RÉSUMÉ ET CONCLUSION
Histoire CLINIQUE. — N..., âgée de 59 ans, se pré¬
sente pour la première fois à la clinique chirurgicale de l’hôpital Necker, à la fin de janvier 1902. A ce moment, la partie inférieure du sternum est recouverte par une tumeur volumineuse. Quelques jours plus tard, on constate, pour la première fois, une tuméfaction notable des ganglions axillaires.
Un mois plus tard, la tumeur présternale a totalement disparu; les ganglions de l’aisselle ont sensiblement diminué de volume. Le traitement ioduré, institué depuis quelques jours, est continué à doses croissantes.
Dans les premiers jours d’avril, la masse présternale réapparaît, et en outre, on constate l’apparition de tumeurs
multiples au niveau des 5®* côtes droite et gauche et de la clavicule droite (moitié interne).
Les mois suivants, la 9® côte droite et la H® côte gauche deviennent également le siège de tuméfactions analogues.
Tous ces phénomènes ont un retentissement ganglionnaire accusé.
En juin 1902, la tumeur présternale est devenue adhérente à la peau et les masses ganglionnaires de Faisselle droite acquièrent le volume dune tête d’adulte; le sein est parsemé de nodules durs, rouges, analogues à ceux du squirrhe pustuleux de Velpeau; enfin, les ganglions susclaviculaires et carotidiens forment des masses volumineuses.
L’état général s’aggrave progressivement et, en août 1902, la malade quitte l’hôpital, où elle était en traitement depuis plus d’un mois, pour « aller mourir chez elle » ; son amaigrissement est extrême; en outre, elle a de la dyspnée, de la toux et des signes de pleurésie droite. A ce moment, toutes les tumeurs, dont nous avons signalé l’apparition successive, atteignent un développement énorme. M^^®N... cesse de donner de ses nouvelles pendant près de trois mois; mais, le 31 octobre 1902, elle revient à la clinique de Necker complètement transformée; l’examen le plus attentif ne permet pas de découvrir le moindre vestige des anciennes tumeurs ; toutes ont disparu sans traitement spécial; l’état général est très satisfaisant, malgré l’existence de lésions tuberculeuses au sommet du poumon droit.
La malade retourne chez elle et nous ne la revoyons que le 8 février 1903; son état s’est profondément aggravé, les téguments sont mamelonnés par d’innombrables masses néoplasiques, réparties sur presque tout le tronc (omoplate gauche, clavicule, cou, etc.). Depuis ce moment les tumeurs ne cessent de s’accroître et la mort survient [par cachexie, le 6 août 1903.
Exa3ien anatomo-pathologique. — A. La nécropsie met en évidence, en outre des masses sus-indiquées, une série de noyaux d’aspect identique, siégeant' dans la capsule.
A. PETTIT ET A. MOUCIIET.
adipeuse des deux reins et dans le grand épiploon; de plus le poumon présente des lésions tuberculeuses avancées et j le foie un kyste hydatique guéri. j
B. Les diverses masses néoplasiques ont toutes une | structure très comparable ; elles sont essentiellement consti- î tuées par une accumulation de cellules, offrant un ensemble !i de caractères communs : le cytoplasma paraît dépourvu i d’ectoplasma ; en tout cas, ses limites ne sont pas nettement j dessinées; il est très peu chromophile et, dans les éléments \ les plus volumineux, il apparaît formé par un hyaloplasma i incolore et un spongioplasma très faiblement acidophile; | enfin, même au stade de repos, il renferme, dans la plupart | des cas, un centrosome entouré d’une astrosphère.
Le noyau possède parfois un réseau de linine apparent, i ainsi que de nombreux karyosomes ; souvent, il présente une hyperchromaticité accusée ; enfin, il est le siège de très nombreuses karyokinèses remarquables par leurs anomalies, « portant sur l’irrégularité des chromosomes, sur l’inégalité ; des asters, sur les aberrations de la position, ainsi que sur la multiplicité des centrosomes, etc. [
En outre de ces éléments, le tissu néoplasique renferme : j
a) D’innombrables leucocytes polymorphes, à granulations neutrophiles, entrant pour une proportion non négligeable dans la constitution des tumeurs; leurs noyaux sont ^ frappés de dégénérescence pyknotique avec une fréquence j et une intensité exceptionnelles.
P) Quelques rares cellules polyédriques à noyau excen- l trique et à cytoplasma finement granuleux, doué d’une acidophilie marquée. i
y) D’assez nombreux macrophages, remarquables par leur volume et la quantité des enclaves (quelques hématies, maiè surtout des leucocytes polymorphes). ,
8) Un petit nombre de vaisseaux. I
t) Quelques espaces lymphatiques non cloisonnés.
Y|) Quelques fibres lamineuses.
Mais cette énumération, basée sur des coupes préparées | suivant les méthodes usuelles, est incomplète ; elle omet,
en effet, un élément de structure particulièrement important, que seuls mettent en évidence le secouage et le pinceautage; en réalité, quelle que soit leur origine, toutes les masses néoplasiques sans exception renferment une trame réticulée, à peu près invisible sur les préparations ordinaires ; ce n’est qu’après avoir débarrassé ses mailles des cellules qui les masquent, qu’on peut la mettre en évidence et constater qu’elle jouit sensiblement des mêmes propriétés histochimiques que le tissu conjonctif réticulé.
En résumé, les masses néoplasiques qui ont présenté chez notre malade ces singulières alternatives ^ de régression et de progression, ont leur prototype physiologique dans le tissu adénoïde normal ; par conséquent, elles doivent prendre place dans la catégorie des lymphadénomes.