PAU
MAX MEYERHOF.
C’est comme philosophe et théologien que Moche ben Maimôn est connu de nos joues. De son vivant, il était plutôt célèbre comme médecin et comme chef spirituel du judaïsme oriental. Je publiai, il v a quelques années, une esquisse de son œuvre médicale (1), mais j’y omis intentionnellement un ouvrage qui n avait trouvé mention que dans une seule bibliographie. C’est un livre intitulé Explication de la drogue ( sarh al-aqqâr ) et cité uniquement par Ibn Ahï Usaïbi'a dans sa grande Histoire des médecins arabes Le titre un peu étrange de l’ouvrage et l’absence d’un manuscrit de ce livre, comparée avec l’abondance des manuscrits des autres ouvrages médicaux de Maimonide, m’avaient amené à ne pas faire mention de ce livre que je croyais apocryphe.
Or, tout récemment, le Dr Helmut Ritter, qui connaît si bien les trésors enfouis dans plus de quatre-vingt bibliothèques d’Istanbul et des environs, a eu l’obligeance de m’informer de l’existence d’un manuscrit de l’ouvrage en question dans la bibliothèque de l’Aya Sofia, sous le numéro 3 7 1 1 . 11 m’a donné ensuite des détails sur ce manuscrit remarquable, et m’en a fourni une photographie réduite. C’est la deuxième partie de ce manuscrit (dont le format est de 2 5 X 1 7 centimètres), composé de trois ouvrages tous copiés de la main même du célébré médecin et pharmacologisle musulman Ibn al-Baitâr Les deux premiers contiennent des missives de deux médecins chrétiens du ixe siècle, Hunaïn ibn Ishâq et Qusta ibn Lüqâ, sur les poids et mesures et sont d’une grande importance; ils
tu Max Meyerhof, L’œuvre médicale de Maimonide. Archivio di Storia delta Scien/.a ( Archeion ), vol. XI (192c)), p. 1 3 6-1 5 5 .
t‘2) 'Uyün al-Anbâ’ fi Tabaqàt al-Atibba . Le Caire 188A, vol. II, p. 1 1 7 dernière ligne.
t3) Il était 11e à la fin du xue siècle de notre ère à Malaga (Espagne), a vécu dans lAlrique du Nord, en Égypte et en Syrie, et est mort à Damas en 12A8 après Jésus-Christ. Voir sa biographie chez L. Leclerc, Histoire de la médecine arabe, vol. II (Paris 1876), p. 2 a 5 suiv., et Traite des Simples par Ibn al-Beithar, 3 volumes (Paris 1877-1883). En plus, George Sarton, Introduction to the Historij oj Science, vol. II (Baltimore iq3i), p. 063 suiv.
Mémoires, t. LXVIII. 1
MAX MEYERHOF.
occupent les folios 64 b à ’jhb du ms. 3yti. Le troisième porte le titre : Livre de 1‘ explication de la drogue, composé par le maître et chef Abü Jmrân Müsâ ibn 'Abdallah l’Israélite, le Maghrébin W, et comprend les folios du manuscrit, écrit d’une main maghrébine très claire et lisible, dix-sept lignes par page. La première feuille du triple manuscrit (fol. 64) porte une série de notes dont plusieurs contiennent des recettes, d’autres les titres des trois manuscrits réunis dans la deuxième partie du volume. En plus quelques notices importantes; la première dit : ce Ces cahiers sont de la main de notre maître l’éminent docteur Diyâ’al-Dïn 'Abdallah, le botaniste de Malaga — qu’Allâh sanctifie son âme et éclaire sa tombe! — Ecrit par Ibn al-Suwaidï le médecin — avec louange, prière et salutation^. C'est en effet l’écriture du médecin réputé Ibrâhîm ibn Muhammad ibn Tarkhân al-Suwaidï (3) que je connais par son manuscrit autographe conservé à la Bibliothèque Nationale à Paris Une autre main plus fine ajoute : ce Je dis : c’est Ibn al-Baitâr, l’auteur du célèbre traité des Simples. Ecrit par Khalïl ibn Aïbak al-Safadï». Dans le coin opposé de la feuille on lit de la même main : «Ex libris Khalïl ibn Aïbak al-Safadï; à Damas la bien-gardée, en 763 »(5). La date de l’Hégire correspond à l’année 1 3 6 3 de 1ère chrétienne, et le propriétaire 11'est autre que le savant turco-arabe, polymathe et polvgraphe, Salâh al-Dïn Khalïl al-Safadï qui décéda dans la même année. Il a donc dù acquérir l’intéressant manuscrit peu avant sa mort. Une troisième main très élégante a ajouté : ce De la main d'Ibn al-Baitâr, l’auteur des Simples — qu’Allâh le Très-Haut ait pitié de lui!*; et ensuite : «(Ce manuscrit) contient une missive sur les origines des poids en grec (c'est-à-dire leur provenance grecque) d'après les dires de Hunaïn ibn Isliâq le médecin; plus, son commentaire par Qustâ ibn Lüqâ de Ba'lbakk concernant les poids et mesures; plus, la discussion des herbes et drogues et de leurs espèces et l’expli-
y y (— ?Lwiotît p. L aô I
(3) Il naquit à Damas en iao3 après Jésus-Christ, vécut en Syrie où il était lié d'amitié avec Ibn Abl Usaïbi'a, et mourut en 1291. Son ouvrage le plus connu est un Mémorial ( Tadkira ) de thérapeutique. Voir Leclerc, l. c., vol. II, p. 199 suiv.
M 11 porte le numéro fonds arabe 3ooâ et contient une longue synonymie des drogues de plus de six cents pages.
(s) WT mXo ^tXJuaR <ihol • Voir l’article al-Safadï dans En¬
cyclopédie de l'Islam (par Fr. Krenkow).
cation de leurs noms en arabe et autres langues, par ordre alphabétique» (1).
La dernière phrase donne en quelques mots le contenu du traité de Maimonide; mais l’auteur lui-même définit plus clairement son but, en introduisant son livre de la façon suivante :
rf Mon but dans ce traité est l’explication des noms des drogues simples Çaqâqïr ) qui existent à notre époque, qui sont connues chez nous, qui sont employées dans l’art médical et qui se rencontrent dans les livres y relatifs. Je ne mentionnerai parmi les remèdes simples que ceux qui portent plus d’un seul nom, soit dans les différentes langues soit chez les représentants d’une seule
langue . le ne mentionnerai pas les remèdes qui ne sont connus des
médecins que sous un seul nom très répandu, arabe ou étranger, parce que le but de ce traité n'est ni la description des différentes espèces de remèdes ni la discussion de leur utilité, mais uniquement l’explication de certains de leurs noms par les autres». Il dit ensuite qu'il ne veut pas discuter certains noms rares mentionnés par «ce Grec», c’est-à-dire Dioscoride dont la Matière Médicale a été introduite en Espagne au xc siècle de notre ère Maimonide explique après cela, de quelle manière d fera usage de l’alphabet (sémitique, nommé abgad') pour disposer les synonymes.
Le passage le plus important de l introduction est le suivant : «Je me base
dans mon explication sur le commentaire des drogues simples par Ibn Gulgul(3), sur le livre d'Abu’i-Walïd ibn Ganàh (4), sur le recueil (garni') composé par un auteur plus récent en Espagne, le nommé al-GhàfiqG5), et sur les écrits d Ibn
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