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ETUDE HISTOLOGIQUE DES SILLONS ET AMPUTATIONS PAR BRIDES AMNIOTIQUES

Les études histologiques déjà faites, montrent bien l’absence de toute évolution propre des sillons et un caractère purement cicatriciel. Les examens publiés sont contre l’interprétation qui a eu longtemps cours, d’après laquelle un anneau fibreux dermique, siégeant dans les couches profondes du derme serait l’agent actif de l’amputation, sectionnant successivement et plan par plan tous les tissus. Recouvrant cette couche profonde, altérée, fibreuse, existerait un épiderme qui aurait conservé son intégrité histologique.

Cette intégrité épidermique n’est vraie que pour les sillons superficiels des membres d’une certaine épaisseur, jambes, bras et cuisses, ou l’écrasement n’a pas été trop énergique. Mais lorsqu'il s’agit des doigts, où la constriction a été rudé, où le sillon est profond, on trouve des lésions histologiques de toutes les couches de la peau, avec toutefois une prédominance marquée de ces lésions au niveau du derme.

Voici à titre d exemples. deux examens de sillons :

1° Examen d’un sillon sus- malléolaire par M. Jeannel (Gazette hebdomadaire, 1886, p. 569) :

« L’épiderme n'offre aucune modification: il a au niveau de la bride la même apparence qu’au-dessus et au-dessous; o. il est aussi plus épais. On voit sur plusieurs coupes, au fond même du sillon, en face de la bride, les goulots des glandes sudoripares traverser le corps muqueux et s'ouvrir à l’ex-

Reno,

térieur. Je n’ai vu de poils en aucun point, les papilles du derme sont absolument saines et normales. Le derme présente, seul, une altération a univeau de la concavité du sillon. Il est là, véritablement sclérosé, composé de trousseaux fibreux épais et enlacés, serrés les uns contre les autres, qui augmentent son épaisseur et sa densité au point de la doubler. Au sein de ces trousseaux fibreux, dans la zone scléreuse et sur toute sa hauteur, on voit des glandes sudoripares étouffées par la production fibreuse qui les enveloppe ».

2° Examen d'un sillon superficiel par M. Bar (Annales de Gynécologie, 1882). 5

« Le fond est ainsi formé : épiderme d'épaisseur normale; derme aminci, formé seulement d’une couche de tissu fibreux, pas-de papilles, pas de glandes; les vaisseaux sanguins sont moins nombreux qu’à l'état normal. Au-dessous du sillon tous les tissus sont normaux »,

3° Examen d’un sillon profond du médius par M. Bar.

«.… Fond du sillon. La peau est très modifiée. L'épiderme ? présente une grande épaisseur. Il semble former plusieurs couches entre lesquelles on voit unamas noir, formé probablment par des matières organiques accumulées pendant la vie de l'enfant. Le derme forme une masse de tissu fibreux qui se continue sans ligne de démarcation avec le périoste; il ne présente plus de vestiges de papilles ou de glandes. Au niveau des gaines des tendons tous les tissus sont transformés en un bloc de tissu fibreux qui va de l’épiderme à l'os.

Voici maintenant l'examen effectué par M. le Professeur Sabrazès, du sillon que portait notre moignon :

« La pièce est formée par des trousseaux fibreux denses, au tissu réticulé du derme s’est substitué un tissu fibreux adulte. Le tissu épithélial est comme tassé, hyperkeratosique. Au-dessous de la peau des glandes sudoripares, le tissu cellulo-adipeux est raréfié en tant que graisse et plus évolué dans le sens fibreux. Pas de phénomènes inflammatoires.

Dans tous ces examens nous constatons donc qu'il s’agit

d’une dégénérescence fibreuse du derme. Bar la compare.

aux lésions qui suivent un œdème très prolongé de la peau.

Il est généralement admis et démontré que cette fibromatose dermique a été causée par une compression prolongée par brides amniotiques, qu’elle reste en l'état une fois constituée, c’est-à-dire qu’il n'existe pas de sillon actif siégeant dans la couche profonde du derme, véritable aïnhum con-

-génital dont l’évolution amènerait la chute du membre qui.

le porte.

Nous pensons aussi que cette interprétation est la seule qui mérite qu’on s’y attache, qu’il n’y a aucune analogie entre aïnhum et sillons congénitaux. Mais est-il bien démontré que.ce tissu fibreux est comme celui d'une cicatrice absolument inactif. Les choses se passent-elles aussi simplement au niveau de la partie dont le développement a été si profondément troublé. Bride amniotique enserrant u ndoigt : la compression est-elle forte et prolongée, c’est l’'amputation. Est-elle moins violente, nous aurons des sillons, dont le fond et levoisinage auraient subis une transformation fibreuse plus ou moins prononcée.

-Comment alors expliquer, entre les deux sillons situés sur l’annulaire de notre malade, la présence d’un fibrome nettement caractérisé par lexamen histologique :

«I s’agit d’un fibrome développé autour et au-dessus des glandes sudoripares, coiffé d’un épiderme épaissi, formé de papilles longues et inégales. L’hyperkératose est-très marquée à la surface de cette tumeur et très marquée aussi dans les couches malpighiennes ». (M. Sabrazès.)

Notre malade nous ayant dit que depuis quelques temps cette tumeur avait légèrement grossi, ne nous trouvions-

nous pas devant une néoformation bénigne évidemment,

mais susceptible de se transformer et de devenir grave ? N’y avait-il pas eu, au niveau de ces deux doigts, des bouleversements tels qu’ils aient été susceptibles de créer cette anarchie des tissus dont on a tant parlé à l’occasion de

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l’origine des tumeurs en gérnéral. Les traités de dermatologie nous disent que les fibromes purs de la peau sont très rares, et plus rares encore aux doigts.

Brocq (Dermatologie pratique) nous dit: « Les tumeurs-

.fibreuses vraies de la peau, indépendantes de l'affection à laquelle on a donné le nom de fibroma molluseum sont des plus rares. Nous en avons observé aux lobules des oreilles, chez les petites filles et chez les femmes.

» … Leur évolution est extrêmement lente, cependant ils ont une tendance graduelle à se développer. Leur volume moyen varie de celui d'un petit pois à celui d’un très gros noyau de cerise. Leur seul remède est lablation ».

L’étiologie et la pathogénie de ces fibromes est à peu près complètement inconnue. Origine parasitaire, origine irritative, greffe, inclusion? On ne sait. Des brides amniotiques peuvent-elles arriver à en constituer? Nous ne le pensons pas et nous préférons faire de la petite tumeur.qui nous occupe une exagération de la transformation histologique que nous avons toujours trouvé au niveau de ce genre de lésions.

Deux brides amniotiques ont probablement enserré un minime segment de peau. La dégénérescence fibreuse S'y sera trouvée accentuée plus que partout ailleurs, constituant ainsi un noyau fibreux qui est devenu presque sessile, enserré qu'il est à sa base par des brides adhérentes:

Cette partie de la face dorsale de lannulaire est peu riche en graisse et en tissu mou; la minime portion qui a été comprimée, compression ayant commencé pendant la vie fœtale, privée de sang aura subi de plus en plus la transformation fibreuse. Ÿ

Nous devons voir dans cette fibromalose un degré plus avancé de ces fibro-lipomes que signalent plusieurs auteurs et en praticulier Frohlich (Revue d'Orthopédie, 1908, p. 196) que l’on trouve un peu partout au niveau des sillons. Nous citons des observations de ce genre. Elles sont nombreuses. Ce qui fait la curiosité de notre cas, c’est que cette dégéné-

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