‹ Sur un Cas d'Encéphalite Épidémique avec HémiplégieChapitre 2 sur 4 · A MON JURY · texte numérisé non relu

A MON JURY

À MONSIEUR LE PROFESSEUR ROQUE Officier de la Légion d'Honneur

Qui a bien voulu nous faire l’honneur d'accepter la présidence de cette thèse; qu’il veuille bien trouver ici l'expression de notre reconnaissance.

A MoxsIEUR LE DOCTEUR A. GONNET

Médecin des Hôpitaux de Saint-Etienne

Qui nous a toujours témoigné la plus grande bienveillance pendant le semestre d’internat que nous avons passé dans son service. C’est lui qui nous a donné le sujet de cette thèse et qui nous a largement aidé dans la rédaction de celle-ci.

Nous lui adressons avec nos remerciements l’expression de notre profonde gratitude.

Introduction.

L'observation qui fait l’objet de ce travail représente une modalité tout à fait exceptionnelle de l'Encéphalite épidémique. L'hémiplégie, en effet, ne joue, dans la masse des documents publiés au sujet de l’Encéphalite, qu’un rôle des plus effacés.

La communication initiale de MM. Cruchet, Moutier et Calmette, parue en avril 1917, et qui est basée sur 40 cas d’« Encéphalo-myélite », mentionne bien une forme hémiplégique, mais sans y insister davantage ni sans citer de faits à l'appui. Et cette forme n’a été signalée, à notre connaissance tout au moins, dans Les travaux ultérieurs, qu'une seule fois (AUSSET, Encéphalite léthargique avec syndrome de Millard-Gübler chez un garçon de 10 ans), et il s'agissait d’une hémiplégie protubérantielle.

Si l’hémiplégie est notée, accessoirement d’ailleurs, . dans de très rares observations, c’est toujours avec le qualificatif « d’incomplète et transitoire ». Nous

n'avons pas pu, dans les recherches bibliographiques auxquelles nous nous sommes livré, découvrir aucune observation absolument semblable à celle qui fait l'objet du présent travail. Ici, l'hémiplégie fut presque contemporaine du début de l'affection, d'emblée, elle fut massive et complète et elle persista telle jusqu’à la fin de l’évolution. Nous nous sommes donc trouvé en présence d'un cas clinique rare, et, c’est à ce titre, que nous avons cru intéressant d'en faire le sujet de

ce modeste travail.

Observation.

(Service du Docteur GonNET. Hôpital de Saint-Etienne)

D.., Pierre, 45 ans, employé de chemin de fer, consulte pour la première fois le Docteur GONNET, le 25 novembre 1922, pour des secousses musculaires.

Le malade a joui, jusqu’à l’affection actuelle, d’une parfaite santé. Il est marié, père de 3 enfants bien portants ; sa femme n’a pas eu de fausses couches ; lui-même nie la syphilis.

Il dit avoir présenté, une quinzaine de jours auparavant, un léger état grippal avec courbature, frissons et toux ; cet épisode n’a pas nécessité l’interruption du travail,

Le 24 novembre, au matin, au moment de prendre son travail, il éprouve une sensation de froid dans le bras droit associée à une certaine maladresse gênant l’écriture, Dans la journée, il constate que sa main droite est le siège de mouvements involontaires de fermetures alternatives des doigts. Il reprend néanmoins dans la soirée son service de la nuit ; c’est alors que commencent à se manifester dans les membres droits. des secousses musculaires violentes pour lesquelles il consulta le Docteur GonNET. Celui-ci constata ce

qui suit :

« Secousses limitées aux deux membres du côté droit, se « répétant par série, à intervalles irréguliers, brusques et « affectant le corps musculaire dans sa totalité. Ces se- « cousses ne sont pas toujours assez accentuées pour en- « traîner un déplacement. Les muscles affectés sont toujours « les mêmes : territoire radial à l’avant-bras (long supinateur « excepté) et groupe postérieur de la jambe. Quelques secous- « ses au niveau du quatriceps et de la face postérieure de « la cuisse. Dans l’ensemble, le membre inférieur est sensi- « blement moins affecté que le supérieur,

« Légère diminution de la force à la main droite ; elle « est normale ailleurs. L’exécution des mouvements volon- « taires est gênée par les secousses, qui amènent des me- « naces de chute sur parquet ciré.

« Sensibilité normale, Réflexes tendineux vifs. Réflexes « cutanés plantaires en flexion.

« Réactions pupillaires normales.

« Examen viscéral : albuminurie très légère. Tension « artérielle : 145/100 (palp., ausc.). »

Le Docteur GONNET conseilla l’entrée à l’hôpital (25 novembre).

Dans la nuit du 25 au 26 novembre — que le malade passa chez lui — il eut une crise épileptiforme ; les renseignements — donnés par sa femme — ne sont pas assez précis pour dire si elle fut du type Jacksonnien : la femme du malade dit seulement qu’il y eut perte de connaissance, ècume aux lèvres, révulsion des yeux. Cette crise dura deux ou trois minutes, et, immédiatement après, le malade s’aperçut que sa jambe et son bras droits étaient complètement paralysés et agités de mouvements rythmiques et continus. Une nouvelle crise — en tous points semblables à celle de la nuit — eut lieu le 26 novembre, vers midi. Le malade entra à l’hôpital le soir même. On constate à ce moment une hémiplégie droite complète, flasque, respectant la face. Il ne persiste dans les membres du côté droit que des mouvements insignifiants, En outre, ils sont affectés de secousses rythmiques brusques, violentes, qui frappent surtout la face

postérieure de l’avant-bras, de la cuisse, de la jambe, produisant l’extension du poignet avec flexion des doigts, la flexion du genou et l’extension du pied, Ces mouvements ont lieu au rythme de 128 à la minute ; ils sont synchrones aux deux membres, =

Le malade n’accuse aucun phénomène douloureux.

Les réflexes tendineux et périostés sont normaux (lachilléen droit est difficile à rechercher en raison des secousses du pied).

Le réflexe cutané-plantaire se fait en extension à droite, en flexion à gauche.

Les pupilles égales réagissent parfaitement aux deux modes.

On ne constate aucun phénomène parétique du côté des nerfs moteurs de l’œil. Pas de diplopie,

La sensibilité objective est trouvée normale à tous les modes.

Le reste de l’examen viscéral montre :

Quelques râles sous-crépitants aux deux bases.

Cœur normal, tension artérielle : 130/80 (palp., ausc.). Foie et rate normaux, albuminurie légère. f Température d’entrée : 38°4.

Le soir même, à 20 heures et dans la nuit, à 2 heures, le malade aurait présenté une crise douloureuse de deux à trois minutes, caractérisée par des grands mouvements des membres droits. Les renseignements fournis à ce sujet sont imprécis,

27 novembre. — Température : le matin 37°7, le soir 302

Rien de spécial à signaler.

Dans la nuit du 27 au 28, le malade aurait présenté sept à huit crises de deux à trois minutes de durée, avec grands mouvements du côté droit, mais il est impossible d’avoir plus de détails.

28 novembre. — Un nouvel examen complet confirme le précédent dans tous ses détails, On note cependant en plus

une légère parésie faciale : un peu d’asymétrie de la mimique, la langue est un peu déviée à droite.

Le malade est très inquiet de son état, néanmoins psychisme normal,

On pratique une ponction lombaire qui montre :

1° Liquide clair, |

2° Tension au manomètre de CLAUDE : 24 (position couchée),

3° Pas d’éléments cellulaires,

4° Albumine : 0 gr. 40,

5° Le dosage du sucre n’a pu être fait.

Le malade est présenté au Docteur MoREAu, Ophtalmologiste de l’hôpital de Saint-Etienne, qui, après un examen

minutieux, conclut à l’intégrité absolue de la musculature extrinsèque et intrinsèque, ainsi que du fond des yeux.

\ Température : le matin 37°5, le soir 38°1.

29 novembre. — Les secousses myocloniques persistent, mais très atténuées, aux membres supérieurs droits ; ce sont de toutes petites secousses à caractère rythmique régulier.

Au membre inférieur droit, par contre, le rythme est très irrégulier : les secousses sont tantôt nettement différenciées et espacées par un court intervalle d’une seconde environ ; tantôt, au contraire, très rapides, constituant un véritable tremblement. Elles s’interrompent par périodes de 15 à 20 secondes,

L’hémiplégie persiste, complète à droite. Les membres gauches sont toujours indemnes.

On constate une altération évidente du psychisme : Le malade est moins préoccupé de son état et, par moments, rit sans motif. Il existe un certain degré d’amnésie par rapport aux événements récents,

Légère dysarthrie, parole pâteuse.

Température : le matin et le soir 38°,

30 novembre. — La parole est réduite à un bredouillement inintelligible, le malade ne comprend pas la parole et n’exécute pas les ordres simples.

Une nouvelle ponction lombaire montre :

Tension au manomètre de CLAUDE : 11 (position couchée). Les résultats de laboratoire, dus à l’obligeance du Docteur DEvuxs, donnent :

1° Deux à trois leucocytes par millimètre cube (lymphocytes et grands mononucléaires en quantité égale),

2° Hyperglycorachie (méthode de SICARD-ROUSSEAU),

3° Wassermann céphalo-rachidien négatif.

Température : le matin 37°6, le soir 37°7.

1°” décembre. — Les secousses nyocloniques ont complètement disparu au membre supérieur droit ; elles persistent, mais très intermittentes, au membre inférieur droit.

L’hémiplégie et la parésie faciale restent stationnaires. L’aphasie est un peu moins prononcée : le malade comprend les ordres simples et prononce quelques mots intelligibles.

Température : le matin 37°6, le soir 37°4.

2 décembre. — Albuminurie légère, | Température : le matin, 37°3, le soir 37°5.

4 décembre. — L’aphasie a disparu, mais on constate un état de dépression très marquée. L’hémiplégie droite persiste. La myoclonie a cessé du côté droit ; par contre, on constate, pour la première fois, des secousses myocloniques dans le membre inférieur gauche (face antérieure et postérieure de la cuisse, face postérieure du mollet).

On assiste pendant la visite à une crise épileptiforme incomplète, caractérisée par une obnubilation passagère et par des secousses musculaires de grande amplitude,

Température : le matin 37°2, le soir 37°5.

5 décembre. — La température s'élève à 38° le matin et le soir. Pouls à 100.

Torpeur psychique : le malade répond cependant faiblement aux questions qu’il comprend bien.

Les secousses musculaires sont uniquement localisées au membre inférieur gauche ; chaque grande secousse est suivie

de trois à quatre plus rapides et d’amplitude plus faible donnant l'impression d’un début de tétanisation musculaire. :

6 décembre. — L'état général s’aggrave. La température monte à 38°4 le matin et 39°2 le soir.

7 décembre. — L’hémiplégie droite persiste massive, Les secousses myocloniques frappent exclusivement le membre inférieur gauche.

L’état général s’est encore aggravé.

Le coma s’installe progressivement dans la journée. Température : le matin 39°6, le soir 39°7.

Le malade meurt à 20 heures, sans avoir repris Connais-

sance.

En résumé, il s’agit d’un adulte vigoureux, qui est pris, après quelques jours de léger malaise, de secousses myocloniques localisées aux deux membres du côté droit. Quarante: huit heures plus tard, apparaît une crise épileptiforme, aussitôt suivie d’une hémiplégie droite massive. Celle-ci persistera jusqu’à la fin, tandis que la myoclonie, d’abord renforcée, finira peu à peu par s’atténuer et disparaître du côté primitivement atteint pour gagner le côté gauche. Entre temps, on a vu se développer une aphasie transitoire et des troubles psychiques à type confusionnel. Le malade succombe après 14 jours de maladie, sans que la température ait guère dépassé 38°, si ce n’est le jour de la mort, où elle a atteint 39°4, Il n’y à jamais eu ni hypersomnie ni troubles oculaires,

même fugaces,

Autopsie. — L’autopsie fut pratiquée le 9 décembre.

L'examen macroscopique du cerveau n’a montré qu’un certain degré de congestion des vaisseaux pie-mériens. Il n’y avait ni hémorragie ni ramollissement ni méningite surajoutée.

La note ci-dessous, due à l’obligeance du Docteur DEVUNS, Chef du laboratoire des hôpitaux, résume l’examen histologique des centres nerveux,

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