- «i'i i ;.!L,:ui(l;i mourir •lit jiouivieui* lui. Les n'iii- > <!(' •rlli' iiilxi se dis- .i , ii fauÉ le dire, i):u' kin* nrdcn!- ttHilicnlière i -^ h' tiîrcJflB choses relinieiisc--. M;iis. hl.icés dans les mes eiil|^HK&lices , les «'mires noirs (lirêliens dounelî lem- v»«oiiime eux.

..- !iic.-sieurs ont aperçu le noir de la e(Me, e! il est • de l'oniprendre qu'ils en onl élé souvent peu édifiés. ^ c'esl qu'il en a tanl vu aUvSsi ce noir de la e(Mc, tant • ces peaux blanches .se salir sous ses yeux ! Il ne is trop lui en vouloir, voyez-vous. Que deviendrait n native d'un pauvre indigène des coles euro- ' au contact de princes (|ui viendraient s'amuser ! rouler sous la lahli*? II dirait : •« Ah 1 c'est ça - ! » Et sa pelile verlu native n'y résisterait '- !«■ mrmr des noirs au contacl des Sémilo ~ l'.i-- de Ions assurémeni . mai?- d'aucun^ !;j ^unisent pour faire dire : Ali 1 c"e>l -! \'\ on fait comme les princes, et le> '.'îil <;ela <lrôle.

- rc> allVeux cannibales du centre africain?

— Au centre africain, il y a en effet des cannibales, il y a des atrocités, il y a des horreurs. Mais, d'abord, tout cela est localisé et non général; et ensuite tout cela tient beaucoup moins au tempérament de la race qu'à des idées religieuses perverties et qu'il faut réformer , c'est en quoi MM. les Européens devraient bien aider un peu ces pauvres missionnaires ! Ces pratiques abominables furent en égale faveur dans le monde romain, gaulois, saxon, etc., et cependant ce monde est chrétien. Enfin, p(mr ce qu'on appelle slriclemenl la moralité, il e>st établi que, chez les tribus païennes de l'inlérieur, fétichistes, anthropophages mcme, elle est incomparablement plus grande que chez les hommes de môme race, et même de race supérieure, ])assés à Tislamismc. Ceci peut paraître étrange, c'est la vérité i)urc.

En résumé, nul plus cpie le noir païen n'est de conversion plus facile, précisément parce qu'il n'a pas de corps de doctrine nettement établi et parce que son caractère l'incline vers le parti le plus fort, vers le paganisme pur si le paganisme domine, vers l'islam si l'islam l'envahit, vers le christianisme si le chrislianisme*se montre.

Malheureusement, et c'est là précisément ce qui fait la partie inégale entie le missionnaire musulman et le missionnaire chrétien, outre la morale à suivre, et qui n'est pas la môme, c'est que le conquérant musulman s'avance toujours en Afrique comme musulman, et que le conquérant chrétien ne se montre jamais ou presque jamais comme chrétien. De sorte que le missionnaire, aux yeux des noirs, passe facilement pour mener une œuvre particulière , excellente sans doute , mais qui n'est pas soutenue , qui ne durera pas , et à laquelle par conséquent il ne faut pas trop se presser de donner son nom.

Ah ! si on mettait à répandre l'Evangile l'ardeur qu'on

AL ZANGLEHAH ANGLAIS 35B

a pour faire circuler les cotonnades nationales, les bouteilles nationales, les panlalons nationaux !

Point ne serait j'equis d'ailleurs de renouveler contre Sarrasins et païens les exploits de ('harlemagne « à la barbe florie ». Il n'y a plus de (]harlemagne. C'était un ranatique. Mais tout de même cpTil serait facile à l'Europe, si elle voulait, de convertir rAfricpie ! Elle ne le veut point, la malheureuse ; et c'est pounpioi les missionnaires restent seuls eu face de ce travail immense, soutenus par les prières et les gi'os sous de ({uehiues braves i»'ens connue eux, peinant un peu, suant beaucoup, riant cpiand môme, mourant (piel([uefois, et espéraiit toujours.

l'n an après, beaucoup de choses étaient faites, refaites ou défaites, au Zan^^uebar anj^lais.

La prcmièi'c et la plus considérable est la prochunation officielle du protectorat britanuicpie sur Zanzibar et ses dépendances (7 novembre), h l'exception de la part de côte dont l' Allemagne avait l'administration et (pi'elle vient d'acheter au sultan pour la sonnne de quatre millions de marcs. En outre, celte puissance cède à l'Angleterre tout le pays au nord de Vanga, sur lesquels elle avait précédemment des vues ou des droits: Wito, la rive gauche du Tana, Manda, le Somûl, etc.

On s'est appliqué à rendre la transformation aussi inaperçue que possible, et d'ici longtenq)s rien ne sera chauiïé h la situation actuelle. Le sultan Sévid Ali ^arde ses musiciens pom^ lui jouei' les mômes airs, ses soldats pour faire devant lui la môme parade, ses cavaliers rouges i)our lui former le môme cortège cpiand il revient de ses maisons de canq^agne, et soidever devant lui, sur les mômes routes, les mômes nuages de poussière. Il aura de Targent. Il peut compter sur d'excellent whisky.

35H suit TEIIHR ET SUR l.'EAO

lîcslc la question îles esclaves, dont l'importation, l'exportation et la wnle sont, en dioil, supprimées. Personnellomcnt, le sultan n'ayant rien à perdi-e à cet aifranchisscment progressif, à cause des dédonimagemcnts qui lui sont assurés, il l'accepte. Mais il n'en est pas de même des Arabes, Swahilis, Comoréens et autres musulmans, qui comptent, il est vrai, sur la prochaine

apparition d'un madhi pour jeter à l'eau tous les « infidèles ", mais dont quelques-uns trouvent déjà que le mahdi tarde un peu et craignent qu'il n'arrive après leur ruine. En conséquence, ils ont essayé de faire quelque i-ésislance, à Zanzibar, à Malindi, à W'ilo sui'tout ; mais les précautions desdits » infidèles » étaient prises, et il ne reste phis ([u'à se soumettre à ta fatalité.

Cependant, pendant que ces modifications politiques se préparaient dans le pays, la mission de Ndéra essayait de s'organiser sous la direction du P. Ch. Goramenginger, inlcUigemment cl Vtiiilarament secondé par le

AU ZANGIJKIUR ANGLAIS 337

F. Achcul et dix jeunes chrétiens sortis de l'orphelinat de Bagamoyo. On construisait, on dèhitait la forêt, on se taillait des champs dans les alentours, l'installation marchait son train, lorsque tout h coup, vers la fin de juin, le F. Acheul parut h Zanzibar.

« Qu'y a-t-il donc ? est la pi-emicre i|uestion qui lui est adressée.

— Rien, dit-il, tranqùiUîsez-vous. Seulement le Tana a déborde, l'eau couvre tout à dix lieues à la ronde, nos briques sont fondues, le P. Charles habite un nid, dans un arbre, et tout est perdu. Voilk- »

Une lettre confirmait ces renseignements, ajoutant que cette inondation revenait pci'iodiqucmcnt tous les ans, plus forte qu'on ne nous l'avait dit, à la gi-ande joie, du reste, des Wa-Pokomo, qui pendant un mois logeaient sur des espèces de perchoirs, battaul du tam-lani nuit et jour, et attendant sans impatience le i-etralt des eaux pour planter leur riz. D'un autre côté, des renseigne-

358 SIM TKURE ET SUK L'KAU

mcnis cci'lains faisaient craindre que le même mouvement insurrectionnel (jui avait désolé la sphère «allemande ne se manifestât cette année sur la partie anglaise : et c'est en elTet ce cpii est arrivé. Eniin le directeur actuel de la compagnie de TEst-Alricain, abandonnant les projets de son prédécesseur sur le Tana et le Sabaki, consacre maintenant ses efforts à la construction d'un chemin de fer h voie étroite pai'tant de Momhasa et se diriiïeant directement sur l'Ukamba, le Kikuvu et le Kavirando ; dès lors ces ilenves perdent toute Timportance (prils devaient j)ren(lrc. Ku présence de cette situation, cpie faire ?

M'*''' de (louiinont jugea (pie, puiscpie d'autres pays mieux doués s'ouvraient îi Tévangélisation et demandaient des missionnaires, il était plus sage de se diriger vei's eux et d'abandonner provisoirement ce malheureux Tana, où rétablissement d'une mission avait été si laborieux et où son ravitaillement restait si difficile. Plus tard, quand les ccmimunications seraient mieux établies, (pie le pays serait ouvert, (pie la tranquilhté serait revenue et cpril serait possible (Ty transporter une charpente en fer, la fondation pourrait être reprise; mais, pour le moment, il était prudent de l'abandonner. Ainsi, du reste, ou a peu près, avaient fait les ministres luthériens de Xgao, dont la maison avait été emportée et qui, pour rester à sec, s'étaient réfugiés sur un point inhabité. *

Le 10 juillet, le F. Acheul reprenait avec cette décision le chemin de Ndéra. Il v trouva le P. Charles et les enfants, non plus dans l'eau, mais dans la boue, tous plus ou moins malades et occupés a combattre les fourmis blanches (pii avaient envahi la station et travaillaient à détruire ce que rinondation avait épargné.

Aussil(M ou se met en devoir de battre en retraite ;

mais on veut le faire en bon ordre et sans laisser derrière soi une planche ni un clou, rien que les maisons faites et les champs défrichés. Dans les pirogues on embarquera le linge, les instruments, tout le matériel; du bois débité on fera des radeaux. Et en avant !

Des extraits d'une lettre du F. Acheul à M*' de Courmont nous fournironJt quelques détails sur cette descente du Tana.

« Nous sommes partis de \déra le 27 octobre, écritil, avec cinq pirogues et quatre grands radeaux: toute notre fortune, moins le chaigement de linge et de provisions, y compris cent roupies (pi^on nous a envoyées, il y a deux mois, et qui a sombré à pic; pour ça, c'est sûrement perdu jusqu'au jugement général, et môme au delà.

<( Le Père supérieur avait pris les devants et était allé m'attendre à Muina. Pour moi, je suivais les radeaux en cas d'accident, ce (pii n'a pas manqué. En face de Toloni, Tun de ces radeaux a l'ait naufrage, et nous avons mis plus d'une heure et demie à repêcher planches, chevrons, cordes, tables, arrosoirs, marmites, poules, etc. Une fois tout ramassé, nous avons reconstruit notre radeau, qui se composait de quarante- deux chevrons, trente-cinq planches, dix-huit colonnes et deux encadrements de fenêtre: tout cela n'était pas chose facile, mais enfin nous en sommes arrivés a bout. Il était midi et demi quand nous nous sommes mis de nouveau en route: deux heures après le même radeau a sombré, et, pour le défaire et le refaire, il a fallu rester jusqu'à six heures et demie. La nuit est venue ; nous étions arrivés à Muina ; mais voilà ([ue de nouveau un autre radeau coule. Tout est sous l'eau: bois, poules, marmites et enfants. Au bout de quelque temps, ceux-ci reparaissent heureuse-

360 suit TERHE ET SUR LEAI'

menl. l'un ici, l'autre lii, et se sau\X'jil à la nage : le rcsle a passé la nuit dans le llcuvc. Le lendemain nous avons repéché le bois, ramené lout à terre et i-eformé notre radeau. Voilà pour le premier-jour.

« Il serait trop long de vous raconler le détail de Ions nos accidents, de toutes nos misères. Pendant les quatre premiers jours, nous ; avons refait nos radeaux en

moyenne trois fois chacun. Pins tard, les choses allaient un peu mieux ; mais nons nous hcuitions encore bien souvent contre les troncs d'arbres on les amas de branches plantées au milieu du fleuve et formant de terribles écucils ; d'autres fois nous nous jetions dans les herbes de la rive , les lianes et les broussailles ; niais ce qui nous achevait, c'était de nous voir pris par d'énormes tourbillons d'eau où nous passions quelquefois deux ou trois heures sans pouvoir en sortir, tournant sur place. Entin nous arrivons à Muruni, chez Kombo. où nous pouvons vendre pour deux cent quatre-vingt-dix roupies tout ce misérable bois !

•• Quelles nuits aussi cpie ces trois nuits que nous avons

ÉiriÉiak^fi

AL ZAXGLEBAil ANGLAIS 3fil

passées lii! Dès la première un orage a éclaté, cl noire lente s'est déchirée. Le Père supérieur a cherché un refuge sous une varangue, où la pluie et les mousfi([ues (par myriades, ces moustiques !) lui onl fait un sommeil 1res léger. Pour moi, je me suis iulroduit dans une case ..avec nos dL\-huit honuucs (enfants et pagayeurs), une

I dizaine d'indigènes et une vingtaine de poules qui cherl çhaient à se loger aussi, pauvres bctes! Il faul bien que I tout le monde vive. Mais, tout de même, quand elles lavaient le malheur de prendre pour perchoir le nez de [ quel(|u'un, il les lançail en l'air dans uneaulre direclîon, [ où naturellement elles tombaient sur un individu pas plus I endurant, de sorte que loute la nuit elles faisaient ce ^voyage d'un bout de la case h l'autre. Avec cela, de la Lboue parloul, et des puces, et des punaises, cl des r moustiijucs, et des poux, et une infection capable, ai elle avait continué, d'asphyxier trois douzaines de boucs! Il Mais qu'est-ce que je dis là? Tout cela, c'esl la vie

:>>2 ^L-r ir.aftr: et svh leaL"

fhi rnissionnpiire. Il n': fâu^ pfis !*cri plriindre. e' encore iijoir*s •••ri vaiiî^r: le bon Dieu nous pavera tout cela.

C i-îT Monc airiî-i qu'on arriva a Kau flnn^ la première qijin/aifi»- de rjeptenïbre. Mai:* là le F. Charles- épuiàô jiar une ;!nn(:e de travaux extraordinaire*, de privations inatériellen et de ^^oulîrance.s rie toute> sortes, empois- mné pirr 1^-- niiii-^ines. iinéniie. Ijri?-é. foniha mahide d'unt- forte fièvre (jui ne larda j^a-j â prenrlre un CriractêMc pernicieux. Kn Tabsencc d'un prêtre, il dit au F. Acheul ce qu'il aurait â faire el lui donna >e> dernières recommandations:

' ^^uand je serai mort, couclul-il. vous essayerez de me faire un cercueil avec celles de nos caisses qui ne vous sont pas néces>aires: j>iiis vous me mettrez dans une pirofjue. el vous me porterez vers Kipini. sur la pla^e. oii vous me creuserez une fosse dans le sable.

' Je vou.-^ en prie, ne menlerrez j>as dans cet allreux trou de Kau, au milieu de ces nuisulmans !... "

Il avait à peine achevé, fjue trois hommes armés se |irétfenlent, la figure sinistre et Tair insolent. Le I'. Acheul les arrête à la porte.

" I]st-il vrai, demandent -ils, cpie Ion frère est si malade /

— Oui, mais moi je me porte assez bien.

Oimbien de soldats as- lu ?

- Assez poiu' répondre au salut de n'importe qui... ••

Ils H éloignent. .Mais toul à coup le bruit se répand cpie le pays de Wito, tout près, est en révoluticm. Huit Allemands (|ui s'y trouvaient dans le but d'exploiter une foret viemient crêtrc massacrés par les indigènes, ramassis de musulmans fanatirpies, ignorants, voleurs el généralement pourvus de tous les vices. Le coup fait, ils ont pris le parti d'en Unir avec tous les Européens «IcKcnvirons. Après Wito, le Tana; après le Tana, Lamu;

après Lamu, toute la côte : car les «grands jours de rislaui sont venus, et c'est Fuino-Bakari qui commencera le mouvement. Une expédition est donc envoyée contre les missicmnaires prolcslanls de Kulosa, de Nago et de (lolbanti ; mais ceux-ci, avertis h temps par les \\'a-Pokomo, peuvent s'évader, et les gens de Wito se contentent de piller leurs maisons. Même sort est réservé à la Mission catliolicpie :

« Car, disent -ils, tous les Em^opéens se valent. Il n'y a point de poisson dont la tête soit douce et la queue amère. »

Malheureusement i)our eux, a Ndéra aussi, ils font buisson creux et se voient obligés de se rabattre vers la côte.

Le lendemain de cet incident de Kau, un boulre s'étant trouvé là et le I-^ère s'étant trouvé mieux, le F. Acheul peut s'embarquer et descendre l'Ozi, avec tout le matériel, jus(prà Kipini. La mer étant trop mauvaise pour songer à passer h Lamu, on resta là pendant la nuit, près de la plage, abrités derrière un banc de sable. De temps à autre, au clair de la lune, on vit bien une grande pirogue sillonner la rivière, paraissant et disparaissant, fouillant les p^ilétuviers, cherchant. On la laissa faire, ignorant quels projets au juste pouvaient guider ses mouvements, et le matin dès l'aube on appareilla. Mais h peine a-t-on levé la voile, (pic la pirogue se montre, chargée de soldats, et se lance à la poursuite du petit boutre. Les fusils s'agitent, des cris sauvages retentissent ; mais déjà on commençait à gagner la haute mer, et, la partie menaçant de devenir au moins égale, nos braves fils de Mohammed jugent prudent de virer de bord et d'abandcmner ceux cpiMls avaient si longtemj)s recherchés conmie leur proie.

sm TBRRE ET SLR l.EM

De Laniii, le F. Acliciil put écrire tous ces choses a M*' (le Coiirmont. Oluî-ci trouva la lettre à Zanzibar, le 10 octobre, au retour d'un voyage au Kibma-Xdjaro. où je l'avais accompagné.

Dès le lendemain je pus m'embarquer pour Lamu.

J'y trouvai l'excellent V. Ch. Gommenginger au lit, anémié, décharné, fort encore cG])cudant de toute son

énergie morale, mais rejii'is d'un nouveau et lerriiïle accès de lièvre qui résista à tous les traitements.

ICn même temps, une escadre anglaise commandée par l'amiral Freemantlc débar(|uait avec huit cents hommes à Kijiini. Le lendemain. \\'ito était pris, pille et brrtlé; les Swahilis, dispersés, laissant sur place cent cinquante des leurs; dix mille roupies étaient ofTertes à qui amènerait Kinno-Iîakari, le sultan du lieu, et, en attendant, défense était faite à tout Européen de pénétrer en ces pays.

Pour tous ces motifs, ajoutés aux autres, il ne nousl restait donc qu'à partir. Le '2o, nous prenions en consé-l (picnce passage sur YhUhiopm, de la compagnie des' Indes, avec l'espoir du moins, au milieu de toutes nos tristesses, de ramener vivant notre cher confrère.

AU ZANGUEBAIl ANGLAIS 365

Hélas ! nous dilmcs nous arrêter trop longleuips à Mombasa, el le lil, h une heure du matin, après une ' longue agonie pendant laquelle il offril plusieurs fois sa vie pour l'Afrique, le P. Ch. Gommciiginger rendait à Dieu son âme vaillante. Nous étions a la hauteur de la pointe nord de Zanzibai-. En rade, M. le commandant Ravel, du Boiirsainl, fit prendre le corps du cher Père,

et le soir du même jour eut lieu Tenterrement dans le cimetière de la Mission.

Ainsi la Providence, pour empêcher une ruine complète, l'avait retiré à temps du Tana; pour lui procurer la grâce et la consolation des derniers sacrements, elle le garde juste assez pour (pi'un prêtre puisse lui être envoyé ; pour satisfaire son désir de donner à son corps un repos en terre sainte, elle ne permet à la mort de le loucher qu'en vue d'un cimetière cathoUque, oi'i, l'ange de la résurrection le réveillant, il se trouvera au milieu de nos confrères. Dieu est bon pour ses missionnaires. Quand il les veut, il les enlève, et il fait bien ; mais il prend, pour les appeler à lui, les précautions d'un maître juste et bon vis-à-vis d'un vieux et loyal serviteur. Et celui-ci, qu'il

>>. -I. r; TKf.hE ET -LK LEaL

ait .'sciac «un.-* le» pleurs ou récolte (Jan.s l'alléuresse. pcîrr i-.vec la nicuie conliance. simple et cahiie. fai-^aiii bon vi-râu'e k la mort . ouhliaiit la terre «[u'il arrosa «le .ses -ueur- et >c tounuuit vuluntiers ver-* le cieL o»*i ses rei;»u«U liuiuitlc^ cliercheul une place qui ne lui sera point relu^ét: !

Vj v«.»ilâ «lonc ré[ûloi;:ue iuij^révu «le cette hi>t'»iie. la *\*:iii'u:i'*: et triste étape de ce l«>nn v«.ytiu^e '.

II V i\ MU ;iii. îoul nou> enuiiiceait à essaver «le die^^er lîî '.roi.v driii- ces parafes avancés «lu coiitiiient noir : afijour'Jhui le?? troubles politique??, encore pluT? que les diflieulté'- matérielle**. U'.U'-oLlii^erit a n*.»u^{Mitèi àillèur."^.

Au le-h:. ne n«jus plaiunons p'»iiit. ne liOn^ e\cîiS"n< pa>. 'jui -ait ^'\ ces lia vaux. «. e- T^nulhanves. ce-- éj.»ieuves. t.e-r ptr:te-*. eelte niorl , n'él aient pa-* néee-saire'- p':»ur attirer le> premières ljénédieti'»n'i «lu ^iiel >ur i^etîe îerre. ou les liMiieur< puijlii[ue> et t aeliées du paL:ani>me se ??onf appe>anties depuis tant «le '^ièclo^ /

Hetirons-nous donc aujounl'hfii du Tana. {luisqu'il le faut, en atten«lant un meilleur avenir : mais que ce soit pour avancer au Kilima-Xdjar«j. où luie exploration vient d'être faite juillet-<.)elrdjre et où tout nous a[q>elle.

Kt en tout, et partout, et toujours, «[ue la sainte volonté de Dieu soit faite, que son nom s<.»ii i;It»ritié et que sou rêifne détende aus^^i l«.»in que t«julerf»nl le-^ sueurs «le ses pauvres missionnaires, aussi k»iu «|ue tomberont leurs corps !

Page 1