INTRODUCTION
La blennorragie, d’après les traités classiques, se présente sous une forme suraiguë, aiguë, subaiguë ou chronique. Le Dr. Janet propose de donner le nom de gonococcie chronique ou d’uréthrite gonococcique chronique à une forme caractérisée par la persistance de foyers à épithélium plat, « foyers anatomiques congénitaux ou foyers pathologiques accidentels dûs à la transformation de lépithélium cylindrique normal de l’urèthre ou de ses glandes, sous l'influence de la maladie ou des mauvais traitements ».
Cette affection, bien déterminée, est rare. Pour laftirmer d’une manière certaine, la présence de gonocoques est indispensable (et même de gonocoques intracellulaires). C’est une gonococcie à localisations, que nous étudierons en détail, affection provoquant des rechutes le plus souvent bénignes et de courte durée, qui ne tardent pas à disparaître sous l’influence des lavages uréthraux.
La forme que nous avons l'intention de décrire se différencie de l’uréthrite gonococcique chronique par plusieurs points
1° Début par une uréthrite d’évolution suraiguë avec état septicémique grave d’une durée anormale.
ul
2° Après disparition lente et apparemment totale des accidents, rechutes graves, d'évolution interminable, survenant à la suite de petits abcès de la fosse naviculaire ou de glandes de Littre sans réinoculation ; chacune de ces rechutes s’accompagnant de signes généraux sérieux et de réactions rhumatismales.
L'étude de cette forme, d’une rare virulence et d’une ténacité anormale, nous a semblé mériter une description détaillée, une étude étiologique et pathogénique minutieuse permettant de la situer dans les variétés les plus graves de l'infection gonococcique considérée dans
son ensemble.
e- ls
Causes de la chronicité
des Gonococcies
Rappelons tout d’abord la nécessité absolue de préciser le diagnostic bactériologique de toute uréthrite chronique. Il faut pour affirmer ce diagnostic rechercher et trouver le gonocoque. Après avoir longuement interrogé le malade et pris son observation en notant ses antécédents uréthraux, les divers traitements subis, les rechutes etc. il faut faire une recherche bactériologique attentive :
1° de la secrétion uréthrale,
2° des filaments du premier verre,
3° des filaments du deuxième verre après massage prostatique. Une centrifugation est souvent nécessaire.
Si même une réactivation par la bière est pratiquée, ces trois épreuves bactériologiques sont à recommencer au bout de vingt-quatre heures. Un résultat positif permet alors seulement d’affirmer le diagnostic.
Les travaux des auteurs modernes ont bien mis en lumière que les uréthrites gonococciques qui ne guérissent pas dans les délais classiques sont fréquentes, que l’on voit surtout leur persistance survenir après de mau-
tt
vais traitements, mais que, dans bien des cas, elles restent interminables malgré une thérapeutique rigoureuse.
On sait que cette tendance à la chronicité, rétrécissements mis à part, est due dans 80 % des cas environ à l’urèthre antérieur ; les autres proviennent de l’uréthre postérieur et sont dûs à de la prostatite, de la vésiculite, de la déférentite, ou même à de l’épididymite.
Dans iles blennorragies interminables, c’est done à l’urèthre antérieur qu’il faut tout d’abord penser.
Cliniquement on s’en aperçoit à ce que, seul, le premier verre contient au moment de la miction, des filaments ou un aspect trouble ; le second verre restant limpide, contrairement à ce qui se produit lorsque la chronicité est due à l’urèthre postérieur.
Il fau! dans ce cas rechercher les repaires congénitaux ou acquis sur lesquels le Dr. Janet a fortement insisté.
Nous ne ferons que citer les anomalies du prépuce, le phimosis, le paraphimosis, les balanites et balano-posthites, l’infection des glandes de Tyson.
Beaucoup plus importantes sont les anomalies du méat. Il faut les dépister avec grand soin lorsque, au décours de la blennorragie, on découvre un orifice donnant une goutte de pus après une pression douce. II convient alors d'explorer le trajet et de rechercher sa profondeur avec un stylet, car ces repaires gonococciques doivent être directement désinfectés pour obtenir la guérison.
D'autres anomalies du méat, tel l’hypospadias, sont plus faciles à reconnaître. On doit cependant se souve-
the
nir que cêtte anomalie s’accompagne fréquemment de canaux plus ou moins nombreux, le plus souvent antérieurs, parfois latéraux, plus rarement sous le méat et
le gland, et que ces canaux ne communiquent pas toujours avec l’urèthre.
Il existe également des valvules qui peuvent conserver le gonocoque à l’abri des lavages antiseptiques. Rappelons que la valvule de Guérin, située environ à 2 centimètres du méat, au fond de la fosse naviculaire et sur sa paroi supérieure, peut avoir une profondeur anormale ; que les valvules de Morgagni, plus profondément situées, siègent aussi sur la paroi supérieure et servent parfois également de repaires au gonocoque. I faut donc, à l’aide d’un stylet mousse, procéder à une exploration méthodique de tous les trajets anormaux possibles ; lorsqu'une blennorragie se prolonge et que le méat, 24 à 36 heures après un lavage bien conduit, contient encore le matin une petite goutte de pus franchement gonococecique avec éléments microbiens bien colorés, d'aspect nettement virulent (nombreux intracellulaires), ce qui prouve qu’ils n’ont pas été touchés par le traitement.
La chronicité peut être enfin entretenue par une infection glandulaire telle que la structure de la glande se modifie, que l’épithélium devient kératinisé, aplati et corné. Cet état permet au gonocoque de rester à l’abri des polynucléaires et c’est là une des causes fréquentes des blennorragies interminables. Ces glandes sont tantôt au niveau de la base du frein ; la rechute s’annonce par la formation d’un petit abcès qui évolue soit vers le canal, soit vers l’extérieur, soit enfin des deux
LE
côtés à la fois ; — tantôt plus profondément situées. Il s’agit dans ce cas des glandes de Littre dont l'infection donne au toucher du canal l’impression de grains de plomb. L’évolution habituelle des Littrites est la guérison spontanée sous l’influence des lavages ; cependant labcédation de ces glandes peut créer un foyer de chronicité qui exigera pour guérir la destruction par étincelage.
Signalons également les Cowpérites et, pour terminer cet exposé, nous ne saurions mieux faire que de citer cette phrase du Dr. Barbellion : « Les repaires glandulaires acquis, particulièrement redoutables, nullement influencés par les vaccins doivent faire très soigneusement vérifier la guérison. Ils sont souvent la cause de rechutes à brève ou à longue échéance ».
Telles sont les blennorragies prolongées dues aux repaires microbiens. La rechute, franche, avec écoulement abondant, survient d’habitude dans ces cas, dès que l’on interrompt le traitement : ils s'opposent aux blensorragies chroniques avec très léger suintement purulent, qui ne redeviennent jamais aiguës malgré la suppression des lavages. Ces cas sont assez rares ; dûs le plus souvent à l’abus de certains balsamiques, ils dépendraient plutôt du mauvais état général du sujet.
Le cas que nous allons rapporter se rapproche de ceux décrits Jusqu'ici, mais nous avons dit qu’il s’en différencie cependant par la durée exceptionnelle et la gravité de ses nombreuses rechutes.