OBSERVATION Î
Névrome malin du radial personnelle)
R..., Virginie, 59 ans, entrée la salleà St-Pierre le {5 septembre 1907, pour une tumenr petite mais très sensible située dans la région moyenne du bras gauche.
La malade avait toujours joui d'une excellente santé lorsque, il y a environ 3 ans, à l'occasion d'un effort violent fait pour soulever un fardeau un peu lourd, elle ressentit une douleur vive mais passagère, dans le bras gauche. Six mois après elle se donna par mégarde un violent coup contre l'angle d'une armoire au niveau de la partie postérieure du bras. Les douleurs et les fourmillements qu’elle en éprouva, au lieu de disparaitre rapidement comme la première fois, persistèrent et c'est depuis lors que la malade ressent une légère douleur dans le bras. Elle a constaté en même temps que la force de son avant-bras à sensiblement diminué, les mouvements d'extension et de supination surtout sont moins vigoureux. Aussi s'inquiétait-elle depuis quelque temps et avait-elle consulté un médecin de son pays qui l’engagea beaucoup à venir se faire opérer à Lyon.
Il s'agit d'une femme forte et bien constituée, ayant d'ailleurs toujours habité la montagne. L'examen complet
de ses viscères ne montre aucune lésion un peu apparente ni aux poumons ni au Cœur et quoiqu'elle ait 59 ans, on ne constate pas d’athérome.
Il n'y a rien dans ses urines : ni sucre, ni albumine ; elles sont d’ailleurs de couleur et de quantité normales. Quoique cette malade soit un peu nerveuse, on ne constate aucun
symptôme de lésions organiques du sytème nerveux ni surtout de tumeur cérébrale.
De temps en temps elle ressent quelques fourmillements le long de la partie postérieure de l’avant-bras, le dos de la main, la face dorsale du pouce et de la première phalange de l'index et du médius; au contraire la sensibilité à la piqûre est diminuée sur cette même région. Comme elle l'indique, les mouvements d'extension de l’avant-bras sur le bras, de supination sont affaiblis mais ce sont surtout le redressement du poignet sur l’avant-bras et des doigts sur les métacarpiens, enfin l’abduction et l’extension du pouce que l’on trouve diminuées. Il y a donc au moins de la parésie musculaire du triceps brachial, du long et du court supinateurs, des ? radiaux externes et des muscles de la couche postérieure de l’avant-bras, mais ils ne sont pas complètement paralysés. On ne constate pas de troubles trophiques ; il n’y a pas de glossy-skin ni d'œdème. En palpant la face postérieure du bras vers son tiers moyen on provoque une très vive douleur qui fait sursauter la malade ; cette douleur ne dure pas plus d’une demi-minute, elle est paroxystique et s’irradie dans tout le membre. Il faut donc agir avec beaucoup de douceur et de la sorte on peut percevoir une petit tumeur du volume d’une olive, dure, allongée, fusiforme, mobile sur les plans profonds, sur l'os en particulier. Elle est cachée en partie par la couche musculaire lorsqu'on fait contracter le triceps.
Le squelette paraît sain et il n’y a pas d’adénite dans le creux axillaire.
Le diagnostic de tumeur du nerf radial est porté par M. le Professeur Jaboulay et c’est la connaissance des branches de ce nerf qui en est la meilleure preuve puisqu'on voit lésées toutes celles qui naissent après cette tumeur.
L'origine traumatique de cette tumeur est possible mais
ge
douteuse. Il est probable qu’elle existait avant les traumatismes et qu’elle n'a été manifestée que par cette contusion.
Première intervention. — La malade a été guérie radicalement de ses douleurs par l’ablation de son névrome. Mais ce névrome central a nécessité le sacrifice de la moitié longitudinale du nerf. Il en est résulté une paralysie motrice complète apparue le lendemain matin seulement, donc due à l'inhibition ou à la compression par un hématome plutôt qu'à la section nerveuse.
Un mois après sa sortie de l’hôpital la malade relevait le poignet et commençait à étendre les doigts, le pouce était toujours immobile.
Nous n'avons pas pu obtenir de renseignements sur l'examen histologique qui a dû être pratiqué à cette époque. Il aurait été intéressant de savoir quel avait été le point de départexactdelatumeuretsil’onpouvaitidentifier cenévrome malin avec celui qui fait l’objet de l'observation IIT, développé aux dépens des cellules de la gaine de Schwann.
Deuxième intervention. — La malade revient en octobre 1910 pour une récidive énorme de sa tumeur. Une deuxième intervention est faite par M. le Professeur Jaboulay le 13 octobre 1910.
Examen de la tumeur (par M. le D' Aurand, chef de laboratoire).
La tumeur remise au laboratoire est de couleur blanc rosé ; elle ne présente pas une homogénéité parfaite. Ici on trouve une zone gélatineuse, déliquescente et presque transparente, si moile qu'on peut bien dire qu'il s’agit d'une substance encéphaloïde. Là on remarque un tissu plus dense, plus ferme, plus dur et plus blanc. La tumeur a bien l'apparence de masse charnue propre au sarcome. De plus dans cette masse on ne constate, sur les surfaces de section et en aucun point, le moindre lobule de graisse. Le tissu adipeux a complétement disparu dans l’infiltration massive de la région. Cette simple constatation permettrait déjà d’affirmer qu'il s’agit d'un sarcome. Des fragments de cette masse ont été fixés au Bouin, inclus dans la paraffine et coupés en série. Lorsqu'on regarde les coupes au micros-
cope on note à un faible grossissement une masse uniforme violette fortement colorée par l'hématéine, que divisent irrégulièrement des trainées de tissu conjonctif ou fibreux. À un fort grossissement ces masses violettes sont formées par des cellules disposées les unes à côté des autres, ici en contact direct et là, séparées par de faibles intervalles où l'on remarque une substance amorphe intercellulaire et par ailleurs plus ou moins fibrillaire, mais nulle part on ne trouve de vaisseau véritable. Cette absence de véritables vaisseaux sanguins, artériels, veineux ou capillaires, qui sont limités par des parois ou tuniques normales nettement différenciées, est des plus caractéristiques et prouve bien qu'il s’agit d’un sarcome et non d’une simple tumeur inflammatoire. On ne rencontre que des fentes vasculaires contenant des amas de globules rouges. Ces fentes ont pour toute paroi les cellules même du tissu sarcomateux. La majorité de ces cellules sont assez régulièrement sphériques, petites de à à 6 #, quelques-unes sont plus volumineuses. Leur constitution est très simple, elles ont un noyau ovalaire de 44 entouré d’une zône assez étroite de protoplasma dont les contours ne sont pas absolument circulaires mais polygonaux. Les nucléoles sont assez volumineux ; quelques cellules ont 2? noyaux mais nous n'avons pas pu rencontrer de cellulesmères ou à myéloplaxes. D'autres cellules en plus petit nombre sont fusiformes et renferment un gros noyau vésiculeux orienté suivant le grand axe de la cellule. Parmi toutes ces cellules on remarque de nombreuses formes de division.
En résumé il s’agit d'un sarcome globo-cellulaire dont on ne peut affirmer le point de départ.
Notre malade refuse la désarticulation de l'épaule, qui s’imposait et quitte l’hôpital. Les renseignements demandés depuis sur son état sont demeurés sans réponse.
OBsERVATION II [in thèse de Brun)
Névrome malin du radial
Mie C..., àgée de 22 ans, n'ayant aucun antécédent héré+