‹ Sur un ouvrage médical inconnu de MaimonideChapitre 2 sur 2 · I - I • t lï-tl · texte numérisé non relu

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Voir à ce sujet Leclerc, I. c., vol. I, p. 43i suiv., et M. Meyerhof, Die Maleria medica des Dioskurides bei den Arabern , dans Quellen und Studien zur Geschichle der Medizin und Naturwissenschaft ( Wellmann-Festsclirift), vol. lit (1933), pp. 72-8A.

(3) Médecin maure espagnol du xe siècle après Jésus-Christ, auteur d’ouvrages importants sur les drogues simples. Le livre en question est sans doute Y Interprétation des noms des Simples qui se trouvent dans l’ouvrage de Dioscoride. Voir la Vie d'Ebn Djoldjol dans S. de Sacy, Relation de l'Egypte par Abd- Allatif (Paris 1810), p. Aq5 suiv.

G) Marvvân ibn Ganâh, célèbre grammairien juif-espagnol du xic siècle de notre ère, auteur de traités philosophiques en arabe et en hébreu et aussi d’un Abrégé (lalkhïs) sur les remèdes simples. Ce livre a été imprimé à Paris en 1880, mais ne s’est jamais trouvé à ma portée. Voir J. Mu.nk, Journ. As., i85o.

15) C’est Ahmad ibn Muhammad al-Ghâfiql (xne siècle) dont l’ouvrage est perdu, mais existe

MAX MEYERIIOF.

Wâfid (1) et d’Ibn Samagün^. J y ai ajouté tout ce qui est connu parmi les habitants du Maghrib, sans qu’il y ait à ce sujet une différence d’opinion parmi les autorités médicales. Là où divergence existe entre les interprètes et si l’un d’eux est reconnu et célèbre chez nous dans le Maghrib, je mentionne celui dont la réputation est la plus éminente. Et je discute, avec les divergences de vues ce qui offre la plus grande probabilité; Allah aidera à trouver la vérité!»

Ici suit immédiatement la lettre Alif, en commençant par le ulrug (citron) qui est défini comme «la pomme médique» ( tuffâh mai). Le nombre des paragraphes disposés en ordre alphabétique par Maimonide est de Ao5; certains n’ont que la longueur d’une demi-ligne, tandis que d’autres occupent jusqu'à quinze lignes, c’est-à-dire presque une page entière. L’auteur donne en général d’abord le nom du remède, connu par la traduction arabe de Dioscoride (3), ensuite quelques noms en arabe, grec, persan, et enfin des noms usités dans certains pays, surtout en Espagne, au «Maghrib» — ce qui désigne chez Maimonide presque toujours le Maroc — • et en Egypte. 11 ne manque pas de noter avec soin les noms arabes et berbères en usage chez «le peuple» ( al- anima ), les désignations «dans le parler étranger de l’Espagne» (fï'agamiyyat al-Andalas), c’est-à-dire en vieil espagnol, et quelquefois même en syriaque.

Je donne comme exemple la traduction de l’article 65, au folio 80 h : « BasbâyitfW (polypode commun, félicale). C’est le sahiall, ce qui veut dire «qui a une multitude de pieds», et on dit aussi « dents de chien» (adràs al-kalb); on l'appelle aussi en grec ‘ alïgûniyci (5) et polypodion et on l’appelle aussi sular

dans une rédaction ultérieure qui est en cours de publication. Voir M. Meyerhof and G. P. Sobhy, The abridged Version of « The Book of Simple Drugsn , etc. The Egyptian University, Cairo 1982.

P) Abu’l-Mutarrif 'Abd al-Rahmân... ibn Wâfid al-Lakhml (ÿ après 1068 de notre ère), connu au moyen-âge européen sous le nom à'Abenguéfith, politicien et médecin très réputé, originaire de Tolède, a composé entre autres un traité des Simples, dont un fragment a été traduit en latin au xiii0 siècle. Voir Leclerc, l. c., vol. I, p. 565 suiv.

Ce médecin maure-espagnol appartient probablement au x° siècle et serait donc un contemporain d’Ibn Gulgul. Son traité des médicaments simples est perdu, mais connu par de nombreuses citations dans les ouvrages similaires d’auteurs ultérieurs (al-Ghâfiqï, Ibn al-Baitâr, etc.). Voir Leclerc, /. c. , vol. I, p. £36.

(3) Ce sont les traducteurs syro-arabes Stéphan et Hunaïn ibn Ishâq (ixe siècle de notre ère), qui ont traduit la Matière médicale de Dioscoride du grec en arabe, à Baghdad. Cette traduction a été refondue et améliorée en Espagne (Gordoue), au xe siècle, en particulier par Ibn Gulgul. Voir sa biographie chez S. de Sacy ( supra ), p. 3, note 3.

Du persan bas paya (rayant beaucoup de pieds n).

(r>) G est la leçon du texte, probablement une mutilation de galiavkonia ou d’un terme similaire.

cAlï{x) et sagïriglï et dans le parler étranger de l’Espagne barbudio et enfin en berbère iistïwïn (4); c’est sous ce nom qu’il est connu par le peuple du Maghrib 55.

Je me propose de publier le texte du traité en arabe, avec traduction et notes. On verra alors qu’il s’agit d’un livre de synonymes de drogues comme il v en a beaucoup dans la littérature médicale arabe, glossaires dont certains sont très volumineux. Il y en a qui ont été traduits en latin au moyen-âge, et Steinschneider en traite dans une de ses nombreuses bibliographies La plupart des synonymes de végétaux donnés par Maimonide sont en accord avec le Dictionnaire des noms des plantes édité par mon savant ami le Dr Ahmad 'ïsâ^, ce qui est en faveur de cette compilation utile et même indispensable. Mais il v en a aussi qui manquent dans ce dictionnaire et qu’on ne trouve dans aucun autre dictionnaire arabe médical ou général. Pour cette raison je pense que la publication du texte de Maimonide ne sera pas dépourvue d’utilité. J’ai besoin, cependant, de l’aide de savants espagnols et français initiés à l’étude des noms anciens pour vérifier les termes espagnols et berbères.

Il est intéressant d’observer de quelle façon le grand pharmacologue Ibn al- Baitâr a copié le manuscrit du grand médecin-philosophe Maimonide (7). Il fa écrit d’une main sûre, sans jamais se corriger; il vocalise la plupart des noms, mais en a laissé d’autres non seulement sans voyelles, mais même sans points diacritiques, suivant probablement en cela son modèle. Les noms des chapitres sont en rouge; à la page 83 il omet d’insérer les titres des chapitres et laisse les endroits correspondants en blanc; il est, du reste, facile de suppléer à ces lacunes. La vocalisation, là où elle existe, est très intéressante, en ce qu’elle diffère souvent de celle des grands dictionnaires créés par les anciens philologues arabes. Ainsi, par exemple, le mot persan pour plomb calciné ( âbür ) qui est rendu par les Arabes sous les formes âbar et abbâr se trouve transformé,

(1) Persan tr chameau de 'Ali « ; mais peut-être une mutilation du ternie syriaque.

I'2) C’est le même terme que plus haut sakCall au lieu de J ^ cèà« une version arabe du

syriaque sagl réglé , ce qui veut dire polypode.

(3) Sans doute une mutilation de polipodio.

G) Se trouve aussi sous les formes tistâwin et testïwân (H. P. J. Renaud, Trois études d’histoire de la médecine arabe en Occident, liesperis , 1 9 3 1 , p. 10).

Moritz Steinschneider, Zur Literatur der « Stjnonyma n , dans Pagel, Die Chirurgie des Heinrich von Mondeville (Berlin 1892), pp. 582-625.

(6! Aiimed Issa bey, Dictionnaire des noms des plantes, etc. Le Caire 1930.

G) Il est possible qu’il l’ait copié sur le manuscrit original, puisque Maimonide est mort en 1 20 h de notre ère, quarante-quatre ans avant Ibn al-Baitâr.

MAX MEYERHOF.

dans notre manuscrit, en ubbâr. D’autres termes persans sont rendus dans la forme qu'ils affectent encore de nos jours dans le dialecte arabe-vulgaire des droguistes égyptiens; par exemple : kazmâzik au lieu de kazmâzag (galles de Tamarix articulata Vahl.); nasâstig au lieu de nasaslag (amidon); sism au lieu de tchachm (semences de Cassia Absus L.). Les termes pour «Heur de grenadier sauvage 55 (gulndr'j et pour «nard odorant 55 ( nârdln ) sont vocalises gullanâr et nâridîn respectivement. On voit que l’auteur suit plutôt l’esprit de la langue arabe. Il a généralement bien rendu les termes syriaques. Il est en outre évident que les deux grands savants, Maimonide, l’auteur et lbn al-Baitar, le copiste, n’étaient pas familiers avec les deux langues dont proviennent tant de noms de drogues, le grec et le persan. Ils les confondent quelquefois; il n’est pas rare de voir Maimonide prendre un nom persan pour un nom grec et vice versa, et lbn al-Baitar a tout simplement copié ces erreurs sans essayer de les corriger. Les termes espagnols et berbères, par contre, me paraissent être rendus d’une façon beaucoup plus correcte, autant que je puisse en juger d’après les publications du Dr Renaud. En espagnol il est remarquable que le s se trouve toujours rendu par le sïn arabe (1), par exemple : yerba sâna au lieu de sema, sïbiyâ pour sépia, matrasalba pour madreselva (chèvrefeuille) etc. La désinence espagnole 0 est toujours rendue par la terminaison arabe ah, par exemple : bulâya pour pulegio ou poleo (menthe pouliot).

Nous avons encore à rechercher, à quelle époque de sa vie Maimonide a pu composer le traité des synonymes qui vient d’être redécouvert. Si l’on considère la phrase toujours répétée «chez nous dans le Maghrib55 ou «chez nous au Maroc 55, on serait induit à supposer qu’il a composé son livre pendant sa jeunesse. La citation de cinq auteurs maures espagnols et marocains parlerait en faveur de cette thèse. Cependant, la mention de nombreux termes en dialecte arabe-égyptien que l’auteur ne pouvait avoir appris qu’en Egypte nous dira qu’il a dû composer son livre au Caire. Maimonide est né h Cordoue, en 11 35 de 1ère chrétienne, a dû quitter cette ville (envahie par les Almohades, musulmans puritains et zélotes) en 1 1Û8, avec sa famille et errer dans l’Espagne Méridionale et au Maroc, pendant dix années, avant de s’établir à Fez (vers 11 58). Nous ignorons où il a pu être initié aux études médicales; en tout cas, ce séjour a Fez est le seul point de repos dans la vie nomade de ses années de jeu-

il) Sur ce fait de phonétique espagnole ancienne, cf. M. Cohen, Le parler arabe des Juifs d'Alger, 1919, pp. h 17, A29 et passim ; Zetterstéen, in Le Monde oriental, VIII (191/1), 282; A. Fischer, Zur Lautlehre des Marohltanisch-A rabischen , 1917, pp. Zi 8-5 2 ; G. S. Colin, in Hesperis, 1926, p. 66. Je dois ce renseignement à l’obligeance de M. Ch. Kuenlz.

nesse. En 1 1 6 5 sa famille reprit la migration et se dirigea vers l’Égypte, où elle s’établit an Caire, en 1 1 66. C’est là seulement, vers 1167, que Maimonide se vit obligé d’exercer la profession médicale pour subvenir aux besoins de sa famille, après le décès de son père et de son frère ainé. En 1171, Maimonide gagna la faveur du ministre et juge suprême ( Oâdi Fat] il) A bd al-Rahîm ibn 'Alï al-Baisânï, et c’est à partir de cette époque qu’il acquit sa grande réputation médicale. 11 écrivit ses œuvres médicales entre 1170 et 1200 environ, el il est donc permis de placer «L’explication des noms de drogues» à la même époque, peut-être vers sa fin; — il est évident que Maimonide n’avait jamais oublié le Maroc, où il séjourna pendant sept années; c’est ce pays qu’il appelle rrcbez nous». Sa connaissance intime de l’Egypte, par contre, ressort par exemple de sa remarque qu’on y trouve des prunes importées de Syrie, et de sa connaissance du nom de barsim pour le trèfle alexandrin qu'il appelle aussi qurt et (en persan) sabdar et dont il mentionne l’usage comme pâture des bêtes de somme. Au sujet de la giroflée jaune (Cheirantus Cheiri L.) qui porte le nom arabe de hlilrl, Maimonide mentionne qu elle est appelée al-maniür par les Egyptiens : c’est en effet cette désignation qui est en usage en Egypte encore de nos jours. En somme, le livre du grand savant juif est plein de remarques importantes pour la nomenclature botanique et pharmacologique arabe.

Il est étrange, en fin de compte, de constater que ni Ibn al-Baitâr qui a copié le traité de Maimonide, ni Ibrâhîm al-Suwaidï qui l’a eu en sa possession, ne font mention de lui. Ibn al-Baitâr cite souvent «le Juif» (al-} ahüdï ) ; mais c’est Masargawaih, un traducteur syriaque-persan du viuc siècle après Jésus-Christ; et il cite « l’Israélite » ; mais c’est Ishâq ibn Sulaïmân, le grand médecin tunisien du i\c siècle. Ibn al-Baitâr ne cite, du reste, jamais d’auteurs pour les synonymes; et il ne faut pas oublier qu’il a utilisé pour son grand ouvrage les auteurs mêmes sur lesquels s’appuie Maimonide. Quant au Suwaidi, il a largement exploité le livre al-Mughnï, un autre traité de pharmacologie d Ibn al-Baitâr, et il ne cite à coté de lui presqu’uniquement que des philologues, comme son professeur Atïr al-Dïn al-Abahrl (t 126Ù). Et c’est ainsi que le traité des synonymes de Maimonide est tombé dans l'oubli.

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