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avec elle les cinq vertèbres cervicales et réduire ainsi le déplacement. É
C'est une opinion admise par Halipré dans la Revue française de Médecine et de Chirurgie, à propos d'une observation que nous relaterons tout à l'heure. Mais, c’est une hypothèse qui, tout en s'appliquant à notre cas, jusqu'à un certain point, peut ne pas suffire à expliquer la réduction.
Notre lutteur étant tombé en arc de cercle. son adversaire, entraîné, le colle sur le sol. Sous l'influence de cette nouvelle chute et grâce à la nouvelle pression exercée, la cinquième vertèbre suit un mouvement inverse de celui exposé tout à l'heure ; pivotant sur son axe, d'avant en arrière, clle reprend ses rapports nor-maux, avec d'autant plus de facilité que, le bord de sa facette articulaire gauche étant complètement écorné, il lui a été impossible de s’archouter contre la facette supérieure de la vertèbre sous jacente. C'est gràce à cette perte de substance, à cette sorte de brèche qu'offre cette facette, que la réduction est possible ; sans elle, nous aurions eu probablement la luxation classique, unilatérale par rotation, dans laquelle l'apophyse déplacée glisse au-devant de l'inférieure et s’y accroche; avec elle, la réduction ne nécessite pas ce mouvement d'inflexion latérale, indispensable, dans la luxation ordinaire, pour élever l'apophyse articulaire déplacée et la déclancher.
Voilà donc, à notre avis, quel a été le mécanisme de cette luxation temporaire et de sa réduction immédiate et spontanée; nous nous sommes basé, pour l'établir, sur les conditions spéciales dans lesquelles s'est produit l’aceidentet sur les données analomo-pathologiques fournies par l’autopsie. L'on voit maintenant comment se complètent nos deux chapitres.
Nous avons maintenant, grâce au mécanisme invoqué, l'explication des lésions soit des parties osseuses, soit des parties molles ; et c'est gracé à l'analyse de £es lésions que nous avons pu préciser une éliologie un peu complexe et confuse au premier abord.
Parmi les très nombreuses Re Eubliéé sur les luxations des vertèbres cervicales. Qu'on nous permette d'en citer ici quelques-unes, qui nous ont paru intéressantes, parce que, par plus d’un point, elles se rapprochent de }a nôtre.
OBSERVATION
(Halipré. — Revue française de médecine el de chirurgie, 1903.)
Un homme de 68 ans, présente, à la suite d'une chute sur le dos dans un escalier, une paraplégie des quatre membres, qui s'installe progressivement et n’est complète que six Jours après l'accident. L'anesthésie à la piqûre est absolue sur les membres et sur le tronc jusqu'au niveau d’un plan transversal, passant en avant, par la ligne bi-mamelonnaire, en arrière, par l'épine de l’omoplate. La sensibilité au froid reste perçue. Les réflexes rotulien, plantaire et cutané abdominal sont abolis. La verge est turgescente. Il y a rétention d'urine. Les muscles thoraciques sont paralysés. Le draphragme seul continue d'assurer les mouveménts respiratoires. Aucun trouble cardiaque. Pas de modifications oculo-pupillaires. La mort survient par arrêt de la respiration, six jours après l'accident.
Aulopsie (pratiquée 24 heures après le décès). — Après incision de la peau sur la ligne des apophyses épineuses, on constate que la partie supérieure de la colonne vertébrale est portée
en avant. La crête épineuse présente une encoche entre la qua-
rue ième et la cinquième vertèbre cervicale. En imprimant à la tête des mouvements de latéralité, on voit que la totalité des mouvements se passe entre la cmquième et la sixième vertèbre. En soulevant un peu la tête, on ramène la partie supérieure de la colonne cervicale en arrière, et on rétablit aisément les rapports normaux des vertèbres déplacées. Il existe donc une luxation de la cinquième sur la sixième cervicale, luxalion se réduisant avec la plus grande facilité. D'ailleurs, l'examen complet de la région nous montre que les ligaments jaunes sont arrachés au niveau du bord supérieur des lames de la sixième cervicale. Le bord supérieur de ces lames est tranchant et complètement dénudé. La section des Hgaments susépineux et inter-épineux entre les cinquième et sixième vertèbres cervicales, détermine immédiatement l'écartement des deux vertèbres, qui ne sont plus maintenues par les ligaments jaunes ni par le disque intervertébral ; la dure-mère apparail par cette sorte d’entrebatllement, sur une étendue d’un centimètre environ. Elle est recouverte à ce niveau d'un petit caillol sanguin très limité, ne dépassant pas les dimensions d'une pièce de 0 fr. 50. Il n°y a pas, à proprement parler, d'hémorragle intra-rachidienne : ce caillot ne pouvait exercer aucune compression sur la moëlle.
Il n'existe pas de fracture. Les corps vertébraux glissent l'un sur l’autre avec la plus grande facilité. Il s’agit exclusivement d'une luxation de la cmquième vertèbre cervicale.
Au niveau de la moëlle on constate un écrasement correspondant à l'émergence des cinquième, sixième et septième raeines cervicales. Le petit caillot que nous avons signalé sur Ja face postérieure de la dure-mère étant détaché, on n'apercoit aucune ecchymose à la surface de la moëlle. Mais à ce niveau. . la moëlle, qui a conservé sa forme générale, est légèrement tuméfiée. Elle a perdu sa consistance normale, s'affaisse sur la table. La pie-mère est intacte. La section de la moëlle, entre les cinquième et sixième cervicales, montre que la substance
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nerveuse est complètement désagrégée, difluente, particulièrement dans la région postérieure. À ce niveau, la substance médullaire fait hernie sous forme d’une bouillie rougeâtre dans l’espace compris entre les cornes postérieures.
Nous relevons dans cette observation quelques signes particuliers se rapprochant de ceux observés par nous dans notre cas: les lésions anatomo pathologiques ; l'abolition des réflexes ; l'absence de tout symptôme extérieur ; l'impossibilité dans laquelle s'est trouvée le chirur- gien de poser un diagnostic précis. et de la lésion osseuse et de la nature et de l'importance de la lésion médullaire. Mais nous tenons à insister surtout sur ce fait : il existait une Juxation, mais une luxation se réduisant avec la plus grande facilité. Halipré n'hésite pas à employer le terme de luxation spontanée ; et il explique la possibilité de cetle réduction spontanée par la déchirure de tous les ligaments, par l’arrachement du disque intervertébral et par la paralysie des muscles. Enfin, il fait jouer, dans ce mééanisme, un rôle prépondérant à la pesanteur; pour lui, le poids seul de la tête suflit à entraîner avec elle la cinquième vertèbre déplacée, ainsi que les vertèbres situées au-dessus ; et la luxation est ainsi réduite spontanément.
OBSERVATION
(Bomby. — Thèse de Paris, 1864.)
B... Jean, portefaix, tombe à la suite d'un faux-pas, le corps plié en deux, portant sur la tête et sur le dos un sac pesant. Voici ce que l’on constate à son entrée à l'hôpital : face vultueuse, respiration pénible, diaphragmatique : pouls vibrant, mais lent. Paralysie complète de Ia sensibilité et du mouvement
Re dans les membres inférieurs. Paralysie des sphincters. Douleur vive dans la région postérieure de la nuque ; rigidité assez marquée du cou ; mouvements spontanés impossibles : mouvements provoqués douloureux et bornés. La face est légèrement inclinée vers l'épaule droite ; mais on le ramène parfaitement à la direction normale. Aucun signe extérieur sur la ligne des apophyses épineuses. Vive douleur à la pression, au niveau de la sixième cervicale. Mort par asphyxie le surlendemain de l'accident.
Aulopsie. — À la région antérieure de la colonne vertébrale, large ecchymose au niveau des trois dernières cervicales ; cette ecchymose s'étend entre les muscles longs du cou, au-dessous de leur aponévrose d'enveloppe ; mais les muscles eux-mêmes sont intacts. Mobilité anormale de la cinquième sur la sixième cervicale, mais sans déplacement ni saillie ; les deux vertèbres ont absolument conservé leurs rapports normaux. Le grand surtout ligamenteux antérieur est déchiré sur toute sa largeur. Le grand ligament postérieur est intact. Le disque intervertébral est complètement arraché du corps de la cinquième vertèbre, et adhère dans toute son étendue à celui de la sixième. Les muscles inlerépineux, au même niveau, sont déchirés. Le ligament jaune droit est brisé ; la capsule arlüculaire du même côté est rompue ; la gauche a été seulement dilacérée dans sa moitié postérieure et interne. Léger épanchement dans le tissu cellulaire qui double la dure-mère : méninges intactes : après section de la moëlle, on trouve un caillot volumineux qui occupe toute l'épaisseur du renflement cervical ; à ce niveau, la substance médullaire est complètement détruite.
Le fait essenhel de cette observation, est comme dans notre cas, d’abord l'absence complète de tout déplacement auniveaude la lésion, pouvant faire reconnaitre cette lésion pendant la vie, et expliquer la gravité des désordres
ne.
ED: C0 médullaires. Or, il fallait expliquer ces deux faits, découverts à l’autopsie et en si évidente contradiction. Richet, qui soigna le blessé, supposa d’abord que cette destruction de la moelle était due à un épanchement sanguin siègeant dans cette moelle au niveau de la lésion. Mais, et nous insistons sur ce point, il se demande ensuite st une luxation vérilable n'aurait pas réellement existé ; luxalion produite au moment de la violente flexion de la tête sur la poitrine et facilitée par La rupture du disque intervertébral, des autres ligaments et des muscles interépineux. Mais alors, il fallait admettre du même coup, que cette luxation s'était réduite elle-même. Quand et par quel mécanisme ? Richet ne nous le dit pas. Nous retenons seulement ce fait; il admet que la cinquième vertèbre ait pu réellement se luxer, passer au devant du corps de la sixième, pour déterminer la destruction de l'axe nerveux rachidien et se réduire immédiatement et d'elle-même.
OBSERVATION
(Monod. — Cité dans thèse de Bravy. Paris, 1903)
Jeune homme de 20 ans, tombe sur l’occiput, la tête fortement fléchie : paraplégie absolue sans trouble des membres inférieurs ; intelligence normale : douleur légère dans la région cervicale, sans déformation appréciable de la colonne vertébrale. Abolition complète des réflexes ; anesthésie aux trois modes (tact, douleur, tempéralure), remontant jusqu'à deux travers de doigt au-dessus de l’appendice xyphoïde. Rétention d'urine : constipation. Demi-érection constante. Mort trois jours après l'accident au milieu d'une hyperesthésie considérable.
Aulopsie. — Mobilité anormale entre les cinquième et
sixième vertèbres cervicales, sans déplacement. Ligaments interépineux, sus-épineux et ligaments jaunes dilacérés ; en avant, le disque intervertébral est écrasé et paraît être le siège d'une infiltration sanguine. Au méêmeniveau, le grand surtout ligamenteux antérieur est partiellement détruit. Aucune trace de fracture. La moëlle est contuse, mais elle semble n'avoir pas
subi de solution de continuité.
OBSERVATION
(Weiss. — Cité dans thèse de Bravy. Paris, 1903.)
Cocher, 36 ans. Tombe de son siège. Parole lente ; température abaissée : pouls, 60.
Mouvements actifs des membres supérieurs et inférieurs abolis. Mouvements passifs normaux. ‘Anesthésie jusqu'aux mamelons. Aboltion des réflexes. Vessie et rectum paralysés.
Aulopsie. — Seclion des ligaments entre la cmquième et la sixième cervicales. Ecrasement de la moëlle à ce niveau.
OEdème pulmonaire.
Dans ces deux dernières observations le même problème se pose, impossible à résoudre, si l'on n’admet pas l'existence d’une luxation et sa réduction spontanée.
Enfin, il est bon de donner ici l'opinion de Flückiger sur cette question. Ce chirurgien allemand eile dans un journal de médecine de Berlin, 1886 {Berliner klinischen Wochenschrift}, sous le litre « Luxation d'une vertèbre cervicale », l'observation d’un homme qui, après unechute, présenta tous les symptômes d’une lésion médullaire dans la région cervicale, sans aucun signe extérieur de luxation ou de fracture... Après des alternatives diverses d'amélioration et d'aggravation, le blessé mourut deux