‹ Sur un passage de Flavius JosèpheChapitre 1 sur 4 · ANTIQ. JUD,, XII · texte numérisé non relu

ANTIQ. JUD,, XII

La préparation d’un ouvrage sur la politique extérieure des Lagides à la fin du iii® et au début du ii° siècle, et la lecture des savantes études, récemment publiées, de MM. Wellhausen % Willrich ^ et Büchler ^ ont ramené mon attention sur un passage de Flavius Josèphe qui a donné lieu à plus d’une controverse, et d’où l’on a voulu tirer d’importantes conséquences historiques. J’ai cru m’apercevoir et je vais essayer de montrer que tous ceux qui se sont occupés de ce texte ont négligé une précaution essentielle : c’est, ’ à savoir, de l’interpréter avec exactitude. Si je ne m’abuse, ce qui s’y trouve est fort différent de ce qu’ils ont pensé y trouver ^

Rien n’est si connu, dans les Antiquités Judaïques^ que le chapitre IV du livre XII. Flavius Josèphe y raconte (du § 158 au § 223 d’après un chroniqueur qu’il n’a pas nommé, comment le

^ Wellhausen, Israüitische uni Jûdische Geschif-hte^ 3® éd., Berlin. La première édition de cet excellent ouvrage remonte déjà à quelques années; la troisième et dernière, fortement remaniée, a paru en 1897.

* Willrich, Juden uni Griechen varier makkabâischen Brhehung ^ Gôtlingen, 1895.

* Büchler, Die Tobiaden uni die Oniaden im 11 Makkabàerbuche uni in der verwandten jüdisch-hellenistischen Litteratur, Vienne, 1899.

^ Il va sans dire que, dans la présente étude, je me suis constamment servi de la belle édition de Josèphe que nous a donnée M. Ben. Niese.

* A partir du § 228, après une digression où il est parlé des relations du grand, prêtre Osias avec le roi de Lacédémone Areus, commence un récit nouveau dont Hyrkan est le seul héros, et qui présente de sérieuses apparences historiques ; cf.

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REVUE DES ÉTUDES JUIVES

grand-prêtre Onias gardait pour lui les tributs destinés au roi d’Égypte, et faillit de la sorte attirer sur la ville de Jérusalem les plus grands malheurs ; comment son neveu Joseph, fils de Tobie, habile intrigant, profita de ses fautes, s’insinua dans les bonnes grâces du Ptolémée et de sa femme Cléopâtre par les bassesses et les bouffonneries qui ont réussi auprès des khédives de tous les temps, se fit adjuger et conserva pendant vingt-deux ans la ferme des impôts de la Koilé-Syrie, et acquit ainsi des richesses colossales; comment il eut un fils, Hyrkan, qui, venu tout jeune à la cour d’Égypte par ordre de son père, le distança de beaucoup en souplesse et en friponnerie K

Ce récit des aventures de Joseph et d’Hyrkan, où l’on démêle tout de suite bien des traits légendaires, recouvre-t-il un fond d’histoire vraie, ou n’est-il qu'un roman à prétentions historiques, imaginé pour les besoins d’une de ces polémiques qui mettaient aux prises, à l’époque hasmonéenne, les différents partis de la nation juive ? C’est une question qu’on a beaucoup agitée, et qui, vraisemblablement, fournira matière encore à de longues discussions ^ Mais il est certain que Flavius Josèphe ne se l’est pas posée : il a tenu pour véridiques les faits mentionnés dans la chronique qu’il consultait, et les a transcrits ou résumés sans défiance. De plus, dupe en cela d’une méprise qu’on a depuis longtemps relevée 3, il a cru qu’ils s’étaient passés sous le règne

Wellhauseo, 242; Willrich, 94 ; Büchler, 91-93. Josèphe doit l’avoir emprunté à une chronique diil'ére’nte de celle qui lui a fourni ses § 158-223, et qu’il a, du reste, fort mal raccordée à la première. Nous n’avons pas à nous occuper ici de ce second récit.

^ Ce résumé, dénué de gravité, de Tamusante histoire des Tobiades est emprunté (sauf quelques mots ajoutés çà et là pour préciser certains détails) à Renan, Hist. d'Israël, IV, 273-274.

Schlatter, Eupolemos, 644 [je n’ai pu consulter cet ouvrage]; Wellhausen, 242; Willrich, 94 et suiv., considèrent l’histoire des Tobiades comme une fiction t tendancieuse », où se rellèle l’image déformée de quelques événements authentiques. Slark, Gaza, 412 et suiv., et Büchler, 96 et suiv., estiment, au contraire, qu’elle est, dans l’ensemble, digne de créance.

^ Sur la méprise qu’a commise ici Flavius Josèphe , voir Wellhausen, 241 ; Willrich, 95; Mahalfy, 216; Büchler, 44. — On sait qu’un interpolateur ancien de Josèphe a écrit au § 158 (cf. 163) : eiç ôçiyrjv exivr^cev (Onias] xov paaiTvéa IlvoXegaiov [tôv E0£f>Y£TrjV, dç Tiaxrip tou d’iXoTràxopoç] — , et qu’Eusèbe [Chron.y II, 120, éd. Schoene) place en 247, année de l’avènement d’Evergètes, le début de l’administration du fermier Joseph, fils de Tobie. Stark, Gaza, 412-416; Mahalfy, Bmp. of the Ptolcm., 217 et suiv. ; Schürer, Gesch. des jûd. Volkes, III, 3® éd., 73, note 7, ont, en partie, adopté cette chronologie: suivant eux, le Tobiade aurait été fermier des impôts de la Koilé-Syrie sous les règnes d’Evergètes et de Philopator, soit environ de 229 à 207; et je dois dire qu’après un attentif examen des textes, leur opinion me paraît digne de quelque considération. Büchler (59 et suiv.; 74-75) pense que les années 220-198 marqueraient les limites de la gestion de Jotseph, en sorte que celui-ci aurait été au service de l’Égypte durant le règne presque entier de Philopator et les premières années du règne d’Ëpiphanes. C’est un système qui se heurte à quantité d’invraisemblances et qu’on ne peut raisonnablement soutenir.

de Ptolémée V Épiphanes, après que ce prince eut épousé Cléopâtre, fille d’Antiochos III. C’est pourquoi, au chapitre iv de son livré XII, l’histoire du fermier Joseph et de son fils se trouve précédée du préambule que voici : (§ 154) [xerà os rauxa (piXi'av xat

(jxovoàç Tcobç nxoXstxatov ’Avrio^fO? sTror/^o-axo xat occojxtv aùxw xy^v Ouyaxspa KXsoTràxpav tto'oç yàtjLov Trapaÿ^wpv^o-aç aùxw xy|Ç xocÀ'/jç ^upcaç xac i]a[ji.apstaç xat ’louoataç xat «PotvcxY,; (pspvTÎç ovb[j-ax[. — On sait d’ailleurs que ces lignes renferment une grave erreur historique ^ : il se peut qu’en 196, lorsqu’il fit sa paix avec lui, ou, en 193, lorsqu’il lui donna sa fille, Antiochos III ait promis à Ptolémée V de lui restituer la Koilé-Syrie récemment conquise mais un texte tout à fait forniel de Polybe, pour ne parler que de celui-là,

démontre de façon péremptoire que la promesse ne fut jamais tenue

A ce préambule succède immédiatement, dans le chapitre iv de Flavius Josèphe, une phrase (§ 155) sur laquelle vont porter toutes mes observations et qui fera proprement l’objet de cette étude. Elle est ainsi conçue : xat BtatpsOévxcov zlç àtacpoxlpouç xoùç [jaotXéaç

xat ffuvaOpoi^ovxEç xb TrpoxXiXaYjj-svov xstpàXatov xotç paxtXsüffiv IxsXouv.

^ La même erreur se retrouve, comme ou sait, dans Âppien (Sj/r., 5, 374, Mendelss.) ; xal llToXe^j-atip [;iv è; Aiyurcxov ecxeXXc KXsoTràxpav xriv i^upav £7T:ixXY](nv, Trpoïxa Suptav xtqv xotXriv èutotSoû;. . et aussi dans Eusèbe {Chron., II, 124, Schœne) et dans S‘ Jérôme [In, Daniel., xi, 17), qui tous deux copient probablement Porphyre. il n’y a aucune raison de croire que Josèphe en soit le premier auteur; Josèphe, Appien et Porphyre ont puisé bien plutôt à une source commune.

* Le conflit qui s’éleva, en 173, entre Philométor et Antiochos IV (voy. Polyh., XXVIII, 1, 5) implique l’existence de ces promesses. C’était d’elles que s’autorisaient les ministres alexandrins pour réclamer la rétrocession de la Koilé-Syrie; voir Polyh., XXVIII, 20, 9 : è^apvoupsvo; (Antiochos) xrjv ôptoXoytav Ÿ]v ecpaoav ol xaxà xiqv ’AXe^àvopetav nxo)v£[j!,aitp xto vewaxi [J.£xr]>,).ay6xt upbi; ’Avxioxov xov éxetvou uaxépa

ôxt Ô£t Xaêsiv aùxov iv çepvr, xot)>riv l^uptav, bx’ èXap-pave KXeoTcàxpav.

3 Le texte de Polybe dont il s’agit ici est celui-ci ; (xxviii, 1, 2-3) ouvépatve ôè xpaxsîv xbv ’Avxio^ov (Antiochos IV) xùiv xaxà xoiXyiv Iluptav xai <ï>oivtxY;v TCpaypocxtüV ou yàp ’Avxioj^o; ô Tiaxrip xoO vuv ^eyop-évou paotXso); svixrjoe x^ uepi xo Ilàviov gay//; xoùç JlxoXegaiou cxpaxYiyoùç, au’ éxeivmv xmv ypovmv èuetôovxo uocvxst; oi 7rpo£tprjiJL£voi xôuoc xotç £v Supia ^aaiXeuatv. — D’autre part, il faut tenir compte encore des indications suivantes ; 1° Il est dit que, pendant sa guerre contre Rome, dans l’hiver de 191-190, Antiochos 111 armait des flottes en Phénicie : Liv. [= Polyh,], xxxvii, 8, 3; App., Sijr.^ 22, 392 (Mendelss.). — 2® Sous le règne de Séleukos IV, nous voyons la Koilé- Syrie et la Phénicie administrées par un stratège, Apollonios, 6ls de Thraséas, fonctionnaire aux ordres du roi d’Asie : II Macch., ni, 5; ni, 7; IV, 4. — 3* Sous le même règne, l’histoire d’Héliodore — qu’elle soit d’ailleurs véritable ou apocryphe — atteste à chaque ligne que la domination syrienne s’étendait à la Koilé-Syrie, a la Phénicie et à la Judée : II Macch., ni,. 7 et suiv.; notamment, ni, 8 et III, 13. — Le fait que Ptolémée Epiphanes se préparait, vers la fin de son règne, à envahir la Koilé-Syrie et à la conquérir par les armes (Diod., xxix, 29 Dind. ; Hieron., in Daniel., xi, 20) est sans doute une preuve assez manifeste qu’elle avait échappé à la domination des Lagides. — Comp., en général, Stark, 428-429, et Büchler, 45-47.

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