INTRODUCTION RE
Le sujet que nous avons choisi, d’après les conseils de
- M. le professeur Gilis, peut paraître, à première vue, dé-
pourvu d'intérêt, mais je crois apporter à cette question,
si vieille et déjà si bien étudiée, et grâce à M. le professeur Grynfeltt, quelques éléments nouveaux.
Lecène et Lenormand résument parfaitement les idées
modernes quand ils écrivent: ( Le galactocèle est une tu- meur liquide du sein, d’origine inflammatoire, renfermant
du lait plus ou moins altéré, développé dans la mamelle en Jactation. »
Avant de commencer notre travail, il m'est agréable de remercier M. le professeur Grynfeltt qui nous a largement ouvert son laboratoire, nous à guidé avec la plus grande patience dans le délicat examen des coupes histologiques, et nous à permis de publier l'observation anatomo-pathologique précise qui fait toute la valeur de notre thèse,
OB SE RVATION ÿ (Inédite) Re
(Due à l’obligeance de M. le professeur P. Gilis)
Mme X..., âgée de 31 ans, allaïtait son troisième enfant,
et en était au quatorzième mois de l? allaitement, lorsqu elle
fut, à 1 mprovisté, mordue aux due seins pes un cheval, le 6 octobre 1919.
Ce traumatisme, très douloureux, fut suivi de Has
côté d’une large ecchymose qui a disparu peu à peu.
Du côté du sein droit, IA morsure entraîna une tuméfaction assez grosse, sur l'extrémité interne de l’ovale mammaire. Cette tuméfaction alla en diminuant mais laissa à sa place une tumeur dure.
. Après ce traumatisme, la blessée put diner à allai-
ter son enfant, qui ne fut sevré que vers le mois de novembre. Depuis cette époque Mme X... ressent dans les deux seins, et plus particulièrement dans le sein droit, des douleurs assez vagues, mais qui l’impressionnent,
Elle vient consulter M. le professeur Gilis, le 24 décembre 1919.
Elle se plaint surtout de dou leurs dans le sein droit et.
se montre très préoccupée de la petite tumeur qui persiste. À ce moment, la tumeur est du volume d’une noisette, roulant facilement sous les doigts. Elle était dure. Aucune fluctuation ne s'y sentait. À sa surface, la peau était normale, blanche, souple, se laissant facilement pincer.
On avait l'impression d’un adénome roulant dans une
Pile # 4
‘couche conjonctive lâche, couche qui le. séparait du tissu glandulaire. K
: Antécédents très bons. Le trois enfants sont en bonne | santé. Elle conservait le souvenir de sa mère, morte à 46 ans, une année après avoir été opérée d’une tumeur du sein. Dans ces conditions, M. le professeur Giis conseille l’extirpation d de la petite tumeur, pensant qu’une simple ‘ineision cutanée sous-anesthésie locale à la cocaïne, permet-
trait de l’énucléer.
M. X.. revint pour cette opération le 25 janvier 1920,
Très effrayée, elle déclarait souffrir davantage, et prétendait que la tumeur avait augmenté de volume et changeait
d'aspect. C’était vrai, à l'inspection, la tumeur faisait saillie, soulevant la peau qui semblait un peu plus foncée sur la surface de la tuméfaction. La peau ne pouvait plus être pincée, comme avant et se détachait mal de la tumeur. Elle avait, elle-même, augmenté de volume et était grosse
comme une noix. Elle était dure, sans trace de fluctuation
et avait perdu sa mobilité au milieu du tissu glandulaire, périphérique auquel elle semblait adhérer.
L'opération fut faite le 26 janvier, sous-anesthésie locale à la syncaïne, Les changements de caractère de la tumeur firent modifier la technique opératoire. Par une incision ‘ovalaire furent enlevées, en plein tissu sain, la tumeur et la peau qui la recouvrait. Au cours de l’opération, en récli-
nant les tissus, vers l'extrémité de la tumeur qui regardait le mamelon, il s ’épanche dans la plaie un peu de liquide laiteux que 1! ‘opér ateur attribue à la section d’un canal galactophore. Maïs la tumeur ne s’affaissa pas pour cela, elle fut enlevée entière, intacte.
Le 4 février la malade partait complètement guérie. Réunion per primam. La douleur dans le sein avec complè-
; tement disparu,
ANATOMIE PATHOIT JOGIQUE
La pièce enlevée était une masse de graisse au sein ‘de laquelle on percevait nettement un Det COTPS, du volume d’une noix, ayant une consistance ferme et élastique. IT fut isolé, au ciseau, de la eraisse environnante. Les connexions ne furent conservées qu'avec la peau sus-jacente. La pièce
contenait un liquide de couleur blanchâtre, très visqueux, très homogène, sans odeur. Là poche ouverte fut fixée dans son ensemble, partie dans le formol salé, partie dans le mé-
lange de Ciaccio.
A un faible grossissement on voit: une zone fibreuse
dense, homogène, qui circonscrit la collection liquide, c’est la paroi propre du galactocèle; la renforçant extérieure-
ment une zone de sclérose diffuse, dans laquelle sont en- ,globés les divers éléments de la mamelle. D'où deux régions à étudier : a) la zone de sclérose diffuse. périphérique ; 0) la paroi PEOpEe du galactocèle.
A. — Dans la zone périphérique, au sein de la masse
graisseuse banale de la mamelle, des ilots de tissu adipeux d'aspect normal s’intercalent entre les éléments conjonctivo-vaseulaires, et des lobules glandulaires présentant les signes de l’inflammation chronique. Les divers vaisseaux
ont leur paroi épaissie et renforcée extérieurement par des
éléments conjonctifs. De nombreux leucocvtes sont inclus :
dans les mailles de ee tissu.
CRT ARNO UNRL CE ES
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Le tissu élastique a une répartition tout à fait: irrégu-
lière. On aperçoit, de loin en loin, et seulement autour des | paquets vasculaires d? une certaine importance, des masses | élastiques assez considérables qui font partie de l’atmos- | phèré conjonctive des vaisseaux. Les colorations électives
(orcéine) permettent de déceler dans le reste de zone, seu-
lement quelques fibrilles d’une extrême délicatesse, très dé-
licates, , isolées, elles escortent quelquefois les vaisseaux cadla ets avancent avec eux, mais Jamais très avant, dans les couches périphériques de la capsule.
Dans les interstices des couches les plus externes, les:
capillaires sanguins abondants sont, en général, distendus
par des globules rouges, conséquence de la congestion in-
tense. Ils sont, pour la plupart, des centres de diapédèse. Les leucocytes agglomérés constituent, autour d? eux, des :
sorte de nodules inflammatoires. Entre ces nodules, l'infiltration leucoeytique se poursuit à travers les fibres con-
jonctives. Cet exsudat se montre presque ei veinent
constitué Le des éléments de la série lymphoïde: leucocytes et mononueléaires. Les moyens mononueléaires sont
rares, et plus exceptionnels encore les polynucléaires. Des
plasmocytes viennent se mêler en grand nombre et, par
Ÿ endroits, ils forment même, à : ‘eux seuls, les nappes q infil-
tration. ace Fr ‘
* Les vaisseaux eng olobés dans ces amas leucocytiques présentent des signes manifestes de réactions inflammatoires.
Le 4e . L . « a Leurs diverses tuniques sont en proie à la selérose. Des
fibroblastes, des fibrilles conjonetives forment autour d’eux
un réseau plus ou moins lâche. TI n’est pas rare de rencon-
trer des vaisseaux autour desquels la néoformation con!
-jonctive aboutit à la formation d’ilots de sclérose. Les fais-
ceaux fibreux entourent séparément l’artériole et la vei-
RCA ONS Eu 10 = PNA nue et, par des Grbès plus grandes, tout le ie vasceu- . laire. La réaction fibreuse s ’étend même jusqu'aux éléments glandulaires, qui forment des lobules arrondis autour des canaux sécréteurs. Les lobules sont formés d’acini en régression. (Le sevrage était fini depuis deux mois au moment de l’opération). Presque tous les acini sont vides, leur lumière est effacée. Les cellules, à limites imprécises, dégénérées, se colorent en bloc. L’acide osmique décèle des gouttelettes graisseuses. Les noyaux, le plus souvent en pyenose, quelquefois en :chromatolyse, se colorent d’nne façon massive: Dans certains lobules le tissu conjonetif est constitué presque exclusivement par des cellules fixes et des lamelles de substanca fondamentale, pauvre, en fibrill es collagènes. De très nombreux globules blanes et de plasmocytes témoignent, entre les mailles du tissu, du processus inflammatoire.
En certgins points le issu conjonetif prolifère intensivement sous forme de fibroblastes qui engainent les acini. Le Processus scléreux. débute plutôt autour du tissu glandulaire qu’autour des vaisseaux. Le processus infectieux et inflammatoire semblerait done se propager plus : par la voie glandulaire que par la voie sanguine.
A côté, dans d’autres lobules, le processus seléreux se manifeste par l'apparition au sem du tissu conjonetif i intra-racineux de puissants faisceaux connectifs qui, en direction centripète semblent partir de la coque fibreuse et gagner leur centre. Ce processus arrive à envahir complètement les lobules glandulaires dont. les éléments épithéliaux paraissent étouffer sous le processus scléreux, à telles enseignes que les’acini, avec leurs cellules atrophiées, leur lumière obstruée, sont difficiles à identifier et peuvent
être pris pour des capillaires sanguins,
en le
* Ilest itfaile de faire la part de ce qui revient à l’invo- (lution normale post-gravidique, et à l’hypergénèse patho-
logique du tissu conjonetif. L’endopérivascularite, la na
ture des éléments exsudés témoignent irrécusablement des phénomènes inflammatoires. ue
B; -— La paroi propre du galactocèle est une membrane fibreuse homogène. Son épaisseur oscille entre 472 et 950 microns. Aucun vestige d’épithélium n’a pu / être décon vert. La paroi éonjonctive est directement an contact du contenu kystique. Clette paroi. est formée d’une série de plans fibreux, légèrement onduleux, parallèles à la surface de la poche, Ces strates sont constituées par des fibres col-’ lagènes, différentiées, très fibrillaires, de diamètre assez mince. Les divers plans sont réunis les uns aux autres par des jets obliques qui rappellent les systèmes de tente de Ranvier. Elle est formée par du tissu fibreux pur, e’est-à-
dire qu’elle ne re mferme pas de fibres élastiques. Dans les
deux où trois assises les plus externes, les capillaires, dans
leur atmosphère conjonetive, en entraînent quelques-unes. :
Entre les faisceaux conjonctifs il y a de très nombreuses … cellules fixes du tissu conjonctif dont l’abondanee est au maximum près de la.surface de la poche, si bien que, dans les couches les‘plus internes, les fibroblastes dominent dans
Ja constitution de la paroi. Les éléments leucocytiques sont
comme dans la zone périkystique, les témoins de l’inflam-
mation- chronique. Dans les couches les plus externes, la
nappe est fournie d'éléments leucocytiques (mononucléaires et plasmocytes). Ces éléments, groupés autour des vaisseaux, s'infiltrent dans les fissures de la paroi. Tout à fait à la surface de la poche, ils forment une ‘importante 2 aceumulation. De là, ils se mêleront aux éléments du contenu de la poche et joueront un grand rôle dans la résorption.