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Le paludisme larvé peut se montrer simplement par de l’anémie, et c’est sa manifestation la plus habituelle. Comme en l’absence des phénomènes fébriles caractéristiques, son origine palustre est facilement méconnue, elle prend à loisir ses caractères les plus prononcés, elle réalise ses formes cliniques et hématologiques les plus graves.
Il peut aussi se traduire par des fièvres locales. Ce sont des faits assez fréquemment obsèrvés. Ils s’accusent par des névralgies quand ces manifestations se produisent du côté des nerfs sensitifs, par des désordres fonctionvels quand les organes splanchniques sont en cause; par des œdèmes fugitifs et des éruptions cutanées, quand les: déterminations se localisent du côté de la peau; par des hémorragies quand le plasma sanguin est hémolisé.
Du côté de l’œil, on observe de la névralgie orbitaire, de la conjonctivite intermittente, des amblyopies et héméralopies intermittentes, de l’hypercrinie lacrymale.
Le type le plus complet des manifestations de cette nature est donné par la névralgie orbitaire avec congeston de l’œil et des paupières. Il existe une turgescence notable de toute la région orbitaire plus accusée chez les uns aux paupières, chez d’autres à la conjonctive oculaire. Cette turgescence s'accompagne de douleurs spontanées, exagérées par la pression sur le trajet du nerf sus orbitaire; la photophobie est accusée, elle s'accompagne souvent de migraine généralisée, de larmoiements, de troubles variés de la vision.
Ces manifestations débutent, s’exagèrent et décroissent avec une périodicité assez régulière. Dans
’ l'intervalle des crises, il persiste un empâtement douloureux de tous les tissus, avec teinte ecchymotique et douleur obtuse. On pourrait croire à une ophtalmie franche si tous les symptômes ne s’atténuaient très notablement dans l’intervalle des crises et par le traitement quinique.
Parmi les névralgies portant sur un autre domaine que l’œil, on peut citer : la névralgie faciale, les névralgtes intercostales, particulièrement celles qui siègent à la base de la poitrine, tant à droite qu’à gauche; ces dernières déterminent des points pleurodyniques qui sont souvent la seule détermination 4 de l’accès. Ces points peuvent exister en dehors de l’hépato splenomegalie, et ne sont pas toujours liés à des lésions de périsplenite et de perihépatite.
C’est dans ce même groupe de névralgies intermittentes et périodiques que doivent prendre place certaines migraines, véritables crises larvées, évoluant par des accès febriles. Elles s’accompagnent de vomissements, de délires passagers, de postration complète des forces; elles surviennent avec la brusquerie des accès et disparaissent aussi rapidement. Souvent la scène est plus réduite et elle se borne à des malaises dont Libermann nous à donné une exacte description :
« Les fièvres, qu’on appelle larvées, se présentent souvent sous la forme de cépalagie, apparaissent souvent l'après-midi, presque toujours à la même heure, qui est celle des heures du bureau, ce qui conduit souvent les patients à imputer ces maladies à une tension d'esprit ».
On rencontre aussi des formes dyspneiques, angineuses des hémorragies, hemoptysies, purpura, epistaxis. © Cette dernière hémorragie est commune surtout chez les enfants du second âge, nés et élevés aux colonies et chez qui les accès frustes s’observent sous toutes leurs formes.
Elle est précédée d’une poussée fébrile qui peut n'être que subjective, mais qui se traduit, au minimum, par une
turgescence du visage, des yeux, du nez, par de la céphalie
gravative. Dans ces conditions, l’épitaxis est un phénoméne congestionnel et même critique; elle alterne avec des accès frustes que j’ai décrit précédemment et on lui
retrouve dans ces cas, comme dans les cas de conjonctivite
larvée, une certaine périodicité; elle cède aussi facilement au traitement quinique que l’accès dont elle est le masque.
L’épistaxis ne survient pas seulement comme complication, mais elle est notée fréquemment comme constituant seule ou presque seule de détermination palustre. Dans ces conditions, elle revient à intervalles à peu près réguliers, tous les quatre ou cinq jours, comme si elle remplacait un accès de fièvre. |
Gaide cite le cas d’un tirailleur entré à l'hôpital pour anémie palustre. Jusqu'à sa sortie par réforme, il présenta tous les quinze jours environ une epistaxis abondante sans aucun mouvement fébrile.
Sans entrer dans la description des autres formes de paludisme larvé, je citerai cependant la newrasthénie paludéenne. Dans cette forme, l’imprégnation première n’a pas été grave; les récidives ont eu lieu sous des formes
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atténuées ; l'infection est invétérée, mais elle n’est pas profonde. Il s’établit une dépression extrême des forces avec fatigue cérébrale et dépression morale ; les idées s’assombrissent, le caractère se modifie, et cependant, il. n'existe pas à vrai dire de troubles mentaux, mais une sorte d’irritabilité maïadive.
Si toute cette partie peut échapper à l’attention du médecin, étant donné la légèreté et la déviation symptomatologique, à plus forte raison l’infection palustre serat-elle méconnue quand elle sera restée latente dans l’organisme.
Il arrive fréquemment de constater que des militaires | et des colons, n’ayant présenté aucune manifestation avérée de paludisme pendant un long séjour hors d'Europe, sont pris à l’arrivée et parfois très longtemps après leur retour d’accès paroxistiques à formes graves.
Le parasite chez les impaludés peut s’enclore dans les organes internes. Le drame, ont dit Dutroulau et Manson, se passe dans la rate.
Cette latence est dite temporaire où durable. Aux intervalles existant entre les reprises périodiques des accidents, au cours de la saison estivo-automnale, correspond la latence temporaire. Qu'elle se prolonge pendant les mois d'hiver, ce sera la latence durable. Ce silence de la maladie peut s’étendre à de très longues périodes si on ne fait rentrer dans l’histoire des cas palustres que les accidents considérés comme typiques.
Un pas de plus dans la latence, la malaria sera non seulement enclose, mais réellement fermée, les facteurs de
réveil semblent sans action et cependant il reste un état
général et même des lésions progressives qui sont le résultat d’une intoxication persistante. Splenomegalie, anémie, plus ou moins marquée. La conception qui tend à limiter la maladie à la présence et au développement dans la cireulation générale des formes parasitaires actuellement cataloguées, est en contradiction avec la clinique. La maladie peut commencer et se prolonger au-delà de ce parasitisme, =
Comment expliquer ce ere cette reviviscence du paludisme dans l’organisme d’un sujet soustrait à toute nouvelle infection ? C’est par un mode spécial de reproduction de l’hématozoaire dans l’organisme humain.
Ce parasite a trois modes de reproduction :
1° Reproduction asexuée : Shizogonie ;
2° Reproduction sexuée du macrogamite après fécondation : Sporogonie ;
3° Reproduction sexuée du macrogamite sans fécon-
dation : Parthoginèse.
Reproduction asexuée ou Schizogonie. —— La jeune
plasmodie qui vient d’infecter un globule est constituée
par une masse de protoplasma de forme variable capable de se mouvoir par la formation de pseudopodes. Elle renferme un noyau pourvu d’un nucléole auquel on donne généralement le nom de RATE Ce parasite grandit, acquiert du pigment et, à un certain moment, divise son noyau, chaque noyau secondaire s’entoure de protoplasma et constitue un merozoïte: Au moment de l’accès de fièvre,
ces merozoites, mis en liberté dans le plasma sanguin, envahissent les globules rouges sains et le cycle évolutif | recommence. On donne le nom de corps en rosace, de Put muniforme, à la masse formée par l’agglomération de merozoïtes dans le globule rouge.
Reproduction sexuée ou Sporogonie. — À un moment donné de leur évolution, certaines plasmodies, qui ressemblent beaucoup à celles qui vont donner des rosaces, se différencient en éléments sexués ou gamites. Certains gamites sont mâles (microgamétocytes), et donnent naissance à un certain nombre de spermatozoïdes ou microgamites (flagelles). Les autres gamites sont femelles, ce sont les macrogamétocytes qui, par élimination de globules polaires, deviendront des macrogamites ou œufs prêts à être fécondés.
Ces éléments se rencontrent dans le sang de l’homme, mais leur évolution intérieure ne peut se faire que dans l'estomac du moustique du genre Anophèle.
Reproduction par parthénogenèse. — Appelée aussi shizogonie regressive. Schaudinn le premier, en 1902, constata dans le sang d’une femme atteinte de récidive de fièvre tierce (et cela deux jours avant l’accès fébrile) ' la présence de macrogamites en voie de schizogonie. En un , 1501
mot, il vit le gamite femelle qui semblait exclusivement 259 destinée à se reproduire après fécondation par l'élément 3 24 mâle, se reproduire par véritable parthénogenèse, c’est- 704 à-dire sans fécondation préalable. Voici comment se fait y" le
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cette parthénogenèse : le macrogamite se scinde pour ainsi dire en deux parties : 1° une partie stérile, à protoplasma
coloré en bleu foncé, contenant un caryosome rose pâle et
presque tout le pigment mélanique: 2° une partie fertile = d’aspect alvéolaire, renfermant peu de pigment mais contenant une bande fortement colorée qui se fragmente ensuite en petits caryosomes.
Ces caryosomes donnent naissance ensuite à autant de
jeunes shizondes. | k À
| Cette découverte de Schaudinn fut confirmée, en 1907, par Van der Hilst, Karrewy. En 1908, Bluml et Merz ont __ apporté une nouvelle contribution à cette importante question. Ils ont constaté, chez cinq malades atteints de fièvre tierce, l'existence de nombreux macrogamites en parthé- È nogenèse et cela même en pleine période fébrile, alors que la température était à 40 degrés. a Ce fait est d’une grande importance, car il permet | d'expliquer les récidives du paludisme. L’hématozoaire se conserverait done dans le corps de l’homme, probablement dans la rate, à l’état de gamites, puis à un moment donné (quelquefois plusieurs années après l’infection primitive) le macrogamite, sans fécondation préalable et par simple à parthénogenèse, donne naissance à une génération de shizontes qui provoquent de nouveaux accès aigus. 2 É
Cette latence n’est pas particulière au paludisme. Il existe dans beaucoup d’autres affections parasitaires et microbiennes et rappelle un état particulier de l’organisme que Verneuil a appelé le microbisme latent.
L'amibiase et la syphilis revêtent la même allure clinique, elles sont essentiellement chroniques et sujettes de temps en temps à des poussées aigues. Pendant de longues
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années les spirochates ne peuvent donner jet a aucun
symptôme extérieur appréciable cliniquement et révé- | ler tout à coup leur présence par un accident que rieh ne faisait prévoir, ou provoquer des lésions sournoïises et
progressives. Combien voyons-nous d'individus présenter
à un âge avancé des lésions tertiaires, gommes, arterites, angine de poitrine, ulcère, ayant méconnu toute leur vie leur affection.
D'autre part, Calmette a dit « les pétuberculeux sont des tuberculeux en fait ». Et l’on admet maintenant que la majorité des individus contractent la tuberculose au début de leur existence.
L’inoculation se fait au niveau de la lame antérieure d’un lobe pulmonaire et les lésions peuvent en rester là, la latence microbienne persiste toute la vie.
Ou bien les bacilles envahissent les ganglions, peuvent y rester cantonnés plus ou moins longtemps, l’évolution s’arrêtant là ou provoquant des septicemies, des infections des différents organes, pouvant elles-mêmes évoluer vers la mort ou la chronicite. |
Les bacilloses viscérales de l’adulte ne sont que des réveils de l'infection primitive provoqués par différents facteurs. La latence aura pu durer ainsi cinquante ans.
Pasteur et Trabezmikoff ont fait une démonstration expérimentale de cette latence. Ils injectent dans le système circulatoire de la poule des spores charbonneuses ; celle-ci se portera bien pendant quatre à six mois, mais dès qu’elle est soumise au refroidissement, elle contractera le charbon.
Don TRAITEMENT
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. Le paludisme possède son traitement spécifique, les | sels de quinine.
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1 QAR Depuis l’antiquité jusqu’au XVIT° siècle, on traitait les tie fièvres paludéennes par diverses pratiques, variables suivant les pays. C’est ainsi que les Arabes frappaient la
; | région splénique avec un morceau de fer, les Perses avec un sabre et on récitait en même temps quelques versets 0e du Coran.
RE En 1640, la Comtesse d’El Cinchon, femme du vice-roi : TRS du Pérou, fit connaître en Europe les vertus de la poudre AU de quinquina; mais le remède resta longtemps entre les RCE mains des Jésuites sous le nom de poudre des Jésuites.
En 4679, Louis XIV, atteint de fièvre intermitente : rebelle et guéri par un empirique anglais du nom de Tal- 4 bot, au moyen de la teinture vineuse de quinquina, acheta RE le secret. À partir de ce moment, on administra la poudre | \ de quinquina dans le traitement des fièvres palustres. | |
En 1820, Caventon et Pelletier réussirent à isoler la 4 10 quinine, qui remplaça peu à peu la poudre de quinquina.