‹ Sur Un Cas de Névrome Malin du RadialChapitre 6 sur 7 · EURE · texte numérisé non relu

EURE

ditaire ni pathologique vint consulter M. Tillaux pour une tumeur de l’avant-bras droit, Cette tumeur du volume d'un œuf de pigeon environ occupait le tiers supérieur et externe del’avant-bras droit. Cette tumeur était manifestement en rapport avec le tronc du nerf radial : elle était mobile transversalement mais on ne pouvait lui imprimer aucun mouvement dans le sens vertical.

Elle déterminait des douleurs d’une violence extrême sur le trajet du radial, douleurs spontanées et douleurs à la pression. |

La jeune femme était enceinte de 5 mois et cette grossesse fit hésiter longtemps pour pratiquer une intervention, mais les douleurs devinrent tellement intenses qu’elles ne laissèrent aucun repos à la malade qui réclama un soulagementimmédiat. La malade fut endormie au chloroforme le 15 juillet 1895 : une incision verticale sur la tumeur Ja mit facilement à nu et permit de constater qu'il s'agissait bien d'une tumeur située dans l'épaisseur du radial. On réclina les filets nerveux en disséquant attentivement la capsule, la tumeur fut énuclée sans que la continuité du cordon nerveux fut ;interrompue de façon à n'avoir dans la suite aucun trouble dans le territoire du nerf opéré : ce qui fut constaté immédiatement après le réveil de la malade. M. Pilliet fit l'examen histologique de la pièce et trouva que l’on avait affaire à un sarcome encéphalique. La guérison suivit son cours régulier et la malade accouchait à terme dans les conditions normales. La santé générale s'était complètement rétablie et la malade se croyait débarassée définitivement de sa tumeur lorsque de petits noyaux indurés et douloureux reparurent dans la eicatrice 6 mois environ après l'opération. Ces noyaux augmentèrent rapidement de volume, ils s'étendirent dans Ja profondeur du coude, le long du bras et bientôt les douleurs devenant de plus en plus fortes la malade se trouva dans le même état que lors de la premiêre opération. Une intervention locale ne suffisait plus. M. Tillaux proposa la désarticulatiou de l'épaule.

Cette nouvelle opération fut pratiquée le 23 février 1896. La nouvelle guérison fut rapide, de nouveau la malade vit son état général s’améliorer de jour en jour et ? ou 3 mois

après on songeait à adapter au moignon un bras artificiel lorsque de nouveaux noyaux induration apparurent à l’extrémité des nerfs du plexus brachial, dans le moignon. Les douleursfaisaient de nouveau leur apparition. Elles devinrent extrêèmement intenses et à partir de ce moment ce ne fut plus qu'un véritable martyrefpour la jeune femme. I1 semble que le néo plasme se soit propagé de proche en proche et ait ainsi gagné le plexus brachial et la moelle.

La malade ne tarda pas à succomber dans des souffrances intolérables.

OBSERVATION IIT (in thèse de Gautier, résumée) Névrome malin du radial

R..., Joseph, scieur de long, âgé de 33 ans, entré le 26 février 1896 à la clinique chirurgicale de M. le Professeur Poncet pour une tumeur volumineuse du bras droit, Il présentait en outre sur la plus grande partie du corps des tumeurs nombreuses de volume etde consistance variables dont le début remonte à la première enfance.

Trois ans auparavant cet homme reçut sur la partie antéro-inférieure du bras droit un coup violent qui nécessita un repos de quelques jours. 3

Quand le travail fut repris, toute trace de traumatisme avait disparu,le malade n’en conservaitquele souvenir quand, 1 an après, au siège du traumatisme, commença à apparaître une tumeur profonde chaque jour plus volumineuse, qui bientôt vint faire saillie en avant en bas du bras droit à quelques centimètres au-dessus du pli du coude. Pendant les deux années de son évolution ce néoplasme fut toujours

“indolore ; c’est seulement la gène qu’il apporte dans le travail, qui décide cet homme à réclamer les secours du chirurgien.

A son entrée on constate une tumeur du volume du poing, fusiforme, recouverte d’une peau normale et présentant à son centre de la fluctuation. En outre, sur la face, sur le cou, le tronc et les membres supérieurs existent une infinité de tumeurs, les une sessiles, les autres pédiculées rappelant le molluscum pendulum.

De

Jreintervention. — Le 28 Avril, M. Villard chef de clinique ponctionna la tumeur du bras droit après incision des plans superficiels. La canule ne livrant passage qu'à du liquide séreux, on fendit la poche avec le bistouri. On constata alors la présence, au centre de cette tumeur, d'une cavité irrégulière contenant un liquide jaunâtre très visqueux. La périphérie était formée par une coque très dure qu'on énucluéa assez facilement de l'interstice musculaire du biceps, des muscles épicondyliens et du brachial antérieur. Ce n'était évidemment pas un abcès froid mais la nature histologique paraissant bizarre, M. Dor chef de laboratoire en fit l’oxamen.

Examen histologique de la tumeur

Le stroma général de la tumeur est un tissa myxomateux très lâche dans les mailles duquel sont emprisonnées différentes cellules ainsi que des vaisseaux sanguins. Dans les parties les plus denses il existe des productions absolument étranges. Ce sont d'immenses cellules ayant à première vue une vague ressemblance avec des cellules nerveuses, c'est-à-dire qu’elles sont 5 à 6 fois plus grosses que les cellules myxomateuses et qu'elles ont des ramifications multiples, mais lorsqu'on suit toutes les transformations de ces cellules on voit qu'elles apparaissent souvent sous forme de longues bandes rappelant plutôt une fibre nerveuse. Il semble que l’on doive rapprocher ces éléments de cellules presque identiques figurées dans un mémoire de Schmidt et représentant des cellules adipeuses transformées. Une autre particularité qu’il convient de signaler est la présence de cellules rondes à gros noyaux, entourant tous les vaisseaux. Ces cellules sont bien différentes de celles que nous supposons être des cellules adipeuses transformées lesquiles d’ailleurs ne sont jamais en contact direct avec des vaisseaux : elles se colorent bien surtout avec l'hématéine qui montre leurs gros noyaux.

2° Intervention. — La tumeur du bras ayant récidivé, le malade rentre à l'hôpital trois mois après son premier séjour. M. Villard pratiqua une deuxième intervention et ce fut alors seulement qu'on pût reconnaître l’origine radiale

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de la tumeur. L’extirpation bien qu'incomplète fut suivie d’une paralysie dans la sphère du radial. Cet homme est revenu en juin 1897, dix mois après la deuxième intervention, présentant une récidive énorme de la tumeur. La seule intervention possible était alors la désarticulation de l'épaule, qui fut refusée. Depuis, le malade a disparu et doit, sans doute, avoir succombé.

Description histologique de la tumeur récidivée (Gautier). — Nous avons trouvé d'espace en espace de grandes cellules disposées au sein d'un stroma assez lâche rappelant l'aspect du tissu muqueux. Ce qui frappe à première vue, cest leur taille gigantesque et la variété de leurs formes. Les unes sont rondes à noyau volumineux, les autres sont ovoïdes ou s’allongent irrégulièrement à une de leurs extrémités et se terminent par une pointe mousse. On en voit d’autres qui sont très allongées : ce sont celles que M. Dor avait considéré comme des cellules adipeuses modifiées. On rencontre parfois des éléments en haltère constitués par deux grosses cellules reliées par une bande de protoplasma et représentant une figure de division. Dans les parties les plus malignes de la tumeur se trouvent des cellules volumineuses fusiformes analogues à celles du sarcome fasciculé mais de dimensions beaucoup plus considérables.

Dans les préparations traitées par l'acide osmique on remarque que le corps protoplasmique de toutes ces grosses cellules renferme de nombreux grains noirs arrondis et de volume variable. Cette réaction caractéristique avec l’acide osmique est identique à celle que l’on trouve dans les névrites où la myéline présente la segmentation en boules, mais ces cellules sont en voie de développement et non de. régression. Ces cellules représentent les divers stades d’un même type cellulaire en voie d'évolution, C’est ce type cellulaire qu'il s’agit de déterminer. Cet élément nous le trouvons dans la cellule de la gaine de Schwann de la fibre nerveuse à myéline. La forme longue des cellules de notre tumeur offre une analogie frappante avec celle d'un tube nerveux dépourvu de cylindre-axe et ce qui rend cette analogie plus évidente, c'est la présence à l’intérieur de ces cellules de gouttelettes noires qui prennent ainsi la signifi-

cation de véritables boules de myéline. Or, comme ces cellules spécifiques secrétant de la mvéline ne se trouvent que dans les nerfs, nous avons le droit de les considérer comme d'essence nerveuse au même titre que la névroglie des centres nerveux et de dire que les tumeurs de ces cellules sont véritablement des névromes. Ainsi, cette tumeur dont on pouvait faire cliniquement un sarcome doit être définie histologiquement comme une tumeur d'origine nerveuse développée aux dépens des cellules de la gaine de Schwann.

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