DISCUSSION ÉTIOLOGIQUE ET PATHOGÉNIQUE DE CETTE FORME
À quoi tient la gravité si remarquable de ce cas ? Un premier point a été mentionné : Il s’agit d’une blennorragie contractée en Algérie par un soldat venant de !a Métropole, fatigué par le Service militaire et le climat chaud et humide de l’été. Bien plus, cette blennorragie lui fut transmise par une femme nègre. Depuis de longues années, les Cliniciens ont été frappés par la gravité des contaminations gonococciques aux Colonies et particulièrement de celles transmises d’une race noire ou jaune à la race blanche. Il y a là probablement une condition d’exaltation de virulence du Diplocoque de Neisser qui était, nous semble-t-il, digne d’être soulignée.
En second lieu, le début du traitement, fait à l’Infirmerie de la caserne, ne fut aucunement approprié à une forme aussi grave d’uréthrite généralisée : Santal et injections de permanganate à doses fortes. Cela rappelle la période thérapeutique de Ricord, ou pour mieux dire, la période avant Janet, pendant laquelle lPemploi de solutions concentrées diverses amenait une transformation cornée de l’épithélium uréthral, provoquait des rétrécissements et si souvent la chronicité de la blennorragie. Ce jeune homme enfin, faisait ses injections lui-même, sans aucune directive, ce qui aggravait encore les conditions mauvaises du traitement et pou-
note
vait, dans une certaine mesure, prédisposer aux rechutes.
Il est à remarquer également que le cas que nous venons de citer a trait à un sujet dont le terrain supporte particulièrement mal les composés chimiques habituellement prescrits en pareil cas. La Gonacrine eut un effet lamentable, les Sulfamidés furent mieux tolérés, mais presque inefficaces. Il ne saurait être question, avec les Cocci, d'obtenir une immunisation véritable ; toutefois il semble, en ce qui concerne le -Gonocoque, que la virulence des rechutes soit de moins en moins grande chez la plupart des malades. Dans notre cas il n’en est rien, chaque rechute évolue avec une virulence, une soudaineté et une persévérance vraiment insolites. Notre malade ne conservait donc aucune immunité.
Certes, le cas que nous venons de rapporter ne doit pas être unique. En Octobre 1937, au 37° Congrès français d’'Urologie, le Dr. P. Barbellion a insisté sur les « Blennorragies inferminables par repaires gonococciques » et sur les « Blennorragies chroniques sans repaires microbiens décelables ». Mais il nous a semblé que les exemples rapportés ne présentaient tout de même pas une gravité comparable à celle du cas qui fait l’objet de notre étude.
Au cours de l’évolution des rechutes, toutes les investigations préconisées par cet Auteur et par Janet ont été minutieusement pratiquées. Successivement, l’urèthre antérieur puis la prostate, puis de nouveau les Glandes de Littre ont pu être considérées comme les repaires incriminables. Et cependant après chacune des atteintes, un examen approfondi permit de croire à une gué-
rison définitive. Cette guérison fut même affirmée d'une manière catégorique après les accidents du début puisqu’un projet de mariage avait été autorisé. Or, une union contractée dans de telles conditions aurait fatalement entraîné des complications très graves. Et ce point nous permet d’insister sur l’importance d’un examen génital très approfondi lorsqu'un certificat prénuptial est demandé par un ancien blennorragique. D’autres considérations découlent aussi de cette observation. Il serait désirable que l’on enseignât davantage aux jeunes gens que la blennorragie est une maladie souvent grave par elle-même et qui peut être plus grave encore par les conséquences tardives qu’elle peut entraîner ; que, déclarée, cette affection demande à être traitée systématiquement, dès le début, et de préférence par un médecin spécialisé. Enfin, qu’il n’existe pas un traitement de la blennorragie, mais bien une série de méthodes qui doivent être choisies ou combinées selon chaque cas particulier.
En effet, les Sels d’Acridine, les Sulfamidés, les Vaccins permettent d'obtenir de nombreuses guérisons, maïs nous avons vu que leur efficacité est parfois inconstante.
L’auto-Vaccin qui, entre les mains de nombreux Auteurs a paru donner des résultats plus réguliers dans les formes chroniques rebelles (Janet et Debains, Congrès d’Urologie 1936) a eu dans notre cas une efficacité incontestable. Il doit être fortement conseillé lorsqu'une forme tenace se présente et il semble préférable de le faire préparer à une forte concentration, Celle employée dans notre cas était de huit milliards par ce.
Puisque l’avenir de notre jeune malade reste malgré
tout incertain, nous pouvons constater qu’il n’a pas épuisé toutes les ressources de larsenal thérapeutique actuel. Le Mercurochrome en injections dans l’urèthre, également préconisé, n’a pas été employé.
Enfin dernièrement, le Dr. R. Dreyfus a publié avec les Drs. Halphen et Auclair de remarquables résultats obtenus par des applications régionales d’ondes courtes qui permettent d'élever localement la température à 41°, température nécessaire à la stérilisation des Gonocoques. Ce dernier traitement serait à entreprendre en cas de nouvelle rechute.
Mais dans la pratique courante, il ne faut pas oublier que ce sont les lavages et seulement les grands lavages bien conduits qui permettent le plus souvent d'obtenir la guérison. Le Permanganate à doses d'autant plus faibles que la virulence de l'infection est plus grande, POxycyanure, l’Argyrol. Ces lavages décrits dans leurs moindres détails par le Dr. Janet dans un livre intitulé « Diagnostic et Traitement de la Blennorragie > non seulement guérissent mais évitent presque totalement les rétrécissements, autrefois si fréquents.