OBSERVATION
J. H.. terminait, en Août 1931 son service militaire en Algérie, lorsque, 20 jours avant sa libération, il contracta la blennorragie. Ce virus lui fut transmis dans une maison publique d’Alger par une femme négroide. (Nous verrons que ce détail méritait d’être mentionné).
Trois jours après ce contact et avant toute apparition locale de l’infection, J. H.. constata qu’il était fébrile et très courbaturé. Ce malaise alla en s’accentuant jusqu’au 7° jour, date du début de l’écoulement. La température était alors de 38°5. Il se fit porter malade et le Major le mit à l’infirmerie avec un traitement consistant en absorption de Santal et des lavages au Permanganate de Potasse. Ni l’abondance de l'écoulement, ni l'élévation de la température aux environs de 59° ne firent modifier cette thérapeutique. Les lavages avec une solution dont nous ignorons la concentration — (elle devait être assez forte d’après les dires de lintéressé) — furent d’ailleurs très mal faits, car on laissa ce soldat se les pratiquer lui-même ; ils étaient extrêmement douloureux. Cependant, désireux de revenir au plus tôt dans ses foyers, ce jeune homme ne déclara plus sa température réelle ; il fut libéré et fit le voyage de retour avec une fièvre très élevée dans des conditions particulièrement mauvaises, si bien que la première prise de température chez ses parents fut 40°8.
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L'aspect de ce malade était celui d’un grand infecté : amaigrissement marqué, faciès plombé, langue très saburrale. Pouls rapide, petit et mal frappé. À l’auscultation du cœur tendance à l’égalité des deux silences et au rythme pendulaire. Au bout de 48 heures, la température oscillant toujours au-dessus de 40° une hémoculture fut pratiquée ; elle donna un résultat positif.
Le seul traitement prescrit depuis le retour et qui consistait en boissons diurétiques légères, abondantes, lait et uroformine, fut alors modifié. Une injection intraveineuse de gonacrine à 0,5 % fut pratiquée. Le résultat en fut déplorable ; le lendemain matin l’état de ce jeune homme était nettement aggravé : prostation, teint fortement subictérique, arthralgies, foie débordant de deux travers de doigt, douloureux, urines beaucoup plus rares, de couleur acajou. La Gonacrine ne fut pas continuée ; elle fut remplacée quotidiennement par 10 CC. de septicémine intraveineuse, médication qui fut très bien tolérée, amena une baisse progressive de la température, un relèvement de létat général, une amélioration des bruits du cœur et la disparition des troubles articulaires.
Cependant, sans que lécoulement uréthral, toujours très important, ait subi de diminution appréciable, une orchiépididymite droite survint après la onzième injection. La Septicémine fut continuée encore une semaine ; l’'orchiépididymite fut traitée simplement par une planchette ouatée et un liniment belladoné, laudanisé : elle eut une évolution banale.
Lorsque la phase aiguë fut terminée, ce malade fut traité par le stock-vaccin antigonococcique de l’Institut
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Pasteur. Les premières doses dé un quart de centimètre cube donnèrent des réactions violentes : localement, grand placard érythèmateux autour du point de l’injection avec réaction générale marquée, grand frisson, puis température atteignant 40°5. De ce fait, les injections furent espacées et les doses faibles répétées jusqu’à tolérance, puis très prudemment augmentées. Chaque augmentation réveillait en effet des douleurs assez marquées au niveau de la nuque et des membres, À la douzième injection seulement le ec. entier put être injecté.
Pendant ce traitement vaccinal, un traitement local par lavages avec des solutions remarquablement faibles de Permanganate de potasse fut entrepris et continué quotidiennement. Le canal était toujours très douloureux ; une poussée de Littrite ressemblant à un semis de petits grains de plomb résistant aux lavages, des séances de massages sur Béniqué droit furent pratiquées. Mais le canal restait si longtemps douloureux après ces petits massages que l’on fût obligé d’injecter dans le canal, avant et après, du sérum Percaïné. Ce dernier traitement parvint enfin à tarir l’écoulement et la guérison apparente de cette première phase de la maladie fut obtenue en Avril 1932. Sa durée avait donc été de huit mois.
Dans le courant du mois de Juin suivant, une série d'examens cliniques et de Laboratoire fut pratiquée en vue d'assurer à ce jeune homme, qui avait un projet de mariage, sa guérison complète. Recherche de filaments après massages prostatiques, spermoculture.… tout fut négatif, si bien que le mariage, autorisé, aurait été contracté si une rupture n’était survenue pour de tout autres
raisons.
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En Juin 1934 survint un accident oculaire curieux qu'il nous paraît logique de rattacher à l’intoxication gonococcique car il a précédé de peu de semaines la première rechute de l’uréthrite. Tout d’abord, J. H. constata une diminution progressive assez rapide de la vision de l'œil droit puis il eut l'impression de taches obscurcissant peu à peu le champ visuel. L’Ophtalmologiste consulté, le Dr. Ducamp, remarqua lexistence d’une hémorragie rétinienne, en flammèche, et pensa tout d’abord à une névrite optique d’origine syphilitique. Une P. L. fut pratiquée. L’examen sérologique du liquide céphalo-rachidien fut totalement négatif de même que celui du sang. L'analyse chimique montrait l’existence d’une albuminose modérée et l’analyse cytologique, celle d’une légère Ilymphocytose.
À la suite de cette P. L., des troubles douloureux marqués survinrent : céphalée intense, douleur et raideur de la nuque, si bien que ce jeune homme dût garder le lit pendant une quinzaine de jours. Un traitement au Bivatol commencé dès la constatation de lhémorragie rétinienne n’ayant rien donné, fut remplacé par l’autohémothérapie additionnée d’Uroformine. Après la sixième injection, les troubles oculaires disparurent ; il ne reste aujourd’hui de cette affection de Pœil droit qu’une vision légèrement moins nette des objets, ainsi qu’une atténuation des couleurs perçues, qui sont plus pâles et un peu différentes, surtout en ce qui concerne le rouge.
Trois semaines après cette guérison, survenait la première rechute sans qu’il soit possible d’incriminer une réinoculation, le dernier rapport remontant à trois se-
hote
maines avait eu lieu avec une femme reconnue par la suite indemne de blennorragie.
Le début de cette rechute fut brutal. J. H. sentit une induration douloureuse se former au niveau de la partie antérieure du canal, près de la fosse naviculaire ; une goutte de pus s’en écoula le lendemain et vingt-quatre heures plus tard un écoulement très abondant, contenant une quantité considérable de gonocoques intra et extra cellulaires, exigeait un enveloppement de la verge et du prépuce ainsi que le port d’un suspensoir. La température monta aux environs de 39° et se maintint à ce niveau pendant plus d’une semaine. Au bout de quelques jours, une série de grains de Littrite, très douloureux au toucher, était perceptible le long de lurèthre antérieur.
Plusieurs vaccins furent successivement essayés sans provoquer de modification appréciable : Vaccins de Bruschettini, de Demonchy, de Ronchèse ; Gono-Vaclydun. il en fut de même des premiers traitements locaux faits avec des solutions d’Argyrol de Barnes. Le Permanganate de potasse fut alors repris et il amena en Janvier 1935, c’est-à-dire après quatre mois et demi de traitement, une nouvelle guérison apparente.
En Avril 1935, deuxième rechute. Un grain de Littrite parut, grossit et forma un petit abcès qui s’ouvrit spontanément dans l’urèthre à 1 cm. environ en arrière de la fosse naviculaire. Dès le lendemain de cette ouverture, l’écoulement devint très abondant. Le Dr. Roussille, se souvenant de la lenteur d’évolution de luréthrite primitive et de la rechute, fit dès les premiers jours des injections d’Albargine à 1 % qui ne produisirent aucune
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amélioration. Il reprit par ja suite le Permanganate de K., puis étincela le grain de Littrite qui suppurait toujours. L’écoulement parut cesser, mais le 2° verre contenait encore d’assez nombreux filaments ; un massage prostatique permit d'obtenir un liquide purulent riche en gonocoques intracellulaires. C’est à ce moment que ce malade fut montré à M. le Professeur Chevassu qui fit faire une uréthrographie dans son service.
L’injection lipiodolée montra l’existence d’une petite caverne dans le lobe gauche de la prostate ressemblant à un petit diverticule de l’urèthre postérieur. Cette complication fut soignée par des bains de siège, des lavements chauds et des lavages au permanganate. Une série d’injections de Vaccin mixte antigono et antistaphylo fut faite (Legueu et Fouquiau ayant insisté sur la grande fréquence de l'association du gonocoque et du staphylocoque au niveau de ia prostate), Le résultat ne fut guère appréciable ; les filaments persistèrent aussi nombreux dans le deuxième verre. C’est alors que, la température étant redevenue normale, le toucher rectal ayant montré l’absence de déformation appréciable et de tension douloureuse de la prostate, une uréthroscopie permit de voir la lésion et d’étinceler les parois de la petite cavité, ce qui amena enfin la guérison de cette deuxième rechute en Septembre 1935.
Cette rechute avait donc duré cinq mois pendant lesquels ce jeune homme fut traité successivement par l’Albargine à 1 %, le Permanganate de potasse à 0,5 pour mille. Le Protargol, l'Hernmophényl, les Bougies de Réthragine Toraude ; les pansements permanents de. Motz ont été successivement essavés eux aussi, sans résultat
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appréciable. Il en fut de même de Pabsorption du Santal, du Cubède, de l’Arhéol. Il fallut faire enfin des cautérisations diathermiques d’une Littrite abcédée et d’une petite caverne prostatique.
En Octobre 1935, désireux d’être assuré d’une guérison définitive, J. H.. demanda un examen complet de son appareil génito-urinaire. Une recherche minutieuse de tous les repaires possibles fut pratiquée : un stylet mousse suivant la paroi supérieure du canal ne permit pas de découvrir l'existence de valvules de Guérin ni de Morgagni. Une uréthroscopie nouvelle montra l’intégrité apparente du canal, l’absence de toute zône inflammatoire, de toute valvule superficielle ou profonde, enfin la guérison complète de l’abcès prostatique étincelé.
Cependant une troisième rechute survint en Avril 1937. Cette rechute eut un début identique par petit abcès de Littrite suivi d’une uréthrite aiguë très abondante dès les premières vingt-quatre heures. Comme les deux premières, elle fut fébrile et accompagnée d’arthralgies. Le traitement institué à ce moment fut le Progone en injections intraveineuses d’abord puis en comprimés. Ce traitement provoqua une certaine amélioration, mais des grains de Littrite persistèrent, il fallut faire de nouveau des massages sur Béniqué droit, des lavages au Permanganate, pour obtenir une nouvelle guérison apparente en Juillet 1937, au bout de trois mois et demi de soins ininterrompus.
Enfin en Avril 1939 survint, après deux ans de répit, une quatrième rechute. Là encore il ne put y avoir de contamination nouvelle incriminable. Le malade, très précis et très sincère, affirma ne pas avoir eu de rap-